‹ Histoire naturelle des polypes composés d'eau douce, ou des bryozoaires fluviatiles; (volume 2)Chapitre 6 sur 19 · III. Ge^re ALCYONELLE · texte numérisé non relu

III. Ge^re ALCYONELLE

L'alcyonelle a été signalé pour la première fois par Pallas. 11 la désigna sous le nom de Tubularia fungosa, et c'est sous cette dénomination que l'un de nous en a trouvé un bel échantillon dans le Muséum d'histoire naturelle de Vienne (Autriche). M. Diesing lui a assuré que ce polypier provient de la collection du célèbre voyageur russe.

Pallas pense que c'est le même que Rôsel a trouvé attaché aux feuilles de plantes aquatiques et qu'il est ramifié dans le principe. Il en a vu les œufs *.

Le peu de mots qui se trouvent dans les mémoires de Réaumur - sur les polypes d'eau douce et leurs œufs, se rapportent probablement aussi au genre alcyonelle, surtout quand on rapproche de ceci les paroles de Back 5. Le naturaliste suédois dit avoir vu chez B. De Jussieu à Paris, deux sortes de polypes dits composés.

Bruguière a observé ce polype et le désigne sous le nom d'Alcyon ileuviatile, à cause de la ressemblance que présente le polypier desséché avec celui des Alcyons *. Il provenait des eaux de la fontaine de Bagnolet, près de Paris. C'est sous cette même dénomination qu'il en est fait mention dans le Dict. des sciences naturelles ( 1 80 i ) 5.

Lamarck reçut, plus tard, de ces alcyons fiuvialiles provenant de la maie d'Auteuil. Il en a fait le genre alcyonelle, et cette dénomination lui est restée 6.

Lamouroux prétend avoir trouvé ce polype dans les environs deCaen7.

1 IVov. comment. Acad. scient. Imper. Petropolitanae, t. XII, 1768.

2 Reaumur, Mémoires pour servir à Chist. des insectes, t. VI, préface.

3 Back, Abhand. (1er schwed. Akad., t. VIII. * Encycl. mèthod., vers, 1789.

r' Dict. des se. nal., art. alcyon.

6 Hist. nat. des anim. sans vertèbr. Paris, 1815-1822.

7 Hist. des pohjp. corallig., un vol. in-8°. Caen, 1816.

Compl., t. XVI. 5

Jusqu'alors on ne s'était guère occupé que du polypier, et l'on ignorait complètement l'organisation de l'animal.

Un mémoire sur l'histoire naturelle de l'alcyonelle fluviatile fut présenté à l'Académie des sciences de Paris, en 1827, par M. Raspail. Il est inséré dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle *. Pour la première fois, l'alcyonelle est soumis à un examen vraiment scientifique. M. Raspail décrit ses principaux organes, il en décrit les œufs avec beaucoup de soins, et l'alcyonelle dégagé de ses enveloppes, se montre assez compliqué pour que l'on songe à lui assigner une tout autre place dans l'échelle animale. Il est presque inutile de répéter que c'est à tort que Raspail avait voulu faire des différences d'âge de l'alcyonelle les différentes espèces de polypes décrites par les auteurs. Ce qu'il peut y avoir de vrai dans ce rapprochement, c'est que quelques plumatelles des auteurs ne paraissent être réellement que de jeunes alcyonelles.

Meyen - et Gervais 3 ont étudié aussi l'alcyonelle et ont enrichi l'histoire de ces polypes de plusieurs faits importants. Le premier décrit des œufs mobiles dont il a vu sortir les petits, mais c'est à tort qu'il prend des œufs pourvus de coque pour des corps parasites.

Plusieurs autres auteurs font encore mention de ces polypes, mais sans signaler de nouvelles observations.

CARACTERES DU GENRE ALCYOPiELLE.

L'animal est pourvu d'une couronne de tentacules en forme de fer à cheval ; une membrane mince et transparente les unit à la base. Au-dessus de la bouche est une forte languette très-mobile qui la ferme comme un couvercle. Le tube digestif est complet. 11 y a un bourrelet entre la cavité buccale et l'œsophage, et un autre pylorique. L'anus est situé en dessus, du côté où les branchiules rentrent.

1 Hist. nat. de l'alcyon, fluv., Mém. de la soc. d'hist. nat. db Paris, t. IV.

2 Meyen, Naturgeschichte der Polypen, Isis, 1828, etlsis, 1830.

3 Dict. des se. nat., suppl., art. alcyonelle, 1841.

Le polypier se compose, dansde jeune âge, de tubes ramifiés; à l'état adulte, ils sont soudés entre eux et forment des masses compactes. Les parois sont toujours opaques, d'abord jaunâtres, puis, avec l'âge, leur couleur devient foncée. Il prend de la consistance, et sa texture presque cornée le rend facile à conserver. Il peut former des masses du volume de la main.

La reproduction a lieu par bourgeons, par embryons ciliés et par œufs à coques. Les bourgeons se développent irrégulièrement. Les véritables œufs sont de forme ovale d'un brun foncé et pourvus d'un bourrelet sans crochets.

L'alcyonelle diffère donc des paludicelles et des frédéricelles par la disposition de ses tentacules en forme de fer à cheval. Il a de commun avec les frédéricelles, la languette labiale et la membrane à la base des tentacules , mais les branches du polypier sont toujours isolées dans les frédéricelles. Ces trois genres sont donc très-faciles à distinguer entre eux, et il est inutile de s'arrêter plus longtemps aux caractères distinctifs. Il se rapproche par ces caractères du genre lophopier, dont il diffère par la présence d'un polypier solide qui manque toujours dans ce dernier.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

Système cutané.

Nous avons décrit la peau dans les paludicelles, où tous les individus sont isolés. Dans les autres genres, une grande partie de la peau est commune à tous, et nous croyons nécessaire d'en donner une description particulière. Ce que nous allons dire de l'enveloppe des alcyonelles sera en grande partie applicable aux frédéricelles, crislalelles , etc.

Nous avons déjà dit, en parlant des paludicelles, qu'il y a dans les polypes une lame cutanée interne ou muqueuse qui forme le canal digestif, et une lame cutanée externe qui forme le polypier.

Différentes parties de l'économie animale sont considérées par les plus grands naturalistes de cette époque comme des corps sécrétés ou produits et complètement soustraits à l'action organique de composition et de décomposition : on place dans cette catégorie les coquilles des mollusques , les polypiers, les dents des animaux supérieurs, etc. Pour quelques-uns, tous ces organes une fois formés , sont abandonnés à eux-mêmes , et l'organisme n'exerce plus aucun empire sur eux.

En 1828, M. Milne Edwards en se livrant, aux îles Chaussey , à l'élude des eschares avec M. Audouin, fut conduit, par ses observations, à considérer le polypier de ces polypes, non comme un corps sécrété, mais comme un organe soumis, comme tous les autres, à l'action de l'organisme et en tout semblable aux os. Le mode d'accroissement lui montra l'impossibilité de former un pareil polypier par juxta-position de dedans en deliors. Le célèbre physiologiste traita l'enveloppe calcaire des eschares par l'acide nitrique, et il s'aperçut que la charpente calcaire faisait partie intégrante de l'animal, et que l'on ne désignait par le nom de polype qu'une partie de l'animal, c'est-à-dire le canal digestif. M. Milne Edwards soutenait ainsi , depuis cette époque, que le polypier des eschares n'est qu'une partie de la peau incrustée d'un sel calcaire.

On a démontré depuis que les dents, ainsi que l'épidémie, sont des corps organisés composés de cellules comme tous les autres organes, et ces observations sur la structure des dents ont été confirmées ensuite par de nouvelles recherches. Mais il reste, en tout cas, cette différence entre ces deux sortes d'organes, que les dents sont pourvues de vaisseaux, tandis que l'épiderme en est privé. Schweigger pense que les polypiers ne se forment pas tous de la même manière, et telle est aussi l'opinion de Cavolini, qui a fait beaucoup d'expériences sur ce sujet. Les millepores, nullepores et madrépores de Lamarck, traités parles acides, laissent un résidu animal, dit Schweigger, tandis que le Lithodendron fastigialum, YAstrea intcrslincla , Yalveoliles et quelques autres se dissolvent comme la chaux *.

1 Schweigger, Handbuch, p. 32S.

Les expériences faites par CaVolini sur les gorgones , le conduisent au même résultat.

