FONCTIONS DB U \» BB RELATION
Sans m'a.rrèter à décrire les vertèbres, leurs apophyses transverses sar lesquelles tes cAtes s*articulent et les apophyses épineuses supérieures et les inférieures qui commencent seulement au-del^ des cAtes, j*appelle Tattention sur le mode de terminaison de la colonne vertébrale. J'ai déjà montré ( 1. 1 , p. 9 et p. 39-43) comment, par suite des observations de M. Agassiz touchant la direction de Textrémité du rachis, et qui sont présentées par lui, sous une' forme résumée, dans ses Rech. sur lespoiss. foss.f t. II, 2*" partie, p. 23, dernier alinéa, différents anatomistes, et particulièrement M. KOlliker [Veber dos ende Wirbelsaûle Gan. und einiger Teleostier^ 1860), à Toccasion du jubilé du 400' anniversaire de la fondation de TUnivei^sité de Bâle, ont fait de cette question et de la conformation de la nageoire caudale Tobjet d'études spéciales, M. Kôlliker a rendu ses descriptions (p. 8-11) très-claires à Taidc de figures.
Ainsi, pi. m, il a fait voir rextrémité cartilagineuse de la colonne vertébrale d*un Lépidostô et la manière dont elle se comporte relativement à Turoptère. Elle cousiste en une petite tige conique dirigée vers le bord supérieur de la queue où elle n'est protégée que par les falcres, c*e8t-à-dire par la peau, si ces derniers ne sont, comme on semble pouvoir l'admettre, que des écailles modifiées, et elle se termine en une pointe fine vers le commencement du dernier tiers de la nageoire. Elle est précédée par six vertèbres incomplètes faisant suite aux vertèbres normales, mais, portant» comme ces dernières, des prolongements inférieurs ou hsmapophyses qui servent de supports aux rayons articulés. De la direction du cartilage terminal du rachis placé tout en haut de Turoptère, résulte, en apparence, un défaut presque complet d'hétéroeercie dans Turoptère, quoique, en réalité» tous ses rayons soient au-dessous de Textrémité de la colonne vertébrale.
Relativement à la structure intime du rachis, M. Kôlliker s*est livré à des recherches dont il a publié les résultats en
1864 (Weitere Beobachtungen ûber die Wirbel ). Quoiqu'il
ait eu pour but principaU dans ce mémoire, f anatomie des Sélaciens, on y trouve cependant des observations sur celle des Ganoldes, p. 35-40 et p. 48 ; mais je dépasserais les limites que je dois m'imposer, si je donnais ici l'analyse de ce travail.
Le CRANE ou du moins le segment de la région céphalique dont il fait partie et à laquelle les pièces operculaires sont fixées, est presque carré. De cette forme et de celle de la portion antérieure de la tète, résulte une assez grande ressemblance avec les crocodiles ou avec le gavial. H. Agassiz a dit, avec raison, si Ton parle seulement des espèces à rostre effilé :
294 GANOlDES HOiOST^S» LÉPID0fiTilIIÉ8«
la tête ressemble à une massue & base carrée et à maache allongé ; mais lorsque les mâchoires sont larges, on ne saurait mieux comparer les Lépidostés et, entre autres « la Spatule (L. [Atractosteus] spaHda) qu'aux Caïmans nommés AUigaior cynocephalus et lucitu (Voy. 1* Atlas, pL 21). C'est de là d'ail* leurs, ainsi que de la conformation du corps et de la situation reculée de la D. et de TA. opposées Tune à l'autre, qu'est née, à l'époque où leurs caractères de Ganoldes n'avaient pas encore été mis en lumière , la comparaison avec les Brochets et leur classement auprès de ces derniers.
Le crâne offre, jusqu'à un certain point, un aspect analogue à celui du reste du corps, car sa surface est émaillée, mais elle porte aussi des rugosités et des sillons disposés avec une certaine régularité.
