CARACTÈRES DU GENRE PALVDICELLE
L'animal est pourvu d'un canal digestif complet; les branchiules ', au nombre de 10 à 18, sont toutes d'une égale longueur et disposées en entonnoir sans diaphragme à leur base. La bouche est dépourvue de lèvres.
Le polypier est rameux , articulé et divisé dans sa longueur en autant de loges qu'il y a de polypes , au moyen de cloisons placées transversalement dans la partie la plus rétrécie , en sorte que chaque individu est isolé et qu'il ne s'établit pas de circulation commune. Le tube polypiaire est gonflé de dislance en distance, et contient, dans chaque renflement, un animal qui sort à côté de l'extrémité de la loge. Le polypier formé ainsi de loges cornées placées bout à bout, est ramifié en di- ou trichotomie; sa consistance est pergamentacée ; dans son jeune âge, le polype est blanc, transparent; il est d'un jaune ferrugineux dans l'état adulte.
Nous n'avons pas observé d'embryons libres et flottants comme dans les genres voisins; mais, à l'approche de l'hiver, il se développe une sorte de bourgeon déprimé, pointu, couvert d'une enveloppe cornée analogue aux œufs des autres genres.
Le genre Paludicella diffère ainsi des autres polypes d'eau douce par des caractères importants tirés de l'animal et du polypier. Il a de commun avec le genre Fredericelta la disposition des branchiules en entonnoir, mais il est articulé, et ses organes sont dépourvus de cette membrane si caractéristique des Fredericclla et qui unit les branchiules à leur base. En outre, dans ces derniers, la bouche est pourvue, d'un côté, d'un prolongement en forme de lèvre qui manque tout à fait dans les paludicelles.
Notre genre diffère beaucoup plus encore des autres polypes d'eau douce par la forme de fer à cheval que présente leur couronne branchiale. Les alcyonelles et les Lophopus abandonnent la forme radiaire pour se
! Plus loin , pag. 1 2 , nous donnons les raisons pour lesquelles nous nous servons du mot branchiules au lieu de tentacules.
rapprocher des animaux symétriques. Les frédéri celles font le passage entre ces derniers et le genre qui fait le sujet de ce travail.
Le polypier des paludicelles présente des caractères au moins aussi tranchés; il se compose de plusieurs loges ou cellules placées bout à bout et dans chacune desquelles se tient un polype, en sorte qu'il n'y a aucune communication entre les différents animaux. Chaque individu vit ainsi pour son propre compte, ce qui est l'inverse des autres polypes d'eau douce.
En traitant la question zoologique, nous examinerons les rapports qu'ils présentent avec des polypes marins.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Lorsqu'on examine au microscope une jeune tige de paludicelle, on aperçoit distinctement à travers sa peau diaphane toutes les parties de l'animal, et même les matières contenues dans son canal intestinal. Nous pouvons donc en décrire les différents organes avec autant ou même avec plus de certitude, que si l'animal était assez grand pour être disséqué au scalpel. Nous pourrons ainsi observer par quel moyen il sort de sa cellule; comment il y rentre, et quels sont les changements qui se passent dans l'intérieur; en un mot, étudier les lois physiologiques qui président à son existence; mais avant de commencer la description des différents organes dont ils se composent, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que ces petits animaux conservent dans la disposition des principaux organes les mêmes rapports que les animaux supérieurs. Dans ces derniers, le corps de l'animal peut se réduire à une peau disposée en cylindre qui se replie en dedans aux deux extrémités, de manière à présenter l'image d'un manchon. Sur le trajet de la peau interne se développent différents organes pour la conservation de l'individu et de l'espèce; entre la peau externe et l'interne sont situés les principaux organes de la vie de relation: le système nerveux, le squelette, les muscles et l'appareil circulatoire. Dans ces polypes nous apercevons une distribution analogue. L'animal est formé de deux peaux distinctes, l'une extérieure et l'autre intérieure, et
c'est entre les deux peaux, dans un espace rempli de liquide, que nous voyons se développer les muscles, les nerfs, quand ils en ont, ainsi que l'appareil circulatoire. Tous les autres organes sont des dépendances de l'une ou de l'autre peau. Ce rapport nous avait échappé dans l'étude des individus adultes; mais en étudiant le développement, nous avons remarqué, comme nous le verrons plus loin en détail, que le jeune individu ne consiste d'abord qu'en une membrane mince, formant une paroi autour d'un liquide, dans laquelle se développe une seconde membrane qui constituera le tube digestif.
Système cutané.
