PORGTIOHS DE M VIE DE RELATION
Mode d'union des écailles les unes aux autres. — Toutes les séries sont en contact, et même les pièces qui les composent sont articulées entre elles, le bord supérieur, portant le plus souvent une saillie ou apophyse montante, comme la nomme H. Âgassiz, qui entre dans une fossette du bord inférieur de récaille placée au-dessus d'elle [Rech..., t. II, pi. B, fig. 16-20 d'après le Lep. osseus). Dans d*autres espèces, dit le même naturaliste, a les écailles sont simplement liées par leurs bords taillés en biseau et empiètent les unes sur les autres (/(/., fig. 4 eX^iLep.semiradiatus). » Ce mode d'engrenage est protégé par des ligaments, et quoiqu'il soit solide, il ne nuit nullement aux mouvements latéraux du corps, les bords antérieur et postérieur de cbaque rangée n'étant point unis aux bords correspondants de la rangée qui précède et de la rangée qui suit.
L'adhérence mutuelle des écailles des Lépidostés est identique à celle qu'on trouve toujours chez les poissons osseux antérieurs à r époque de la craie.
Structure. — Les pièces de cette sorte de cotte de mailles sont formées par deux substances. La plus superficielle consiste en une couche d'une substance brillante et d'aspect vitreux. H. Agassiz et J. Mûller l'ont nommée émail^ mais M. Williamson lui a appliqué la dénomination de ganoîne. Il a préféré cette dernière, dit-il [On the micr. struct, seules and dermal teeth Gan, and Placoid fish. in : Philosoph. Trans.^ Londres, 1849, part. II, p. 438, note), afin d'éviter la confusion, parce qu'elle diffère uii peu de l'émail à structure prismatique qui couvre la démine des dents des mammifères. En 1859, M. Reissner, de Dorpat (Veber die Schuppen von Polypt. und Lepid. in : Reichert und Du Bois-Reymond , Archiv fur Anat.^ p. 254-263, pi. V, A, fig. 5], en a étudié de nouveau la structure. Il a condn, de l'examen microscopique, se trouvant, sur ce point, en désaccord avec M. Le^dig^ [Èistolog. Bemerkungen ueber dm Polypt. bichir in : Zeitschr. fur unssensch. ZooL^ t. V, p. 47), que l'écaillé a une surface véritablement émaillée.
Sa matière osseuse a été soumise par les anatomistes dont je viens de parler à des observations suivies. Je ne puis les exposer ici ; mais pour faire connaître l'état actuel de nos connaissances surjette question d'histologie, il suffit de reproduire le passage suivant de M. Rich. Owen où il donne un résumé trèsûet des travaux antérieurs avec le résultats' de ses propres observations {Anat. ofvertebr., 1866, 1. 1, p. 548, fig. 366).
304 6Alf0lDBS HOLOSTiS. LiPIDOSTilDtS.
L^écaille qui est épaisse, dit-il, est composée de couches ossiBèes très-mÎDces, perforées par des tubes verticaux d'un diamètre de 1/8000 de pouce anglais et entre lesquels se voient de nombreuses lacunes ou cellules osseuses; les canaux qui partent de ces tubes, en 6*irradiant, communiquent avec une série de canalicules verticaux plus fins encore et ramifiés qui, vus pour la première fois par H. Willamson, ont reçu, de lui, le nom de lépidine [loc. cit., p. i39). Ils ont moins de ramifications et un mode de distribution plus restreint que les autres canaux qui, à cause de leur analogie avec les canaux nourriciers de la dentine, ont été nommés par M. Rich. Owen canaux plasmatiques, leur rôle étant de nourrir Técaille et d'entretenir sa vitalité, comme le font sans doute les vaisseaux de la lépidine dans les parties de Técaille où ils sont limités.
. Enfin, chez les Lépidostés comme chez les Polyptères auxquels se rapportent également les détails qui précèdent, les écailles sont perforées de bas en haut dans toute leur épaisseur par quelques tubes un peu plus larges comparables aux canaux vasculaires de Tos et chargés de porter du sang provenant des vaisseaux cutanés dans le revêtement membraneux très-fin de l'écaillé, qui recouvre celle-ci à partir du petit enfoncement de la peau où elle est logée par $a faœ profonde.
La ligne latérale (Atlas, pi. 24, fig. 7) toujours droite, sans courbure, mais un peu relevée en avant, est plus ou moins apparente suivant les espèces. Il en est où Ton ne voit, vers Textrémité postérieure de récaillef qu'une étroite ouverture. Chez d'autres, au contraire, il y a, sur toute sa longueur, un petit tube assez saillant, ouvert en arrière.
Le canal muqueux protégé par les écailles de la ligne latérale se continue et se prolonge sur le crâne. Il y est recouvert par quelques pièces osseuses très-petites placées au-dessus du cercle orbitaire.
La coloration des téguments est très-simple et plus claire sur les flancs, particulièrement sur les régions inférieures que sur le dos où elle est d'un brun jaun&tre ou verdâtre. A Téclat qui résulte du jeu de la lumière sur Tenveloppe émaillée de ces poissons viennent s'ajouter quelquefois, sur le tronc et même sur la tète, des taches noires; elles semblent diminuer avec rftge, mais manquent rarement sur les nageoires verticales (ATLAS, pi. 24, fig. 3, 4 et 6).
Dans le jeune âge, comme je Tindique plus loin en exposant les difficultés que peut présenter la détermination des espèces, quand on a sous les yeux des sujets non encore parvenus à tout leur développement , on trouve , sur la ligne médiane du dos, une bande foncée et, quelquefois aussi, une autre sur les flancs*
PONCTIONS DE LA VIB DE RELATION. 308
Le sens de l'olfaction a pour siège de petites fosses nasales creusées à Textrémité antérieure du bec. Il y a là une disposition particulière que je n'ai point indiquée d*une manière spéciale ^n parlant du crâne et de la face , puisque j'ai renvoyé pour les discussions nées de l'étude de la tête osseuse aux travaux originaux de M. Agassiz et de M. Poey (Voy. plus haut, p. 294 et 298). Je dois cependant parler ici de la conformation du bout antérieur du rostre.
M. Agassiz a bien expliqué (Rech. sur les poiss. foss., t. II, 2« partie, p. 12, dernier alinéa) et montré sur les fig. jointes & son texte, comment les pièces terminales qu'on doit nommer, avec lui, à ce qu'il semble, intermaxillaires (Voy. p. 9, pi. B", fig. 2 et 3, n^ 17), ne paraissent pas à la surface externe du bec, étant couverts par une sorte de capuchon osseux que forment deux paires de petits osselets plats et un moyen.
