‹ Histoire naturelle des religionsChapitre 55 sur 59 · RELIGION NÉE DU JUDAÏSME. — ISLAMISME · texte numérisé non relu

RELIGION NÉE DU JUDAÏSME. — ISLAMISME

L'islamisme louche de très près au judaïsme et en dérive manifestement. Ce rapport serait évident, qaand même nous ne le trouverions pas affirmé dans le Koran lui-môme. Plusieurs fois Mahomet revient sur celte idée et déclare en termes exprès qu'il ne se propose pas autre chose que de restaurer « la religion d'Abraham » , le père d'Ismaël et par lui l'ancôtre des Arabes : « Croyants, agenouillez-vous et jetez-vous à terre, servez votre Seigneur et accomplissez la justice afin d'être heureux. Et soyez courageux dans les choses d'Allah, comme il vous convient à son égard. Il vous a élus, il ne vous a imposé en religion aucun fardeau, mais la religion seule de votre père Abraham. Il vous a nommé les Musulmans, jadis comme aujourd'hui, afin que l'envoyé d'Allah soit un témoin contre vous et que vous puissiez à votre tour être des témoins contre les autres hommes * . »

La précision de ce passage s'accorde mal cependant avec le vague et l'incohérence d'un grand nombre d'autres, où Ton voit manifestement que Mahomet connaissait fort mal la Bible, à laquelle il se référait.Ce n'estque peu à peu qu'il

(1) Suralo. xxn. 76-78, a. Cf. ii, 124, 129;iii, 89; iv 124; vi, 162; XIV, 40,41; XM, 1^4.

a fini par acquérir des notions à peu près justes sur la filiation et le rôle des patriarches auxquels il veut faire remonter l'origine de la religion. Il sait vaguement que la Bible contient l'histoire de la race sémitique à laquelle se rattache sa nation, et ce n'est qu'assez tard que l'idée lui vient de se renseigner sur ces vieux récits, qu'il ne connaît que par une tradition orale fort incomplète. Il a entendu dire qu*Abraham adorait un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre : c'est là surtout ce qu'il a retenu, et c'est cette prétendue unité du dieu d'Abraham qu'il veut faire revivre en face du polythéisme de ses contemporains. Il ne se doute pas, il ne s'est jamais douté que si Abraham a pu avoir son dieu particulier, national, lahveh, cela ne l'empêchait nullement de croire à l'infinie pluralité des dieux étrangers.

Peu importe du reste. Ce qui est certain c'est que Mahomet, dégoûté, comme quelques-uns de ses contemporains, du culte plus ou moins fétichique de sa nation, a voulu réagir contre lui, et a cru trouver dans la Bible une tradition monothéiste qui facilitait sa besogne. La mission qu'il s'est donnée a donc été de ramener à sa pureté primitive la religion des antiques patriarches, corrompue par les vices et les erreurs des hommes. Cette religion il en puise les éléments dans la Bible, mais sans se croire le moins du monde astreint à s'enfermer dans le judaïsme, puisque, d'après lui, c'est-à-dire d'après la révélation dont il est le porteur, les Juifs ne sont pas restés, non plus que les Arabes, fidèles à la parole divine.

En conséquence il institue le monothéisme pur, absolu. Allah, — l'El ou Elohim de la Genèse, — est le créateur unique, le maître suprême de toutes choses. Mahomet conçoit son dieu comme absolument isolé dans le divin. Il

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n'y a pour lui entre Thomme et Allah aucun degré intermédiaire. Les anges ne sont que les messagers, que les esclaves de Dieu. Ce qu'il y a de grand en eux, de surnaturel, c'est leur fonction, rien de plus. Mais cela ne leur confère aucun droit aux invocations ni à l'adoration des hommes. Les saints, les prophètes sont au-dessus des anges, mais eux aussi n'ont aucune autre supériorité de nature. Toute leur dignité vient du choix qu'a fait d'eux Allah pour donner à l'humanité l'exemple des vertus qu'il veut lui voir pratiquer, ou pour lui porter la révélation des enseignements qu'il veut lui communiquer. Mahomet lui-même , le prophète par excellence, n'a aucun pouvoir surhumain. Toute prétention de sa part à la vertu miraculeuse serait un empiétement criminel sur Id puissance souveraine du dieu auquel seul appartient le pouvoir de changer à sa guise le cours des choses. Il ne peut que ce qu'Allah lui donne pouvoir de faire, il ne sait que ce qu'Allah l'a chargé de dire. « Quant à ce qui est caché», il l'ignore tout comme les autres hommes; l'avenir lui est inconnu : « Ils te demanderont, dit le Koran (Surate, vu, 185-186) à quelle époque est fixée l'arrivée de l'heure du jugement. — Dis-leur : Allah s'en est réserva

la connaissance Ils t'interrogeront là-dessas comme si

tu le savais. — Dis-leur : Allah est seul à le savoir. » — Si on lui demande de faire des miracles, de monter au ciel, de faire jaillir des sourcesdela terre, etc., il n'a qu'une réponse : « Loué soit mon Dieu, de ce que je ne suis pas autre chose qu'un mortel, un envoyé. » (Surate, xvii,93-96.) Il n'y a donc aucune hésitation possible. En dépit d'un nombre assez considérable de contradictions, qui tiennent surtout à des habitudes d'esprit et de langage chez les rédacteurs du Koran, il est certain que jamais mur plus

HIST. NJLT. DBS BBÙGIONS» il

infranchissable n'a été élevé entre rhomme et Dieu. Le choix même qu'Allah a fait des saints et des prophètes ne provient pas le moins du monde d'un mérite particulière chez les objets de ce choix ; il ne faut pas même croire qu'un homme puisse par un effort particulier se rendre digne d'une mission de cette nature. Non, il n'y a là qu'un acte arbitraire de la grâce de Dieu, qui choisit qui il veut. Un pas de plus, et l'on arriverait à la néga" \ tion de tout rapport entre le ciel et la terre. L'abaissement * de l'humanité devant Dieu est si profond, son néant est \ si complet, qu'ilne saurait mêmey avoir entre les hommes, , aux yeux d'Allah, aucune différence de bien et de mal, de ' piété ou d'impiété : qu'importent à l'Être suprême, dans la hauteur inaccessible où il réside, les actes de cet infiniment petit qu'il ne saurait distinguer que par un acte , vraiment extraordinaire de sa toute-puissance ? C'est-àdire que, à force de pousser à l'extrême la conception de la grandeur divine, l'islamisme, s'il était tombé dans des esprits plus portés aux outrances de la logique, serait depuis longtemps arrivé à la négation de toute religion et de toute morale.

f Mais ce n'est pas dans ce sens-là qu'a évolué l'islamisme. ; Cette religion purement monothéiste, et l'on peut dire . la seule monothéiste, si on la considère telle qu'a voulu la faire son fondateur, est aujourd'hui complètement ' transformée par les hérésies inconscientes de ses sectateurs.

Les causes de cette corruption sont fatales.

Il y a dans l'esprit de l'homme religieux un insatiable

besoin de perfection ou plutôt d'edoration qui le pousse

sans cesse à élever de plus en plus au-dessus de lui-même

les objets de soii admiration. En dépit des déclarations

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