CARACTERES
L'animal est pourvu d'un tube digestif complet; on voit à la bouche une forte lèvre couverte de cils vibratils très-longs. Ses branchiules, au nombre de 20-22, sont unies par une membrane mince et transparente jusqu'au tiers de leur longueur; elles sont placées en entonnoir; du côté où se trouve la lèvre, les branchiules sont un peu plus allongées; des cils vibratils s'étendent sur toute leur longueur.
Le polypier se subdivise d'une manière irrégulièrement bifurquée, mais presque toujours en doublant ses rameaux du même côté. Ces rameaux sont libres, arrondis, légèrement élargis vers leur extrémité pour loger le polype; ils rampent sur les corps solides et souvent s'allongent dans l'eau; leur membrane externe est cornée et opaque, et elle se recouvre à l'extérieur, sur toute son étendue, de grains de sable et de limon, qui donnent à ces gaines de polypiers l'aspect de racines de plantes aquatiques.
Les œufs sont de forme ovale, légèrement échancrés sur un des bords; ils sont dépourvus de bourrelet et de crochets. Cette forme, qui rappelle celle d'une fève, est particulière au Fredericella et ne permet pas de le confondre avec aucune autre espèce de polype composé d'eau douce.
C'est avec le genre Paludicella que notre animal présente le plus d'affinité, et c'est avec lui que nous allons le comparer.
Dans l'un comme dans l'autre genre, les tentacules sont disposés en entonnoir, mais dans le genre qui fait le sujet de notre description actuelle, les tentacules, d'un côté, sont plus allongés que de l'autre, tandis que les paludicelles les ont tous également longs. Cette inégalité dans la longueur est un passage vers les polypes à panache en fer à cheval. Dans les jeunes individus, outre l'inégalité dans la longueur, on aper-
çoit quelques tentacules en dedans du cercle du côté où se trouve la lèvre, et par là l'on trouve un passage de l'une division des polypes d'eau douce à l'autre, c'est-à-dire de la forme en entonnoir à celle de fer à cheval.
Une membrane très-fine unit les différents tentacules entre eux et s'étend jusqu'au tiers de leur longueur. On peut la comparer à la membrane interdigitale des oiseaux palmipèdes. Elle manque complètement dans les paludicelles, tandis que les autres genres en sont pourvus; mais dans les frédéricelles , elle est la plus élevée. Il en est de même de la lèvre qui se remarque uniquement chez les polypiers à tentacules en fer à cheval. Ces deux caractères de la lèvre et de la longueur inégale des tentacules éloignent ce genre de la forme radiaire absolue.
Si nous comparons le polypier avec celui de la paludicelle, nous ne trouvons pas moins de différence : la principale consiste dans l'absence de cloisons qui séparent l'intérieur en plusieurs compartiments, comme cela se voit dans les paludicelles; l'on n'aperçoit pas non plus dans ceuxci les étranglements extérieurs, réguliers du genre Paludicella.
Les animaux ne sont point organiquement liés entre eux dans l'état adulte, comme dans le genre alcyonelle : chaque individu à ses attaches propres et accidentelles aux parois du polypier, et se retire séparément. Mais l'on trouve presque toujours deux individus réunis à l'extrémité de chaque branche du polypier, et dans ces deux individus il y a communauté aussi longtemps qu'ils n'ont pas atteint leur développement complet par l'élongation des rameaux.
Pendant tout l'été, la reproduction a lieu par bourgeons, et l'on voit ceux-ci se développer un à un à la base de la houppe tentaculaire. (Voy. pi. 111, fuj. 18, w.) Le développement du bourgeon est ici localisé, et c'est la raison pour laquelle le polypier est bifurqué. Dans les alcyonelles, les bourgeons peuvent se développer dans différents endroits du corps, et par là la masse du polypier prend les formes les plus variées. Tous les polypiers sont, au contraire, semblables dans ce genre, et ne diffèrent que par la longueur des branches.
Si l'on presse le bout d'une branche de polypier en avant ou en arrière
de l'animal, en prenant soin de ne pas le comprimer lui-même, il en sort un individu complet pourvu en arrière d'un long cordon très-contractile. Cet individu est pourvu d'une peau propre qui contourne tout le tube digestif. Nous devons faire remarquer que ce procédé ne réussit pas toujours, mais en le répétant quelquefois on ne tarde pas à isoler un individu complet, tel qu'il se trouve reproduit dans la figure V. La peau montre, à chaque polype, vers le tiers antérieur, des traces d'adhérence au polypier, et c'est dans cet endroit qu'elle doit se déchirer pour que l'on obtienne l'individu complet. Si, au contraire, la déchirure a lieu à la hauteur de l'estomac, cet organe fait hernie, et toute la peau s'est retirée en haut. Elle est, dans ce cas, tellement contractée, qu'on n'aperçoit qu'une masse de forme très-irrégulière.
Ainsi la forme du polypier dépend du nombre des bourgeons et de la place où ils se développent sur le corps mère. Chaque individu ne donne naissance ici qu'à un seul bourgeon; celui-ci à son tour donne naissance à un autre unique, et de là résulte la forme que nous voyons toujours reproduite.