‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 15 sur 179 · DE LA GÉNÉRATION DES INFUSOIRES PAR DIVISION SPONTANÉE · texte numérisé non relu

DE LA GÉNÉRATION DES INFUSOIRES PAR DIVISION SPONTANÉE

Des différents modes de propagation qu’on peut admettre chez les Infusoires , un seul est bien constaté, c’est la fissiparité ou multiplication par division spontanée; et encore il n’a pas été observé dans tous les types de cette classe d’animaux. Les deux autres sont encore plus ou moins hypothétiques : c’est l’oviparité et la génération spontanée. On a bien signalé un fait de viviparité (1), mais ce fait est unique et tellement

(i) Le Monas vivipara de M. Ehrenberg , dans son mémoire de i836

en désaccord avec ce qu’on connaît des autres Infusoires qu’on doit hésiter beaucoup à l’admettre.

Le phénomène de la division spontanée des Infusoires avait été vu d’abord par Beccaria et pris pour un accouplement ; ce fut Saussure , en 1765 , qui reconnut la vraie signification de ce fait. Dans les années suivantes , il se trouva bien encore quelques observateurs qui ne virent là qu’un accouplement; mais, depuis plus de soixante ans, ce mode de propagation, si extraordinaire qu’il pût paraître, a été généralement admis dans la science. Rien , en effet, n’est plus éloigné du mode de reproduction des animaux supérieurs et ne contrarie davantage les lois de l’analogie , si , pour en juger, on part de l’autre extrémité de la série du règne animal.

Les gemmes , les bourgeons qu’on voit se détacher du corps des zoophytes , peuvent encore être comparés jusqu’à un certain point avec les germes détachés de l’ovaire des animaux plus parfaits : le corps de l’animal mère, parle fait de cette production , même chez les polypes , ne perd aucun de ses organes, aucune partie essentielle de l’individu, Dans les Infusoires, au contraire, la division spontanée fait deux individus complets, des deux moitiés d’un seul individu , et ces deux moitiés , nous les voyons, suivant les espèces , se séparer tantôt en long , tantôt en travers, ou bien indifféremment de l’une de ces manières , dans une même espèce. Certaines petites espèces de Nais ont montré un phénomène analogue , quoique avec plus d’uniformité. Mais , pour ne nous occuper

(Zusatze zur Erkcniitniss , cto., j>. 22), et dans son Traité des Infusoires, j838, !>■ 10.

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ici que des Infusoires , nous devons dire que leur multiplication par division spontanée prouve ou bien que le corps susceptible de se partager ainsi en deux moitiés ne contenait pas d’organes essentiels, ou bien que s'il en contenait quelqu’un dans une de ses moitiés, cet organe a dû se produire spontanément dans l’autre moitié ; car on ne peut croire que les organes de la partie antérieure , par exemple, se soient dédoublés pour envoyer une de leurs moitiés à la partie? postérieure, à travers tous les organes intermédiaires, tandis que les organes dédoublés de la dernière partie auraient fait à la première un envoi correspondant. Or, l’une et l’autre supposition , inconciliables avec l'idée de développement d’un germe, viennent également à l’appui des idées qu’on peut se former de la simplicité d’organisation des Infusoires , dont toutes les parties réunissent en elles les conditions nécessaires pour continuer à vivre et à s’accroître après la séparation. Et, en effet, ce ne sont pas seulement les deux moitiés prises en long ou en travers qui peuvent continuer à vivre séparément , mais encore tous les fragments dans lesquels un Infusoire est divisé accidentellement, comme le montrent, avec une trèsgrande probabilité, les exemples rapportés plus haut (p- 31 ).