« Le premier de ces os, dit-il (n* 20, pi. B', fig. i et 2), touche, par sa face supérieure, aux naseaux et, par sa face inférieure, à Vintermazillaire ; sa face antérieure présente 2 échancrures qui répondent aux 2 ouvertures nasales. Ces échancrures se transforment en trous, la supérieure, au moyen d*une pièce à peu près triangulaire qui touche celle de Tautre côté eu haut et forme, avec elle, la pointe du museau, b» 20* (pi. B', fig. 2 et 3), Tinférieure, en haut, au moyen de celle même pièce, et, en bas, au moyen d'une pièce impaire, n° 20" (pi. B*, fig. 2 et 3) qui recouvre la face inférieure de la pointe du museau. »
f Quelle est la signification de ces os? Il faut avouer, répond-il, qa'tl est difficile de leur trouver des analogues. Ce sont ou les naseaur démembrés en plusieurs pièces, ou bien des os labiaux dont nous trouvons des exemples si frappants dans les poissons de tontes les divisions, et qui remplacent les cartilages mobiles du nez des animau supérieurs. » M. Agassiz ajoute : « Nous préférons admettre ceue dernière interprétation, vu qu'il se présente assez de raisons pour rapprocher les ethmoldes du Lépidosté des véritables naseaux des Crocodiles et des autres reptiles. »
Les os nommés ici ethmoïdes, parce qu'ils paraissent correspondre à ceux que Cuvier a ainsi désignés, ont été représentés (Recherchis sur les poiss, fossiles, pi. B', fig. i, et pi. B", Qg. 2 et 3) sous le Q° 3. Us forment la continuation du museau dans le môme plan que les frontaux, s^avancent, comme nous venons de le voir en parlant des labiaux, tout près de l'extrémité du rostre et prolongent jusque % par des arêtes inférieures, la longue gouttière des nerfs olfactifs qui, plus en arrière, est constituée par les carènes dirigées en bas des frontaux et par 2 feuillets du sphénoïde principal minces et plats à leur bord supérieur, appliqué contre ces carènes. Simple d'abord,
Poissons. Tome IL 20
306 GAMOÏDES HOLOSTÉS. LÉP1DOSTÉI0ÉS.
et aussi longtemps qu'elle est formée par les 2 gouttières emboîtées des fronUux principaux en haut et du sphénoïde principal en bas, elle se transforme en 2 canaux parallèles, dès que ce dernier os est remplacé par les 2 vomers (os pairs contrairement à ce qui se voit chez les autres poissons). Les 2 canaux séparés sur la ligne médiane par les carènes des 2 vomers s'ouvrent dans la fente nasale (1).
Je n'ai aucune considération particulière à présenter sur le sens du goût qui joue, chez les poissons, un rôle si peu important.
Le sens de la vue doit être assez développé, car les yeux ne sont pas petits. Ils sont situés tout à fait de côté sur les parois latérales du crâne, à une très-petite distance en arrière de Farticulation de la mâchoire inférieure et écartés du bord antérieur de Topercule par un intervalle qui est toujours plus de 4 fois 1/2 , mais jamais 3 fois aussi considérable que spn diamètre horizontal. Cet espace est recouvert par une vingtaine de petits os cutanés de configuration et de dimensions variables ; ils se touchent par leurs bords et forment une sorte de mosaïque (Atlas, pi. 21, fig. la, 2a, 3a, pi. 22, fig. 2a).
La chaîne des os sous-orbitaires est remarquable par son grand développement. Elle est, pour Tœil, un cadre complet composé de 8 os un peu variables dans leur configuration suivant les espèces; M. Agassiz l'a irès-nettemenl représentée (Rech,.,,, t. II, 2* parue, pi. B", fig. 5, /"-n). Voy. aussi 1' Atlas, pi. 24, fig. 2 a et 3«. '
L'œil ainsi protégé à son pourtour est logé dans une grande cavité orbitaire, mal délimitée en arrière et étendue jusqu'à la racine du bec ; les os palatins en forment presque entièrement )e plancher, et les frontaux principaux la voûte; ces derniers os que j'ai indiqués (p. 295) comme placés au-devant des pariôuux et des mastoïdiens, ne fournissent pas de pilier antérieur à la voûte. Les osselets snpé-
(1) « Si, comme le faiit observer M. Agassiz" (fiee^i...., t. II, 2» partie, p. 21), on n'avait pas la preuve certaine que ces 2 canaux ne sont pas ouverts dans le palais, et que Ton rencontrât mn fragment mutilé d'un bec composé de la même manière que celui d*un Lépidosté, mais où ron d6 pût se convaincre de Tabsence d'ouvertures nasales dans la cavité bnocale, certes on prendrait ce fragment pour le reste d'un batracien à cavités nasales s'ouvrant au fond de la gueule et Ton déterminerait les canaux olfactifs pour de véritables cavités nasales, tant l'analogie est grande, et V<m en trouverait une preuve certaine dans Texistence d'un double vomer qui, comme on sait, ne se trouve que chez les Batraciens; mais il n'en serait plus de même, du moment que l'on connaîtrait le Lépidosté, on qpo l'on aurait étudié à fond la structure du Polyptère dans lequel les canaux des nerfs olfactifs présentent encore d'autres particularités très-reicarquables, et il faudrait d'autres preuves que celle d'un double vomer oa d'un canal nasal pour Ta nature batracienne d'un fossile. »
rieurs et antérieurs de Torbite qui s*appuient dur les frontaux en tiennent lieu. Le pilier postérieur est constitué par un peiit os plat Teriical et triangulaire, intercalé entre le mastoïdien et la grande aile du sphénoïde {frontal postérieur de CuTîer, n^ 4, pi. B'*, fig. 3 de H. Âgassiz). La paroi postérieure de la cavité de Torbite est formée, en partie, par la grande ails du sphén&ldey n^' 11, fig. 4, pi. B" (Agassiz) et par Tos que Cuvier nomme Vaile orhitairey n^ li, fig. i, Id. C'est par les orifices de ces pièces osseuses et par 4e petits intervalles laissés libres entre eux, que pénètrent les vaisseaux et les nerfs destinés à Tœil et à ses annexes.
La cloison interorbitaire membraneuse en avant consiste, dans sa portion postérieure, en une lame osseuse qui est le sphénoïde antérieur de Cuvier (n? 15, fig. 2, pi. B**, Agassiz).
