‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 10 sur 179 · APPENDICULAIRES DES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

APPENDICULAIRES DES INFUSOIRES

Les principaux organes extérieurs des Infusoires sont les divers prolongements de leur substance charnue vivante, qui, sous la forme d’expansions, ou de filaments, ou de cils , ou de soies , servent à la fois à la locomotion et à la nutrition , ou à la respiration, en multipliant les points de contact de la substance vivante avec le liquide environnant et avec l’air contenu.

D’autres ]irolongements filiformes , comme ceux des Actinoplirys ne peuvent servir qu’à ce dernier usage , puisqu’ils sont presque immobiles. Les soies plus dures et cornées qui servent à l’armure de la bouche de certains genres, et les diverses sortes de cuirasse ou de têt , peuvent aussi être considérées comme organes extérieurs.

Les expansions des Amibes et des Dilïlugies , tantôt plus courtes, tantôt plus effilées , et enfin tout à fait filiformes , simples comme dans le Trinema {Difflitgia enclielis Ehr.) , ou ramifiées dans les Gromies et les Rbizopodes , oflrent tous les passages jusqu’au long filament flagelliforme qui sert d’organe locomoteur aux Monades. Ces derniers Infusoires eux-mêmes sont susceptibles , comme je l’ai déjà dit , de s’agglutiner aux corps solides par une partie quelconque de leur surface , et s’étirent ensuite de manière à présenter un ou plusieurs filaments latéraux ou postérieurs également contractiles et mobiles. Ces filaments, qu’on reconnaît bien n’avoir rien de fibreux , de membraneux ou d’épidermique , se contractent et se meuvent ]iar eux-mêmes , et ne sont point du tout mus par des muscles insérés à leur base , qui leur feraient décrire une surface conique ayant son sommet au point d’attache, comme M. Ehrenberg l’a supposé et même figuré {Monas guttula , Infusionslb. 1838, pl. 1, fig. ni). Pour s’en convaincre, il faut observer les Monades vivant dans les vieilles infusions; on en verra dont le filament, trois ou quatre fois aussi long que le corps, se meut simplement à l’extrémité comme un fouet vivement agité, et demeure roide ou légèrement courbé vers sa base.

M. Ehrenberg, qui nomme ce filament une trompe ,

IIISTOTP.E iVATU BELLE

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et qui , p.irticulièrement chez les Monades, dit l’avoir observé en laissant évaporer sur le porte-objet du microscope la goutte d’eau contenant ces animalcules , ne paraît pas avoir connu sa vraie longueur : il l’avait pris d’abord ])Our une vraie trompe, et avait même représenté l’afflux des particules nutritives à l’extrémité, chez ses Traclielomonas et Chœtoglena (iii® mémoire 1833 , pl. vu, f. iii-iv). Maintenant, à la vérité, il prend cette trompe pour un prolongement de la lèvre supérieure; et même, en parlant de son genre Phacelomonas ^ qui est pourvu de huit à dix semblables filaments, il dit c[ue les trompes et les cils ne sont point des organes trop différents entre eux {Infus. , p. 28 ). La bouche , suivant lui , est à la base des filaments ; mais rien ne prouve que cette supposition soit fondée, car chez un grand nombre d’infusoires pourvus de cet organe , tels que les Euglena , on ne voit point d’intromission réelle de matière nutritive ou colorante; et chez les Monades, qui souvent présentent de petits amas de matières étrangères à l’intérieur , l’intromission n’a point eu lieu à la base de la trompe , non plus que par l’extrémité.

Si personne aujourd’hui ne veut persister à voir dans ces filaments de vraies trompes contenant un œsophage (1), je ne reviendrai pas sur les ai'guments

(l) M. Ehrenberg décrit sous le nom de 7'racheliiis trichophoriis (liifusiousthierchen , p. 322, pl. 33, f. xii), un Infusoire qui p.irait bien être le même que j'ai nommé Pyronema en i836 ; il représente comme une trompe assez épaisse et terminée par un boulon , ce que j’ai décrit cotnmc un rdament flagelliforme qui s’amincit considérablement .à l’extrémité. A la vérité , il dit dans le texte que celte trompe est cxlraordin.'ireinent mince et difficile à voir , et que dans les individus observés en Eussie, il n’a pas vu de bouton à l’exlrémilé do la trompe. D’ailleurs,

DES INKUSülUlia.

que clans mes précédents mémorres je tirais de la ténuité de ces filaments , cpi deviennent de plus en plus minces à l’extrémité, et de leur facile rupture , et enfin de leur multiplicité. Je dirai pourtant que cette dernière circonstance s’oppose même à ce c[u’on suppc^e la bouche à leur base, puisque, chez l’Infusoire que j’ai nommé Hexamita, rien n’indique la présence d’une bouche à la hase d’aucun des six fdaments cj^ui partent de différents points, de sorte qu’il y aurait autant de raison à y supposer six bouches invisibles cju’à en supposer une seule.

