B.VCTERIU.M POINT. — Bacterium punctum. Ehr
Animalcules de forme ovoïde - allongée , incolores , longs de 0,00o2 , épais de 0,0017' , à mouvement lent , vacillant , souvent assemblés par deux.
J’ai vu cette espèce dans diverses infusions animales , et notam-
(i) Bacterium punctum? Elirenb. Infus. i838.
Menas punctum? Müllcr, lab. l, f. 4 , p. 3.
Melanella punctum ? Bory. — runct-ïhicrchen , Gleichcn.
HISTOIUE ^ATUREI,LE
ment le n février i836, dans une infusion préparée le 7 février avec 1 8 gr, de gélatine sèche , 1 2 gr. de nitrate d’ammoniaque et i3oo gr. d’eau ; et dans une autre infusion de la même date dans laquelle le nitrate de potasse avait remplacé le nitrate d’ammoniaque.
Je pense que c’est bien le Monas punctum , vu par Müller dans une infusion de poire et dans une infusion de mouches , indiqué par lui comme un peu plus long que large , mais figuré dans les mêmes pi'Oportions que le nôtre. L’opacité et la couleur noire qu’il lui attribue doivent provenir de l’imperfection de son microscope. Je n’ose assurer que ce soit le même que M. Ehrenberg a vu seulement en Russie , et qu’il indique comme formé de « corpuscules indistincts sub- globuleux, très -petits, réunis en cylindres très-petits marqués de raies transverses effacées. »
* Bacterium triloculare ou arüculatum et B. P enchelj-s.
M. Ehrenberg n’inscrit aujourd’hui dans son genre Bacterium que trois espèces dont deux sont même marquées d’un point de doute , ce sont le B. ? point et le B. ? enchelyde. Ce dernier, qu’il n’a vu qu’en Russie comme le précédent , en diffère par sa longueur, o,oog4 , et n’a été qu’incomplétement observé; l’autre, le seul qu’il indique avec certitude , est son Bacterium triloculare , qu’il avait distingué d’abord de son B, arüculatum , comme d’un tiers plus petit , et comme ayant un moindre nombre d’articulations , et qu’il y réunit aujourd’hui en lui attribuant une trompe vibratile qui produit un tourbillonnement à la partie antérieure , et n’a que le tiers de la longueur du corps. Ce Bacterium a suivant cet auteur une longueur variable de 0,0112 ào,oo56, suivant le nombre de ses articles , et une épaisseur de 0,002 à 0,0020.
2® Genre. VIBRION. Fibrio.
Corps Gliforme , plus ou moins distinctement articulé par suite d’une division spontanée imparfaite, susceptible d’un mouvement ondulatoire comme uu serpeut.
I. Vibrion unéole. — Vihrio lincola. Müller (i). — PI. i , fig, 3.
Animalcules diaphanes , cylindriques , un peu renflés au milieu, deux à trois fois plus longs que larges.— Longs de 0,0033, épais de 0,0015 à 0,0005 , assemblés par deux ou trois en une ligne trèsmince , un peu llexueuse , longue 0,007 à 0,01, et présentant seulement deux ou trois inflexions.
Müller a bien certainement confondu souvent le Caeterium terrao avec son VArio lineola , mais à l’exemple de M. Ehrenberg, je ne considère comme vrais Vibrions que les animalcules filiformes dont le corps est flexueux dans le mouvement , sans toutefois admettre comme lui que les animalcules ou articles qui forment ce corps filiforme soient sub-globuleux.
J’ai vu bien distinctement le Vibrion linéole dans la pellicule blanche qui couvrait au bout de huit jours une infusion de 42 gr . de racine de i-églisse avec 10 gr. de cjanoferrure de potassium dans i3oo gr. d’eau, en février i836 ; et précédemment, en décembre i835 , dans une infusion de chair avec de l’oxalate d’ammoniaque, conservée depuis vingt jours. En septembre i835, je l’ai bien vu aussi dans de l’eau de mer où j’avais mis macérer depuis 48 heures un oursin mort (2).