L*organe de Youîe est, en partie, enclavé au milieu des os du crâne. Ainsi, la portion postérieure des canaux 1/2 circulaires est reçue dans une excavation de Tos considéré par Cuvier comme étant le rocher et les 2 canaux 1/2 circulaires antérieurs, ainsi que le sac du labyrinthe , enveloppé de cartilage, sont logés dans des cavités de la grande aile du sphénoïde. Enfin , les parties antérieures de Toreille sont recouvertes par le mastoïdien.
FONGTIOHS DE LA VOS DE NUTBITIOll. — DIGESTION. —
M. Agassiz ayant eu occasion d'observer des Lépidostés vivants a vu {Proceed. Boston Soc. nat. hist,, 1866, t. VI, p. 48) qu'ils prennent leur nourriture à la manière des reptiles et non comme les autres poissons qui, d'ordinaire, tiennent, pour la recevoir, la bouche largement ouverte et l'avalent aussitôt. Ceux-là, au contraire, s'approchent adroitement de la proie et arrivant sur elle, de côté, la saisissent par une attaque soudaine; puis la retiennent entre les mâchoires, la blessent à coups de dents répétés comme les crocodiles et les lézards, ^'efforçant ainsi de lui donner la position la plus favorable pour qu'elle puisse être avalée. On la voit avancer dans les organes digestifs par suite des mouvements de déglutition, et distendre peu à peu le corps, ainsi que cela a lieu chez les serpents.
Leur voracité est extrême, et Lacépède a décrit d'une façon brillante [Hist. nat. poiss.y t. V, p. 334), mais avec un peu d'exagération, leurs attaques presque incessantes contre les poissons avec lesquels ils vivent.
Système dentaire, — (Pour les mâchoires, voy. ce que j'en ai dit, p. 295, à propos de la structure du bec). Il se compose de i espèces de dents (Atlas, pi. 21 et 22).
308 GANOlDES HOLOSTÉS. LÉPIDOSTÉIDÉS.
1^ Les unes sont fort petites, supportées par le bord externe des mâchoires, par tous les os qui constituent le plafond de la bouche (vomer double, palatins, sphénoïde), ain^i que par les pharyngiens et par la face interne des maxillaires inférieurs; mais il n'y en a point sur la langue qui , supportée par un os lingual assez allongé, est immobile sur le plancher de la bouche. Serrées et très-nombreuses, les petites dents n'ont point d'alvéoles ni de supports osseux ; elles sont fixées à la surface même des os ; elles semblent être simplement une dépendance de rémail qui recouvre les pièces osseuses sur lesquelles elles forment râpe. Souvent, il y en a, parmi elles, de moins courtes disposées en rangées longitudinales.
S*" Les autres, plus grandes, coniques et acérées, quelquefois sillonnées de stries apparentes, surtout à la base (Atlas, pi. 34, fig. 8), sont alignées en une rangée au pourtour de la mâchoire inférieure, et, à la supérieure, en une série tantôt unique (Lepidosleus, Atlas, pi. 21, fig. Ifr, et pi. 22, fig. 2^^, elCylindrosteus, Atl., pi. 21, fig. 26], tantôt double (Atractosteus^ Atl, pi. 21, fig. 36).
M. Agassiz (Rech. sur les poiss, foss.<, t. U, SH^ partie, p. 25) a éécrit et représenté pi. B'*, fig. 9, le singulier mode d^implantaUon de ces dernières. « Elles reposent, dit-il, dans une gouttière assez profonde, protégée, en dehors, par le bord relevé de la mâchoire, et, en dedans, par une saillie de môme nature. »
« Dans cette gouttière osseuse qui est assez profonde pour contenir plus de 1/3 de toute la dent, sont, en outre, creusées des alvéoles rondes, mais peu marquées, dans lesquelles les dents reposent sar des supports osseux qui, là où les dents manquent, comme cela arrive souvent, se remarquent au fond des alvéoles, entourés d'nne rigole, et présentant une très-belle structure en étoile, ils sont percés, au centre, d'un trou qui communique avec le canal maxillaire et ptr lequel les nerfs et les vaisseaux de la dent montent dans la cavité pul paire. De ce centre, partent, en nombre plus ou moins considérable, des rayons étroits là où ils communiquent avec le trou du centre et qui s'élargissent vers la périphérie ; ce sont des gouuières creuses qui, sans doute, sont remplies par des prolongements latéraux de la membrane pulpaire. »
La structure intime des dents a été d'abord étudiée par le même naturaliste (loc. cit.^ t. II, p. 24 et p. 26). Les plus petites disposées en râpe sont uniquement formées d'un émail dur, cassant et demi-transparent. Les autres ont une enveloppe d'émail, mais sont constituées par de la dentine qui offre un aspect remarquable représenté sur des coupes très - amplifiées
(loc. eit.^ t. II, pi. G, fig. 1-6). On y voit des dessins conlournés résultant du plissement de cette substance.
H. Wyman a également étudié la structure intime des dents et en a donné d^élégantes figures (Silliman's American journal, 1843, t. XLV, p. 359-363, pi. V). Frappé de la ressemblance du tissu dentaire avec celui du Labyrinthodonte , il s'est demandé si des dents trouvées dans certaines localités et rapportées à ce gigantesque batracien fossile , ne provenaient pas de quelque poisson du groupe des Saurolfdes, et il en conclut la difSculté de déterminer la véritable nature de Tanimal auquel aurait appartenu une dent isolée et qui , soumise à Texamen microscopique, offrirait la structure remarquable dont il s'agit. La question posée par M. Wyman se rapporte à celle que pourrait soulever la présence de deux vomers et de deux canaux à rextrémité antérieure du bec destinés aux nerfs olfactifs (voy. pltfs haut, p. 306, note 1).
La structure de la dentine , au reste , n'est pas toujours la même ckez les Lépidostés. En effet, parmi les six modifications qae sa disposition présente chez les poissons et énumérées par M. Rich. Owen (Anatom. of vertebr,^ 1866, t. I, p. 378), il y en a deux qui se rencontrent dans la structure du système dentaire des poissons dont il est ici question. Ainsi, au groupe où la dentine est plissée {plicidentine), appartient le Lep. oxyurus^ et à celui où elle est contournée , comme chez le Labyrinthodonte (labyrinthi'dentine) y on peut rapporter l'espèce qu'il nomme Lep. platyrhinus. Ce sont, mais sous une forme plus précise, les conclusions déduites primitivement par M. Âgassiz de ses recherches sur ce sujet.
