‹ Histoire naturelle des versChapitre 33 sur 37 · DES TAENIA · texte numérisé non relu

DES TAENIA

Les taenia vivent tous, des sucs gastriques, pancréatiques et autres qui coulent perpétuellement dans l'estomac et les intestins des animaux, seuls endroits où ils se trouvent. Ils l'absorbent par le moyen de leurs quatre suçoirs, et ceux qui sont pourvus d'une couronne de crochets l'emploient comme moyen irritant, pour déterminer une plus grande sécrétion de ces liqueurs. Il est extrêmement rare qu'ils puissent percer les intestins.

C'est toujours ou presque toujours à l'extrémité la plus grêle qu'il faut chercher la tête, partie qui varie beaucoup de l'orme et de proportions, ainsi qu'on le verra dans le détail des espèces. Les anneaux sont plus ou moins longs, plus ou moins larges, plus ou moins applatis, plus ou moins nombreux, et de formes différentes dans toutes les espèces. Ils ont toujours un, deux, et même trois petits pores, qui

ont été regardés, avant qu'on connût la tête et les suçoirs de ces yers, comme les tuyaux absorbans de leur nourriture, mais qui sont reconnus aujourd'hui comme les issues de leurs trachées 5 ou les stigmates par le moyen desquels ils respirent. Vn intestin traverse le ver dans toute sa longueur, et va se terminer à l'extrémité postérieure, où est l'anus. Il est probable que deux canaux qu'on remarque à côté sont les trachées; mais l'anatomie des tœnia, toute simple qu'elle paroisse, est fort difficile, et les tentatives auxquelles elle a donné lieu, ont donné des résultats tres-peu satisfaisans.

Les tœnia ont deux espèces de mouvemens; un latéral pendant lequel les anneaux se contractent d'un côté et se dilatent de l'autre ; un de haut en bas et de bas en haut, suivant la direction de leur applalissement. Ce sont de vé-

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ritables ondulations, à la faveur desquelles l'animal avance ou rétrograde.

Ses mouvcnaens, au sortir d'un cadavre ouvert, encore chaud, sont trèsvifs, et on en a vu qui se fixaient aux corps étrangers, par le moyen de leurs suçoirs, avec tant de force, qu'on les rompoit plutôt que de leur faire lâcher prise.

On voit souvent à l'œil nu , dans le milieu des taenia, des cavités tantôt simples et rondes, tantôt composées par une réunion de points ronds, tantôt par la convergence de petits canaux de formes diverses. Linnœus les a appelés des ovaires, comme il a appelé les stigmates orifices des œufs, c'est-à-dire sans aucuns motifs fondés, puisqu'il n'y a pas de preuves que ces parties servent aux fonctions que ces noms rappellent. Tout ce qu'on a écrit sur la génération des tœnia n'est appuyé sur aucun fait positif. Nous

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sommes, à leur égard, dans la même ignorance qu'à celui des autres yers intestinaux, quoiqu'on remarque souvent des corps oyiibrmes dans l'intérieur des tœnia. On conservera le mot ovaire, faute d'autre; mais on substituera celui de stigmate à celui d'orifice des œufs.

Les anciens médecins avoient avancé que toutes les articulations des tœnia, rompues dans les intestins, donnoient naissance à autant d'animaux complets ; mais cette assertion est rcpoussée par les observations des modernes. Il paroît constant, aujourd'hui, que, dans ce cas, les articulations meurent et sont expulsées du corps. Mais il est aussi constaté que, pourvu qu'il en reste quelques-unes attachées à une tète vivante, elles augmentent en nombre, et forment de nouveau, avec le temps, un animal parfait, ainsi qu'on l'a vu, dans les mêmes circontances.

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dans le genre néréide et aulres voisins.