D'après ceci , nous voyons cpie l'on aurait tort de généraliser trop vite et d'étendre à tous les polypiers ce que l'on a observé sur quelques-uns. Toutefois, nous croyons pouvoir appliquer à la plupart des genres de polypes d'eau douce ce que nous disons de l'alcyonelle, et le polypier de tous ces animaux sera pour nous l'analogue de la peau ou mieux de son épidémie muqueux. Reste à voir si, après son incrustation, cet organe conserve encore sa vitalité.

Nous pouvons considérer la peau comme un sac qui loge dans son intérieur un ou plusieurs tubes digestifs. Ces tubes digestifs ne sont autre cbose qu'une partie de la peau rentrée. La partie qui unit les deux, conserve une grande flexibilité, et forme une gaine pendant la rentrée du polype. On y remarque deux couches distinctes que l'on reconnaît surtout dans cette portion qui forme la gaîne : l'externe est transparente, assez épaisse et formant comme une enveloppe externe; l'interne a plus de consistance et forme le corps de la peau. Nous les considérons comme le derme et l'épiderme.

Comme dans les animaux supérieurs, l'épiderme peut s'épaissir et former ici à lui seul le polypier, ou bien il se dépose des sels calcaires dans les interstices du derme, ou bien encore il peut se former un dépôt entre les deux. C'est peut-être là ce qui constitue les différences essentielles entre les polypiers.

La peau qui forme la gaîne autour des tentacules jouit d'une flexibilité très-grande. Lorsque le polype s'épanouit, elle lui permet, en se déroulant, de s'étendre assez loin, et se replie trois fois sur elle-même quand le polype rentre dans sa loge. C'est elle qui forme l'enveloppe depuis l'ouverture de la loge jusqu'à la base des tentacules.

Pendant la sortie du polype, on voit quelques rides transverses à la surface externe et des renflements placés à des distances régulières, ce qui s'aperçoit seulement sur les bords.

Cette gaîne passe de la base des tentacules à l'anus, et revient sur ellemême quand le polype est rentré dans la cellule. Cette peau ressemble

exactement à un cordon qui parait attacher l'anus à la couronne branchiale, et au premier aspect, on le prendrait pour un cordon musculaire.

L' épidémie est tellement clair et transparent à la surface de la gaine, qu'il faut une attention particulière pour le distinguer. Avec l'âge il perd sa flexibilité , devient opaque, et, en s'incrustant, finit par former la loge du polype. Aussi on passe insensiblement de celle pellicule mince et claire à la couche colorée et épaisse du polypier. Cet épiderme forme un tube qui s'étend chez les jeunes polypes, au sortir de l'œuf, des valves de la coque à la base des brauchiules. C'est alors un tube fermé de tous côtés, et le tout présente une grande analogie avec les ascidies simples. En dedans de ce tube se forment des bourgeons, et de là les ramifications. Celles-ci se serrent les unes contre les autres avec l'âge, et les parois du polypier se composent ainsi de deux couches d'épiderme souvent soudées entre elles.

Si le polypier présente des formes très-variées, c'est que les bourgeons ne se forment pas d'une manière régulière et symétrique dans un endroit déterminé du corps.

Aussi longtemps que le polypier formé par des bourgeons provenant d'un individu est complet, il y a une cavité commune remplie d'un sang commun, et le polypier est fermé de tous côtés. Mais lorsqu'un seul tube vient à se rompre, l'eau extérieure entre, parvient à circuler librement et baigne tout le canal digestif. Ceci ne nuit aucunement aux polypes, qui ne paraissent pas même s'en apercevoir.

Système digestif.

Le canal digestif est complet. Il est replié sur lui-même comme dans les céphalopodes, mais en sens inverse. L'anus est situé non loin de la bouche, et, comme dans ces derniers mollusques, la bouche est placée au milieu d'une couronne d'appendices.

On peut le diviser en cavité buccale, œsophage, estomac et intestin.

Les parois se composent, dans toute l'étendue de cet appareil, de deux

couches au moins; l'externe est plus mince que l'autre et agit comme la musculeuse dans les animaux supérieurs. C'est elle qui détermine les mouvements péristaltiques que l'on observe surtout dans l'estomac.

La seconde couche est plus épaisse, légèrement colorée en jaune et représente sans doute le derme.

Nous n'avons point remarqué des cils vibratils dans l'intérieur de l'estomac des aleyonelles. Aussi la couche musculaire produit-elle des contractions péristaltiques assez fortes pour provoquer le mouvement nécessaire aux aliments ingérés.

Lorsqu'on examine un polype de face, on aperçoit au milieu des deux rangées de branchiules un mouvement vibratil extraordinaire et qui n'est point produit par les cils des appendices branchiaux.

Au milieu de ce mouvement, on découvre une languette ou lèvre supérieure très-mobile qui se soulève et s'abaisse de temps en temps. M. Raspail ne l'a point observée, et il a aussi mal représenté la bouche, ainsi que l'un de nous l'a déjà fait remarquer. Cette lèvre ou languette sert comme de couvercle à la bouche : son bord libre est dirigé en bas , et par sa base large elle est adhérente au pourtour de l'ouverture. A droite et à gauche se trouve une bride sans doute de nature musculaire, et qui, en se contractant, abaisse la languette. Cet organe est garni tout autour de cils régulièrement disposés sur les bords. Au milieu , ils sont courts et dirigés en avant; ils s'allongent insensiblement sur le côté jusqu'à la base, et ils sont courbés de manière à présenter leur côté concave en avant. C'est sans doute de la direction des cils que dépendent les courants dans l'un ou l'autre sens.

Ne pourrait-on pas comparer l'action des cils vibratils au mouvement de la main, lorsqu'on veut établir un courant dans l'eau en la battant dans le même sens? 11 est vrai que les cils agissent dans l'intérieur et non à la surface de l'eau, mais ils reviennent sur eux-mêmes en se courbant, et par là ils offrent moins de résistance. Quand l'organe couvert de cils n'est pas fixé, on comprend qu'il doit tourner lui-même au lieu d'établir un courant. Nous croyons avoir vu un filet nerveux se rendre directement des ganglions œsophagiens à la languette, ce qui pourrait faire regarder

encore cet organe comme étant le siège d'un sens spécial , celui du goût.

La cavité buccale commence immédiatement au-dessous de la languette. Les corpuscules qui font la nourriture de l'alcyonelle s'y entassent, et quand la quantité est suffisante, la valvule œsophagienne s'ouvre, et les aliments passent tout droit dans l'estomac.

Il existe, comme dans le genre précédent, un repli entre la cavité buccale et l'œsophage en tout semblable à la valvule du pylore, et qui divise la portion du tube digestif qui conduit les aliments à l'estomac en deux portions égales : la moitié inférieure est l'œsophage.

L'estomac a la même forme que les précédents, et nous comprenons à peine comment cet organe, si facile à observer, n'a pas été plus tôt bien décrit dans ces genres. Inférieurement il se termine en cul-de-sac. M. Raspail n'a connu que la partie antérieure du canal digestif, c'est-à-dire l'œsophage et l'intestin , mais il a fait connaître la situation de l'anus. Le pylore est situé à côté de l'ouverture œsophagienne. Les parois sont trèsépaisses, et l'estomac commence par se contracter en haut et refoule les aliments dans le cul-de-sac, qui, en se contractant, refoule le contenu en avant, et les aliments sont de cette manière régulièrement poussés d'avant en arrière et puis d'arrière en avant, jusqu'à ce qu'ils aient cédé aux parois leur partie nutritive.

On aperçoit sur toute la longueur de cet organe des bandes parallèles de couleur jaune, mais dont nous ignorons la nature. Nous ne savons si c'est un indice de la présence de cœcums biliaires, au bien si ce ne sont que de simples replis longitudinaux à la surface interne. Mais leur couleur et leur situation paraissent justifier la supposition que ce sont des organes biliaires.

L'intestin est situé parallèlement à l'œsophage, comme dans tous ces genres, et il s'ouvre de même en dessus, près de la couronne branchiale; on ne dislingue bien l'anus qu'au moment même où les excréments sont évacués.

De même que les aliments s'accumulent dans la cavité buccale avant de traverser l'œsophage, de même les excréments s'agglomèrent dans l'intestin avant d'être évacués. C'est ce qui fait que les fèces ont une forme

déterminée qui les a fait prendre déjà pour les œufs de ces animaux.

Nous avons vu souvent qu'en expulsant par la pression les aliments contenus dans l'intérieur de l'estomac , ceux-ci étaient entourés d'une membrane mince et transparente au milieu de laquelle ils étaient sujets à un léger mouvement. Nous n'en comprenons aucunement la signification, et nous nous bornons à constater le fait.