Quant à leur mode de renouvellement, ce dernier a fait observer que, contrairement à ce qui se voit chez beaucoup de Reptiles et de Poissons, le noinbre des pièces de l'armure dentaire est variable, attendu que ce n'est pas sous la dent ancienne, comme cela a lieu, par exemple, chez les Crocodiliens et les Sparoîdes , que la dent de remplacement paratt. Elle se développe entre des dents ou entre des alvéoles où il n'y a plus que le pivot osseux dont j'ai parlé plus haut (pr. 308). La cavité alvéolaire et son contenu sont , par là même , resserrés et peu à peu résorbés, puis finissent par disparaître. On trouve, sur certaines mâchoires, des traces manifestes du travail de résorption.
Le tube digestif e&X très-simple. L'estomac qui est assez large et fusifoVme se continue, sans ligne de démarcation, avec l'œ-
310 OANOlDBS HOLOSTÉS. LÂPIDOSTÉIDÉS.
sophage ; il se porte directement en arrière, et, vers son extrémité terminale, se replie en un très-court tube pylorique à parois épaisses. La communication entre Testomac et le duodénum se fait au moyen d'une ouverMire étroite. A Torigine de rintestin, s'insèrent les appendices pylonques. Gelui-ci décrit une double courbe, Tune ascendante et Tautre descendante. L'ensemble du canal intestinal a été représenté par Yan der Hoeven (Ueber die zellige Schwimblase Lepid. in : MûUer's Archiv^ 1841, pi. X)« et par M. Jos. Jones {Itwestigat. chem. and physiolog.^^aLshingXon^ 1856, fig. 11, p. 99). La, valvule spiroîde de l'intestin est h peine développée , et cependant on peut se demander, avec M. Stannius (Handbuch Zootomie^ Fische^ ir édit., 1854, p. 195, note 10), si les trois replis obliques formés par la membrane muqueuse ne doivent pas être considérés comme une trace ou un rudiment de la valvule. La même opinion avait été déjà exprimée par M. H. Franque, qui, en 1847, l'avait comparée à celle de l'Amie, dans sa dissertation (Amiœ calvœ Anat,^ p. 11).
La manière de voir de ces anatomistes n'est , au reste , que la confirination de l'opinion exprimée par J. MùUer, dans un post-scriptum à son mémoire ( teber den Bau und die Grenzen Gan. und ueber naturl^ SysL Fische in : AbhandL AJcad. Berlin, 1846 [1844]). A la p. 207, après avoir, dans le cours de son travail (p. 148), mentionné Tabsence de la valvule comme l'un des caractères des Lépidostés, il modifie son assertion par suite d'un nouvel examen , et reconnaît qu'elle avait jusqu'alors échappé à l'attention. Elle n'est que rudimentaire , dit-il; limitée à la portion de l'intestin qui précède le rectum , elle décrit 3 contours en .tire-^bouchon ; trèa-peu saillante, enfin, son rôle physiologique, par là même , est nul. Elle ne sert, ajoute-il, qu'à rappeler le plan général des Ganoïdes.
Aussi, dans la diagnose placée en tète de l'histoire de la far mille des Lépidostés , ai-je indiqué la présence d'une valvule tout à fait rudimentaire.
Je mentionne, bien que ce soit un caractère* commun aux Ganoïdes, la communication entre le péritoine et l'extérieur. M. Hyrtl a vu et étudié les'canatw? péritonéaux^qm s'ouvrent par des orifices pairs sur les côtés de l'anus [Ueber die Sckwirnblase Lepid. osseus in ; Sitzungb&i\ Akad. Wissensch. Wicn., 1852, t. VIII, p. 72). Il a représenté ces orifices sur lapl. II,fig. 2, c, c, jointe à son mémoire (Ueber den zusammenhang Geschlechts-Eamwerkzeuge Gan., in : Denkschr. Akad. Wién, 1855.
PONGTIOIfâ DE LA VIE DE NOTRITION. 3H
Orgaïies antœxes dé l'appareil digestif. — Le foie est long Cl ressemble ainsi , par sa conformation , à celili des animaux dont le corps est allongé.
Van der HoeTen, sur la pi. que je viens de eitéfr, p. 310, Ta représenté fig. 1, et, sur la fig. 4, a montré la vésicule biliaire. La glande est an lobe triangulaire étendu connue vtbe bande sur toute la face inférieure de Testomac à laquelle il est fixé. M. Jos. Jones (Investigat. ehem, arnipT^rtofo^., Washington, i856) en abonné aussi un dessin, p. 99i fig. 11, et Ta brièvement décrit, p. 112.
Comparé au foie des Plagiostomes, celui des Lépidostés est beaucoup moins .volnmineux^Le physiologiste américain a*en est assuré par des pesées cpinparatives de Torgane. et de la masse du corps. J'en ai donné les résultats t« I, p. l(to.
Le pancréaSy si Ton peut encore nommer ainsi les appendices pyloriques, se voit sur les figures indiquées ci-dessus.
'Sonf>oids proportionnel' est assez considérable, à en juger par les tables annexées au mémoire de M. Jos. Jones {loc, cit,, p. 107). Il était, chez une femelle de Lep. osseus, la 193^ partie du poids total du corps, et la 272* chez uv sujet dont le sexe n*est point noté, tandis que, chez seize autres poissons ou. reptiles carnassiers, il flotte entre le rapport de 1 à 472 et à 1563. Sa pesç^nteur est en rapport avec la nécessité où se trouvent les Lépidostés d'assimiler la graisse abondante des tissus et surtout du foie des poissons dont ils se nourrissent avec voracité.
V. Jbt/bs tire, de Tétude du pancréas des^Lépidostés, un argument en faveur du rOle assigné par M. Gl. Bernard' au sucpaucréatîque {loc» cil,, p. 1P9, et voy. 1^ t..I.4u présent ouvrage, p. 165-167).
