DES ORGANES DIGESTIFS DES SYSTOLIDES
Chez tous les Systolides , l’appareil digestif est bien distinct ; il se compose toujours d’un canal presque droit, à parois épaisses, plus ou moins renflé en différents endroits ; ordinairement il présente à son origine ou au fond d’un large orifice buccal un appareil maxillaire , souvent très-compliqué, formé d’une paire de mâchoires très-mobiles portées par une sorte de châssis ou par un système de leviers articulés qu’entoure une masse arrondie charnue très-contractile.
Le canal digestif est revêtu intérieurement de cils vibratiles que l’on voit distinctement en certains cas , et qui d’autres fois manifestent leur présence par le tourbillonnement qu’ils produisent dans la masse des substances avalées , comme cela se voit aussi dans l’intestin des Flustres, des Aplides , etc. Le vestibule oul’avantboucbe , ordinairement très-vaste ou du moins trèsdilatable , montre plus distinctement encore des cils vibratiles. M. Ehrenberg a voulu désigner par des dénominations particulières les Systolides rotateurs , qu’il nomme aussi Infusoires monogastriques , suivant la forme de leur intestin , pour lequel il distingue quatre dispositions principales ; ainsi , il nomme Trachélogastriques ceux commeV Enteivplca et le Chœto-
uolus , qui , dépourvus de mâchoires , ont un pharynx Irès-cillongé ; ceux au contraire qui ont des mâchoires et un pharynx courts sont des Cœlogastriques ; si l’intestin est simple comme chez les Hjdatines , ce sont des Gasteroclèles ; si l'intestin est divisé par un rétrécissement en deux moitiés , dont l’antérieure paraît être un estomac , et la postérieure un gros intestin comme chez les Brochions; ce sont des Trachélocystiques, si l'intestin rétréci, en forme de canal délié dans toute sa portion antérieure, présente en arrière seulement un élargissement en forme de cloaque , comme dans les Rolifères. Cependant cet auteur lui-méme reconnaît que ces caractères , tirés de l’organisation intérieure, ne peuvent être employés à la classification de ces animaux. Des diflérenoes beaucoup plus importantes s’observent dans la forme et la structure de l’appareil maxillaire et du pharynx. On doit signaler d’abord la structure de cet appareil chez les Tardigfades, qui ont la bouche non ciliée , rétrécie en tube ou en suçoir, et les mâchoires effilées presque comme celles des Insectes suceurs et des Acariens. La plupart des autres Systolides ont au contraire la bouche largement évasée ou située au fond d’un large entonnoir cilié; quelques-uns, comme les Enteroplea^ sont tout à fait dépourvus de mâchoires , quoique ressemblant d’ailleurs aux Furculaires et aux Hydatines; d’autres ont bien des mâchoires , mais n’ont point de cils vibratiles autour et en avant de la bouche, comme les Floscularia et les Lindia.
Tous les autres Systolides, ayant des mâchoires enchâssées dans un bulbe pharyngien musctdaire, mobile et protractile , au fond d’un vestibule cilié, seront encore distingués suivant la forme de ces mâ-
choires : ainsi, les Piolifères ont leurs mâchoires en forme d’étrier , opposées par la base , et portant deux ou plusieurs petites dents couchées parallèlement comme les flèches sur un arc. Le bord externe , qui est en demi-cercle , fournit un point d’attache aux muscles du bulbe pharyngien , et , tiré par eux , il s’élève et s’abaisse fortement pour produire, pendant la manducation, le mouvement des mâchoires ; leur bord interne est composé de deux barres transverses un peu arquées en dehors. M. Ehrenberg, pour indiquer, par des dénominations particulières, les caractères tirés de la forme des mâchoires , nomme Zygogomphia ( de Çuyoç, joug, et, 70fi({uoç, dent mâchelière ), ceux qui avec' un tel appareil maxillaire n’ont qu’une paire de petites dents couchées sur l’étrier de chaque côté ; il nomme Lochogomphia ( de , troupe ) , ceux qui , avec le même appareil , ont plus de deux dents couchées parallèlement sur l’étrier. Tous les autres , qu’il divise en Monogompliia et Poljgomphia , ont des mâchoires plus ressemblantes à celles des animaux articulés , et composées d’un assemblage de pièces articulées qu’on pourrait , jusqu’à un certain point, comparer aux deux paires de mandibules et de mâchoires , à la lèvre , à la languette et aux palpes labiaux des Insectes. En effet, chez beaucoup deSystolides , on observe de même une pièce centrale impaire sur laquelle s’articulent deux branches simples qui vont s’appuyer ou s’assembler, à charnière , au milieu des pièces mobiles et articulées, support des mâchoires proprement dites , et leur transmettent ainsi tout l’effort de la masse musculaire moyenne pour les faire mordre sur la proie , en leur fournissant un point d’appui quand les muscles latéraux tirent en arrière
les bronches externes qui portent les mâchoires.
J’ai proposé , à l’occasion Je la description de XAlhertia (Annales des sciences naturelles, 1838 , t. 10 , pag. 177) , de distinguer les pièces principales de cet appareil maxillaire, eu nommant support {fiilcrum) la pièce centrale impaire avec ses deux branches articulées , et fût {scapus) , chacune des branches latérales terminées par la pointe {acies) articulée, simple ou multiple , qui est la mâchoire proprement dite.
Non-seulement on observe des dillérences notables dans la forme des mâchoires et dans les dents plus ou moins nombreuses qui les terminent ; mais aussi on en voit dont le bulbe muscula’ire* beaucoup plus mobile, peut, en s’avançant considérablement, porter les mâchoires tout à fait en dehors du bord cilié. Gela permet à l’animal d’aller chercher et de saisir sa proie, au lieu d’attendre que le mouvement des cils vibra tiles l’attire au fond du pharynx , comme, il arrive chez la plupart des Systolides ciliés.
Le hulhe musculaire est presque toujours agité d’un mouvement de contraction péristaltique assez régulier, qui l’a fait prendre pour un cœur par plusieurs des observateurs précédents. Le résultat de ce mouvement péristaltique est, d’ouvrir et de fermer les mâchoires, lors même qu’il ne passe pas d’aliments solides.
M. Ehrenberg ayant eu l’occasion de faire sécher une grande quantité de Brachions, qui s’étaient multipliés extraordinairement dans un vase, a constaté que leurs cendres contiennent beaucoup de phosphate de chaux , qu’il croit provenir de la partie solide dé leurs mâchoires.
A l’intestin sont annexés ordinairement divers ap-
pendices ovales ou allongés , disposés par paires ; M. Ehrenberg, après avoir supposé que ce pouvaient être des testicules ^ s’est arrêté à l’opinion que ce sont des glandes sécrétant une humeur destinée à faciliter l’acte de la digestion. Ces appendices sont diaphanes , sans structure appréciable , et on les voit fréquemment creusés de vacuoles plus ou moins profondes , qui , venant à s'elïacer peu à peu , paraissent quelquefois comme des disques translucides. Dans l’Albertia , qui a deux paires d’appendices ovoïdes ou réniformes , tenant par un pédicule court au commencement de l’intestin , on reconnaît que ce sont des sacs susceptibles de se contracter , en refoulant dans l’intestin leur contenu qui les remplit de nouveau quand ils se dilatent bientôt après ; dans ce cas , au moins , on peut donc considérer ces appendices comme des cæcums plutôt que comme des glandes.
D’autres organes glanduleux , appliqués à la surface de l’intestin ou logés dans l’épaisseur de ses parois , pourraient bien remplir les fonctions du foie , ainsi que chez certaines Annélides.