On peut dire que ces animaux se nourrissent de toutes les particules organiques suspendues dans l'eau au milieu de laquelle ils vivent.

M. Raispail a reconnu parmi les infusoires qui servent d'aliments aux aleyonelles le Trichoda bomba, volvox , gonium , etc.

Il y a au milieu du jardin botanique de Louvain, un étang où fourmillent des baccillaires. On y trouve surtout le Tessararthra (Uiformis; il donne à l'eau une teinte verte. Les fèces des aleyonelles qui proviennent de là sont uniquement composées de ces êtres, et l'on n'y voit guère de changement lorsqu'ils ont traversé le tube digestif de ces polypes.

Chez des individus d'autres localités , on trouve des infusoires qui donnent aux fèces une tout autre teinte. Nous y avons reconnu des Navicules, le Gomplwncma gracile , le Synedra ulna , etc. , etc.

Lorsqu'on mêle un peu de carmin à l'eau dans laquelle ils vivent, on voit en quelques instants leur cavité buccale et leur estomac remplis de celte substance colorante, et, au bout de deux ou trois heures, ils rendent des fèces de cette couleur.

Us consomment une prodigieuse quantité d'aliments, et c'est ce qui rend compte de la difficulté que l'on éprouve de les conserver en vie pendant quelque temps. On doit renouveler très-souvent l'eau et avoir soin que celle qu'on leur donne ne soit pas trop pauvre d'aliments. Il faut, de plus, une eau fraîche pour que la respiration ne soit point entravée.

Système respiratoire.

La fonction de respiration s'effectue à l'aide des appendices nommés tentacules. Ils entourent la bouche en formant un fer à cheval. La bouche est située au milieu des deux raneées de branchiules.

CompL, t. XVI. 6

Les tentacules ont tous à peu près le même calibre, et il n'y a guère entre eux de différence, que dans la longueur. Les plus longs se trouvent en dehors, en dessous ou au devant de la bouche; les plus courts sont opposés à ceux-ci et se trouvent au fond de la partie rentrée.

Ils ne peuvent point se contracter comme les bras des hydres, quoi qu'on en ait dit, et tous leurs mouvements consistent à se fléchir un peu en dehors ou en dedans; mais ils ne sauraient se raccourcir. Les branchiules tendent à s'enrouler sur elles-mêmes aussitôt que le polype perd de ses forces. Elles sont raides et tendues dans le cas contraire.

Lorsque l'animal est dans un repos complet, ses tentacules externes se retournent gracieusement en dehors, pendant que la rangée interne se dirige en dedans vers celle du côté opposé. Ces deux dernières forment une nef en ogive.

Le nombre de tentacules nous paraît variable dans les acyonelles. On en compte de quarante-deux à quarante-six dans l'espèce qui a servi pour ce travail. Dans quelques-unes, nous en avons vu de cinquante à soixante. On en voit treize en regardant l'alcyonelle de profil, et on en compte de chaque côté neuf dans la rangée rentrée.

Les branchiules sont creuses dans toute leur longueur. Un liquide qui fait les fonctions du sang pénètre jusqu'au bout et communique directement avec la grande cavité du corps. On peut voir distinctement le liquide chargé de corpuscules circuler jusqu'à la base des branchiules; mais on ne voit point de mouvement dans l'intérieur, parce qu'il est probable que le liquide dépose ses globules avant de pénétrer.

Tous les tentacules sont liés à leur base par une membrane très-mince et transparente que l'on pourrait nommer interbranchiale. Cette membrane est un peu plus longue que la distance entre les branchiules, ce qui fait qu'elle est bombée en dehors. Il est probable qu'elle a pour usage de mieux entourer les infusoires, etc., qui sont attirés par le tourbillon. M. Raspail n'a point connu cette membrane interbranchiale, et la présence des cils vibratils sur les tentacules a été niée par lui. Rien n'est cependant plus facile à observer, pourvu toutefois que l'on se serve d'un grossissement suffisant.

Chaque branchiule est garnie sur toute sa longueur de cils vibratils, qui

ont jusqu'à la moitié du diamètre des branchiules. Nous n'avons point remarqué de différences entre les cils de la base au sommet, et il nous a semblé que tout le pourtour en est hérissé.

M. Dugès A croit, sur l'autorité de Uaspail, que les tentacules sont unis et dépourvus de cils dans l'aleyonelle ; mais sans aucun doute, ce fidèle et laborieux observateur n'a pas vu lui-même ces animaux. Il se serait bien assuré au premier coup d'œil de l'existence de ces organes.

D'après ce que nous apprend M. Milne Edwards, dans son travail sur les eschares, M. Dulrocbet, qui aurait étudié ce phénomène chez divers polypes d'eau douce, l'attribuerait à une membrane plissée dont les mouvements seraient ondulatoires 2.

Si on examine une branchiule isolée «à un grossissement de trois ou quatre cents fois le diamètre, le contour n'est pas aussi régulier qu'il le paraît d'abord. Le côté est échancré de distance en distance, et la branchiule est divisée en autant d'anneaux qui lui donnent quelque apparence avec un annelide.

Les cils des branchiules agissent-ils de concert avec les cils de la bouche pour attirer les aliments vers la cavité digestive? Nous ne le pensons pas. Ces cils nous semblent agir dans un but bien différent. Les uns appartiennent à la fonction de l'alimentation et remplacent les organes de préhension : ce sont ceux de la languette et de la bouche; tandis que ceux des branchiules agissent pour établir un courant et pour renouveler l'eau nécessaire à l'acte respiratoire. 11 serait, en effet, fort difficile aux branchiules qui sont placées à l'extrémité du fer à cheval d'agir en faveur de l'alimentation. Elles sont beaucoup trop éloignées de la bouche pour leur supposer ce double emploi.

Comment le liquide dans l'intérieur du tube capillaire des branchiules se renouvel le-t-il? C'est ce que nous ne savons pas encore, mais ils communiquent avec les bras.

1 Dugès, Physiologie, t. II, p. 546.

4 Annales des sciences naturelles, 2° série, t. VI, p. 22.

Système circulatoire.

Parmi le grand nombre d'auteurs qui ont parlé, dans ces derniers temps, de l'organisation des polypes, il n'y en a que quelques-uns qui ont refusé la circulation à ces animaux. Cavolini *, Mùller 2, Meyen 5 et Lister 4 ont observé ce phénomène dans les sertulaires, et, en 1828, Heyden a publié une notice dans Ylsis sur la circulation qu'il a observée dans les bras de la Plumatella cristata n; Treviranus 6 et Grant 7 admettent aussi une circulation dans les polypes.

II. Wagner avait dit d'abord que l'observation la plus attentive ne lui avait pas permis d'apercevoir une circulation ni dans les polypes d'eau douce ni dans les marins 8. Mais depuis, il a vu dans le VéretiUum, le liquide qui entoure l'estomac se porter en avant dans les bras par le secours des cils, et puis revenir sur ses pas 9.

M. Raspail, dans son beau mémoire sur l'alcyonelle, ne fait point mention de ce phénomène, quoiqu'il soit facile à observer chez ces polypes. 11 suffit de se servir d'un grossissement suffisant et de choisir un individu convenable.

Mais avant d'aller plus loin, il convient, croyons-nous, de nous arrêter un instant sur quelques points qui sont encore en litige.

Le liquide que l'on voit se mouvoir autour du canal intestinal et jusqu'à la base des branchiules , est-ce un liquide propre, analogue au sang des animaux supérieurs? Le mouvement que l'on y observe constilue-l-il le phénomène de la circulation? Voilà deux questions qu'il serait impor-

1 Cavolini , Mém. per servire ail. stor. nul. Napoli , 1 785.

2 Zool. Dan., vol. III, p. 62.

3 Meyen, Aet. nat. curios., vol. XVI.

* Litler, Lond. and Edinb. philol. May. Mai 1834.

5 Heyden, Isis , 1828, p. 505.

6 Treviranus, Erscheinungen und Gesetzc des oi-ganischen Lebens.

7 Oullines ofeompar. anatomy.

8 Lehrbnch der veryl. Anal., 1. 1, p. 154.

9 R. Wagner's Physiologie, p. 179, el Icônes analom, tab. XXXV.

tant de discuter d'abord. En effet, Nordmann, qui a vu la circulation dans le genre paludicelle, la compare à la circulation des Chara '. Carus regarde le liquide en mouvement pour de l'eau claire introduite du dehors 2; Cavolini pense que la circulation est la même que celle des animaux supérieurs et que c'est du sang qui circule. L'un de nous a soutenu que c'est un liquide propre, analogue au sang. Comme on le voit, il règne une grande divergence d'opinions parmi les observateurs.