Les 08 qui entrent dans sa composition ont été décrits par M. Âgassiz {Rech.... t. II, 2" partie, p. 7-11 et figurés sur son allas, t. II, pi. B* et B"). Quelques-unes de ses déterminations et en particulier celle des os mastoïdiens sont contestées par M. F. Poey {El ManjuarU XXIY, in Memor, sobre hisL nat., Cuba, 1851, 1. 1, p. 285-289, n""* 16- 22, pi. 29). Au reste, comme il le fait observer, avec raison (p. ^, n® 16), la différence d*opinions n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire, d'après le nombre d'os (20 environ) sur lesquels portent les divergences, car, ajoute-t^il, a le changement d'un seul entraîne le dérangement de plusieurs; si nous étions d'accord sur le mastoïdien, le frontal antérieur et sur l'interopercule^.nous le serions sur presque tous. » Je sortirais du cadre que je me suis tracé en exposant ici les déterminations de chacun des deux naturalistes, mais je dois dire qu'il me semble difficile de ne pas considérer comme étant les mastoïdiens les os indiqués par le n^ 12 sur les pi. B' et B" de M. Agassiz, et qu'on voit sur les 6 fîg. de la pi. M, et sur les fig. i, 2, 2a de la pi. 22 (Atlas) en dehors des deux pariétaux qnî, occupant la région médiane, sont visibles seulement sur les fig. 1, 2 et 3, pi. 21 et sur la fig. 2, pi. 22. Les mastoïdiens offrent un petit prolongement incliné sur la face latérale du crâne. Je ne trouve pas sur la pi. 29 de M. Poey le n^ i5 par lequel il désigne les mêmes os dont il donne la description p. 287, n» 19. Ils sont, dit-il, à l'élat cartilagineux, et occupent l'espace compris entre les grandes ailes du sphénoïde et l'occipital externe.
Quant aux interopercules qui sont également l'objet d'une contestation, j'expose en quoi elle consiste, dans la description de l'appareil respiratoire.
Rostre. — Un des caractères essentiels des Lépidostés réside dans la conformation de la région antérieure de la tête continuée en un museau qui est tantét large, mais au moins
anrai long qoe la portion de la région céphaliqne coinprise entre le commencement du tronc et Tangle de la bouche; tantôt, au contraire, allongé, étroit, mince et constituant une sorte de bec dont la face supérieure n'est pas formée par les mft* choiras seules.
A la région moyenne da rostre, et, dans son tien postérieur environ, se troure le prolongement do sphénoïde principal que cachent, en dessus, les frontaux piineipaux; ceux-ci, articulés, en arrière, avec les pariétaux et les mastoïdiens, et un peu resserrés au-devant des orbites, présentent ensuite un élargissement dû à la courbure' régulière et plus ou moins prononcée suivant les espèces, du bord externe de chacun de ces os, lequel reprend ensuite sa direction rectiligne, d*où résulte un dessin particulier sur la base du bec. Au-devant de ces frontaux, il y a d'autres os dont la configuration a subi des changements dus à celle du museau ; mais je m'arrête dans leur énumération. (Atlas, pi. 21 et pi. 22.)
Pour la compléter, il faudrait discuter la signification de chaque pièce, et je craindrais de ne pas présenter avec assez de clarté, les opinions différentes émises par M. Agassiz et par M. Poey, si je me contentais de les résumer. D*un autre côté, Tespace me fait défaut pour reproduire en entier la discussion. Il est donc préférable de recourir aux textes mêmes où les faits qui lui servent de base sotat exposés et éclairés par des figures. Ainsi, je renvoie au § 16, p. 285 du U 1 des Mém. de M. Poey : c'est une explication de ses pi. 28 et 29, avec la synonymie de M. Agassiz et aux § 22-27, comme aux p. Il (dernier alinéa}-! 5 et p. i8 (dernier alinéa)-20, du t. Il, 2* partie des Reeh, sur les poiss, foss., pi. B* et B", puis aux p. 4 et 5 où se trouve résumée, par avance, la détermination des os de la région rostrale.
Mâchoires. — J'appelle cependant Tattention, en passant, sur le fait singulier de la décomposition des os qui semblent devoir être considérés comme les maxillaires supérieurs^ en une série de pièces allongées, de grandeur variable, articulées bout à bout et représentant, en quelque sorte, par leur union mutuelle, un os unique.