(1) Vibrio lineola. Müller , Infus. lab. VI , f. i. p. 43.
y ibrio lineola , Schrank. Faun. boic. III, 1, p. 5a.
Melanella ntoma , Bory, Encycl. zoopli. p. 5ll , 1824, Dict. class. l83o.
Vibrio lineola , Ehrenberg , i83o-l838.
(2) Une dissolution de gomme et de nitrate d'ammoniaque , dans laquelle j’ajoutai de la limaille de fer qui se dissolvit peu à peu et colora fortement le liquide , me présenta seulement, au bout de quinze ou dix-sept jours , le 12 janvier i836, des Vibrions linéoles avec diverses Monades; le 10 et le 28 février ces mêmes Infusoires s'y rencontraient encore , les Vibrions serpentaient avec vivacité, ils avaient 0,0068 à 0,010 de longueur.
Une infusion de l5 gr. de sucre de réglisse avec 18 gr. de soude dans i3oo gr. d’eau, préparée le 1'' février iS36, montrait déjà au bout de huit jours des Vibrions linéoles longs de o,oo5 , et épais de 0,00110 , avec une seule ou rarement deux inflexions.
Une infusion préparée le 24 décembre avec une cétoine dorée, sèche, a donne trois jours après des Vibrions linéoles longs de o,oo33 quand ils sont simples, ou de 0,0066 s’ils sont doubles, et épais de 0,001 2.
lUSTOIUE NAïURElil-E
Au reste, je dois dire qu’il est souvent extrêmement difficile de distinguer cette espèce et le Bacterium termo; peut-être même, si le genre Bacterium n’eût été déjà établi , je n’aurais pas osé en prendre la responsabilité. M. Bory, en donnant le Vibrion linéole de Müller comme synonyme de sa Melanella aloma , assure qu’il ne présente pas de sinuosités ; ce qui donne à penser qu’il a eu en vue le Bacterium termo.
*. /remu7anj, Ehrenberg, i838.
M. Ehrenberg distingue sous ce nom une espèce qu’il avait d’abord nommée Melanella atoma en 1828 dans ses Sj'mholce pli^sicœ , pxxis Bacterium tremulans en i83o, puis confondue avec le Vibrion linéole dont elle ne diffère que par des dimensions un peu plus fortes , et par des inflexions plus marquées. Cet auteur assigne à son Vibrio tremulans une longueur totale de 0,0078 et une épaisseur de o,ooi56. J’ai moi-même trouvé dans une infusion de Distome hépatique , un Vibrion dont la longueur est la même, et dont la grosseur variait de o,ooi.^3 à 0,00128; mais comme d’ailleurs , j’ai trouvé des Vibrions linéoles dont l’épaisseur, suivant la nature des infusions, varie de 0,0008 jusqu’à o,ooi3, taudis que M. Ehrenberg fixe 0,00078 pom’ l’épaisseur de son Vibrio linéole , je crois que l’établissement d’une seconde espèce sous le nom de V, Tremulans n’est pas suffisamment justifié.
2. Vibrion rugule. — Vibrio rugula. Müller (1). — PI. i, fig. 4*
Animalcules diaphanes , en fils alternativement droits ou flexueux, à S-8 inflexions, se mouvant avec vivacité en ondulant ou en serpentant. — Long. 0,008 à 0,013 (non déployés), épaisseur 0,0007 à 0,0008 (suivant M. Ehrenberg la longueur est de 0,0468 et l’épaisseur de 0,00223).
Leemvenhoek observa le premier cette espèce de Vibrion, dans
(l) Vibrio rugula, Müller, Infus. lab. VI , lig. 2 , p. 44- Vlro rugula, Scliraiik. Faun. boic. III , 2, p. 53.
— Leeuwenhoek, 1G84, anat, et contenipl. p. 38. Melanella Jlexuosa, Bory.