Nous avons dit que, dans le genre qui nous occupe, le polypier se compose d'une série de loges cornées placées bout à bout, chacune desquelles renfermant un polype distinct. Il importe de ne pas confondre cette loge cornée avec la peau véritable de l'animal, ce que l'on ne manquerait pas de faire sans une observation attentive. La peau extérieure que nous n'avons vue entièrement distincte que dans les jeunes individus , part de la base des tentacules et forme autour de ceux-ci une gaîne pendant la rentrée de l'animal. Cette peau, arrivée à l'ouverture de la loge, suit ses parois internes et tapisse tout son intérieur. Mais si l'on Aoulait considérer le polypier corné comme étant l'épiderme, l'organe que nous venons d'indiquer devrait, dans ce cas, être considéré comme le derme. Nous croyons en effet devoir suivre cette détermination, parce que les polypes rentrent par là dans la forme animale commune. Ce ne sont plus des animaux à part qu'il faut considérer comme formant un type particulier, c'est le type général soumis à une modification nouvelle.
Nous pouvons donc considérer la peau comme formée par le derme et l'épiderme ; ces deux couches conservent leur flexibilité dans la portion qui s'étend de la base des tentacules à l'ouverture du polypier. Le derme et l'épiderme sont tous les deux également transparents dans cet endroit. L'épiderme se durcit ensuite, devient insensiblement plus opaque; il s'é-
paissit avec l'âge, devient corné et est toujours pergamentacé dans ce genre; mais, dans la plupart des polypes marins, il se dépose dans ses parois ou en dessous des sels calcaires qui constituent les polypiers pierreux. Cet épidémie est organisé comme dans les animaux supérieurs et n'est pas une substance sécrétée comme on l'avait cru jusque dans ces derniers temps. Nous avons très-bien reconnu dans les très-jeunes individus, au milieu des parois, des cellules qui disparaissent avec l'âge et qui justifient à nos yeux le rapprochement que nous faisons entre l'épiderme des animaux supérieurs et l'habitation en apparence si compliquée des polypes. Nos observations s'accordent ainsi complètement avec celles que M. Milne Edwards a faites sur plusieurs polypiers marins. Toutefois, il résulterait des recherches de quelques naturalistes , comme par exemple de celles de Cavolini, que plusieurs polypiers sont formés aussi en tout ou en partie par exsudation , et par conséquent la nature des polypiers ne serait pas la même dans toute la classe.
Le polypier des paludicelles se compose toujours d'une tige principale, simple au commencement, ramifiée à un âge plus avancé. Il est rétréci de distance en distance; et une cloison interne transverse divise la tige en autant de cavités ou loges distinctes qu'il y a d'étranglements. Dans chaque loge habite un animal , qui n'a aucune communication organique avec ses voisins. Sur le trajet de la tige principale l'on aperçoit, dans les polypiers adultes, des ramifications qui partent toujours de la partie renflée. Tantôt il n'y a qu'une seule ramification, et le polypier est fourchu, tantôt il s'en forme des deux côtés, et le polypier devient trichotomique. Chacune de ces branches se subdivise ensuite comme la tige principale, et de là vient cette forme régulière qui aura fait prendre plus d'une fois ce polypier pour un végétal. Nous exposerons plus loin à l'article reproduction, comment l'accroissement de ces parties a lieu.
On voit assez communément sur le polypier de ce genre le Vaginicota tincta, qui se présente au premier aspect comme des excroissances du polypier lui-même. En l'examinant pendant quelques instants dans un repos absolu, on voit bientôt l'infusoire à la porte de son tube, et faisant tourbillonner autour de lui les particules suspendues dans le liquide.
Système digestif.
Le eanal intestinal est complet et se compose de quatre compartiments : la cavité buccale, l'œsophage, l'estomac et l'intestin. Toutes ces parties sont parfaitement distinctes les unes des autres.
La bouche est située exactement au milieu des branchiules. Si l'on regarde de face un de ces animaux épanoui, l'appareil branchial se présente sous la forme d'une rosace dont la bouche occupe le centre. Elle est complètement dépourvue de parties cornées; son ouverture est transversale, mais ne présente point de prolongement labial comme chez ses congénères. Le canal digestif est légèrement renflé à son origine pour former une cavité buccale; de nombreux cils vibratils tapissent l'intérieur et attirent, par leurs mouvements continuels, les particules suspendues dans l'eau. Ces particules, qui consistent le plus souvent en infusoires ou en conferves, s'accumulent dans cette première excavation, s'agglomèrent, et lorsque la quantité en est suffisante, l'œsophage se dilate, et les aliments, sous forme de bol alimentaire, passent directement dans l'estomac. C'est la seconde station des aliments.