Le phénomène de la circulation a-t-il lieu du moment qu'il y a un liquide en mouvement dans l'intérieur du corps, et ce liquide qui se meut est-il par cela même analogue au sang? Il est vrai qu'il y a dans un grand nombre d'animaux aquatiques un liquide qui circule dans des vaisseaux propres, et qui diffère totalement du sang. Les vaisseaux aquifères en fournissent un exemple : on les trouve dans les poissons, les mollusques et les radiaires, et il est clair que chez les premiers, ils sont entièrement indépendants du système vasculaire. Ce liquide, dans ces cas, n'est pas plus du sang que l'air qui circule dans l'intérieur des trachées chez les insectes.

Cette distinction est nette dans les poissons, mais elle l'est moins dans les mollusques et bien moins encore dans les radiaires, car il n'y a plus de différence. En effet, comme les organes se simplifient et que les fonctions se confondent à mesure que l'on descend dans la série animale, de même le liquide chargé de colporter l'élément nutritif, et qui est de trois sortes dans les animaux supérieurs, n'est plus même un liquide propre dans les animaux très-simples. Le sang des vertébrés perd sa couleur et ses différentes qualités physiques et chimiques. Les globules qu'il contient n'offrent plus de régularité dans les formes , et lorsque les vaisseaux ont disparu, l'eau du dehors vient remplir les fonctions du sang et devient son analogue physiologique.

Ce raisonnement nous fait concevoir la possibilité de substituer de l'eau à du sang; et la série animale va nous fournir des exemples des modifications que le sang subit, d'abord en se mêlant avec de l'eau, en per-

1 Mikrorjraph. Beitrâge.

2 Carus , Anal. comp. et Tab. illustr.

dant successivement ses principales qualités physiques et chimiques, et enfin, en se faisant remplacer par le liquide amhiant.

Dans les mollusques céphalopodes , les veines caves sont pourvues d'appendices spongieux qui livrent passage à tout liquide contenu dans l'intérieur. Ces veines sont flottantes dans une cavité remplie d'eau qui entre par une ou deux ouvertures situées au milieu de l'abdomen. Ces ouvertures communiquent avec le sac branchial. L'eau qui entre dans le sac branchial pénètre dans la cavité où flottent les veines, et, par leurs appendices, elle doit pouvoir entrer dans les veines avec autant de facilité que le liquide contenu en sort. C'est le premier exemple du contact du sang avec l'eau et de leur mélange.

Une autre disposition tout aussi anomale en apparence, et qui n'a pas non plus reçu d'explication, nous est fournie par les aplysies. On sait que Cuvier n'osait pas d'abord l'imprimer, tant il craignait de s'être trompé. Les veines caves communiquent directement avec la cavité abdominale, et l'extrémité antérieure de ces deux gros vaisseaux se confond même absolument avec la grande cavité générale , dit Cuvier.

Ces mollusques ont la cavité abdominale remplie d'eau. Elle entre du dehors, soit par des canaux aquifères très-fins, soit par imbibition. Si on laisse mourir les aplysies dans un vase rempli d'eau, le corps se gonfle au delà de l'état normal, et en faisant une incision dans la veine branchiale, on voit s'écouler tout le liquide qui gonflait le corps, même celui qui remplissait la cavité viscérale. Le liquide des vaisseaux s'écoule de même lorsqu'on ouvre l'abdomen, par une incision dans la peau. Nous voyons donc là une communication directe et un passage évident vers la disposition des polypes.

Tout le liquide n'est plus contenu dans des vaisseaux, et l'eau vient se mêler avec le sang. Le canal intestinal est entouré d'une masse de liquide qui pénètre du dehors à travers la peau, et qui suit le torrent circulaire.

Il y a cette différence seulement que les lames branchiales des aplysies prennent dans les polypes la forme de tentacules, et que le cœur est remplacé chez les polypes par les cils vibratils.

L'organe que Bojanus a désigné sous le nom de poumon dans les ana-

dontes, pourrait bien encore se trouver dans la même catégorie, et être destiné à conduire l'eau du dehors dans le torrent circulatoire.

Dans les polypes, l'espace qui existe entre le tube digestif et la peau externe est la cavité péri-intestinale. Elle est remplie d'un liquide qui s'étend jusqu'au sommet des tentacules, et que ce soit de l'eau pure ou modifiée, il n'est pas moins semblable à celui qui entre dans le système vasculaire des aplysies. Nous croyons donc devoir regarder le liquide des polypes comme analogue au sang des animaux supérieurs, et le mouvement que l'on y observe comme représentant la circulation.

S'il pouvait rester quelque doute encore sur la nature du liquide qui remplit l'espace autour du tube digestif, l'anatomie de Yalajonidc va le lever.

M. Mil ne Edwards a fait voir dans ce genre de polype que l'estomac chez plusieurs individus est ouvert à sa partie inférieure et communique avec l'estomac du voisin ; que, de plus, le liquide peut passer de l'estomac autour de cet organe, entre lui et la peau au milieu des lamelles qui le tiennent en respect, et que de là cette cavité s'étend jusqu'à la pointe de chacune des dentelures que l'on observe sur les tentacules 1.

Il n'est donc pas étonnant que, dans certains polypes, cette cavité ait une communication avec le liquide extérieur, puisque la cavité abdominale des aplysies en a déjà, et si même ce liquide, qui circule autour du tube digestif, est de l'eau, nous ne devons pas moins le considérer comme l'analogue du sang ; mais ici la communication n'existe pas.

Quelles sont les qualités requises po^ir être du sang? Pour les animaux supérieurs, la réponse devient fort facile; mais il n'en est pas de même dans les animaux inférieurs. On ne peut plus lui assigner aucun caractère physique pour le reconnaître. Ce sera donc un liquide quelconque chargé de charrier l'élément nutritif. Le sang ne doit servir que de véhicule pour porter à chaque organe son nécessaire, et pour rapporter son superflu. Puisque tous les organes se réduisent dans les animaux inférieurs que l'alimentation, la respiration et la circulation ne constituent plus, chez

1 M. Edwards, Anna, des se. nat., 2e série, t. IV.

quelques-uns, qu'un seul phénomène, nous n'hésitons pas à regarder la substitution de l'eau au sang comme possible, et nous ne pouvons nous empêcher d'y voir un liquide analogue au sang, d'autant que ce liquide circule comme ce dernier.

D'après la situation du liquide, les modifications de l'appareil circulatoire dans la série et la facilité avec laquelle on se rend compte de plusieurs phénomènes jusqu'ici inexpliqués, nous croyons devoir admettre le liquide comme l'analogue du sang, et son mouvement comme représentant le phénomène de la circulation.

Pour comprendre la circulation, il faut que nous nous fassions d'abord une idée de la cavité dans laquelle nous voyons se mouvoir le liquide. Il n'y a point ici de traces de vaisseaux. Entre le tube digestif et l'enveloppe externe, il y a un espace rempli d'un liquide blanc, limpide comme de l'eau, et qui est en contact de tout côté avec les différents organes. Supposons un animal supérieur, dégagé de tout ce qui se trouve entre le tube digestif et la peau externe, et laissant par-ci par-là un organe isolé, quelques muscles flottants dans la cavité, cet espace sera rempli d'un liquide, et nous avons une idée parfaite de ce qui se voit chez les polypes composés d'eau douce.

C'est une cavité close de toute part lorsque les deux premiers individus d'une colonie se forment. Mais comme la reproduction principale a lieu par gemmes, et que ces gemmes se développent à la face interne de la peau, le canal digestif du nouvel individu formé vient flotter aussi dans la même cavité des précédents. Ce dernier individu donne naissance à de nouveaux bourgeons, qui se développent de même, et la même cavité reçoit toujours la cavité digeslive; de cette manière, tous les individus qui procèdent d'une même souche ont une peau et une cavité commune dans l'intérieur de laquelle se meut un liquide qui appartient à la fois à tous les individus de la même famille.