Vbrio rugula, Ehrcnli. i83i. — Infusionst. i83S.
ses déjections durant une légère indisposition (i). 11 décrit bien leur mouvement ondulatoire analogue à celui des anguilles, et non moins vif que celui d’un brochet dans les eaux. Müller leur assigne une longueur moyenne entre les longueurs du J^ihrio lineola et du Fihrio {spirillum) undula , il le distingue surtout de ce dernier , parce qu’il se montx’e alternativement ondulé et tout à fait droit : il s’étend en effet quelquefois en ligne droite et se meut alors lentement , puis, tout à coup, il resserre , infléchit son corps et se meut avec une extrême rapidité. Müller l’a observé dans la pellicule membraneuse qui recouvrait une infusion à'Ulva linza; il l’a vu aussi par millions dans chaque goutte d’une infusion de mouches, et il remarque que quelquefois les Fihrio rugula sont réunis en masses jaunâtres d’où ils s’écartent , comme si cette masse se décomposait en molécules pour se réunir de nouveau et à plusieurs reprises comme un essaim d’abeilles.
Je n’ai pu vérifier le caractère qu’assigne M. Ehrenberg à ce Vibrion , d’être distinctement articulé et de se montrer , sous le microscope , formé de globules juxtaposés ; je n’ai jamais vu non plus de Vibrions ayant la dimension qu’il indique. Une infusion de foie de mouton , pendant le mois d’octobre, était remplie de Vibrions rugules , de Monades et d’Enchelydes. Une infusion de chair dans beaucoup d’eau , conservée depuis deux mois , montrait abondamment ces Vibrions, en février i836. Une infusion de chènevis écrasé , préparée au mois de décembre , montrait ces Vibrions en février avec des Monades , après avoir présenté d’abord le Bacterium termo seul , puis le Vibrio bacillus. Je citerai encore comme ayant fourni cet animalcule, l’infusion de gélatine avec du sel marin, de l’oxalate et du phosphate d’ammoniaque , le dixième joui’, en février 1 836 ; l’infusion de cétoine en décembre, au bout de seize jours; et enfin l’infusion de fromage de Neufchâtel, au bout de deux mois, en février i83G.
(i).... Hæcce me quasi coegerunt excrementum meum sæpiùs lam laxum animadvertere.... Omnes hæ narrai® parliculæ in clara ac pellucidd jacebant malcrià , quà in maleriâ pcllucidâ temporibus quibusdam quædam animalcula... Tidi... Genus quoddam animalculorum vidi, habentia figuram ad instar anguillacum in fluminibus noslris; hæc maximû erant copia, et lam parva...
* Vibrio proUfer. Ehrenberg Infus. i838. Tab. V, fig. 8, n® 93.
Sous ce nom, M. Ehrenberg indique une espèce qui , suivant cet auteur, diffère du Vibrion rugule par son épaisseur d’un quart ou d’un tiers plus considérable, par son mouvement ffexueux plus lent, et par ses articulations plus visibles.
3. Vibrion serpent, — Vïbrio serpens , Müller. — PI. I , fig. 5 (i).
Corps très-allongé , filiforme , ondulé , suivant une direction le plus souvent rectiligne , 10 à 13 inflexions à angle obtus. — Longueur 0,023 à 0,026 , épaisseur 0,0007.
J’ai vu ce Vibrion dans une infusion de cochenille préparée depuis deux mois; le 21 février i83G, il était accompagné de Bacterium et de Monades; il était quelquefois un peu infléchi dans sa longueur.
Le i3 janvier i83G , je l’ai vu aussi dans une infusion de chair et de nitrate d’ammoniaque préparée le 2G décembre précédent; il était également courbé dans sa longueur,
Müller, qui l'a vu très-rarement dans l’eau de rivière, le caractérise bien en disant qu’il ressemble à une ligne extrêmement mince, serpentante, à inflexions égales et lâches, dix fois plus longue que le Spirillurn undula; quant à ce qu’il ajoute de la présence d’un intestin qu’il croit avoir vu courir d’une extrémité à l’autre de cet animalcule si mince , on doit croire que c’est une illusion causée par son microscope composé.
i. Vibrion BAGUETTE. — Vibrio bacillus, Müller. — PI. T, fig. 6 (2).