L'œsophage est assez long relativement au volume de l'animal; il est droit pendant que le polype est épanoui, et forme au contraire un coude lorsqu'il rentre dans sa loge.
L'estomac est d'une forme ovale allongée. Il reçoit l'insertion de l'œsophage près de son extrémité antérieure. Ses parois sont assez épaisses, et sa surface interne paraît couverte de petites éminences qui pourraient bien être des cœcums biliaires. Ces éminences sont constamment coloriées ou en jaune ou quelquefois en rouge amaranthe. A l'endroit où s'insère l'intestin, on aperçoit une série de cils vibratils disposés en demi-lune, et qui mettent les particules nutritives agglomérées dans un mouvement continuel de rotation sur elles-mêmes. On voit souvent dans cet endroit de l'estomac les aliments comme s'ils étaient suspendus à un fil qu'on tourne sur son axe; ou bien on les voit attirés par les cils, et ils ne touchent pas plutôt ces derniers, qu'ils sont repoussés avec CompL, t. XVI. 2
violence, ce qui produit le même effet que les moulinets des feux d'artifice. On ne peut s'empêcher de ramener ce mouvement d'attraction et de répulsion à l'action du fluide magnétique. Les particules nutritives venant en contact avec les cils , reçoivent le même fluide et sont au même instant repoussées.
Outre le mouvement communiqué par les cils vibratils, l'estomac luimême se meut constamment par un mouvement péristaltique et imprime encore un autre mouvement aux aliments. Mais cette contraction péristaltique paraît moins prononcée que dans les genres voisins.
Entre l'estomac et l'intestin on observe un repli intérieur, un bourrelet circulaire ou pylore. L'intestin commence immédiatement au-dessus des cils. Il est droit et parallèle à l'œsophage lorsque l'animal est épanoui ; dans le cas contraire, il est replié sur lui-même. A son extrémité, il présente un cordon qui attache cet organe à la base des tentacules et qui entraîne l'intestin pendant les mouvements de l'animal. Ce cordon est formé par la peau de la gaîne qui passe de la base des tentacules à l'intestin et entoure cette extrémité. Les excréments s'agglomèrent dans l'intestin et ne sont expulsés que lorsqu'il y en a une certaine quantité. On reconnaît toujours ces matières fécales à leur forme et à leur couleur, qui tranche avec le blanc transparent de ces organes. L'anus est situé près de la base des branchiules. Pour évacuer les excréments, le polype doit être complètement épanoui.
Système respiratoire.
Comme la respiration est un acte indispensable dans la vie des animaux et qu'ils ont autant besoin d'air que d'aliments , il est évident que les polypes respirent. 11 nous reste à déterminer l'organe dans lequel s'accomplit cet acte de la vie organique.
Les polypes ont tous autour de la bouche des appendices que l'on désigne sous le nom de tentacules, et [qui ont été considérés déjà par quelques naturalistes comme l'organe respiratoire. Mais le développe-
ment des polypes , c'est-à-dire leur organogénésie, n'étant pas assez bien connu, l'élément principal pour la solution de ce problème manquait à la science.
Voyons d'abord ce que c'est qu'un tentacule. On donne ce nom à une ou à deux paires d'appendices non articulés situés près de la boucbe et dont l'une au moins est un organe de sens spécial. Ils s'enroulent ordinairement comme un doigt de gant et ne servent point d'organe de préhension. Les appendices des mollusques gastéropodes se trouvent dans ce cas, tandis que ceux des mollusques céphalopodes étant préhenseurs appartiennent à un autre ordre d'organes. On a donné aux bras des hydres le nom de tentacules, et de là ce nom s'est étendu aux polypes, dont les bras sont des organes purement respiratoires.
Une branchie , car c'est bien une branchie qui doit exercer la fonction de respiration dans les animaux aquatiques, est une dépendance du système vasculaire. C'est un vaisseau d'abord simple si on l'examine lors de son apparition, qui se courbe pour former une première anse. Celle-ci pousse de dedans en dehors dans un endroit déterminé du corps, pour mettre son contenu en contact médiat avec le milieu ambiant; elle se multiplie, c'est-à-dire qu'une seconde anse se forme au bout de la première, et puis une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce que le réseau sanguin ait pris sa forme convenable. Mais au lieu de se contourner , le vaisseau peut s'étendre directement et former des branches droites et parallèles.
Ainsi la branchie diffère surtout du tentacule en ce qu'elle n'est qu'une extension du système sanguin, un vaisseau multiplié. Le tentacule n'est qu'une extension de la peau contenant seulement les vaisseaux d'entretien.