Elles supportent toutes les dents du bord de la mâchoire, excepté les antérieures (Atlas, pi. 22, fig. 3). Celles-ci appartiennent à de petites pièces osseuses qui doivent être prises alors pour des intermaxillaires (voy. plus loin, ce que je dis de ces os, en parlant des narines à propos du sens de rolfaction), à moins que Ton ne considère comme tels la double série d*os multiples dont je viens de parler. Dans ce cas, les maxillaires seraient fort réduits, car il faudrait nommer ainsi la baguette osseuse très-gréle placée, de chaque côté, au-devant de la chaîne des sous-orbitaires, et au-dessous du prolongement antérieur de cette chaîne. On la voit sur la pi. 2i de
S96 GANOÏDES HOLOSTiS. LÉPIDOSlilOÉS.
I'Atlas» fig. 1 a, 2a. 3a et sur la pi. 22, fig. 2a. Elle a été également dessinée par M. Agassiz (t. Il, 2« partie, pi. B*, fig. 3, a, b, e).
La mâchoire inférieure toujours un peu plus courte que la supérieure, mais offrant, sous ce rapport, des différences spécifiques, est généralement assez emboîtée dans la supérieure pour n*étre ppint vue quand on regarde le rostre par sa &ce supérieure. Elle semble, dans les espèces à museau large, chex le L. spatule, par exemple, avoir plus de largeur que la supérieure. Gomme M. Âgassiz le fait observer, cette apparence tient à ce que, « en ouvrant la gueule, on force les branches de ses c6tés à s*éloigner. 9
Elle est formée d'un plus grand nombre de pièces que celle des autres poissons où, d*ordinaire, on ne distingue que le dentaire auquel adhèrent les dents et Tarticulaire offrant une facette pour Tarticulation ; souvent, il est vrai, Tangle postérieur porte, sous ce dernier, une pièce plus petite que Tangulaire ; mais, selon la remarque de Cuvier, Hist. nat, poiss,, t. 1, p. 348, le Lépidoslé est presque le seul poisson où « Ton trouve clairement les mêmes os que dans Is mâchoire inférieure des Crocodiles, des Tortues et des Lézards i. Ces os ont été décrits dans les Rech, sur les poiss. foss., t. I, 2« partie, p. 20 et 2i, et figurés sur les pi. B' et B.**.
Nageoires. — La diagnose des Lépidostés contenant Tindication des caractères essentiels offerts par les nageoires, et ceux de la caudale ayant été énoncés dans la description de rexlrémité terminale du rachis, je n'ai pas à m'arrêter en ce moment à Télude de ces organes, d*autant plus que leur mode d'union au squelette est celui qu'on trouve chez les poissons osseux. Je dois faire remarquer, avec M. Âgassiz (Lake superior^ p. 260), que les nageoires paires et spécialement les pectorales sont beaucoup plus développées que chez bien d'autres poissons. La particularité la plus intéressante à rappeler ici est relative aux fulcres qui, au lieu d'être simples comme chez les Esturgeons, sont doubles (Atlas, pi. 24, fig. 6, fulcres de Lép., et fig. 8, d'Esturgeon). La fig. 3 (même pi.) montre une caudale de Lépid., vue de profil ; les fulcres y sont représentés sur les bords supérieur et inférieur de la nageoire dont le bord postérieur doit son obliquité à celle de la terminaison du tronc. Là, comme aux autres nageoires, les rayons sont constitués par de petits segments très-courts et fort nombreux.
Relativement au système musculaire, je n'ai aucune particularité à signaler; mais pour compléter ce qui concerne la motilité, je dois maintenant parler de la poche à air.
POnCTIONS DE LA VIB DE RELATION. 297
Vessie hatatoire. — Nous trouvons, dans la famille des Lépidostéidés, le premier exemple d'une structure rare : sa surface interne est celluleuse; mais on a attaché à ce fait une trop grande importance, quand on a voulu la comparer à une cavité pulmonaire.
