‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 11 sur 179 · BOUCUE ET ANUS DES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

BOUCUE ET ANUS DES INFUSOIRES

Sans remonter jusqu’aux plus anciens micrographes, qui ont cherché à deviner, plus qu’ils n’ont observé réellement, l’organisation des Infusoires ; nous trouvons l’existence d’une bouche chez les Infusoires, mentionnée positivement par Gleichen chez les Kolpodes, et indiquée sept ou huit fois directement ou indirectement par Müller , quand il parle de l’intestin. Ainsi , à la page 2i0 de son ouvrage, il dit que le Kerona mitylus avale continuellement beaucoup d’eau ; à la page 197, il dit que le Trichoda linter présente une incision par laquelle il paraît avaler l’eau. Son Trichoda lyneœus aurait aussi , suivant lui , un canal intérieur , allant de la bouche aux viscères du milieu du corps; cependant il déclare, bien positivement ailleurs, n’avoir jamais vu un Infusoire avaler sa nourriture.

Lamarck donna précisément à ses vrais Infusoires le caractère d’étre astomes ou sans bouche ; mais il accorda cet organe à ceux qu’il place parmi les Polypes ciliés. M. Bory refusa également une ouverture buccale à ses deux ordres d’infusoires, des Gymnodés et des Trichodés, et n’en reconnut l’existence que chez ses Stomoblepharés , comprenant les Vorticelles sans pédicule.

M. Ehrenberg, en annonçant ses idées sur l’organisation des Infusoires en 183(t, accorda à tous ces animaux une bouche entourée de cils, et attacha tant d’importance à la position de cet organe , qu’il caractérisa par

là ses divers genres de Monadines ; les uns devant avoir une bouche tronquée terminale dirigée en avant , les autres cette même bouche tronquée , dirigée en divers sens dans le mouvement , quelques autres enfin une bouche oblique sans bords et bilobée. Les Gryptomonadines étaient aussi distingués par une bouche ciliée ou nue; celle des Euglènes était positivement ciliée ; les Vibrions eux-mêmes devaient avoir une bouche terminale. Les Enchelides et les Leucopbres étaient pourvus d’une bouche terminale droite ou oblique , presque aussi large que leur corps. De tels résultats , quoiqu’ils eussent été modifiés, en 1832 et 1833 , par la découverte d’une trompe chez quelques Cryptomonadines et chez YEuglena viridis, étaient trop inadmissibles pour que je ne fusse pas tenté de les contredire. Ma contradiction, en 1835, a été trop loin ;Jet convaincu, comme je le suis encore, de l’inexactitude des faits que je viens de citer, j’ai conclu que les autres vrais Infusoires ne pouvaient non plus avoir de bouche. Je ne tardai pas à revenir sur cette assertion hasardée ; et , au commencement de 1836 ( Annales des Sciences Jiaturelles ^ avril 1836), je dis avoir vu nonseulement l’introduction des substances colorées par une ouverture particulière dans les Kolpodes , mais encore la déglutition de plusieurs brins d’oscillaires par une Nassula , ayant la bouche entourée d’un faisceau de soies cornées roides.

Dans son mémoire de 1836, M. Ehrenberg confirma son observation du filament flagelliforme de certains Infusoires , qu’il a continué depuis à nommer une trompe , quoiqu’il en ait trouvé plusieurs à la fois dans certains genres et qu’il les regarde comme analogues aux cils. La bouche , suivant lui , n’est donc point

située à l’extrémité, mais à la base tle ces trompes. Il n'a pu toutefois établir autrement que sur des conjectures l’existence de cette bouche dans les Infusoires à filaments. Quant aux Infusoires qu’il avait représentés primitivement avec une si large bouche , il a quelque peu varié à leur égard; et sans renoncer positivement à ses anciennes figures de la Leucophra patula , où il avait représenté leur intestin , il en donne de nouvelles , qui ne montrent ni l’intestin ni la grande bouche.