Nous avions cru voir d'abord des ouvertures ou des bouches aquifères à la base des tentacules, mais nous nous sommes assurés que ces bouches n'exislent point, et que nous avions été induits en erreur. L'espace qui se trouve entre les cordons musculaires qui se rendent aux tentacules et qui

est couvert d'une peau mince, nous en avait imposé; nous ne connassions donc rien que nous puissions comparer à une bouche aquifère. L'eau du dehors pénètre, ou par imbibition, comme cela a lieu probablement chez les aplysies, ou bien, accidentellement, par la partie inférieure des tubes du polypier. Mais cependant la cavité commune est souvent en communication avec l'extérieur, et l'animal n'en souffre aucunement. Voici de quelle manière.

Plusieurs individus sont placés de distance en distance sur une branche polypiaire et proviennent tous du premier individu situé d'abord à la base. Aussi longtemps que ces individus sont en vie et que le polypier n'est pas mutilé, la cavité intérieure est close. Mais si l'on coupe la branche dans son milieu, on détruira nécessairement la peau, et celle-ci doit laisser une ouverture qui communique au dehors. L'eau peut entrer librement, et comme les individus continuent à croître, et ne paraissent aucunement gênés de celte lésion et de cette nouvelle communication, on est tout tenté de croire que le liquide qui se meut dans l'intérieur est de la même densité que l'eau.

On voit quelquefois des corps étrangers en assez grand nombre et de différentes dimensions flotter dans l'intérieur et suivre le courant commun. Nous y avons vu jusqu'à des débris d'animalcules et des fragments de tentacules de polypier. Nous devons supposer aussi que c'est par un moyen semblable que les vers, dont nous parlerons «à la fin du mémoire, s'introduisent dans l'intérieur de cette cavité.

Au milieu du liquide nous avons remarqué, dans un genre voisin à polypier transparent, des globules tantôt simples, tantôt agglomérés et qui suivent le courant. Jouent -ils un rôle particulier dans le phénomène de la circulation ou de la reproduction? C'est ce que nous ne savons pas. Toutefois il nous paraît que ce sont les mêmes globules que l'un de nous, M. Dumortier, a cru devoir regarder comme le commencement des bourgeons au moyen desquels le polypier se rainifiie.

Le liquide intérieur sera donc le véhicule pour porter la nourriture aux différents organes éloignés. 11 est probable que les parois du canal digestif se nourrissent directement.

Compl., t. XVI. 7

La grande cavité dont nous venons de parler s'étend, dans chaque animal, non-seulement dans les deux bras et tout autour du canal digestif et de l'appareil générateur, mais encore elle pénètre dans chacun des tentacules, et le liquide s'introduit jusqu'au sommet de cet organe.

Les endroits où l'on voit le mieux le liquide intérieur se mouvoir sont : l'espace qui se trouve entre la bouche et l'anus, ainsi qu'au pourtour des organes générateurs.

On ne peut pas dire que ce sont des courants réguliers, car on voit souvent, surtout près de l'œsophage, le liquide tournoyer. Dans l'épaisseur des bras, on voit des molécules précipités avec force jusqu'au fond, revenir brusquement sur leurs pas, puis retourner, et ainsi on aperçoit un ballottement qui dure quelquefois assez longtemps. Nous n'avons pas vu de globules s'introduire dans l'intérieur des tentacules.

La cause de ce mouvement se devine facilement : les cils vibratils produisent ce genre de mouvement dans les liquides. Grant avait déjà supposé depuis 1827 i que des cils se trouvaient dans l'intérieur; mais depuis deux ans, nous nous en sommes assurés d'une manière positive. Ces cils se trouvent aussi bien sur la surface du canal digestif, du côté du liquide, qu'à la face interne de la peau.

En 1859, dans la note que l'un de nous a publiée sur les polypes2, il a fait mention de cils dans l'intérieur du corps, comme déterminant le mouvement du liquide. M. Milne Edwards vient d'en observer à la face interne des vaisseaux chez les béroés 5.

D'après J. Muller, la découverte des cils vibratils comme cause du mouvement du liquide chez les animaux inférieurs en général, est due à Siebold.

1 Grant, Tlie new Edinb. phil. Journal. Juny , 1827, et the Edinb. Journal of science, n" XV, p. 104.

2 Bulletin de l'Académ. de Bruxelles , tom. VI.

z Journal de l'Institut, n° 324, 12 mars 1840, Ann. des se. nal., 1840.

Système nerveux.

Je ne serais pas étonné que quelques anatomistes exprimassent du doute sur la présence du système nerveux dans ces animaux ; il faut les étudier pendant assez longtemps et dans toutes les positions avant d'être convaincu de l'existence de ce système.

On voit facilement les ganglions lorsque le polype est épanoui et qu'il se montre de profil, ou plutôt les branches du fer à clieval un peu dirigées eu haut; mais il est d'autant plus difficile de le découvrir sur le polype vu de face. Ceci nous avait même fait douter un instant. Cependant, à force de chercher et d'examiner des individus de différents âges et dans toutes les positions, nous sommes parvenus à nous en faire une bonne idée.

Nous avons déjà dit que l'honneur de celte découverte appartient à l'un de nous, et nos communes observations ne font que la confirmer.

Le système nerveux se compose dans ce genre de gauglions, de commissures et de nerfs.

Les ganglions, au nombre de deux, sont situés au-dessus de la cavité buccale, derrière la languette. Une commissure assez large les unit supérieurement l'un à l'autre. Ils sont transparents et d'un aspect légèrement jaunâtre lorsqu'on les regarde de côté. Nous croyons avoir vu une autre commissure passer autour de la cavité de la bouche, et former un anneau œsophagien complet.

Les muscles longs rétracteurs se divisent tout près des ganglions et reçoivent un même filet nerveux. De chaque ganglion part un autre filet nerveux qui se dirige en avant vers la languette et en fait peut-être un organe de sens.

Un dernier filet part de la partie postérieure du ganglion et se rend à l'œsophage.

Lorsque l'alcyonelle est retiré de sa loge, nous n'avons plus rien pu distinguer de ce système.

Système musculaire.

Les muscles sont nombreux el plus compliqués que dans les genres précédents. Ils sont séparés les uns des autres et agissent en conséquence.

Chaque muscle se compose de fibres accolées et non réunies. C'est ce que l'on voit très-bien lorsqu'on a détaché un polype de sa loge. Autant il y a de fibres, autant on voit de cordons ilottants. On le voit de même dans les individus contenus encore dans leur loge, lorsque le polypier est assez transparent. Dans quelques individus, de longs vers, dont nous parlerons à la fin, entouraient la cavité digestive, et passaient à travers les muscles en écartant leurs fibres.

Chaque libre consiste dans un cordon blanc et transparent ; avec le plus fort grossissement, on ne distingue rien dans l'intérieur; elle a un peu moins de 0mni,01 de largeur.

Les deux muscles principaux sont les longs rétracteurs que nous avons déjà signalés dans les genres précédents. Ils présentent, à la partie supérieure, une différence assez notable chez les alcyonelles. Ils sont au nombre de deux, l'un à droite et l'autre à gauche, et s'étendent depuis la couronne branchiale jusqu'au fond de la loge. Les fibres qui composent ces muscles sont libres dans une grande partie de leur étendue. A la base des branchiales, elles s'unissent, et le muscle se divise là en deux faisceaux : l'un se rend au-dessus, dans la branche du fer à cheval, l'autre se rend en dessous, aux branchiules qui entourent la bouche.

Ces muscles reproduisent aussi dans leur partie antérieure la forme du fer à cheval. Ils suivent dans toute sa longueur les deux bras, et ils envoient dans chaque branchiule un filet musculaire distinct.

De ce même muscle se détache, vers l'extrémité antérieure de l'œsophage, un faisceau de fibres qui s'insèrent sur ses parois. Lorsqu'on a détaché un polype de sa loge, on voit ces fibres musculaires flotter autour de l'œsophage.

Ces muscles passent de deux côtés, le long du canal digestif et de l'appareil générateur, en formant une sorte de gaîne.

11 y a quelque différence dans ces deux cordons : ils ne s'insèrent pas en bas à la même hauteur, et la direction de leurs fibres varie de même un peu. Ils commencent en haut au même endroit, mais en bas ils s'écartent fortement l'un de l'autre.

Si l'on examine de face, à un grossissement de trois ou quatre cent fois le diamètre, un des bras qui portent les tentacules, on voit un faisceau dans le milieu, qui n'est que la terminaison antérieure du grand rédacteur.