Une chose très-digne de remarque, et qui prouve la grande variété des moyens que la nature emploie dans ses œuvres, c'est que l'estomac ni les intestins d'aucun animal ne digèrent les taenia, ni les portions de taenia qui les habitent; qu'ils soient vivans ou morts, quoique leur substance paroisse de nature à être très-décomposable. On ignore s'il a été fait des expériences tendantes à s'assurer si des quadrupèdes, tels que des chiens, par exemple, qui nourrissent toujours un grand nombre de taenia , digéreroient ceux des autres quadrupèdes ou de l'homme; mais Bosc, avant ouvert un canard qui avoit mangé en sa présence, douze heures auparavant, plusieurs taenia rendus par un chien, n'en a trouvé aucune trace ni dans son estomac ni dans ses intestins.

54o HISTOIRE TSATIRELLE

Chaque espèce de ver de ce genre habite dans une espèce d'animal, ou au plus dans quelques espèces voisines, comme la plupart des vers intestinaux.

Le nombre des espèces de tœnia, vivant aux dépens de l'homme, paroît devoir se réduire à quatre; savoir: deux ayant des crochets au sommet de la tête, et deux n'en ayant pas : les pre-. miers sont le solitaire et le vulgaire ; les seconds, le large et le denté.

Il y a une grande confusion dans les ouvrages de médecine, relativement à la synonymie destœnia. Tous quatre y portent le nom de ver solitaire. Celui que quelques auteurs ont appelé ver solitaire à anneaux longs , d'autres l'appellent ver à anneaux courts. Il en est de même de la dénomination de ver cucurbitain, qui a été appliqué à plusieurs. On ne cherchera pas ici à débrouiller ce chaos. On observera seulement que c'est le taenia vulgaire

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que les Français appellent le plus communcmeut yer solitaire à anneaux courts, et que c'est le taenia solitaire de Linnaeus qui est connu d'eux le plus généralement sous le nom de ver cucurbitain ou verà anneaux longs, parce que ses anneaux, lorsqu'ils sont séparés, ressemblent à la graine d'une courge, cucarbiia, en latin. Il seroit bien à désirer que les médecins qui écriront à l'avenir sur cette matière , précisassent davantage les vers qui feront le sujet de leur observation, et ils ne le peuvent, qu'en étudiant avec soin les caractères qu'ils présentent , en les comparant avec ceux qu'on donne ici, et en les rapportant aux espèces qui y sont décrites, par la citation de leur

nom.

Comme les symptômes que présentent les vers solitaires sont à-peu-près les mêmes, ce qu'on dira de l'un ser- \iia également pour les autres. C'est

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le Uvnia vaii!;;îirt' que Ton pi'ciîd ici pour t3pe, coinuie le plus commun; après lui c'est le solitaire ou cucurbitain, qu'on rencontre le plus fréquemment, ensuite le large. Le denté est fort rare. Le vulgaire est le plus grand et le plus dangereux, et le cucurbitain îe plus diiTicile à chasser entièrement, parce que ses anneaux tiennent peu les uns aux autres, et que la tête échappe facilement aux effets dés remèdes.

Hippocrate et tous les anciens médecins , étaient persuadés qu'il n'y avoit jamais qu'un seul tœnia dans le même homme; mais les observations des modernes ont prouvé qu'il pou voit y en avoir souvent plusieurs de la même espèce, plusieurs d'espèces différentes? et un ou plusieurs mêlés avec les autres espèces et avec des vers de genres différens,sur-touldes ascarides.

Ainsi la dénomination de ver solitaire

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ne convient pas nk-llemcnt aux taenia, et devroit être proscrite de la science; mais comme elle est consacrée par l'usage, que Linnœus l'a affectée à une des espèces, on l'emploiera pour cette espèce.

L'extrémité postérieure du tœnia solitaire n'a jamais été observ ée, parce que les derniers anneaux se rom- ^Dent toujours. L'extrémité antérieure se réitéeit graduellement, et finit par n'être pas plus large qu'un fil, au bout duquel se voit la tête, au moyen d'une forte loupe ou d'un microscope. Cet animal est susceptilile de prendre un accroissement étonnant pour îe lieu où il se trouve. Boërhave en a vu un de trois cents aunes. On en cite un antre dans le journal de médecine de 1777, à-peu-prèsde même dimension.

Ceux de cinquante, soixante aunes, se rencontrent fréquemment : la largeur ne passe jamais un centimètre.

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