On ne peut toutefois douter de la présence d’une bouche que chez les Monadiens, les Vibrions, les Amibes, les Euglènes et les autres espèces d’infusoires non pourvus de cils vibratiles , sans parler des Navicules et des Clostéries. Chez beaucoup d’infusoires ciliés , il existe réellement une ouverture servant à l’introduction des aliment, et chez quelques-uns même, cette ouverture est munie d’appendices particuliers , d’un faisceau de petites baguettes cornées, qui l’entourent comme l’entréed’une nasse, chez les Chilodon, Nas^ sida, Prorodon ei Chlamidodon , ou d’une lame vibratile, sorte de valve charnue chez les Glaucoma. Il est bien certain aussi que cette ouverture est susceptible de dilatation à la volonté de l’animalcule, et que les baguettes cornées qui l’entourent peuvent s’avancer plus ou moins, s’écarter et se rapprocher pour faciliter la déglutition d’une proie plus ou moins volumineuse. Il n’en faut pas davantage sans doute pour qu’on puisse regarder cette ouverture comme une bouche. Si cependant on devait conclure de l’existence d’une bouche à celle d’une cavité digestive permanente, il faudrait ne lui donner ce nom qu’avec une certaine réserve. En elfet il y a une ouverture pour l’introduction des aliments, et la cavité destinée à locer ces aliments

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MlSTOinE NATURELLE

n’existe point d’abortl : elle est formée successivement par ces aliments eux-mêmes et par l’eau que le mouvement des cils y pousse incessamment. La substance charnue intérieure arrive jusque contre la bouche et se trouve proj^ressivement creusée d’un tube en culde-sac, dont l’extrémité est interceptée de temps en temps par le rapprochement des parois.

L’existence d’une ouverture .anale chez les Infusoires est bien moins certaine, et si quelquefois on remarque une véritable excrétion clans une partie quelconque du corps, on ne peut dire absolument qu’elle s’est faite par un anus. Il ne suffit pas d’ailleurs de voir un amas de substances analogues aux aliments d’un Infusoire, retenues à sa partie postérieure , pour conclure que ce sont là des excréments ; car les courants produits par les cils sur les deux côtés du corps doivent nécessairement porter en arrière des particules plus ou moins liées entre elles par des mucosités, et qui restent légèrement adhérentes à l’animalcule, là où les courants ne se font plus sentir (1). On conçoit que , si les deux courants produits par les cils , au lieu de se rencontrer tout à fait en arrière, viennent se joindre sur un des côtés, en .avant ou en arrière , ce sera encore au point de jonction que sera placé l’amas de particules en question ; et, pour peu que l’on aime les déterminations hasardées, on verra l’anus, ainsi placé dans telle ou telle position , en rapport avec la disposition des cils.

C’est ce simple fait qui a pu faire croire aussi aux anciens micrographes que les Infusoires sont pourvus d’un orifice excréteur; cependant il arrive quelquefois

(i) Gleichcn , ayant vu des Kolpodes traîner après eux un amas de parlieules élranf^ères, a cru y voir le frai de ces animalcules.

nrs TSKUsoinj^s.

(|ue l’on voit réellomcnl sorlu' du corps dos liit'usoif('s, sur (|uel(fue point do leur contour, des suljstances contenues dans rinléricur; et probablement le résidu de leur digestion.

Millier dit positivement avoir vu sortir les excréments du Kerona mytilus [ sordes excernere vidi ^ Anim. On ne peut douter que M. Ehren-

berg ne l’ait vu aussi ; car il l’a représenté pour beaucoup de ses Infusoires. Moi-même je l’ai vu plusieurs fois, et notamment, delà manière la plus distinçte, dans i’ Amphileptus anser, Ehr. ( Vihrio auser. Millier ). Mais ce que j’ai vu ne m’a point convaincu de l’analoiïie de cette ouverture accidentelle avec une ouverture anale , qui devrait être la terminaison d’un intestin.