11 part à côté et un peu au devant du ganglion cérébral un faisceau musculaire qui s'étend jusqu'au bout du bras, et qui envoie sur toute sa longueur une fibre musculaire à droite et à gauche à chacun des tentacules. Ces fibres tentaculaires se fondent dans les parois de cet organe. C'est à cette disposition que les polypes doivent la faculté de replier un tentacule séparément, et, par la contraction de tout le muscle, de rapprocher tous les tentacules simultanément.

M. Gervais a vu dans les cristatelles deux fibres musculaires distinctes se rendre à chacun des tentacules '.

Ce faisceau musculaire s'amincit vers le bout lorsqu'il a fourni toutes les fibres aux tentacules.

A sa base, ou au point d'où nous l'avons fait partir, il envoie un même cordon, au devant de la commissure cérébrale, à son congénère du côté opposé, et puis un autre cordon, en avant et au-dessous, «à la languette labiale. C'est lui qui donne cette grande mobilité à cet organe.

Ainsi, en même temps que les muscles rétracteurs agissent, l'impulsion est communiquée a tout le fer à cheval; les branchiules se rapprochent, et le tout rentre dans la loge avec la rapidité de l'éclair. C'est dans un seul temps que tous ces mouvements ont lieu.

A l'extrémité antérieure du polypier, chaque loge conserve de la flexibilité dans le derme et dans l'épidémie, et les parties peuvent se replier de manière à mettre l'animal dans une sécurité parfaite.

Il se trouve dans cette partie du corps plusieurs faisceaux musculaires isolés, mais que nous pouvons réunir dans une seule catégorie.

1 Gênais, Dictionn. suppl., art. Alcvonelle.

Lorsque l'animal est simplement rentré, la peau forme un léger repli en dedans, et elle présente à l'extérieur la forme d'un mamelon.

Sur toute l'étendue de la peau rentrée, entre elle et la peau externe, se trouvent tout autour des brides musculaires de distance en distance.

A l'endroit où le repli cesse en dedans, les cordons musculaires sont plus forts et disposés, à une égale distance, tout autour sous forme de couronne.

Ces derniers muscles, par leur contraction, retirent au fond delà cellule tout le mamelon, et ils agissent dans les moments où le polype est sérieusement inquiété.

Les autres ou les premiers, agissent différemment, selon leur point d'appui, en dedans ou en dehors. Dans le premier cas, ils agissent dans le même sens que la grande couronne de muscles et font rentrer la peau; dans le second cas, la peau interne est rapprochée de l'externe, et, en s'écarlant au milieu, prépare l'ouverture qui doit livrer passage à l'animal lorsqu'il veut s'épanouir.

Ainsi, ces derniers faisceaux musculaires agissent, selon que le point d'appui est en dedans ou en dehors, comme extenseurs ou réfracteurs.

Quand on retire un individu de sa loge, on voit des cordons musculaires nombreux sur l'estomac et sur l'œsophage; mais comme les parois de la loge sont opaques chez les alcyonelles, nous ne connaissons pas les autres attaches de ces cordons, et nous ignorons s'ils sont rétracteurs avec les grands cordons, ou bien s'ils s'insèrent plus haut pour opérer l'extension.

Système reproducteur.

Les alcyonelles ont, comme les autres genres de polypes, deux modes de reproduction : 1° par bourgeons et 2° par œufs.

Nous n'avons pas grand'chose à dire du premier mode de développement. Nous pouvons renvoyer pour cela au genre paludicelle. Seulement nous ferons remarquer les différences qui existent entre ces deux modes de reproduction.

Dans les paludicelles, les bourgeons se forment toujours dans un endroit déterminé, d'où résulte la forme régulière et constamment la même du polypier. Dans le genre akyonelle, ils se développent avec beaucoup moins de régularité.

Vers l'extrémité antérieure de la loge, les jeunes bourgeons poussent plusieurs à la fois, au point qu'on en voit quelquefois trois ou quatre à côté l'un de l'autre et à des degrés différents de développement.

Ces bourgeons se forment en dessous du derme.

Les bourgeons poussent en dehors en soulevant l'épiderme dans les paludicelles, tandis qu'ils se développent plutôt en dedans chez les alcyonelles, et dans le même sac on voit plusieurs tubes digestifs.

Nous devons faire remarquer que, dans ce genre, il y a une différence dans le jeune âge et l'âge adulte. Les premiers individus qui sortent de l'œuf ne sont pourvus que d'un ou de deux bourgeons à l'extrémité du tube, et par là le polypier se ramifie d'abord. Plus tard , ou dans les individus plus âgés , de nouveaux bourgeons se développent avec plus d'irrégularité et en plus grand nombre, et le polypier, au lieu d'être ramifié, présente un aspect de balai, parce que les différentes loges sont serrées les unes contre les autres.

Le travail intérieur a lieu comme dans les paludicelles; aussi nous ne nous y arrêterons pas.

Reproduction par œufs.

Dans le premier mode de reproduction dont nous venons de parler, l'embryon naît de la peau. Dans la reproduction ovipare, il y a un organe particulier qui lui donne naissance.

Au cul-de-sac de l'estomac pend un appendice de forme variée, selon le degré de développement du contenu. C'est l'ovaire ou le testicule. Nous avons même cru voir dans quelques individus la réunion de ces deux organes sexuels.

Cette différence dans la nature de l'organe sexuel nous a fait dire qu'il y a chez les alcyonelles des mâles et des femelles, et la réunion des deux

organes dans un seul individu y ajoute encore une troisième sorte d'individus ou des hermaphrodites. Nous avons donc ici une répétition de la disposition des plantes de la vingt-troisième classe de Linné : des mâles, des femelles et des hermaphrodites réunis sur un même pied.

Les œufs sont, en outre, de deux sortes : les uns sont pourvus d'une membrane cornée solide et d'un bourrelet; ils se trouvent dans la disposition des œufs ordinaires. L'autre sorte a le même volume, mais, au lieu de coque et de bourrelet, la surface du corps est hérissée de cils à l'aide desquels il nage librement; ce sont, à proprement parler, des embryons nus. Nous parlerons d'abord du testicule, puis de l'ovaire, et après cela, des œufs mobiles ou ciliés.

Organe mâle ou tcsliculc.

Au milieu de l'appendice de l'estomac se forme une cellule au milieu de laquelle il s'en développe rapidement plusieurs autres. C'est le testicule qui présente alors l'aspect d'un ovaire, et qui pourrait bien avoir été pris déjà pour tel. Dans chacune de ces cellules secondaires, il se développe encore plusieurs autres cellules, et ce sont elles qui deviendront les spermatozoïdes. Ces cellules sont arrondies et contiennent un nucule au centre. Dans plusieurs cas, en examinant avec beaucoup d'attention, on voit deux cellules emboîtées et le nucule au milieu. D'un côté, la cellule s'allonge en formant un appendice, un Blâment, et le prétendu animalcule spermalique est formé. Les deux premières cellules se rompent, et les spermatozoïdes nagent librement. Quelquefois la cellule secondaire résiste plus longtemps que la première, et une grande cellule, hérissée d'autant de filaments qu'il y a de spermatozoaires, nage librement dans l'intérieur. Nous en avons vu qui avaient tout à fait l'aspect des Ophiures, et où quatre à cinq individus étaient encore pourvus de leur spermoderme; les filaments se mouvaient comme les bras de cet échinoderme, et leurs corps réunis formaient le disque central.

Ainsi, les spermatozoïdes des polypes présentent la forme ordinaire.

Ils se composent d'un disque auquel on a donné le nom de corps, et d'un prolongement filamenteux ou la queue. (Voyez les différentes figures, pl.Y,fig. 2,2-1.)

M. Raspail donne la ligure d'un alcyonelle retiré de sa loge, pi. XIII, fuj. G, et autour des œufs duquel sont représentés des corpuscules semblables pour leur forme à des spermatozoaires. Mais on voit clairement par le texte (pag. 56) et par l'explication des planches, que ce ne sont pas des spermatozoaires que ce savant a cru représenter. Je doute, du reste, qu'à ce grossissement on puisse les observer.

M. Favre en a observé dans deux genres marins, le Yalkeria et le Halodaclylus. Il les représente dans la loge et isolés, mais le naturaliste anglais les regarde pour des cercaires l.

C'est Nordmann qui a parlé le premier des zoospermes chez les polypes. Le savant professeur d'Odessa communiqua ses observations à l'Académie des sciences de Paris, sur un genre marin ( Tendra zostericola), presque en même temps que l'un de nous faisait ses observations à Louvain, sur l'alcyonelle. Il est vraiment étonnant que l'on ait d'abord reconnu ces corpuscules dans les polypes marins, qu'on est si rarement à même de bien observer, tandis que nous sommes entourés de polypes chez lesquels la démonstration de ces corps est très-facile.

