CARACTERES DU GENRE LOPHOPIER
Le polypier est composé et fixé; il est enveloppé d'une couche épaisse d'une matière gélatineuse et transparente, qui remplace le polypier ou plutôt qui est un véritable polypier dépourvu des parties inorganiques qui constituent la partie solide des polypiers cornés, crustacés ou calcaires. Cette matière est diversement lobée et laisse sortir les différents rameaux du polypier; celui-ci est diaphane et sa transparence laisse voir très-distinctement l'organisation intérieure. L'animal est pourvu d'un canal digestif complet qui se replie sur lui-même, en sorte que l'anus est rapproché de la bouche. La bouche a deux lèvres, l'une supérieure, l'autre inférieure; aux deux côtés de la bouche s'élèvent deux bras en fer à cheval et bordés de chaque côté d'une série de tentacules; ceux-ci sont au nombre d'environ soixante. Le tube du polypier est commun à tous les polypes; on n'y observe aucune cloison, de manière que l'oxygénation et la nutrition sont communes à tous les polypes d'un même polypier.
Les polypes fournissent l'été des embryons libres et nageants. Aux approches de l'hiver, il se forme des œufs garnis d'une coque cornée, qui éclosent en avril et mai. Ces œufs varient de forme suivant les espèces : dans l'une, les œufs sont arrondis et bordés d'une rangée de cils terminés par des crochets aigus; une autre espèce a les œufs ovales aplatis et dépourvus de cils. Ce genre diffère des paludicelles et des frédéricelles par les tentacules, qui ne sont pas rangés en fer à cheval, mais disposés en fer à cheval sur deux bras allongés. Ce caractère le rapproche des alcyonelles , dont il diffère par l'absence de tout polypier inorganique.
De tous ces polypiers composés d'eau douce, le genre qui nous occupe est celui dont la transparence est la plus grande et qui, par conséquent, laisse le mieux voir dans son intérieur toute l'organisation intime de l'ani-
1 Dumorl. , Bull, de l'Acad. , Brux. 1 S35 , p. 424 ; Polyp. d'eau douce , p. 23.
mal, sans devoir recourir à la dissection, en sorte que l'étude microscopique du lophopier est une anatomie toute faite, et en même temps un cours de physiologie qui ne permet aucun doute sur l'exercice des fonctions des divers organes. Rien de plus curieux et en même temps de plus instructif que cette étude d'un être dont la transparence soumet à l'œil de l'observateur tous les phénomènes de la vie. Nous avons dit que l'enveloppe générale, espèce de sac lobé, n'est divisée par aucune cloison, et qu'ainsi elle est commune à tous les animaux dont le polypier est formé. A l'extrémité de chaque lobe se trouve un polype; on ne peut mieux comprendre cet état qu'en comparant le polypier à un gant dont l'extrémité de chaque doigt serait occupée par un polype en communication avec l'enveloppe générale. Dans chaque animal la disposition binaire l'emporte évidemment sur la radiaire, qui est ici entièrement nulle. La disposition des deux bras montre cette forme binaire dans toute son évidence. L'animal lui-même ni son polypier n'ont rien de radiaire.