Les divers prolongements fdiformes des Infusoires , quoique de même nature , se montrent plus ou moins consistants, plus ou moins contractiles : ainsi, tandis (jueceux des Gromia, pouvant à chac[ue instant s’étendre, puis se fondre dans la masse , ne montrent que rarement un degré de tension qui leur permette d’abandonner le plan de reptation ; ceux du Trinenia , qu’on aurait tort de confondre avec les DiJflugies (1) , se dressent dans toute leur longueur, et s’inclinent d’un côté à l’autre, cherchant un point d’appui où ils se fixent et s’agglutinent pour faire avancer l’animalcule en se contractant ; ceux Au Diselmis \^iridis ont encore la faculté de s’agglutiner au verre; cependant ils ne sont pas susceptibles de se contracter entièrement, et même, après s’être rompus ou détachés, ils restent

en assimilant ce filament au prolongement antérieur garni de cils vibratiles des autres Trnchelius , il ne le considère de même que comme un organe de lad et de mouvement, et il place la bouche à sa base.

(l) f,.i DiJJlu'^ia cnchelys de W. Ehrenberg est évidemment le même Infusoire que j’ai nommé Tiiiienia en i836; mais on reconnaîtra à l'inspection des figures qu’il en donne ( /«/". pl. iv , fig. iv) que l’auteur allemand n’a pas bien vu ni compris les filaments de cet animalcule.

quelque temps visibles dans l’eau comme des filaments flottants, sans mouvement. Dans d’autres espèces, des filaments agglutinés par l’extrémité se contractent brusquement, de manière à lancer l’animalcule à une certaine distance.

Les cils vibratiles paraissent être de la même nature que ces divers filaments : on les voit, dans un grand, nombre d’infusoires , se crisper et se décomposer après la mort comme une substance glutineuse, à moins qu’ils n’aient été fixés à là plaque de verre par l’évaporation du liquide : quelques-uns persistent pendant quelque temps , mais ils ne sont jamais d’une substance cornée comme ceux des Entomostracés et des articulés en général , puisque aucun ne persiste si on y ajoute un peu d’alcali.

On ne peut donc, dans aucun cas, les assimiler à des poils cornés , sécrétés par un bulbe et mus par des muscles ; l’analogie , prise des animaux supérieurs , a donc évidemment entraîné trop loin ceux qui admettent une telle similitude , et supposent des muscles insérés à la base des cils. M. Ehrenberg dit cependant avoir vu dans les grandes espèces de ses genres Stjlonychia et Kerona , la base de chaque cil en forme de bulbe , et ce cil décrivant une surface conique , dont le sommet est au bulbe même • il croit pouvoir expliquer ce mouvement par l’action de deux muscles qui agissent sur leur base. De plus, il regarde la distribution constante des cils en rangées , comme due à l’existence des muscles longitudinaux qui les mettent en mouvement par série; mais il a soin d’ajouter que ce fait n’est pas facile à observer directement : je le crois bien ; je dirai même que la difficulté de les apercevoir est si grande , que jamais je n’ai rien pu voir de sem-

blable. C'est de ce résultat négatif que j’ai tiré la conséquence toute contraire, qu’il n’y a point de muscles moteurs pour les cils ; je crois même que les cils vibratiles, au lieu d’être portés sur les granules de la surface réticulée de certains Infusoires , sont situés dans les intervalles ; c[uant aux appendices plus volumineux des Kerones (Stylonychia , Kerona, Oxytricha), ceux c]u’on a nommés crochets et styles', ils montrent en effet un épaississement à leur base ; mais rien ne prouve qu’il y ait un vrai bulbe ; bien au contraire, la décomposition totale, par diffluence de ces Infusoires, montre que c’est partout une même substance.

Müller avait déjà distingué, parmi les appendices ciliformes des Infusoires , ceux qui sont plus fins et vibratiles ( Cilia micantia), et ceux qui , plus gros ou plus roides , sont immobiles [Setœ] , ou simplement capables de se plier ou de s’infléchir en divers sens , pour servir à la progression ou au toucher ; il nommait ces derniers cirri ou cornicula. M. Ehrenberg, en outre des cils et des soies , distingue aussi des styles et des crochets {imcini).

Il peut paraître surprenant que des organes aussi divers soient regardés comme des expansions plus ou moins consistantes de la substance même qui constitue en majeure partie le corps des Infusoires ; peutêtre devra-t-on admettre quelque autre différence dans leur nature, puisque véritablement une substance organisée peut être modifiée de plusieurs manières ; mais cette différence, si grande qu’on la veuille supposer, ne pourra jamais aller jusqu’à en faire de vrais poils sécrétés par des bulbes comme ceux des vertébrés; ou même des poils cornés tubuleux, comme ceux des

IIISTÜIHE NATUliELLE

animaux articulés. Müller, quoiqu’il parle à plusieurs reprises de la base globuleuse de ces appendices, comme s^il leur supposait des bulbes sécréteurs, rend aussi témoignage de leur nature molle et glutineuse et de leur décomposition dans l’eau , notamment à l’occasion de la diffluence du Trichoda charoii et de \Hiinantopus sanrdo (1). On peut d’ailleurs se convaincre facilement de ce fait, en approchant d’un flacon d’ammoniaque le porte-objet chargé d’infusoires tels que les Kerones , les Plæsconies , etc. Ces animalcules cessent bientôt de se mouvoir, et subissent des déformations curieuses; leurs cils se crispent et se contractent , et finissent par disparaître, comme on le voit dans les figures que j’ai données , représentant les changements successifs de la Kerona pustidata et de la Ptœsconia cliaron.