Corps transparent , filiforme , rectiligne , égal, à articulations fort longues, n’ayant que des mouvements d’inflexion peu sensibles,
(1) P’ihrio sei'pens , Müller, Infus. lab. VI, fig. 7-8.
(2) Lteeüwenhoek. Arcari. nat., pag. ^0 et pag. 3o8.
— Joblot. Micros, tom. i , part. 3 , p- 67 , Pi. 8, fig.
Vibrio bacillus , Müller, Infus. tab. VI, fig. 3 , p. 45t^brio bacillus, Bory 1834.
Enchelys bacillus , üken. Uist. nat.
Vibrio bacillus, Ehrenberg, Infus. i838 , tab. XV , fig. g, n° g4-
pendant qu’il s’avance lentement dans le liquide et indifféremment en avant ou en arrière ; paraissant souvent brisé à chaque articulation. — Longueur d’un seul article 0,003 à 0,008 , longueur totale jusqu’à 0,033 ; épaisseur de 0,0007 à 0,0010.
Leeuwenhoek observa ce Vibrion avec d’autres Infusoires dans la matière blanche pulpeuse qui s’amasse entre les dents. Millier le vit dans une infusion de foin conserve'e depuis plusieui’s mois et qui ne l’avait pas montré auparavant; il le décrit comme égal dans toute sa longueur, tronqué aux deux extrémités, se mouvant lentement en ligne droite, soit en avant , soit en arrière, sans qu’on puisse distinguer une extrémité antérieure ou postérieure, et laissant, voir difficilement un mouvement ondulatoire lent, tandis que celui des Spirillums est prompt comme l’éclair.
M. Ehrenberg assigne à cet Infusoire des dimensions presque doubles de celles que j’ai observées. Suivant cet auteur, la longueur du Vibrion baguette serait de o,o5 et son épaisseur de o,ooi6 ; il le décrit en outre comme formé d’articles très-courts que l’on voit quelquefois dans l’eau , et d’autrefois, après la dessiccation. Je n’ai rien vu de tel ; cependant j’ai observé fréquemment ce Vibrion si reconnaissable à ses longs articles roides, formant des angles rectilignes, qui le font paraître comme une ligne brisée ou une portion de polygone. Je l’ai vu dans le sérum recueilli à la surface du cerveau d’une carpe morte depuis six jours en hiver. Dans une infusion de vessie de cochon où vivaient des Cypris avec divers Infusoires ; dans une infusion de pain avec du chlorate de potasse ; dans des infusions de haricot , de pomme de terre et de plusieurs autres substances végétales, aussi bien que dans des infusions de substances animales faites avec l’eau de mer ou l’eau douce.
* Vibrion douteux. — F"ihrio amfnguus. — PI. I, fig. j.
Je dois mentionner ici une production singulière que j’ai observée avec soin , le i3 janvier i836 , sur une infusion de chair mêlée d’acide oxalique et pi’éparée dix-huit jours auparavant. Cette infusion , très-fétide, contenait avec des Spirillum undula et diverses Monades , le Vibrion douteux dont je veux parler : il était composé d’articles Gliformes roides comme ceux du Vibrion baguette, mais beaucoup plus gros, car leur diamètre était de o,ooî et leur longueur de 0,02. Ils étaient articulés par quatre ,
cinq ou davantage, formant ainsi des lignes brisées; mais souvent aussi une telle série d’articles se bifurquait , par suite de l’articulation , à l’extrémité d’un article, de deux autres articles qui devenaient le commencement de deux séries plus ou moins prolongées. Ces Vibrions simples ou bifides se mouvaient de la même manière que le Vibrion baguette , et chaque article participait au mouvement total d’où résultait , pour les Vibrions bifides , des figures bizarres ; leur longueur approchait quelquefois d’un dixième de millimètre (o,o8 à o, lo). Leur volume plus considérable permettait de bien juger que chaque article était formé d’un tube résistant, dans lequel une substance glutineuse était diversement condensée ou agglomérée.