Forme. — Elle est très^longue et s*étend de Tœsophage jusque vers Textrémité postérieure du corps. En avant, elle est légèrement bifurquée et offre deux petits prolongements terminés en cul de sac, mais dans tout le reste de son étendue, elle représente une poche allongée, simple à l'extérieur. Chez le £. spatule , M. Valentin Ta vue également un peu bifurquée à Bon extrémité postérieure [Veber Organis. Trabeculœ camece Schwimblase L, spaU in Repertoi\ 1840, p. 394). Il y a quelques différences spécifiques inutiles à énumérer.
Situation. — Gomme chez les autres poissons, elle est placée au-dessous de la colonne vertébrale et au-dessus de Tintestin. Sur toute retendue de la face supérieure et de la face ventrale, se trouve une bandelette tendineuse médiane.
Quand on ouvre Tœsophage pour chercher son mode de cornmunùuition avec la vessie natatoire, on rencontre, à la région tout à fait antérieure de cette portion du canal digestif, immédiatement derrière les os pharyngiens supérieurs, et à sa face dorsale, une petite fente, longue de O^b-OOT, chez un Lepid. o^ seui dont la vessie natatoire étudiée par Van der Hoeven avait 0".21 (Veber die zellige Schwimblase Lepidost. in : Mûller's Archiv, 1841, p. 222, pi. X, fig. 4).
Cet orifice oesophagien est une glotte conduisant à une partie membranense qui, à son origine, parait ôtre cartilagineuse et se continue jusque dans la vessie dont elle établit ainsi la communication avec le tube digestif. La glotte œsophagienne est bordée par 2 saillies triangulaires assez fortes, qui ressemblent beaucoup à des cartilages aryténoTdes (Van der Hoeven, Id., pi. X, fig. 6), mais ne coniicnnent cependant pas du tissu cartilagineux. Pour les bien voir, comme le fait observer le professeur de Leyde, il faut détacher une portion de la membrane exleme de rœsophage dans Tépaisseur de laquelle ils sont contenus, car lorsque cette préparation n'a pas été faite, on n*aperçoit que la partie inférieure de ces sortes d*aryténo1des derrière aoe petite bandelette transversale (/(f., fig. 6).
La face interne porte des cellules ou cavités arrondies visibles à Textérieur à travers les parois en plusieurs endroits où Torgane rappelle Tapparence que présentent les poumons des grenouilles ou des couleuvres.
298 gaNoIdes hôlostés. LÉPiDOSTérois.
En incisant la vessie natatoire dans toute sa longueur, on voit bien les cellules dans chacune desquelles ii y a un réseau fin de cellules pariétales. Yan der Hoeven a compté 22 grandes cellules environ de chaque cdté, et M. Valentin, 31 d'un cOté, 33 de Tautre. En même temps que Tincision met à nu cette structure , elle permet de constater la présence de trabécules musculaires très-analogues à ceux du cœur. M. Valentin les a bien décrits (loc. cit.^ p. 392), et, en 1841, Van der Hoeven les a également étudiés avec soin.
Les trabécules sont des faisceaux charnus, à fibres striées en travers, ayant, à leurs 2 extrémités, des fibres tendineuses fixées à la paroi interne de la vessie. Selon J. Mûller {Sur les Gan, et sur la classif. des poiss. in : Ann, se. nat., trad. Yogt, 3* série, t. IV, p. 34), les grandes vacuoles ou cellules ne sont pas formées, comme les aD8tomistes que je viens de citer l'ont supposé, par les muscles. « Cest plutôt la structure des parois des cellules, dit-il, qui motive la disposition des trames musctilaires. Celles-ci, placées entre les cellules, finissent complètement, à une certaine limite, et les aires intermédiaires n'ont plus de couches musculaires sur leurs mailles. On peut très-bien observer cette terminaison des faisceaux musculaires sar les trames qui en sont couvertes. L*existcnce des vessies natatoires celluleuses, sans trames musculeuses, dans d*aatres poissons, démontre aussi la vérité de ce que nous avançons; telles sont la vessie des ËrythrinuSf celle de quelques Siluroïdes et de VÀmia calva, »
En définitive, que les grandes cellules aient ou non pour parois les faisceaux charnus, on ne peut méconnaître dans la structure de' l'organe, une disposition très-favorable pour la diminution de son volume, lorsque le poisson veut en chasser l'air qui y est contenu, puisque toutes les vacuoles de la surface interne communiquent entre elles. La ligne tendineuse médiane supérieure formant le point d'appui principal des trabécules charnus, un rétrécissement de la vessie, comme M. Valentin le fait observer, doit se produire, de la face ventrale vers la face dorsale ; on peut donc conclure, la glotte cesopbagienne, d'ailleurs, n'ayant point de sphincter, que la contraction simultanée de tous les éléments de cet appareil musculaire produit nécessairement une évacuation instantanée de la vessie.