D'après la planche que M. Nordmann a publiée sur le Tendra zostericola, on est porté à croire que l'auteur n'a pas connu la situation du testicule. Nous avons signalé la place que cet organe occupe, et M. Milne Edwards vient de retrouver le testicule à la même place, c'est-à-dire derrière l'estomac, dans un autre genre marin (Dendrophyllie) 2.

Nous venons de recevoir un travail de C.-T. Von Siebold 3, dans lequel l'auteur parle des œufs de la Plumalella campanidata. Il a observé dans ces œufs la vésicule de Purkinje et une double tache germinalive. Les œufs étaient entourés de spermatozoaires. Ce travail est imprimé en 1859, la même année que nous avons publié nos observations.

1 Philosophical transactions, 1837, Observations on the minute structure , etc., p!. XXIII, fig. 5.

* Milne Edwards, Ami. des se. nat., vol. XIII, 2e série, p. 196.

3 C.-T. Von Siebold, Beitràge zur Naturgeschkhte , etc. Danzig, 1839.

Compl., t. XVI. 8

Quelle est la signification des zoospermes et quel est leur rôle dans l'acte de la fécondation? Ce sont deux questions importantes, mais qu'il n'est pas facile de résoudre, surtout la dernière.

Comme nous le verrons tout à l'heure, les zoospermes, quant à leur origine, nous paraissent analogues aux vésicules ou globules vitellins. Ils apparaissent de la même manière dans une grande cellule. Dans l'organe mâle, chaque cellule se prolonge d'un côté pour former ce que l'on a appelé la queue, et elle devient libre. La cellule caudée nage au milieu d'un liquide qui la transporte vers l'œuf pour opérer l'acte de la fécondation.

D'après ceci, le zoosperme perd donc son caractère d'animalité; on ne peut plus le considérer comme un parasite de la liqueur spermatique semblable aux entozoaires qui vivent aux dépens d'autres organes de l'économie. Ce n'est qu'une dépendance, un organe de l'appareil de fécondation.

Le spermatozoaire se développe comme tous les tissus des deux règnes , et procède d'un nucule qui s'entoure d'un noyau et d'une cellule.

Quant au rôle que ces prétendus animalcules jouent, nous n'avons point d'observations à mettre en avant, et nous n'aimons pas à faire intervenir l'hypothèse pour compléter l'histoire mystérieuse de la fécondation. S'il est évident que les caractères physiques du père et de la mère se transmettent, dans les animaux supérieurs, aux enfants, et que l'un contribue autant que l'autre à la reproduction, nous ne pouvons pas plus comprendre comment le zoosperme transmet le caractère du mâle que le fluide qui le charrie; et il est tout aussi difficile de concevoir comment la cellule primitive de l'œuf puisse conserver dans la suite du développement les caractères particuliers à la femelle. C'est la limite de nos investigations. Nous connaissons la partie matérielle, comme dans le phénomène de la vision et de l'audition ; mais nous ne pouvons aller au delà. Est-il étonnant que nous nous trouvions ainsi arrêtés, lorsque le chimiste et le physicien lui-même ne dépassent point ces bornes dans la nature inorganique?

Organe femelle ou ovaire. — Les œufs , chez les polypes , sont connus depuis fort longtemps. Bernard de Jussieu et Réaumur en ont laissé

une courte mais bonne description. Il n'est pas douteux que Pallas les ait vus dans son Tubularia fungosa (alcyonelle). Rôsel les a vus et figurés sans connaître leur nature. Schceffer reconnut les véritables œufs en 1754. Vauclier est le premier qui les a figurés au moment de l'éclosion. M. Raspail en a donné une description très-détaillée, et il les a représentés sous toutes leurs faces. MM. Gervais et Siebold les ont observés dans ces derniers temps.

En 1828, Meyen découvre dans les plumatelles des œufs mobiles couverts de cils et d'où il voit sortir de jeunes polypes. Étant sûr de son fait et ne pensant pas qu'il puisse y avoir deux sortes d'œufs, il ne veut plus voir dans les œufs ordinaires que des corps parasites, et une observation deNordmann le fortifie, en 1854, dans sa conviction. En suivant le même raisonnement, plusieurs naturalistes refusèrent d'admettre les observations de Meyen, convaincus qu'ils étaient, que les œufs décrits, depuis Bernard de Jussieu et Réaumur , étaient des œufs véritables. De là naquit une grande incertitude. Nous avons été assez beureux d'étudier chez les mômes polypes les deux sortes d'œufs, et les observations présentées, en 1859, par l'un de nous, s'accordent de point en point avec celles de Meyen. L'un de nous avait déjà distingué, en 1855, les œufs et les embryons mobiles chez le polype à panache de Trembley.

Ovaire. — Ce n'est qu'après de longues recherches que l'un de nous est parvenu à bien connaître la disposition de l'ovaire dans le genre qui nous occupe. On avait toujours étudié cet organe chez des individus conservés encore dans leur loge; il a fallu détacher des polypes réunis au nombre de 5, i ou 5, et en les comprimant entre deux lames de verre, on peut voir d'une manière très-distincte, l'organe mâle et femelle. N'ayant pu distinguer avant cela les œufs qu'à un faible grossissement et lorsqu'ils avaient déjà un certain volume, les parties essentielles avaient échappé.

L'ovaire consiste dans plusieurs poches arrondies situées immédiatement derrière le cul-de-sac de l'estomac et qui font l'effet d'autant d'œufs. Ce sont des ovisacs, car dans chacun d'eux on trouve plusieurs œufs réunis pourvus chacun des vésicules qui les caractérisent.

Dans chacun des renflements de l'ovaire, on trouve de 10 à 15 œufs à peu près également développés. Ces œufs sont arrondis et libres dans l'intérieur du sac.

En procédant de dedans en dehors, on voit qu'ils sont composés :

1° D'une macule de Wagner;

2° D'une vésicule de Purkinje, grande relativement au volume de l'œuf;

5° D'un vitellus très peu volumineux;

4° D'une membrane vitelline;

5° Du chorion.

La macule de Wagner, le plus souvent simple, et quelquefois aussi double, comme on le voit dans la fig. 5e, pi. V. Elle est un peu opaque, tandis que la vésicule de Purkinje est claire et transparente comme d'ordinaire. Le vitellus a une couleur légèrement jaunâtre.

Les vésicules s'accroissent avec l'œuf. Les membranes sont presque conliguës au commencement, mais se séparent plus tard par l'intussusceplion des liquides.

Dans le principe, les œufs, dans chaque ovisac , ont le même volume, mais ils se développent ensuite les uns après les autres. Lorsqu'on aperçoit un œuf complet dans l'ovaire d'un individu encore en vie, on en trouve à côté une série aux différents degrés de développement.

La macule et la vésicule de Purkinje disparaissent de bonne heure, et le vitellus s'étend pour constituer tout l'œuf; à ce degré de développement, l'œuf est opaque et d'un blanc laiteux.

La membrane externe se durcit et se colore insensiblement. Vers les bords, l'œuf prend un aspect brunâtre qui augmente d'intensité à mesure qu'il augmente en volume.

11 se forme ensuite un bourrelet tout autour de l'œuf. Il consiste, en premier lieu, dans une rangée de cellules qui se multiplient et lient les deux valves qui constituent la coque. Au printemps suivant, par suite d'un travail organique dans les cellules du bourrelet, celui-ci disparaît, les valves s'écartent en formant les premières parois du polypier, et l'embryon sort.

L'œuf, d'abord arrondi , prend une forme ovale et devient discoïde.

Une des faces devient bombée et l'autre un peu concave. L'œuf est alors complètement formé.

Les oeufs, en été, ont toujours ce bourrelet distinct; mais souvent, en hiver, il se colore , surtout dans les eaux un peu ferrugineuses , et en prenant la même couleur brune que l'œuf, il est à peine distinct. Il est à remarquer aussi que les œufs complets ont la même forme.

Vaucher a figuré le premier le mode d'éclosion ; M. Gervais l'a observé dans les alcyonelles *.

On voit, planche V, l'état de l'embryon au sortir de l'œuf.

Les œufs, en automne, restent dans le tube poîypiaire et attachés aux corps sur lesquels le polypier s'était formé. Lorsque le polypier est enlevé, on voit encore les œufs, disposés avec plus ou moins de régularité, sur les pierres ou des pieux. (PI. V, fig. 15.)

