‹ Histoire naturelle des polypes composés d'eau douce, ou des bryozoaires fluviatiles;Chapitre 7 sur 27 · ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

Lorsqu'on examine au microscope une jeune tige de paludicelle, on aperçoit distinctement à travers sa peau diaphane toutes les parties de l'animal, et même les matières contenues dans son canal intestinal. Nous pouvons donc en décrire les différents organes avec autant ou même avec plus de certitude, que si l'animal était assez grand pour être disséqué au scalpel. Nous pourrons ainsi observer par quel moyen il sort de sa cellule; comment il y rentre, et quels sont les changements qui se passent dans l'intérieur; en un mot, étudier les lois physiologiques qui président à son existence; mais avant de commencer la description des différents organes dont ils se composent, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que ces petits animaux conservent dans la disposition des principaux organes les mêmes rapports que les animaux supérieurs. Dans ces derniers, le corps de l'animal peut se réduire à une peau disposée en cylindre qui se replie en dedans aux deux extrémités , de manière à présenter l'image d'un manchon. Sur le trajet de la peau interne se développent différents organes pour la conservation de l'individu et de l'espèce; entre la peau externe et l'interne sont situés les principaux organes de la vie de relation: le système nerveux, le squelette, les muscles et l'appareil circulatoire. Dans ces polypes nous apercevons une distribution analogue. L'animal est formé de deux peaux distinctes, l'une extérieure et l'autre intérieure, et

c'est entre les deux peaux , dans un espace rempli de liquide , que nous voyons se développer les muscles, les nerfs, quand ils en ont, ainsi que l'appareil circulatoire. Tous les autres organes sont des dépendances de l'une ou de l'autre peau. Ce rapport nous avait échappé dans l'étude des individus adultes; mais en étudiant le développement, nous avons remarqué, comme nous le verrons plus loin en détail, que le jeune individu ne consiste d'abord qu'en une membrane mince, formant une paroi autour d'un liquide, dans laquelle se développe une seconde membrane qui constituera le tube digestif.

Système cutané.

Nous avons dit que, dans le genre qui nous occupe, le polypier se compose d'une série de loges cornées placées bout à bout, chacune desquelles renfermant un polype distinct. Il importe de ne pas confondre cette loge cornée avec la peau véritable de l'animal, ce que l'on ne manquerait pas de faire sans une observation attentive. La peau extérieure que nous n'avons vue entièrement distincte que dans les jeunes individus , part de la base des tentacules et forme autour de ceux-ci une gaine pendant la rentrée de l'animal. Cette peau, arrivée à l'ouverture de la loge, suit ses parois internes et tapisse tout son intérieur. Mais si l'on voulait considérer le polypier corné comme étant l'épidémie, l'organe que nous venons d'indiquer devrait, dans ce cas, être considéré comme le derme. Nous croyons en effet devoir suivre cette détermination, parce que les polypes rentrent par là dans la forme animale commune. Ce ne sont plus des animaux à part qu'il faut considérer comme formant un type particulier, c'est le type général soumis à une modification nouvelle.

Nous pouvons donc considérer la peau comme formée par le derme et l'épiderme ; ces deux couches conservent leur flexibilité dans la portion qui s'étend de la base des tentacules à l'ouverture du polypier. Le derme et l'épiderme sont tous les deux également transparents dans cet endroit. L'épiderme se durcit ensuite, devient insensiblement plus opaque; il s'é-

paissit avec l'âge, devient corné et est toujours pergamentacé dans ce genre; mais, dans la plupart des polypes marins, il se dépose dans ses parois ou en dessous des sels calcaires qui constituent les polypiers pierreux. Cet épiderme est organisé comme dans les animaux supérieurs et n'est pas une substance sécrétée comme on l'avait cru juscpue dans ces derniers temps. Nous avons très-bien reconnu dans les très-jeunes individus, au milieu des parois, des cellules qui disparaissent avec l'âge et qui justifient à nos yeux le rapprochement que nous faisons entre l' épiderme des animaux supérieurs et l'habitation en apparence si compliquée des polypes. Nos observations s'accordent ainsi complètement avec celles que M. Milne Edwards a faites sur plusieurs polypiers marins. Toutefois, il résulterait des recherches de quelques naturalistes , comme par exemple de celles de Cavolini , que plusieurs polypiers sont formés aussi en tout ou en partie par exsudation , et par conséquent la nature des polypiers ne serait pas la même dans toute la classe.

Le polypier des paludicelles se compose toujours d'une tige principale, simple au commencement, ramifiée à un âge plus avancé. Il est rétréci de distance en distance; et une cloison interne transverse divise la tige en autant de cavités ou loges distinctes qu'il y a d'étranglements. Dans chaque loge habite un animal, qui n'a aucune communication organique avec ses voisins. Sur le trajet de la tige principale l'on aperçoit, dans les polypiers adultes, des ramifications qui partent toujours de la partie renflée. Tantôt il n'y a qu'une seule ramification, et le polypier est fourchu, tantôt il s'en forme des deux côtés, et le polypier devient trichotomique. Chacune de ces branches se subdivise ensuite comme la tige principale, et de là vient cette forme régulière qui aura fait prendre plus d'une fois ce polypier pour un végétal. Nous exposerons plus loin à l'article reproduction, comment l'accroissement de ces parties a lieu.

On voit assez communément sur le polypier de ce genre le Vaginicolâ tincta, qui se présente au premier aspect comme des excroissances du polypier lui-même. En l'examinant pendant quelques instants dans un repos absolu, on voit bientôt l'infusoire à la porte de son tube, et faisant tourbillonner autour de lui les particules suspendues dans le liquide.

Système digestif.

Le canal intestinal est complet et se compose de quatre compartiments : la cavité buccale, l'œsophage, l'estomac et l'intestin. Toutes ces parties sont parfaitement distinctes les unes des autres.

La bouche est située exactement au milieu des branchiales. Si l'on regarde de face un de ces animaux épanoui, l'appareil branchial se présente sous la forme d'une rosace dont la bouche occupe le centre. Elle est complètement dépourvue de parties cornées ; son ouverture est transversale, mais ne présente point de prolongement labial comme chez ses congénères. Le canal digestif est légèrement renflé à son origine pour former une cavité buccale ; de nombreux cils vibratils tapissent l'intérieur et attirent, par leurs mouvements continuels, les particules suspendues dans l'eau. Ces particules, qui consistent le plus souvent en infusoires ou en conferves, s'accumulent dans cette première excavation, s'agglomèrent, et lorsque la quantité en est suffisante, l'œsophage se dilate, et les aliments, sous forme de bol alimentaire, passent directement dans l'estomac. C'est la seconde station des aliments.

L'œsophage est assez long relativement au volume de l'animal; il est, droit pendant que le polype est épanoui, et forme au contraire un coude lorsqu'il rentre dans sa loge.

L'estomac est d'une forme ovale allongée. Il reçoit l'insertion de l'œsophage près de son extrémité antérieure. Ses parois sont assez épaisses, et sa surface interne paraît couverte de petites éminences qui pourraient bien être des cœcums biliaires. Ces éminences sont constamment coloriées ou en jaune ou quelquefois en rouge amaranthe. A l'endroit où s'insère l'intestin, on aperçoit une série de cils vibratils disposés en demi-lune, et qui mettent les particules nutritives agglomérées dans un mouvement continuel de rotation sur elles-mêmes. On voit souvent dans cet endroit de l'estomac les aliments comme s'ils étaient suspendus à un fil qu'on tourne sur son axe; ou bien on les voit attirés par les cils, et ils ne touchent pas plutôt ces derniers, qu'ils sont repoussés avec

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