Il est en contact, par la convexité de son bord sapénQur, avec le bord inférieur et concavp du foie. Il copsiste en un grand nombre de tubes en coscum qni se réunissent pqui; former plusieurs branches anastomosées elles-mêmes et se tem^inant en un canal coi|rt dont le diamètre est presque égal à celui de Tïntestin dans lequel il s'ouvre immédiatement au-delà'du pylore. Telle est la description ique M. Jos. Jones en"donne (l(7c. cit., p. 99),. d'après l&Gar-fish des eaux salées de la Géorgie qu'il nomme Lep, osseus* Il ajoute que les codduîts de TorgaiJè renferment, surtout après que lé' poisson a mangé, une matière de consistance crémeuse, véritable émulsion comme ilcxamen microscopique ledéinontre, où sont suspendus, dans un liquide transparent^ d'innombrables petits globules. On s'explique, il le fait observer, l'aspect du contenu du pancréas par la situation de ce dernier à rentrée de l'intestin et par la largeur du canal destiné à établir la communication entre les deux organes, et qui peut laisser pénétrer des aliments dans le pancréas. On 'a donc ainsi la preuve que le produit de sécrétion des appendices pyloriques jouit des propriétés
31S GAIfOlDBS R0L0STÉ8. LÉPIDOSTÉIBAs.
émttlsives dtt liquide pancréatique. C*est bien là que se fait le travail propre à permettre Tassimilation de la gmisse» car dans Testomac, on ne voit pas le liquide analogue à de la crème doi\t il vient d'être question, et, nulle part, on ne le trouve aussi abondant ^ue dans le voisinage du canal pancréatique.
Il y a, dans la disposition de T^rgane, des difféonces suivant Içs espèces. Ainsi, chez le Lépidqsté que M* Jos. iof^fis désigne, sans dénomination spécifique, comme Gar-^k 4e8 eaux douces habitaat les marais de k Géorgie, la structure généf^ale, ^ la vérité, est la môme, mais les tubes en cœcum ont plus de Ippgueur et leurs conduits sont plua.distincta,
Jusqu*a présent, on ignore si, outre cet organe qui n*est peutêtre qu'un faux pancréas, il y a une véritable glande pancréatique comparable à celle que les recherches de MM. Stannios et Brockman ont fait connaître (Yoy. plus haut, p. 64).
La rate, souvent double, est en contact avec la sniÂoe infi* rieure de la masse des appendices pyloriqi^c^. Sa forme, qu'elle soit unique ou double, offre des variétés presque individuelles (Voy. pour le résultat d^s pesées, 1. 1, p. 168j.
Sang. — L'analyse en a été faite par H. Jos. Jones (Investi" gai, chem. and physioloq. Washington, 18S6, p. 7). Elle lui a fourni des résultats très-analogues à ceux qu'il a obtenus en étudiant ce liquide chez les Plagiostomes.Les corpuscules n'ont pas été, jusqu'à ce jour, mesurés.
Circulation. — J'ai dé|à signalé la disposition dea ovules du bulbe aortique (p. 6). Il est probable que leur nombre, de même que chez les autres Ganoîdes, varie suivant les espèces; mais on manque de renseignements à cet égard. On eu a de complets, au contraire, dus à M. Hyrtl, sur le mode de formation du tronc aortique par les vaisseaux qui ramènent des branchies le sang hémaiosé, et sur la distribution, dans les divers organes , des branches artérielles fournies par Taorte ( Veb^ dos arterien-System des Lepid, in : Sitzungbfir. Akad. Wissensch. Wien., 1852, t. VIII, p.^ 234-241). Ne pouvant reproduire les descriptions que son Mém. renferme, j'indique seulen^ent une particularité notée par lui, touchant le mode de formation du tronc de l'aorte (p. 235), et dont M. Milne Edwards (Lfç.phys. et anat. comp.j t. III, p. 344, note 1) a donné la traduction dans les termes suivants :
« Les 2 vaisseaux efférents des branchies antériepres se réunissent directement entre eux sur la ligne médiane et forment un premier tronc aortique impair qui se dirige en arrière. La paire suivante des
FO!IOnO!«S DE U VIB Ml {fOTiiPIWIjI. 313
artères épibrancliiales se comporte de même et coAotitae ui^t* trono aorticpe; celui-ci se port^. en arrière aa-de^us..dir précédent et s'anasioroose bientôt avec lui. Enfin, les vaisseaux efférents des 3* et 4* lirancliies se rènnissient, de chaque c4*té, en un seul ^ronc qui va. se joindre à son congénère, pour former i:^n 3* trône médian. €e dernier est plus gros que le précédent dont il longe ja face inférieure, et, après s'être confondu avec lui, il constitue l%orte dorsilé. Il y a, par dmséqvent, à la base do crftne, 3 vaisseaux médiafnB et impairs superposés, qui se réunissent successivement entre eux, pour constituer Taorte dorsale. » , ^ .
De plus, selon la remarque de J. MûUer, la carotide post^ieure est formée par la. première racine de Taorte et Tartère de la vessie natatoire par 1% dei^nièrei (voy. plus Haut, p. 29^ ce que f ai dit dn^ système circulatoire de cet oi|[ane) avant la réunion des' racines du tronc aortique. .
RESPiBJpTiuif. — La dispcmition de Tappareilr resj^ifaioipe est, d'une maMièfé gênëf&té, delle As poissons oàseux ordinaires, ny a 4 arcs brancliiaux portant chacun 2 réngéés dé lamelles membraneuses et vasculaires , et le dernier ar.c est séparé de Tare pharyngien par une fente semblable aux autres fentes brancîi^lès.
J'ai signalé, dans la diagno$e, Tabsence des évents (voy., en outre, p. 7, note 1) et la T|)résence de la branthiê* epercalairè, ainsi que de la branchiole. Elles ont été figurées et représentées par J. Mûllef (Vebà' den Bau und die Gren%en Ganoid, und ueber HaturL ^Si/st. Fische in : AbhandL K. Akad. WUsensch, BerUif, 184ff [1844],.p. 433, pi, II, fig. 1).
Je renvoie à la p. 8, pour ce que j*ai dit relativement à la détermination du rôle de ces deux organes chez les Esturgeons; et j'ajoute, comme je Tai déjà fait observer^ p. 8, que si Ton n*a point la preuve qu'on ne puisse tias, avec le professeur de Berlin, considérer Da branekide des Lépidostés comme une fausse branchie, on est c^pen» dant plutôt porté, par analogie, à la considérer coni|ie destinée k revivifier du sang veineux.