L'organogénésie nous montre que les prétendus tentacules des polypes ne se forment que par l'extension de la cavité sanguine. Le liquide qui remplace ici le sang n'est pas contenu dans des vaisseaux. Il remplit une large cavité entre la peau externe et le canal digestif. C'est cette cavité qui s'étend au dehors autour de la bouche et forme des canaux isolés que l'on a nommés tentacules. Ils se forment de la même manière que les branchies, avec cette différence qu'il n'y a pas d'anastomoses.
L'organe de respiration ne pouvait se placer qu'autour de la bouche, puisque c'est la seule partie qui n'est pas cachée dans la loge.
Il n'y a dans ces animaux aucun organe qui puisse mettre le liquide en mouvement , comme le fait la bouche et l'opercule dans les poissons , le sac branchial dans les mollusques; mais les cils vibratils qui garnissent toute la longueur de ses appendices établissent dans l'eau un courant suffisant pour la renouveler constamment.
Les hydres sont d'une organisation plus simple. Ces appendices autour de la bouche sont des organes de préhension comme ceux des céphalopodes, et comme tout le corps est à nu, qu'il n'y a pas de cavité sanguine semblable à celle des polypes , et qu'ils se déplacent facilement, les cils vibratils sont superflus. Aussi ne les trouve-t-on que dans les polypes bryozaires.
De ces différentes considérations nous croyons pouvoir conclure que les prétendus tentacules sont les branchies. Aussi il serait mieux de désigner les tentacules sous le nom de branchiules , et l'ensemble sous le nom de couronne branchiale ou branchie tout simplement.
Les branchiules sont disposées en forme d'entonnoir autour de la bouche; elles sont toutes également allongées et ont un même diamètre dans toute leur étendue. Dans l'animal épanoui ordinairement, on en trouve seulement seize; mais il n'est pas rare d'en rencontrer dix-huit dans certains individus comprimés entre deux lames de verre, et nous nous sommes assurés de la constance de ce nombre. Le diaphragme qui lie les différentes branchiules entre elles à leur base dans les genres voisins, manque ici complètement. Chacune d'elles est ainsi isolée jusqu'à sa base; sa longueur est de 0mm,80.
Si l'on soumet un de ces organes à un grossissement assez fort , on aperçoit au milieu, dans toute la longueur, un canal qui charrie probablement un liquide, mais dans lequel nous n'avons point remarqué de mouvement. Le liquide chargé de corpuscules arrive, en tournoyant, jusqu'à la base des tentacules, mais se dépouille probablement de ces corpuscules pour pénétrer dans ces tubes et pour accomplir l'acte respiratoire. C'est là sans doute la raison pour laquelle nous ne distinguons point de courant dans leur intérieur.
Elles sont garnies des deux côtés de longs cils vibratils qui établissent un courant dans le liquide ambiant. Ces cils sont très-longs et atteignent presque la longueur du diamètre transversal des brancbiules. Le liquide contenu dans l'intérieur est oxygéné à travers les parois, par l'air apporté au milieu des courants.
Lorsque les brancbiules sont séparées du corps et légèrement contractées, on voit qu'au lieu d'être lisses sur les bords, elles sont légèrement denticulées, c'est-à-dire qu'elles sont régulièrement écbancrées et ressemblent en quelque sorte au corps d'un annélide. C'est à l'aide de ces anneaux que les brancbiules se déploient dans tous les sens (pi. I, fhj. 6).
Elles sont le plus souvent toutes droites après la sortie de l'animal. Quelquefois cependant, lorsqu'il est en repos, ces appendices se recourbent en debors vers leur extrémité et forment alors un entonnoir largement ouvert et à rebord extérieur. Elles se replient plus ou moins sur elles-mêmes dans l'intérieur de leur étui, lorsque l'animal rentre dans sa loge.
Système circulatoire.
Entre le canal digestif et la peau qui tapisse la cellule polypiaire est un espace assez étendu , rempli d'un liquide blanc transparent que nous devons considérer comme une cavité vasculaire rempli d'un liquide analogue au sang. Ce liquide s'étend dans toute la longueur de la cellule, depuis la cloison qui sépare l'animal de son voisin jusqu'au sommet des brancbiules. Des corpuscules de forme quelquefois arrondie, mais plus souvent irrégulière, flottent au milieu, et c'est par leur présence que l'on peut reconnaître la direction du courant. On le distingue le plus facilement dans l'espace qui se trouve entre le corps de l'animal et la cellule suivante. (Voy. fig. 5, pi. Irc.) Ces corpuscules parcourent là un petit cercle déterminé par la présence de cils vibratils situés sur les parois internes de la loge.
Nous n'avons point remarqué ces cils dans ce genre, mais nous les avons observés, dans le même endroit, dans des genres voisins. Nous