Voyons toutefois, pour nous en tenir simplement aux faits , ce qui a lieu dans la division spontanée. Un Infusoire oblong, tel qu’une Paramécie , unTrichode, une Kérone , etc. , présente d’abord au milieu un étranglement qui devient de plus en plus prononcé , puis la partie postérieure commence à montrer des cils vibratiles à l’endroit où sera la nouvelle bouche; puis cette bouche devient de plus en plus distincte, et la sépa-

ration s’acliève en laissant voir la substance glutineuse intérieure, étirée jusqu’à ce qu’elle rompe. Les deux moitiés , primitivement courtes , arrondies ou comme tronquées, s’allongent peu à peu en s’accroissant et finissent par ressembler à l’animalcule primitif. Le phénomène , dans le cas de division longitudinale , se produit d’une manière analogue , sinon que les deux parties antérieures se séparent en dernier lieu. M. Ehrenberg , pour le besoin de ses théories , ayant supposé que les vésicules contractiles de la surface sont des organes génitaux mâles , ainsi que certains corps plus consistants, ovoïdes ou de toute forme, situés’ à l’intérieur , a trouvé là un exemple de la division préalable des organes dans le cas de division spontanée. C’est que , en effet , les vacuoles qu’il nomme des vésicules contractiles, et les prétendus testicules , sont susceptibles de se multiplier à tel point , qu’on en voit toujours dans les diverses parties du corps de tout prêts pour les divisions futures.

On conçoit que, par ce mode de propagation , un Infusoire est la moitié d’un Infusoire précédent, le quart du père de celui-ci , le huitième de son aïeul et ainsi de suite , si l’on peut nommer père ou mère d’un animal celui qui revit dans ses deux moitiés ; aïeul celui qui, par une nouvelle division, continue à vivre dans ses quatre quarts , etc. ; de sorte qu’un Infusoire est une fraction encore vivante d’un Infusoire qui vivait hien longtemps auparavant et dont il continue la vie en quelque sorte. Il résulte de là qu’un corps étranger , logé dans la partie antérieure , par exemple, d’un Infusoire , pourrait être transmis indéfiniment à toutes les moitiés antérieures résultant des divisions spontanées successives , s’il n’était éliminé par excrétion ; il

en résulte qu’une difformité , un accident quelconque pourrait se transmettre de même , et qu’en un mot , la partie antérieure d’un Infusoire, dernier terme d’une série de divisions spontanées , est encore la même partie encore vivante de l’Infusoire primitif.

Une telle considération conduit à demander si ce mode de propagation est vraiment illimité , ou si , la vitalité provenant d’un premier germe ou d’une génération spontanée, se continue dans un Infusoire et dans ses subdivisions binaires jusqu’à un certain terme seulement , passé lequel tout s’éteint ; de même que nous voyons les pucerons, être fécondés en une seule fois pour plusieurs générations successives , mais non pour un nombre de générations indéfini ? Une solution précise de cette question aurait une grande importance , par rapport à la question de la préexistence des germes ou de la génération spontanée ; peut-être est-elle impossible à obtenir; cependant, on a vu déjà ce mode de propagation continué sans diminution apparente jusqu’à la huitième division au moins.

La division spontanée ne se présente pas aussi clairement chez tous les types d’infusoires. Les Vorticelles ont , en même temps que ce mode de propagation , la faculté de produire des gemmes ou bourgeons , ce qui les rapproche véritablement des polypes. Les Vibrions se divisent non en deux mais en un nombre indéfini de parties qui restent contiguës à la suite les unes des autres , au moins pendant un certain temps. Beaucoup de Monadiens n’ont pas encore paru se diviser spontanément ; d’autres , très-probablement , doivent le faire comme les Amibes, par l'abandon d’une partie de leur substance , qui continue à vivre isolée. C’est également ainsi que se multiplient les Arcelles , et ce dernier

exemple, constaté par M. Pelticr, permet de penser que certains Tiiécamadiens à têt siliceux tels que les Tva~ chelomonas pourraient se multiplier de même; on peut croire au contraire que les Euglena et les Peridinium sont tout à fait dépourvus de ce moyen de reproduction.

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