Vappareil opereulaire manque d'interopercule ; il Dst composé de 3 pièces : !• Topercuie ; 2*» lé subapereule, un peu plus petit que le premier, réunis Tnn à Pautre par uncnsnture ohlique ou transversale; 3** l^ préopercule , dortt la portit^n verticale est cachée soust les os cutanés qui la recouvrent. Sa portion inférievre et horizontale forme tout le bord inférieur de la tète derrière la mftchoire, et se dirige en avant pour venir s'articuler par nne'suture très-oblique avec Textrémité postérieure de la 2* pièce intercalaire du système temporal (os symplectique
314 GAflOlMS RéLOSTÉS. LÉPIDOSTÉIDtS.
de Gùvier) qui af^pli<|ue son bont antérieur sur Vos carré ou jugai: Quant & I^ première pièce intercalaire de ce même système temporal {o8 tympanique de Guvier) elle appuie son extrémité inférieure élargie sur Le bord supérieur, !• de la portion la plus rechlee du premier ojs intercalaire, et ?* de' la région antérieure du préop^rcule» L*4ixtrémité supérieure de cette première pièce intercalaire-^sl ^xée à un petit cartilage qui lui-mêiipe tiaot au temporal. > .
J. Mflller a adonné une représentation de ces différents os {Veber den Bffu,... loc. cit.'y pî. IV, fig. 1 et 3).
M. Agassiz a décrit en détail Tappareil opTercnlaire (Rech. ^ur les poiss. /bs^.ftl II, 2« par^e, p. 16), puis sous tine formé résumée, p. il, les 2 derniers alinéas et p. 18. ffen a donné* un dessin, pi. B**, ûg. 5, où se voit, à de légères différences près, la même disposition des pièces qéBzie venst^'énûnftrer; mais le cajcjilage iotorposil^aa temporal' qui est ici représenté fvec; un volume proportioni]i,el pins considérable quesuj(.Je dessin die J. Mûller, et âP à la première des deux pièces intercalaires a été détruit sans doute par la ulcération, et M. Agassiz lie Ta pas figuré.
Les dénominations adoptées par Tun et par Vautre^ 4e ces anatomistes montrent qu'ils sont d'aecord avec Guyiec sur la signification des différents segments .de la région dont il s'agit ici. M. F. Poey. cependant ( El Manjmri XKIY iu HLe$i%. hûu nat. Cuba, 1. 1, ,p. 288, § 16, n' 39, et pU 29, fig. g) n^tuchant pas la même importance à la composition de l'appareil saspenseur de la mâchoire inférieure, tient Tos symplectiquepourun interopercule.
La, fermeture de la cavité branchiale est complétée par la membrane branchiostège qui déborde peu, en arrière, Topercule et le sous-opercule dont le pourtour' atteint presque celui de la ceinture scapulaire, mais elle offre assez de développement en avant où elle passe, sans éprouver d'interruption, d^un côté i Fautre. Dans son épaisseur, il y a 3 paires de rayons branchiostèges ; rînterne est le plus "petit ; Texteme a également peu de volume, le médian qui est le plus considérable est large, arrondi et, comme le dit M. Agassiz, en forme de sabre. Par son extrémité antérieure, il s'articule avec la 3* pièce de Tes hyoïde.
Sur les cfrtés de la tête ,. entre le cercle orbitaire précédemment décrit (p.' 306) et les pièces de Topercttle, op voit^une sorte de mosaïque formée par des osselets cutanés (Atlas, pi. SI* fig. la, 2a, 3a,et pi. 22, ilg. 2a). Leur forme est peu régulière; ils sont au nombre de 20 environ.
FORcnons de la Vib be .nutrition. 315
On a supposé que la vessie natatoire peut jouer un certain rôle dans Tacte de la respiration et qu'elle est, en quelque sorte, nn oj^ne accessoire des branchies. Je renvoie, pour Texamen de cette hypothèse^*à Tarticle conîsacrë à Tétudc de ce réservoir à air si remarquable par la structure cdlaleuse de sa fece interne (p. 299).
Les ORGANES GéNiTO-uRiNA)RES ne parussent avoir été Tobjet d'aucun travail spécial depuis la publication du mépioire de M. Hyrtl {Veber den Zusammenhang der Géschlechts Harniverhzeuge Gan. in : Denkschr. Akadem. Wien., 1854, t. VIII, 1855, avec fig.) , dont j'ai donné Tanalyse p^ 10-11, et où se trouve indiquée la disposition des organes dont il s'agit. ,
On ne sait rien de positif sur les produits des organes reprodacleurs, maisje ne dois pas omettre de rappeler que M. Giind*lach a informé M. Poey [Mem. hist. natur. Guba,. 1. 1, p. 4$8) des propriétés vénénau^as des œufs au l^epid, manjuari. Une poule mourut -agrè&en avoir mangé, et, chez çn ohien, il^ dé-, terminèrent des vomissements.
Enjexposant plus loin les essais «de classifications du groupe des Lépidostés, jç signale qu^elques-unes des dissemblances que Ton constate entre les jeunes.«ujets et les adultes. On e$t loin cependant àf connaître les phases de leur développement, II y a lieu de supposer, commç le fait observer (Lake superioi\ p. 262) M« Agsissiz, qui a tenté, mais vainement, n'ayant pu se procurer des individus viyants à l'époque du frai, de sa»livrer à des études embryologiques sur ces poissons, qu'elles éo}ai« rcraient d'une vive lumière l'histoire des feunea ichthyologiques dont l'apparition a> eu lieu pendant les pério4es qui se sont succédé avant l'époo^e actuelle (Id., Id., p. 34|). A Tappui dç son opinion, il rappelle la rçjatiqn étroite qu'on remarque, dans quelque famille que ce soit, entre les divers degrés de développement fœtal des espèces aujojurdliui.rép^^dues dans nos eaax et les formes sous lesquelles la même famille a yécu aux différents âges du monde. En outre , de semblables études , ajoute le même.aaturaliste, amèneraient prol)ablemept à savoir comment s'effectue le passage graduel des caractères des poissons à ceux des Reptiles, car on doit croir^, d'après les notions acquises sur l'embryologie des animaux, que les Lépidostés sont, tout d'abord, de véritables poissons et prennent peu à peu les caractères par lesquels ils se rapprochent des reptiles.
Enfin, M. Agassiz pense que Inobservation des diverses pé-
316 GACrOfDBS HOLOSTÉS. LÉPIDOSTAiBÉS.
riodes du développement ded Lépidostës permettrait de constater d'étroites relations entre eux et les Estui^eons. J*ai déjà parlé (p. 84) de celles que lui a montirées, durant les premiers temps de la vie, le mode d'apt)arition des écussoiis des Sturioniens et des écailles des Lépidostés. Il s'attend m6me, dit-il (Proceed. Boston Soc. nat. hist., 1856, t, YI, 1859, p. 63] à ce que Ton trouve, chez ces derniers , à un certain moment de la vie fœtale, la bouche en dessous comme chez les Esturgeons, et même d'autres coïncidences encore dans les formes embryon* naires.