On peut être conduit, par ces observations, à douter de l’animalité, non-seulement de notre Vibrion douteux , mais aussi du Vibrion baguette (i).
* F'ihrio siibtilis. — Ehrenberg, i834-i838 , Infus. — Tab. 5, fig. 6, n» gi.
Je suis d’autant plus porté à douter également de la nature animale de cette espèce de M. Ehrenberg , que j’ai eu l’occasion d’observer , dans l’eau conservée longtemps avec divers débris végétaux , une sorte d’oscillaire en filaments rosés , formés de globules juxtaposés, épais de O, oo34 , se mouvant spontanément et s’agitant d’un mouvement ondulatoire bien visible. Or, le Vibrion subtil est indiqué par l’auteur comme consistant en baguettes transparentes allongées très-déliées, droites , évidemment formées d’articles globuleux, et nageant au moyen des vibrations très-
(l) J’ai observé dans de l’eau où s’étaient décomposées des Spongilles , une petite oscillaire d’une couleur pâle , épaisse de o,Oo4, qui sagitait d’abord vivement, puis qui se brisa spontanément en articles analogues par leur disposition à ceux du Vibrion baguette ; on sait d’ailleurs qu’il se développe dans les eaux croupies dégageant de l’hydrogene sulfuré , certaines productions végétales , byssoïdes, blanchâtres , analogues à ce que M. Fontana désigné sous le nom de Sulfuraire dans les eaux thermales des Pyrénées, ainsi que l'a remarqué M. Raspail. Ces productions végétales se composent de petits tubes diaphanes épais de o,ooi6 a 0,0020 ou même o,oo3o qui se meuvent sous le microscope dune maniéré très-prononcée, et contiennent de petits granules blancs , opaques
faibles des articles, lesquelles vibrations ne changent pas la forme droite des baguettes. L’épaisseur de ces baguettes est de 0,00112 et leur longueur de 0,062 : il a été trouvé dans les eaux près de Berlin.
3* Genre. SPJRTLLUM.
Corps filiforme contourné en hélice, non extensible quoique contractile.
I . Spirillum ONDULÉ. — Spirillumiindula , Ehrenb, — PI. I, fig. 8(1).
Corps filiforme , contourné en hélice hlche , à un tour et demi ou deux tours , déprimé dans le sens de l’axe de l’hélice et plus mince vers le contour. — Longueur de toute l’hélice 0,008 à 0,010 ou même 0,012 , largeur de l’hélice 0,003 , épaisseur du corps 0,0011 à 0,0013.
Millier décrit cet Infusoire comme une simple fibrille , ondulée, cylindrique , non extensible, représentant, quand elle est en repos , la lettre V , et, quand elle se meut, la lettre M, ou plutôt la ligne flexueuse que forme, dans les airs , une troupe d’oies sauvages. Son mouvement est si vif qu’il échappe presque à l’œil armé du microscope. Il se distingue surtout du Vibrion rugule parce qu’il ne s’étend jamais en ligne droite. Müller , qui a trouvé dans l’eau couverte de Lemna ou lenticule et dans l’infusion de champignon ( Helvella mitra ) , des myriades de Spirillum , a vu une fois ces animalcules groupés en une masse globuleuse jaunâtre d’où ils s’échappaient par troupes. M. Ehrenberg dit avoir vu ce Spirillum distinctement articulé ainsi que toutes les autres espèces , et il le représente comme formé d’articles très-courts , presque globuleux , en admettant , toutefois , pour expliquer la coui’bure eu hélice invariable , que les articulations sont obliques. J’ai cru voir , au contraire, que dans tous les Spirillum le corps est déprimé dans le sens de l’axe de l’hélice , et plus mince en dehors , comme le pédoncule contracté des
(l) Vibrio undula , Müller , Infus. tab. VI , fig. 4-6 , p. 46- Spirillum undula, Ehrenberg, i83o-i838, Infusionslhien. tab. V, fig. 12 , n® 9^.