Ce dernier exemple montre aussi que la cuirasse des Plœsconia n’est pas plus de nature cornée que les cils, car elle se déforme et se décompose en même temps, bien diltérente en cela de la cuirassedes Brachions , qui se conserve dans l’eau et résiste même à la putréfaction. Le têt des Arcelles, des Difflugies, des Trachelomonas et de plusieurs autres Thecamonadiens, se conserve aussi sans altération , ainsi que Vélüi Dynobryum et Tinti niais , et Paginicola : il en peut assurément résulter de fort bons caractères pour la distinction des groupes , mais on ne peut rigoureusement donner à ces jDarties la dénomination commujie de cuirasse.

(l) Muller s’exprime ainsi {Animalcula Infusoria , p. ‘Ji'Ag) : Cilia iii uiortiis evanefcunt , cl p. a5o : aqua dfficicnlc.., cilia rig-ida absque molli , paucis momcnlit persistcntia , ei’anucrc deniquc prorsùs.

DES INEUSOIRES.

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Les petites bagueltes solides qui entourent comme une nasse la bouche des Chilodon, des Prorodon et des Nassula, résistent beaucoup plus à la décomposition que les autres appendices. Je les ai même vus persister après l’action d’une solution de potasse, qui avait dissous tout le corps d’un gros Chilodon {Kolpoda cuculluliis , Millier?) (1); mais celles des Nassula se dissolvent au contraire très-bien dans la potasse. On peut sans doute admettre que ce sont des productions cornées analogues aux soies des Naïs , et plus encore aux crochets des Tænias, des Cysticerques et des Ecbinocoques. Nous ne savons comment se forment celles-ci ; mais nous savons que leur présence n’est pas l’indice d'une organisation très-complexe ; et celle des Infusoires étant encore plus simple , nous n’avons pas de motifs pour les regarder comme indiquant tout un système d’organes qu’on ne saurait apercevoir.

Les pédicules contractiles des Vorticelles peuvent aussi être comptés parmi les organes extérieurs des Infusoires. Leur structure et le mécanisme de leuz’s mouvements pi’ésentent un des problèmes les plus difficiles de cette étude. On voit, à la vérité , dans leur cavité centrale, une substance charnue moins transparente, mais ce n’est point , comme on a paru le croire, une vraie fibre musculaire : au contraire , la partie diaphane enveloppant ce cordon charnu et formant une bande plus mince vers un de ses bords, se con-

(i) Cet Infusoire , observé d.nns l’eau de l'Orne en i835 , était beaucoup plus gros que les Chilodon cucutlulus que j’ai revus ailleurs , car il était long de i millimètre; il avait en outre un point oculifornie rougeâtre, qui persista avec le cercle aréolaire qui l'entourait , ainsi que 1 armure de la bouche après l'action de la potasse.

IwrüSOIRES. k

HISrOlBE NATLRIXLE

tracte seule ; et comme elle le fait davantage au bord le plus épais, il en résulte une courbe en hélice dont le bord externe est occupé par le tranchant du pédicule.

Leur substance paraît plus résistante que celle des cils , car on en voit quelquefois qui restent assez longtemps isolés dans le liquide. Les pédicules simples ou rameux des Epistylis sont encore plus résistants : ils i*estent fixés aux plantes aquatiques bien longtemps après que les animaux ont disparu, et présentent alors le plus grand rapport avec les polypiers cornés des Sertulariées , ainsi que les étuis àes, Dynobiyum.

Pour compléter l’examen des organes externes des Infusoires , il faut encore parler de l’enveloppe réticulée si évidente des Paramécies, des Vorticelles, etc., laquelle se contracte dans un sens ou dans l’autre avec plus ou moins de rapidité. Cette enveloppe est susceptible de laisser exsuder la substance intérieure , et paraît constituer un réseau contractile dont les nœuds en séries transverses ou obliques , donnent à la surface l’apparence d’une granulation régulière; mais la substance contractile elle-même est homogène et non granulée ou formée de granules. 11 y a donc véritablement ici une certaine analogie avec la fibre élémentaire qui , dans les insectes , sc montre essentiellement homogène et simplement noduleuse par l’eflet delà contraction. On pourrait dès lors vouloir poursuivre l’analogie jusque chez les expansions si diaphanes des Arcelles et des Amibes, mais encore faudrait-il alors reconnaître que la contractilité est dans la masse tout entière et non dans des fibres incluses ou dans un tériiimenl.

vus INFUSUUtjjSS.

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