Ils n'atteignent pas une aussi grande^taille'que les Sturioniens, et ne paraissent guère dépasser 1^.50. .^
Distribution géographique. — On rencontre les Lépidostés uniquemeni dans les eaux de TAmériquedu Nord. Cesi là un fait remarquable et important dans l'histoire de la nature, selon la remarque de M. Agassiz [Lake super. ^ p. 255), car il prouve que l'Amérique a uYie faune indépendante de celle de l'ancien monde. Les Polypières, il est vrai, htibitentie NÏI et le Sénégal, mais ils n'ont, en réalité, que des rapports éloignés avec les poissons dont il s'agit ici, et forment un* groupe distinct parmi lesGranoïdes. Il faut encore, relativement 'aux premiers, noter, avecle même -zoologiste (Collect. fish. from south. béni TenntS" self river in : Silliman's Amer. Joum. 1854, J^ sér., t. XVII, p. 369), qu^n les rencontre, 1** dans toutes les eaux du Sud, à partir de la Floride jusqu'au Texas; 2* dans le Mississipi et dans tous les plus grands affluents de ce fleuve jusqu'à la latitude du Lac Supérieur qui, cependant, n'en possède point; 3** daàs tous les grands lacs moins septentrionaux du Canada et dàn*^ le St-Laurent. Il y en a aussi dans les rivières et dans les lacs situés ft Touest de l'état de N^w-York, et dont les eaux sont reçues par ce Heuve. Ils habitent également celles de la PensylVanie occidentale , tributaires de TOhio et celles qui se rendet^t à TAtléAtique entre la Baie de Ghesapeake et la Floride. Dans les états de la nouvelle Ajigleterre , à Test du lac Champlain, les Lépidostés manquent, ce qui est d'autant plus étonnant que, en remontant vers le nord, on les retrouve dans le Saint-Laurent déjà signalé oomme étant une de leurs stations ; en descendant vers le sud , on constate leur présence dans la Delaware.
M. Agassia croyait, en 1850 [Lake super. )^ qu'ils faisaient défaut à l'ouest des montagnes rocheuses et dans TAmérique centrale ; mais depuis cette époque, on en a trouvé une espèce
DISTRIBUTIQN G&OCAAPBiaUE. CUSSIFIGATIO!!. 317
près des côtes da Pacifique, et le Muséum la possède (Lep. tr(h picus^ Gill.).
Enfio, pour achever rénumération des régions du Nouveau- Monde oii ils vivent, j'ajoute qu*il y en a un à Cuba.
Chaque espèce a une zone d'habitation limitée. M. Agassiz^ qui a beaucoup étudié ces poissons dont il connaît vingt types spécifiques au moins^ mais n*a malheureusemejit pas publié la monographie promis^ par lui en 18S4 (Silliman's Amer. Jour, locy ciL^ p. 360), est en mesure d'affirmer que les Lépidostés des états atlantiques du centre et du sud ne sont pas les mêmes que ceux des eaux de Touest ou que ceux des lacs du Nord [lake super., p. 255-256).
En résumé, quoique répandues sur bien des points dans les régions que je viens d'énumérer, les espèces sont rares dans les eaux du mgnde actuel. De là, résulte un frappant contraste entre la famille des Lépidostéidés et beaucoup d'autres où les divisions spécifiques sont très-multipliées. Si Ton prend, pour exemples, les Percoïdes, les Scombéroîdes, lesGades, etc., et, parmi les habitants des eaux douces, les Cyprins ou les Silures, il devient évident, comme M. Agassiz le fait observer (La&e «upenor, p. 256), que les groupes les plus naturels d'animaux diffèrent largement entre eux par le nombre de leurs espèces.
Il ne faut point perdre de vue, au reste, que si les espèces de la grande division des Sauroîdes à laquelle appartiennent les Lépidostéidés, sont peu abondantes dans le monde actuel, elles étaient, au contraire, fort répandues au sein des eaux dont les dépôts ont formé les terrains carbonifères, le nouveau grès rouge, les couches oolithiques, et l'on en trouve jusque dans la craie et les sédiments tertiaires (Voy. le tableau représentant la généalogie de la classe des poiss. (Agassiz, Rech. sur lespoiss. foss., t. I, p. 170). Les débris de Sauroîdes fossiles dénotent, par la diversité même des pays où on les rencontre actuellement, combien étaient larges les limites de leur distribution géographique aux époques antérieures à la période actuelle, et, particulièrement, durant les époques de la formation des terrains palaeozoîques et secondaires. Par conséquent, la famille des Sauroîdes qui, de nos jours, si l'on y rattache les Polyptères, est cantonnée dans l'Amérique du Nord et dans les fleuves des cfttes orientale et occidentale de l'Afrique , a eu , durant diverses périodes géologiques, une extension beaucoup plus considérable, puisque les dépôts ci-dessus mentionnés se trouvent non-seulement dans le Nouveau-Monde, mais sur le
318 GANOÎDBS ROiOSTÉS. LÉPIDOSTÉIDÉS.
vieux continent et jusqu'en Ausinilie. Ce fait, au reste, est une confirmation de Tune des lois de la palaeontologie d*après laquelle les limites des zones géographiques des faunes anciennes étaient plus lar|;es que ne' le sont les limites de nos faanes actuelles.
Les Lépidostéidés étant exclusivement propres aux fleuves de TÂmérique septentrionale, ii<est-on pas en droit d'en conclure, avec M. ÂgasSiz,' que ce pays constituait un vaste continent longtemps avant que les autres parties du globe eussent subi leurs transformations physiques les plus considérables ? En d'autres termes, n'est-il pas permis de croire que l'état de cette contrée n'a pas été très-modifié depuis les temps reculés où vivaient les poissons dont les Lépidostés sont les représentants actuels, tandis que sur d'autres points de notre terre, la faune n'est plus la même, par suite des changements qui s'; sont produits.
Classification. — L'analyse des classifications proposées pour les poissons compris aujourd'hui dans la sous-classe des Ganoîdes (voy. plus haut, p. 12-18], fait connaître toutcequ*iI importe de savoir sur ce sujet relativement aux Lépidostés. On y trouve, en efi^et, indiquées les phases diverses par lesquelles a passé le classement de ce groupe. Je n'ai donc à m'occuper actuellement que du mode de distribution des espèces rapportées à l'ancien genre de Lacépède élevé aujourd'hui , avec raison, au rang de famille.
