‹ Histoire naturelle des religionsChapitre 56 sur 59 · ISLAMISME · texte numérisé non relu

ISLAMISME

formelles de Mahomet et de toute son histoire, l'enthousiasme religieux des sectateurs du prophète le transforma bientôt en un être surnaturel, presque divin. Jamais on ne vit plus clairement combien la foi se joue des faits les mieux connus, des impossibilités les mieux constatées ; jamais exemple ne démontra plus nettement que le développement des religions se fait toujours, non dans le sens qu'ont pu vouloir leur imprimer leurs fondateurs, mais suivant les besoins religieux qui résultent de l'état moral et intellectuel des p'^uples au milieu desquels elles tombent.

S'il est un fait notoire, c'est que Mahomet a commencé par être polythéiste comme ses contemporains. Gela n'empêche pas la dogmatique de l'Islam de proclamer rm/*a27libilûé du prophète. Dès le principe et par nature il a eu la science absolue de Dieu. On sait quels troubles moraux ont jeté dans l'existence de Mahomet les habitudes de la vie de harem, les calculs de l'ambition et les nécessités du despotisme. Tout cela n'empêche pas davantage les musulmans d'afûrmer Y impeccabïlûédn prophète. Le surnaturel étendit de plus en plus son voile de légendes miraculeuses sur l'histoire de sa vie. L'imagination populaire accueillit avec empressement le récit de son voyage au ciel ; c'est là qu'Allah en personne le proclama solennellement son prophète. On finit par arriver à des théories qui touchent à la préexistence personnelle. Les schiites enseignent que Dieu laissa tomber dans la matière une étincelle de sa propre lumière : cette étincelle était l'àme de Mahomet. Dieu lui a dit, comme lahveh à son mashiah le soleil : « Tu es Félu. En toi demeure ma lumière et ma direction ; c'est pour l'amour de toi que j'étends la terre et que je voûte les cieux ; que j'établis la récompense et le châtiment, que je crée le paradis et l'enfer! »

Ainsi le prophète infaillible et impeccable est le centre et le but de la création. Peu s'en faut qu*il ne soit devenu le iils de Dieu, comme Jésus-Christ, dont la divinité a été construite de la môme manière, par la poussée religieuse de ceux parmi lesquels il avait vécu.

Ce rôle surnaturel, infiniment supérieur à sa pensée^ que la tradition a imposée à Mahomet dôs la seconde généra- * tion, a eu pour conséquence de réveiller à son profit toutes les superstitions qu'il avait essayé de détruire. Et ici nous nous trouvons en face de la seconde catégorie de causes qui transforment les religions. Pendant que les uns poussent à l'extrême la logique deFadoration, en en élevant les objets au-dessus de Thumanité, les autres, les plus nombreux, la foule ignorante et grossière, ravale cet effort vers la perfection au niveau de ses instincts fétichiques. Bientôt on s'occupa de rassembler les reliques miraculeuses du prophète. Dans l'Inde beaucoup de personnes possèdent de ses cheveux, quelques-uns un seul, d'autres de deux jusqu'à vingt. Ces cheveux se déplacent quelquefois d'eux-mêmes, s'allongent ou même se multiplient de telle sorte qu'un seul cheveu peut donner naissance à une multitude d'autres cheveux.

Par la même raison l'Islam s'emplit de saints morts et même vivants qui tous font plus de miracles les uns que les autres. Ils se transforment, ils volent, ils marchent sur Teau, ils déplacent les montagnes. La vertu de leur çarole est telle que rien ne leur résiste. Ibrahim benAdham, étant sur une montagne, parlait à ses disciples de la puissance de la foi : « L'homme pieux, disait-il, obtient de Dieu, par sa sainteté, le pouvoir de transporter les montagnes rien qu'en leur disant : Change de place ». A peine avait-il prononcé ces paroles que la montagne sur laquelle

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il se trouvait se mit en mouvement. Elle ne g*arréta que lorsque le saint lui eut dît en frappant du pied : « Reste en repos 1 ce n*est pas à toi que je parlais. Je ne faisais que prendre un exemple. » Ainsi agit la parole du saint môme prononcée sans intention.

Les biographies des saints musulmans sont remplies de traits de ce genre et de bien plus bizarres encore, car il est à remarquer que les miracles, dans toutes les religions, sont d'autant plus fréquents et plus incroyables, que les populations où elles dominent sont plus sauvages et plus ignorantes. Un biographe sûflste, Al-Munawi, nous donne dans l'introduction de son livre un tableau des catégories sous lesquelles peuvent être rangés les miracles des saints. Ces catégories sont au nombre de vingt : résurrection des morts, conversation avec les morts, avec les animaux, avec les objets inanimés, faculté de marcher sur Teau, transformation des corps, suppression des distances et de la durée, guérison des maladies, prédiction de Tavenir, suppression des besoins corporels, etc.

Ce pouvoir miraculeux ne cesse môme pas avec la vie. Aussi les visites aux tombeaux des saints ont-elles chez les musulmans une telle importance qu'elles peuvent remplacer le pèlerinage obligatoire à la Mecque.

Le culte de la Kaaba est un reste de paganisme antérieur à Mahomet. La fête païenne qui célébrait la mort du dieu solaire est devenue à son tour un jour de deuil pour les musulmans, consacré ausouvenûr du martyr d'Husejn- Chez les musulmans de Tlnde, la f^e de Durga a subi ta môme transformation. Ces faits d'appropriation des croyances et des haibiludes locales ne sont pas plus rares dans rislamisme que chez les chrétiens et dans les autres religions, a Ce qui frappe surtout, dit Garcin de Tassy,

dans le culte extérieur des musulmans de Tlnde, e*est l'altération qu'il a subie pour prendre la physionomie indigène ; ce sont ces cérémonies accessoires et ces usages, pea conformes ou contraires à Tesprit du Koran, mais qui se sont établies insensiblement par le contact des musulmans avec les Hindous ; ce sont enfin ces nombreux pèlerinages aux tombeaux des saints personnages et les fêtes demi-païennes instituées — M. Garcin de Tassy aurait mieux fait de dire conservées — en leur honneur *. »

Le pèlerinage au saint tombeau de Tantâ a pour effet

de guérir la stérilité des femmes. Or le rôle des femmes

dans cette cérémonie est l'exacte reproduction du tableau

que trace Hérodote (II, c. lx) des fêtes de Bubastis. On y

retrouve toutes les orgies du culte d'Artemis, Astarté,

'. Mylitta, La superstition populaire accorde aux derviches

, mêlés à la caravane un privilège qui doit être de la plus

^ haute efficacité sur le succès du pieux pèlerinage des

femmes jusqu'alors privées d'enfants.

' Du reste l'islamisme a ses saintes, comme le christianisme. On cite même un certain nombre de couvents de femmes, dont l'institution est exactement semblable à celle des couvents chrétiens.

En un mot le fanatisme étroit des Orientaux et leur besoin de pratiques superstitieuses ont complètement dénaturé le monothéisme islamique. Si Mahomet revenait à la vie, il serait presque aussi étonné de son œuvre, que Zoroastre et Jésus-Christ.

^ Mémoires sur les particularités de la religion musulmane dans VInde, p. 7. (Paris, 1869.)

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