Vorlicelles ; et cela m’a paru donner l’explication de l’état de contraction habituelle du corps de ces animalcules ; mais , je le repète , il faut attendre de nouveaux perfectionnements du microscope pour en savoir davantage.
Le Spirillum ondulé se montre dans presque toutes les infusions animales fétides; je le voyais le 21 février, dans une infusion de viande bouillie, préparée le 24 décembre , et qui m’avait déjà fourni précédemment divers Vibrioniens et Monadiens. Je le voyais distinctement comme une lame contournée , le i3 janvier, dans une infusion de chair crue avec acide oxalique du 2 G décembre.
î. Spirilldm TorRNOYANT. — Spirillum volutans, Ehrenberg. —
PI.I,fig.9(0.
Corps flliforme , contourné en hélice à 3 , 4 ou plusieurs tours serrés , paraissant noirâtre. — Longueur de l’hélice totale 0,0 1 à 0,04 ; largeur de l’hélice 0,007; épaisseur du corps 0,0014.
Il n’y a pas un objet microscopique qui puisse exciter plus vivement l’admiration de l’observateur que le Spirillum voluiam. On s’arrête malgré soi pour contempler ce petit être qui , sous le plus fort microscope, ne paraît que comme une très-fine ligne noire en tire-bouchon , tournant par instant sur son axe avec une vélocité merveilleuse , sans que l’œil aperçoive ou que l’esprit devine le moyen de locomotion qui produit ce phénomène. Millier le décrit comme filiforme transparent , plus mince par lui-même que le Bacterium termo et le Yibrio lineola , mais formant une hélice de 4 à 12 tours, par conséquent assez longue, susceptible de s’infléchir et de se courber. 11 l’a trouvé dans l’infusion de laitron ( Sonchus arvensis).
Suivant M. Ehrenberg , il est distinctement articulé. En raison de son extrême ténuité et de la vivacité de ses mouvements , il est . très-difficile d’étudier bien cet animalcule , quoiqu’il soit commun surtout dans les infusions animales : je l’ai trouyé notamment dans l’eau de mer où l’on a laissé macérer des zoophytes
(l) f^ibrio spirillum, Müller , Inf. tab. VI , fig. g, p. 49- Melauella spirillum , Bory , 1824.
Spirillum volutans, Ehrenb. i83o-l838, Infus. lab. V , f. i3 , n» 98.
DES INFUSOIUES.
(Jurant (Jix ou douze heures en été; 2“ dans des infusions de cantharides sèches ou d’autres insectes dans 1 eau douce ; 3“ dans une infusion de filaments verts confervoïdes raclés au pied d’un marronnier en hiver, et préparée depuis vingt jours (i).
3. Spirillcm plicatile, — Spirillumplicatile. — PI. I , fig. lo (2).
Corps filiforme, non extensible, contourné en une hélice trèslongue, flexible et susceptilile de se contourner sur elle -même, et de se mouvoir en ondulant. — Longueur totale de 0,12 à 0,20.
M. Ehrenberg, attribuant à son genre Spirillum la propriété de former une hélice inflexible , ce qui est contraire à l’opinion de Millier, et je dirai même à mes observations , a dû établir en i834 le genre Spirochœla pour cette espèce qui forme une hélice prolongée en un long cordon flexible comme une longue et mince élastique de bretelle ; mais dans l’ignorance où nous sommes de la vraie organisation de ces êtres, nous ne pouvons séparer cette espèce du Spirillum tournoyant , dont elle ne paraît différer que par le nombre de ses tours de spire, nombre qui va jusqu’à soixante-dix, et qui empêche cet Infusoire de tourner sur son axe comme le précédent. Je l’ai observé dans des infusions animales conservées très-longtemps.