Le polypier présente toujours des ramifications dès le commencement; on voit même des polypiers adultes et compactes, lorsqu'ils s'étendent davantage, présenter des branches isolées du côté où ils s'agrandissent. C'est dans ce premier état que l'alcyonelle a été pris en général pour une plumatelle ou une cristalelle , et c'est dans cet état aussi que llôsel Ta représenté.

Après avoir poussé plusieurs branches, des bourgeons nombreux se développent presque simultanément à la base; les branches disparaissent, et les nouvelles loges serrées les unes contre les autres recouvrent les premières et donnent un nouvel aspect au polypier. (Voy. fig. 16 et 17, pi. V).

Œufs mobiles ou embryons nus. — Meyen les a vus d'abord dans les plumatelles, l'un de nous dans le polype à panaches de Trembley; Nordmann les a observés dans le Tendra zostericola.

Nos observations s'accordent de point en point avec celles de Meyen.

Vers les neuf heures du matin , en examinant sur le porte-objet du microscope, un morceau d'alcyonelle vivant, nous apercevons un corps couvert de cils, un embryon nu qui se meut avec une extrême rapidité. Il provenait de l'intérieur du tube poîypiaire.

1 Bullet. Zoolog.,f. 126.

Il présente une analogie assez grande avec les planaires, et comme chez elles, on aperçoit des contractions dans toutes les parties du corps. Telle est la rapidité de leurs métamorphoses que, si on les dessine, pendant le temps de l'observation on aperçoit déjà quelques changements dans l'intérieur.

Dans ce premier état, le corps est un peu allongé, arrondi et sans aucun appendice à l'extérieur, si ce n'est les cils qui le recouvrent de tous côtés et qui sont ses organes de locomotion. Nous avons observé ce premier individu depuis neuf heures du malin jusqu'à six heures du soir, en ayant soin de renouveler l'eau, à l'aide d'un pinceau, toutes les demiheures.

Il perd un peu de sa mobilité dans la matinée. Des parties nouvelles apparurent dans l'intérieur, qui fut bientôt rempli d'organes. Le pourtour conserva sa transparence.

Un tubercule s'élève d'un côté et entraîne avec lui les organes formés dans l'intérieur. C'est alors que l'on reconnaît la partie contenue pour le corps d'un polype.

Ce tubercule antérieur se divise bientôt en une moitié gauche et une moitié droite, par la formation d'une échancrure au milieu. Une peau commune, fermée de toute part, forme le pourtour de ce double tubercule. Dans l'après-midi, à la partie la plus reculée de chaque tubercule, il apparaît une ouverture, au milieu de laquelle nous apercevons le bout de quelques tentacules. Cette ouverture est la bouche du polypier, par laquelle l'animal communique avec le milieu ambiant.

Depuis le matin nous avions aperçu une vésicule assez grande, et beaucoup plus claire que le reste. Elle a persisté jusqu'au soir, en montrant au milieu un faisceau quadruple de filaments noirs. Cette vésicule nous a d'abord paru unique, mais à la fin nous avons remarqué qu'en dessous il s'en trouvait une seconde en tout semblable à la première. 11 y en a une ainsi pour chaque individu.

Dans l'après-midi nous distinguions le tube digestif complet avec les tentacules et la gaîne ainsi que la peau , qui a commencé par former un tubercule et qui deviendra le polypier.

Les cils vibratils sont remplacés par des cellules arrondies , el l'enveloppe commune devient, comme les valves de l'œuf, le commencement du polypier. C'est par là que l'alcyonelle se fixe.

Il n'y a qu'un organe douteux ici, ce sont les deux vésicules dans l'intérieur. Il paraîtra assez hardi de les comparer à une vésicule ombilicale, et cependant nous ne trouvons pas d'autre point de comparaison. Et pourquoi, du reste, un tube digestif complet n'aurait-il pas une vésicule ombilicale? Entre les céphalodopes et les polypes la différence principale se trouve dans l'appareil circulatoire. Ces différents états des œufs ciliés sont représentés par les fuj. 10-14, pi. V, d'après un seul et même individu.

L'étude de quelques genres voisins nous a conduits à regarder ces œufs mobiles non comme une seconde sorte d'œufs, mais comme des embryons en voie de développement et dépourvus ou débarrassés de leur coque. C'est ce que l'un de nous a déjà établi en 1855.

Entre le tube digestif et la peau, ou dans la cavité abdominale remplie de liquide, nous avons observé chez plusieurs individus, en 1840 et 1841 , plusieurs vers vivants, d'une taille un peu forte pour les considérer comme leurs parasites. Ils ont la longueur du tube digestif depuis la bouche jusqu'au fond de l'estomac. Le corps est arrondi, effilé des deux côtés et sans traces d'appendices en cils ou en soies.

On aperçoit deux membranes l'une emboîtée dans l'autre; l'externe représente la peau, l'interne ferait l'effet d'un canal digestif s'il n'était point rempli de cellules qui lui donnent l'aspect d'un ovaire. Ces cellules sont composées d'un micleus et d'un mteleolus. Ils remplissent toute la longueur du corps. Nous n'avons point observé de différences chez les divers individus que nous avons eu l'occasion d'observer.

Us se remuent autour du canal digestif dans tous les sens, passent au milieu des libres du grand muscle rétracteur, et pendant qu'ils se livrent, au nombre de quatre ou de cinq , à toutes sortes de mouvement et qu'ils remplissent presque tout cet espace, le polype reste épanoui et n'est aucunement inquiété par eux. Le moindre attouchement qui vient du dehors les fait rentrer dans leur loge. Ils ont 0""",10 de largeur.

M. Faire a trouvé des ccrcaires dans le Yalkcria discuta et dans le Halodaclylus. Wieggmann suppose que ces cercaires pourraient bien être des zoospermes ' , et nous partageons l'avis du professeur de Berlin.

Nous ne cherchons pas à déterminer ces vers des alcyonelles, par la raison que cette partie de la zoologie est trop peu avancée. Ce n'est pas en imposant un nom et en donnant des caractères que nous aurons éclairci son histoire. Ce n'est que par un travail spécial et comparatif que l'on pourra leur assigner une place. Qu'il nous suffise d'en donner cette courte description et une ligure.

4 VVieggnuinn's Archiv. Jahresbericht.

§ IV. Genre LOPHOP1ER.

L'animal qui forme le type de ce genre a été découvert par le célèbre Trembley , qui l'a décrit et figuré dans son bel ouvrage sur les polypiers d'eau douce, sous le nom de polype à panache i. Trembley l'avait découvert dans les eaux stagnantes de la Hollande. On le rencontre également dans la partie occidentale de la Belgique, et surtout dans le canal de Bruxelles au Buppel. Pallas, qui l'avait aussi observé, lui a assigné une désignation spécifique exacte et qui donne une idée de son apparence cristalline, en le nommant Tubularia cryslallina 2 ; c'est ce nom spécifique qui lui est resté jusqu'aujourd'hui. Back a également observé l'animal qui nous occupe, et il l'a figuré dans les Actes de l'Académie de Stockholm5. Dans sa vaste compilation zoologique, Gmelin a retenu le nom spécifique si inexact donné par Blumenbach, et il le décrit sous le nom de Tubularia veptans en retenant la phrase spécifique de cet auteur4. Le savant Lamarck, dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, ayant formé de tous les polypiers d'eau douce un genre séparé des espèces marines, et qu'il réunit sous le nom de Plumatelle, décrivit le polypier de Trembley sous la dénomination de Pliunatella cristala :'. C'est aussi sous ce nom qu'il a été décrit par M. de Blainville, dans son bel ouvrage sur les actinozoaires 6. Lamouroux, qui réunit aussi en un seul genre les polypiers d'eau douce non spongiformes, et fait de cet amalgame le genre Naysa, a décrit l'animal découvert par Trembley sous le nom de Naysa reptans '. Enfin l'un de nous, considérant les caractères remarquables qui distinguent le polypier de Trembley des autres genres de polypiers d'eau douce, a cru devoir en

1 Trembley, Polype d'eau douce, p. 210.

* Pall., El. zooph., p. 85, n° 42.

3 Back, Act. Stock., 8, p. 203 et 0, fig. 3 et 6.

* Gmel , Syst. nat. , 6 , p. 5835.

5 Lamk. , Anim. sans vert., 2, p. 107.

G Blains, Actin., p. -i90.

7 Lamoui'. , Polyp., 223, lab. b, fig. i.

CompL, t. XVI. 9

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