‹ Histoire naturelle des versChapitre 4 sur 37 · DES MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

DES MOLLUSQUES

etsont ovipares. Leur peau est toujours enduite d'une humeur visqueuse, et ils sont tous renfermés dans un manteau.

Les uns ont une tête distincte, avec un cerveau; les autres n'en ont qu'une incomplète; les autres enfin n'en ont point du tout. Leurs yeux varient également; ceux des sèches sont analogues à ceux des poissons ; ceux de la plupart des genres, semblables à ceux des coquillages. On remarque la même chose à l'occasion de la bouche et de toutes les autres parties.

Ces variations ne permettant pas d'établir de généralités, on est forcé de renvoyer, pour ce qui concerne l'ensemble des considérations , aux préliminaires de chaque genre. On trouvera de plus , dans l'introduction de l'histoire des coquillages, un grand nombre d'articles, principalement les anatomiques , qui conviennent aux vers mollusques.

Vers I. 4

58 HISTOIRE N.ITURCLLE

On a suivi, dans ee classement des vers mollusques, l'ordre indiqué par Lamarck, comme le meilleur : on ne s'est écarté de ses caractères que lorsque des considérations majeures y ont contraint. Les sèches, par exemple, forment un genre si naturel , qu'on a dû le conserver, malgré qu'il donne moyen de faire les coupures indiquées par ce naturaliste. On a, par des raisons exposées à leur article , laissé les oscabrions parmi les coquilles; enfin on a transporté les biphores parmi les radiaires , en place des thalies, qui ne sont que des animaux du même genre, imparfaitement connus , et on a choisi ce lieu comme le plus convenable , à raison de l'organisation des Inpliorcs , plus rapprochée de celle des méduses que de celle des ascidies.

J]o/ii(S(/((es.

riz.

\Dej'eve. del

ifc/j/^.

1. a . La Sèche pelaQ;'iq\ie 3 . . . . T,a Lci^uôe Oi'c\aclnal« i . . . • T-a ]. ornoo uiicmAlo

DES SECHES. OCJ

SÈCHE, Sepia, Linnœus.

Corps charnu , contenu dans un sac cgalcmcnl charnu , teiminé en haut par deux tentacules et huit bras verruqucux.

Le genre des sèches est de tous ceux des mollusques celui dont les espèces ont l'organisation la plus compliquée, la plus approchante de celle des poissons; aussi a-t-il été placé par Cuvier et Lamarck, et le sera-t-il dorénavant par tous les Naturalistes, à la tête de la division des mollusques, etl'auroitil été ici, si des considérations étrangères à la science n'avoient déterminé à commencer par les testacés.

Tous les Naturalistes, jusqu'à Lamarck , ont réuni les sèches sous la même dénomination générique ; mais ce Naturaliste les a divisées en trois genres. On ne dissimule pas que ses raisons sont plausibles; cependant les sèches ne sont pas assez nombreuses

'\0 HISTOIRE NVTIRKI.L!:

pour rendre cette division indispensable; et comme les caractères de Lamarck obligent de faire nsage du scalpel, ce qui doit être évité par les JNaturalistes, on ne suivra pas ici soh exemple.

Les sèches sont au nombre des plus grands mollusques que Ton connoisse.

Il y en a qui ont jusqu'à six décimètres de long, et même on en cite d'une grandevir gigantesque. Le fameux kraquen, que les marins du Nord disent capable de faire chavirer un navire, ne paroît être autre chose qu'une sèche. Leur rapport, dégagé du merveilleux , constate au moins qu'il y en a d'assez gros individus pour pouvoir prendre avec leurs bras des hommes dans les chaloupes, et sur les petits bâtimens, et les entraîner dans la mer. Ces animaux mollasses, en quelque sorte laids et difformes, ont la partie inférieure du corps enveloppée d'un

T)ES SÈCHE s. 4^/

foiiiTeau nieniI)raiieLix el charnu , qui ressemble à un sac. Ce l'oiiiTeau n'est autre chose que le manteau, organe commun à tous les vrais mollusques, mais dont les bords ici sont réunis par devant dans tonte leur longueur, et l'eimés par le bas, ce qui le transforme en un véritable sac. Cette conformation du manteau se trouve à peu prés la même dans plusieurs autres genres de la classe des mollusques, tels que les ascidies ; mais ce n'est que dans les sèches et dans les clios , qu'on voit sortir hors du manteau, transformé en sac, une tête soutenant les bras de l'animal.

En efl'et, la partie supérieure du corps des sèches présente une grosse tête munie sur les côtés de deux gros yeux très -remarquables, et presque entièrement conformés comme ceux des animaux à vertèbres. Cette tête est couronnée de huit bras coniques ,

4^2 HISTOIRE iNATlIRELLE

pointus, un peu comprimés sur les côtés, et garnis, en leur surface interne , de plusieurs rangées de verrues concaves , qui leur servent à s'attacher au corps des animaux qu'ils veulent saisir, et qui agissent comme des suçoirs ou des ventouses. La plupart des espèces, celles qui composentle genre sèche et calmar de Lamarck , ont , outre ces huit bras , deux autres bras pédoncules, beaucoup plus longs que les autres, entre lesquels ils naissent, quoique véritablement hors de rang.

Ces bras sont en effet comme pédoncules , puisqu'ils sont nus dans la plus grande partie de leur longueur, dilatés et munis de ventouses, seulement vers leur sommet. Ils servent à la sèche, à saisir sa proie, et ensuite à se fixer sur les rochers, pendant qu'elle la retient avec les autres pour la manger. Tous ces bras sont susceptibles de se dilater dans tous les sejis, et

DESSÈCHES. l\7>

de prendre toutes les positions possibles.

Au centre des bras, sur le sommet même de la tête , est située la bouche de l'animal, dont l'orifice circulaire, membraneux, et plus ou moins frange, présente dans son intérieur deux mâchoires dures, cornées, semblables pour la forme et la substance à un bec de perroquet, auquel Rondelet les a justement comparées. Ces mâchoires sont crochues, et s'emboîtent l'une dans l'autre. On observe, au-dedans de la cavité du bec, une membrane garnie de plusieurs rangées de petites dents inégales. C'est avec celle arme redoutable que la sèche dévore les poissons, les crabes, les coquillages même, qu'elle achève de broyer dans son estomac musculeux, qui resscm- ])lc presque à un gésier d'oiseau.

La circulation s'effectue dans les ^«'ches, par le moyen de trois cœurs.

44 mSTOlRI- NATlRELLr

Celui du milieu, qui est le priucipal, et qui est placé vers le fond du sac, pousse le sang dans tout le corps par les artères. Ce sang revient par les veines qui le ramènent dans la veinecave. Celle-ci se partage en deux branches, pour les porter dans les deux autres cœurs, placés sur les côtés, et qui chacun le poussent dans les branchies, d'où il revient ensuite dans le cœur du milieu. Cette conformation très -singulière a été mise dans un nouveau jour par les dissections de Cuvier.

Dans le ventre, près des cœurs, est une vessie qui renferme une liqueur très-noire , à laquelle on donne le nom d'encre de la sèche. Un petit canal, qui part de cette vessie, va joindre l'extrémité du canal intestinal , et se terminer à l'anus, dont l'issue aboutit à l'entonnoir qu'on observe dans la parie antérieure de l'animal. C'est par ce

Page 1