* Spirillum tenue. Ehrenberg Infus. i838, tab. V, f. XI , n“ 96.
Sous ce nom , M. Ehrenberg veut distinguer une espèce qui diflérerait du Spirillum undula, parce quelle présente des fibres plus épaisses (0,00226) moins fortement contournées, et moins distinctement articulées ; elle aurait souvent trois ou quatre tours de spire.
(1) En ajoutant un peu d’alcool et d’ammoniaque à l’infu.sion qui contenait beaucoup de Spirillum avec d’autres Infusoires , j’ai vu ces Spirillum continuera se mouvoir quand déjà les Enchelys et les Kolpodes étaient déformés et tués , mais ils finirent par céder aussi à l’action du liquide , et moururent en se contractant en granules diaphanes . M. Ehrenberg, conjecturant d’après la roideur de ces animaux, qu’ils pourraient avoir une cuirasse siliceuse, en a brûlé sur la lame de platine sans obtenir aucun résidu siliceux , par conséquent, comme il dit, il a du renoncer à son opinion.
(2) Spirochœla pUcatilis , Ehrenb. 1834. — Inf. l838, tab. V, fig. 10 , p. 83.
* Spirodiscus. Ehrenb, i83o-i838. Infus. lab. V, fig. XIV, n" 99.
M. Ehrenberg avait établi, en i83o, ce genre douteux pour un Infusoire incomplètement observé durant son voyage en Sibérie ; il le décrit comme un fd contourné en spirale et formant un disque brunâtre large de 0,0226. Il avait proposé aussi de placer dans ce mêmegcnre le olvox grandinella de Millier.
Infusoires pourvus d’expansions variables.
AMIBIENS.
An. formés d’une substance glutiueuse, sans tégument , sans organisation appréciable ; changeant de forme à chaque instant par la protension ou la rétraction d’une partie de leur corps , d’où résultent des expansions variables. — Mouvement lent.
Les Amibes ou Protées se rencontrent dans presque toutes les vieilles infusions non putrides , aussi bien que parmi les débris vaseux recouvrant les corps submergés dans l’eau douce ou dans la mer ; elles ne sont pas moins ren^arquables que les Vibrioniens , par la simplicité de leur organisation apparente, et à cause des arguments que peut otirir leur étude en faveur de la génération spontanée. Car tandis que la petitesse des Vibrions permet de supposer que chez ces êtres existent des organes encore inaperçus , nous croyons avoir le droit de penser qu’aucun organe distinct ou spécial ne se trouve chez les Amibes , dont les dimensions sont quel([uefois de plus d’un demi-
DES INFUSQfPES. 327
millimclrc , cl dont !a transparence est telle, que l’œil armé du microscope les pénètre en tout sens , et que leur présence ne se manifeste souvent dans le liquide que par une simple différence de réfraction.
Quand on soumet au microscope une goutte de liquide contenant des Amibes , on aperçoit d’abord de petites masses arrondies , demi-transparentes ou nébuleuses, immobiles ; bientôt du contour de ces masses on voit sortir une expansion ou un lobe arrondi d’une transparence parfaite ; cette expansion glisse insensiblement comme une goutte d’huile sur la plaque de verre cjui sert de porte-objet ; puis , prenant un point d’appui en se fixant sur le verre , elle attire lentement à elle toute la masse. Ainsi se manifeste la vitalité des Amibes qui, suivant leurs dimensions ou leur degré de développement, peuvent émettre successivement de la même manière un nombre plus ou moins grand de lobes ou d’expansions vi)riables qui ne sont jamais les mêmes , mais qui rentrent et se confondent successivement dans la masse. |Ges lobes, éminemment variables dans leur forme respective , sont relativement très-dillérentsdans l,es diverses Amibes ; tantôt ils sont presque aussi larges que la masse primitive , et se présentent comme une portion d’un cercle égal caché aux trois quarts par la masse ; tantôt leur saillie est plus considérable, ils sont plus étroits et plus longs c[ue la masse, mais encore plus arrondis à l’extrémité. Chez d’autres Amibes ils sont terminés en pointe, élargis à la base, et se présentent comme des déchirures dans une membrane diaphane étalée sur la plaque de verre ; enfin on en voit quelquefois de minces , presque filiformes, simples ou bifides , ou même pres(]iie rameiix . ces expansions filiformes sont souvent dressées en tout
sens sur la masse globuleuse de l'Amibe , qui parait alors hérissée de pointes , et peut rouler comme une coque de châtaigne dans le liquide.