De la disposition qui vient d'être décrite, résulte une grande ressemblance des cellules de la vessie natatoire avec les cellules pulmonaires pariétales.
Les mailles du réseau ont, presque toutes, les mêmes dimensions, mais sont fort petites. Elles sont, dit M. Hyrtl (U^ferdU
PONCnOflS ra LA TIB M RBUTION. S99
Sdmmbloie Lepid. osseus in : Sitmngber, Akad. Wissmsch., Wien., 4862, t.VIII, p. 71) revêtues d'un epithelium pavimenteux qui recouvre les faisceaux musculaires et les fibres tendineuses.
Des injections heureuses poussées jusque dans les dernières divisions des vaisseaux ont permis à cetanatomiste de constater que le système vasculaire n'est nullement celui d'un organe respiratoire.
Les artères de la vessie, en effet, naissent en gfand nombre de tonte la longueur de Taorte ventrale, et les veines versent leur sang noir dans celles des reins : il ne se produit donc pas de phénomènes d'hématose dans cet organe.
Si la vessie natatoire est sans relation directe avec la fonction de la respiration, faut-il en conclure qu'elle n'admet point dans sa cavité de l'air venant de l'extérieur? Les opinions à cet égard sont divisées relativement auxGanoldes. M. Hyrtl (Veber die Schwimblase Lepid. osseus^ loc. cii.^ p. 72) dit que, dans le travail dont la note ici mentionnée est un résumé, il a présenté des remarques propres à fiiire considérer, sinon comme impossible, du moins comme fort improbable la déglutition de Tair, différant ainsi de manière de voir, il le fait remarquer, avec H. Richard Owen. Celui-ci, dans sa dernière édition [On the anai. of vertebrateSn 1866, t. I, p. 496), où se trouve la confirmation des vues émises par lui dans la première, en 1846 (LecL comparât, anat. and phys, vertebr. animais^ 1. 1, p. 274-277), dit que chez les poissons à conduit aérophore petit et à ouverture oblique tel qu'on le trouve dans les Ostichthes (Carpe, Anguille, etc.), il ne sert que comme une sorte de soupape de sftreté destinée, en certaines circonstances, à laisser échapper les gaz du réservoir. Il n'en est pas de même, ajoute-t-il, pour les espèces d'une organisation plus élevée à conduit court et large, c'est-à-dire chez les Ganoîdes et le Lepidosiren, et permettant l'entrée de l'air dans la vessie.
Cette dernière opinion est celle que M. Poey soutient, parce que, dit-il , la glotte œsophagienne peut livrer passage à l'air extérieur (Memor. sobra la hist. nat. isla Cuba^ 1851, 1. 1, Mem, XXIV, § 7, p. 278), et que le sang de la vessie peut en recevoir de l'oxygène (/d., p. 438, § 3). L'organe, suivant lui , constituerait, par conséquent, un second appareil respiratoire.
Il a fait une observation qu'il considère comme confirmative de sa supposition {Observ, on differ. points nat, hist, Cuba with référence to ichih. Unit. States : Ann.Lycœum nat. hist. N.York, 1858, t. VI, p. 136).