J’avais recueilli, le 6 décembre, dans des ornières au nord de Paris , un enduit brun au fond de l’eau, sur une terre blanchâtre. Croyant avoir pris ainsi des Navicules , je ne fus pas médiocrement surpris de voir l’eau de mes flacons fourmiller de ces Amphileptus , que j’avais auparavant rencontrés toujours isolés. Avec eux se trouvaient quelques Hydatines et des Thécamonadiens qui leur servaient de nourriture. Il me fut donc bien facile d’étudier mon Amphileptus ; car chaque goutte , mise sur le porte-objet , en contenait plusieurs. A l’intérieur se voyaient toujours cinq ou six vacuoles distendues par de l’eau , et par des Monades ou d’autres substances avalées. Ces vacuoles changeaient de place , en s’avançant peu à peu vers l’extrémité postérieure , où se trouvait une vacuole ou vésicule plus grande, souvent irrégulière, lobée et évidemment formée par la réunion de plusieurs vacuoles plus petites , amenées successivement en con-

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tact pour se fondre en une seule , comme des bulles de gaz. Cetle grande vésicule postérieure s'emplit ainsi de plus en plus ; ses parois s'amincissent , et elle finit ])ar s'ouvrir latéralement pour verser son contenu au dehors ;'puis elle se referme avec des dimensions beaucoup moindres. Ce mode d’excrétion est parfaitement en rapport avec la nature molle et glutineuse de cet Infusoire , que la pression entre deux lames de verre , et , mieux encore , c[ue la vapeur d’ammoniaque décompose en gouttelettes diaphanes de cette substance glutineuse dont j'ai parlé plus haut.

Cet orifice excréteur temporaire est bien à la place indiquée par M. Ehrenberg, pour son genre Amphileptus. Sera-t-il toujours au même endroit ? Je ne sais, mais il me paraît probable que, dans la paroi formée par le rapprochement et la soudure de substance glutineuse homogène , une nouvelle ouverture ne pourra pas se produire exactement au lieu môme qu’occupait la précédente. Si ce mode d’excrétion est général, comme je le présume (1) , l’orifice excréteur devra être placé à l’endroit où les vésicules intérieures , les prétendus estomacs , s’arrêtent après avoir parcouru un certain espace clans la substance glutineuse de l’intérieur; et sa position alors , bien qu’il ne soit pas à l’extrémité d’un intestin , pourrait fournir de bons caractères pour la classification.

Dans les Yorticelles, cet orifice accidentel paraît se produire à côté de l’ouverture buccale , c’est-à-dire

(i) L excrétion des substances avalées par les Infusoires se voit d’une manière analogue chez les Kerotia pustulata, Oxylricha pelUonella et chez d autres especes sans tégument, qui, tenues captives entre des lames de verre, s ouvrent latéralement pour laisser sortir Icnlcmciit une masse plus oiumoins volumineuse et sc referment ensuite.

que les vésicules , remplies d’eau et d’alimenls , parcourent à l’intérieur un circuit qui les ramène contre l’entrée du cul-de-sac , au fond duquel se creusent et se séparent ces vésicules ou prétendus estomacs.

La décomposition par diffluence des Infusoires peut présenter aussi l’apparence d’un large orifice excréteur sur le contour d’un de ces animalcules, et particulièrement dans la partie postérieure. En ellet , si , par suite de l’évaporation de l’eau, un Infusoire ne se trouve plus dans les conditions normales, il commence à se décomposer, en rejetant à une certaine distance , par l’eflet du mouvement des cils , et les corps étrangers dont il s’est nourri, et sa propre substance. Si alors on lui rend du liquide convenable, il reprend la vie, sa blessure se ferme et la partie désagrégée reste comme une excrétion. ’

C’est dans des circonstances à peu près semblables qu’on voit se former sur leur contour des exsudations globuleuses et diaphanes de la substance glutineuse interne, que j’ai nommée sarcode.

CHAPITllE VI.

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