Le naturaliste français a, le premier, reconnu que le poisson dit, par Linné, £500; ossettô, constitue un type générique trèsdistinct (Voy., pour l'origine du nom et pour l'emploi qu'on en fait maintenant, p. 291, note 2). Jusqu'en 1833, époque de la publication des vues de M^ Agassiz sur les Ganoîdes, le genre avait été toujours laissé parmi les poissons osseux abdominaux.
En 1820 [Ichth. ohiensis, p. 71-76), Rafinesque, d'après la forme du corps,
a partagé le genre en 2 sous-genres : Cylindrosteus à corps cylindrique et Atraetosteus à corps fasiforme ; mais comme il n*a tenu compte ni de la longueur proportionnelle des mâchoires^ ni du système dentaire, sa division est insufftsante, parce qu'elle ne s*&ppuie pas sur des caractères essentiels et fondamentaux.
En janvier 1843, dans la 15® livraison de ses Rech. sur les poiss. foss,^ M. Agassiz a signalé et brièvement décrit cinq espèces qui peuvent se grouper, dit-il , en 2 sections :
DISTRIBUTIO;* GÉOÇRAPHiQUB...CU^SIF|GA.TION. 319
I. La première comprend celles dont « 1$^ partie aatérienrc de la tête et les mâchoires sont très-p^olongées, Bn sorte que rpuvertnre de la gueule est beaucoup plus longue que le cr&ne li^^U- osseu^^ Lacépède, 2° L. semiradialus, Âg., 3<> L' gracilis^ Ag. » .
H. c La seconde section comprend les espèces' dont le museau n*est pas plus long que le crâne et dont la tête est généralement déprimée et arrondie ft son extrémité : Â^ L. spalula, Lacép., 5<» L. Orayi, Ag. j> ' . ^ '
En décrivant là 4* espèce, M. Âgassiz signale une disposition du systQjne dentaire gue la S"" lie présente pas. a Outre le^ grandeis dents coniques dans Tes ethmoîde et le maxillaire supérieur, et le maxillaire inférieur, il y en a encore de semblables dans le palatin, à son bord interne. » La mâchoire d'en haut a ,donc 3 rangées de grandes dents.
Ce caractère aurait pu motiver le classement du L. spatule^ Lacép., dans une 3« section'.
C'est ainsi que M. Gh. Girard Ta compris.
Represant, pour 2 groupes» les noms imaginées par Rafinesque, et conservant pour le 3" celui que Lacépède a créé, il distingue 3 genres ou sous-genres dans la famille des Lépidostéidés {Explorai, and surveys far d raUroad route from Mississ. to the paâf. océan. Fishes» i858, t. X, part. IV, p. 350-354).
C*est ce mode de classement que j'adopte pour la distribution des espèces en 3 genres. Voy. le tableau ci-après.
Avant d'en, commencer la description , je dois rappeler que M. Agassiz a insisté {Fish, of Tennessee river : Silliman'silme* rie. Joum.^ 1854, 2« série, t. XVII, p. 380) sur la difficulté de leur détermination, à cause d^s changements que Tàge amène.
Sur de jeunes Lépidostés, il a fait des observations relatives à la persistance, durant la première période de la vie, de certains caractères embryonnaires (Proceed. Boston Soc. naU hist.^ 1856, t. VI, p. 48). Le plus frappant de ces caractères consiste en ce que là colonne Vertébrstle se* continue , à son extrémité terminale , sous la forme d'un filament charnu distinct de la nageoire. J'ai vu, sur un sujet de très-petite taille, cette disposition (Atlas, pL 24, fig. 4, et, par opposition, fig. 3, adulte). Pour se l'eicpliquer, il faut remonter aux faits indiqués p. 293, à Toccasion du mode de terminaison du rachis. On est amené à conclure d'une semblable conformation de l'extrémité postérieure du corps, comme M, Agassiz le fait observer, que la nageoire aa lieu de terminer la colonne vertébrale, est, en réalité, un appendice de son bord inférieur et, par conséquent, repré-
StO GiOlMDtS B0L08TÉS. itPIDOSTÉIDiS*
sente une seconde anale (i). Cette nageoire, ajoute-il, est animée, lorsque ranimai' avança lentement, d*un mouvement vibratile involontaire tout à fait distinct de ceux de la queue et tel qu'on le voit chez certains fœtus.
Comme exemple d'espèces fondées sur des caractères transitoires, il cite {Fish. Tennessee, Silliman'd Americ. Joum. loc. cit.) Tespèce dite par Rafinesque Sarchirus (<râp|, chair, zt^, main), vittatus in : Joum. Ac. nat. «c, Philad., 1818, t. I,part. n, p. 418, et Ichth. ohiens., 1820, p. 69, XXVI. Ce genre, dit M. Âgas^z, doit être rapporté ^u jeune âge du Lépid. nommé L. oxyuruSy car avant rentier (développement, on constate habituellement, outre rindépendance dp l'extrémité delà colonne vertébrale et de sa nageoire, Tabsence d'écaillés. Les pectorales, en outre, consistent alors en une membrane qui part d'un tubercule charnu (Voy. aussi Ann. se. nat.^^'' série, Zool., 1865, t. m, p. 87).
Il faut, de plus, ajoute-t-il, rayer des cadres zoologiques le Lep. lineatus de Zad. Thompson, qui en a donné auMasèum un exemplaire du lac Champlain. Le poisson est ainsi nommé d'après une particularité non permanente du syslèçae de coloration du Lepid. huronensis Richardson. Durant les premiers temps de la vie, en effet, il y a habituellement une large bande noire sur la région médiane supérieure du tronc (Voy. p. 304 ce que j'ai dit du système de coloration).
Il est souvent* difficile de distinguer entre elles les espèces appartenant à un même genre. J'indique plus loin les caractères essentiels dont la comparaison, trop souvent négligée par les zoologistes qui ont décrit des Lépidostéidés, fournit seule la preuve de l'identité ou de la dissemblance spécifiqae des animaux qu'on a sous les yeux.
(1) U est très-remarquable que plusieurs poissons de la période du Tieas grès rouge, aient, à Tétat adulte,, la nageoire caudale oonformée presque exactement' de môme que celle des jeunes Léptdostés, car uoe semblabld structure est, jusqu'à présent, inconnue panni les poissons du monde actuel (Agass., Lake Vttfwn'or, p. 963, note).
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