300 GANOlDBS HOLOSTéS. LiPID08TÉIDiS.
« Un Lépidosté placé dans un bassin rempli d*eao y restait en repos tout le jour. La respiration branchiale s'effectuait par un mouTement continuel et à peine visible de la mftchoire inférieure et par an déplacement un peu plus apparent des opercules : 40 mouvements respiratoires pouvaient être comptés par minute; 8 fois enviroDOu i2 fois par minute, il venait, à la surface, avaler de Tair, et retournait aussitôt au fond du bassin. Une seconde après« une demi-douaine de bulles d'air^ dont quelques-unes assez grandes, s*échappait par les ouïes. L*air séjourne une seconde ou quelquefois une seconde et demie dans la vessie, et ce temps est probablement suffisant pour Tabsorption de Tair, en vue du rôle qu*il est destiné à jouer et pou son rejet. »
L'observation de M. Poey semble se rattacher à une particularité signalée par M. Agassiz. En étudiant des Lépidostés vivants [Proceed, Boston Soc. naL hisL, 1856, t. VI, p. 48), il a été étonné de la quantité considérable d*air qui s*échappe de leur bouche; mais il n'est point parvenu à savoir, d'une façon satisfaisante, de quelle soarce proviennent les bulles de gaz qu'on voit s'attacher aux branchies. Elles sont, dit-il, en nombre trop considérable, pour qu'on paisse attribuer leur sortie aux mouvements de déglutition que ces animaax accomplissent sans doute quand ils montent, ce qui a lieu de temps en temps, à la surface de l'eau oh ils semblent avaler de l'air. On ne peut pas non plus, ajoute-t-il, supposer une sécrétion gazeuse opérée par les branchies elles-mêmes.
Déjà, en 4834, M. Âgassiz (Proc. zooL Soc, Lond., t. II, p. 119), en donnant quelques détails relatifs aux Lépidostés, avait appelé Tattention sur l'appui que le mode de communication de sa vessie natatoire avec le pharynx apporte à la supposition d'une analogie à établir, chez quelques poissons, entre la poche à air et de véritables poumons. Il y est revenu, dans ses Rech. sur lespoiss. foss.^ t. II, 2* partie, p. 6. Cette analogie rejetée par M. Valentin (loc. cit., p. 396) est ancienne dans la science. Ce n'est pas à 4798 seulement, époque où Fischer écrivit sa dissertation (Versuch ueber die Schwimblase Fische), qu'il faut en faire remonter l'origine. Si, en effet, ce physiologiste l'a admise p. 69, § 9, comme M. Lereboulel l'a rappelé en lui attribuant, mais à tort, le mérite de l'avoir signalée le premier (Anat, camp, appar. respirât., 4838, p. 92 et 94), déjà elle se trouvait exprimée par Hulin (Duhamel, Traité despêches, t. II, p. 468). Ce dernier avait même été précédé par Rondelet et par Viridet (Voy. Fr. Delaroche, Obs. sur la vess. aér. des poiss. : Ann. du Mus., t. XIY, p. 260, et p. SO, tir. à part).
Sensibilité. — Système nerveux. — En 4846, M. Rich. Owen
PONCTIOMS DB LA VIE Dâ AELATIOM. 301
(Lect. campar. anat. andphyriol.y 1. 1, FûA., p. 17S, fig. 49) a donné un dessin de V encéphale et de Torigine de la moelle épi- »t^ed'unLép., mais sans indication d'espèce. Il Ta reproduit, en 1866, dans sa 2* éd. : On the anat. Vertebr,^ 1. 1, p. 375, fig. 174. M. Busch (G.), en 1848, a représenté (DeSelachor. et Gan. encephalo, pi. I, fig. 9 et 10) le cerveau et le commencement de la tige médullaire de Tespèce dite Lep. semiradiftius, Agassiz.
Ici, comme chez les Sturioniens, ainsi que je Tai fait remar-' quer avec M. Vulpian, p. 38, il y a, jusqu'à un certain point, et H. Busch en fait l'observation, p. 43, réunion de caractères propres à montrer que les Ganoîdes sont intermédiaires aux Plagiostomes et aux poissons osseux ordinaires. Vu par sa face supérieure, Tencéphale ne parait pas différer de celui de ces derniers; le cervelet, quoique petit, est un peu plus développé que chez l'Esturgeon ; il a une forme subelliptique dont le grand diamètre est antéro-postérieur. Â la face inférieure, le cerveau diffère surtout de celui des poissons osseux par le chiasma des nerfs optiques.
La distribution des nerfs encéphaliques a été Tobjet d*une étude atientive pour J. Mûller qui en a montré, d*une façon très- nette, les résultais (Ueber den Bau und die Grenzen der Ganoid, in : AbhandL Àkad., BerWny 1846 (1844), pi. lY, fig. 2 et 3, explicat. des fig., p. 212),
Organes des sens. — Le toucher^ comme chez les Polyodontes, s'exerce peut-être, mais certainement d^une façon plus imparfaite encore, par l'extrémité du museau qui, étant un organe de préhension , ne peut pas être bien exactement comparé au boutoir de ces derniers ou à celui des Esturgeons.
Ecailles. — Les téguments offrent ici une apparence que nous n'avons point encore constatée parmi les Ganoîdes et qui est Tun des caractères essentiels des Lépidostés et des Polyptères. Je veux parler de l'armure d'os cutanés couverts d'émail dont le corps est enveloppé. Elle constitue l'un des traits les plus remarquables de l'organisation de ces poissons, car on ne trouve une semblable écaillure « parmi les poissons vivants que chez eux seuls, tandis que cette disposition, comme M. Agassiz le fait observer (Rech. sur lespoiss, foss.^ t. II, 2* partie, p. 28), est la règle chez tous les poissons osseux des terrains antérieurs i la craie. »
J'ai dit (t. I , p. 268-275) , en présentant une analyse de la classification ichthyologique de M. Agassiz, de quelle impor-
302 GAnOÏDBS HOLQSTÉS. LiPIDOSTÉlUiS.
tance a été, pour lai, la structure des écailles, puisque, en y rattachant d'autres caractères qui s'y lient d'une manière naturelle, il a trouvé là le point de départ de la division de tous les poissons en 4 grands groupes.
Sans revenir sur les larges vues qui Font guidé, il me semble cependant nécessaire de rappeler un fait intéressant consigné dans ses Recherches^ p. 38 : a Qu'ils eussent la queue symétrique ou que son lobe supérieur se prolongeât considérablement en arrière, toujours est-il que tous les poissons osseux qui ont existé avant la grande époque crétacée ou avant l'apparition des premiers Gténoîdes et des premiers Gycloîdes, étaient couverts d'écaillés semblables à celles des Lépidostés et des Bichir de notre époque. » Ces poissons étant confinés, de nos jours, les premiers dans les eaux douces de l'Amérique du Nord, et les seconds dans celles des côtes orientale et occidentale de l'Afrique, on en a déduit, relativement à la constitution actuelle de ces régions du globe, quelques conclusions dont je fais mention à la fin de l'histoire de la distribution géographique des Lépidostés.
La forme des écailles présente une assez grande uniformité qui a motivé, pour désigner ces poissons, les dénominations de Rhombifères ou de Rhomboganoides (Yoy. p. 16), car elles constituent, sur presque toute la surface du tronc, des losanges plus ou moins obliques. Elles ne sont cependant pas toujours parfaitement semblables entre elles. Ainsi, dans une série oblique, à partir du sommet du dos où la rangée médiane se compose d'écaillés presque arrondies et très souvent cordiformes, jusqu'au milieu du ventre, on trouve des différences de conformation, mais elles ne sont pas assez tranchées pour modifier l'aspect général de l'écaillure.
Voici des exemples de ces dissemblances : i* Les bords supérieur et inférieur de récaille étant toujours parallèles, si Tun est convexe ou concave, l'autre est concave ou convexe, mais il peut arriver que Tune de ces dispositions se voie au commencement d*une série longitudinale, puis soit remplacée par la disposition inverse au milieu de la série et que, plus loin, jusqu'à Textrémité de la queue, les deux bords restent parfaitement horizontaux. Tel est un des caractères du Lepid. osseus ; ^ au niveau de Tinsertion des nageoires, les écailles sont irrégulières; 3*^ ou bien la surface émaiilée est parfaitement lisse sur une région du corps et, sur une autre, couverte soit de radiations, soit de siries plus ou moins prononcées, ou même elle est bordée par de fines dentelures; 4<^ tantôt, le centre de TécaiUe est légèrement saillant, tantôt, il présente une faible dépression.