Les Amibes jeunes ( larges de 0,003 à 0,005 ) sont parfaitement diaphanes, et conséquemment très-difficiles à apercevoir dans un liquide , à moins qu’on n’ait la précaution de modifier convenablement l’éclairage , et qu’on ne fixe longtemps les mêmes objets pour reconnaître leurs changements de forme ou de position ; mais à mesure que les Amibes deviennent plus volumineuses , elles perdent leur transparence au centre de la massé, par suite de l’agglomération de divers corpuscules ou granules , qui ont pu être pris pour les œufs ou pour la nourriture de ces animalcules. On démêle facilement, parmi ces corpuscules internes, divers objets qui ont dû. venir de l’extérieur, ou être absorbés ou engloutis par les Amibes ; tels sont des grains de fécule si reconnaissables par la polarisation , des Navicules et diverses parcelles végétales microscopiques. On conçoit comment ces objets ont pénétré dans l’intérieur, si l’on remarque d’une part que les Amibes , en rampant à la surface du verre auquel elles adhèrent assez exactement , peuvent faire pénétrer, par pression dans leur propre substance , des corps étrangers qui , par suite des extensions et contractions alternatives des diverses parties , s’y trouvent définitivement engagés; et d’autre part, que la masse glutineuse des Amibes est susceptible de se creuser spontanément çà et là , près de sa surface ou à sa surface même , de cavités sphériques ou vacuoles qui se contractent et disparaissent successivement en reportant ainsi, au milieu même de la masse , les corps étrangers qu’elles ont renfermés.
Que ces objets ainsi engloutis doivent servir de nourriture aux Amibes , c’est for t difficile à croire, en raison même de la consistance et de rinaltérabilité de quel- ^ques-unsdeces objets; mais cependant, tout en admettant que les Amibes se nourrissent par absorption , je ne nie pas qu’elles ne trouvent un moyen d’absorber plus facilement encore les éléments nutritifs, en engloutissant divers corps étrangers, et en multipliant ainsi leur surface absorb, ante. Si toutefois on voulait prétendre que ces corps étrangers sont entrés par une bouche et sont logés dans des estomacs, il faudrait admettre que cette bouche s’est produite sur un point quelconque, et à la volonté de l’Amibe , pour se refermer et disparaître ensuite ; tandis que les estomacs eux-mêmes, dépourvus de membrane propre , se creuseraient indifféremment çà et là au gré de l’animal pour disparaître de même ; dans ce cas , les mots seuls seraient différents , et l’explication des phénomènes resterait encore celle que j’ai donnée.
Des autres corpuscules ou granules contenus dans la masse des Amibes , les uns, d’une ténuité extrême et irrégulière , paraissent différer seulement par leur densité de la substance glutineuse , et je suis porté à les considérer comme un produit de sécrétion plutôt que comme des œufs ; ils se meuvent et paraissent couler avec la masse glutineuse dans les expansions qu’envoie l’animal; ils aident ainsi beaucoup le micrographe , pour constater les petits mouvements très-lents des Amibes. Les derniers granules enfin , qu’en raison de leur uniformité on serait plus fondé à regarder comme des œufs , s’observent principalement dans les grandes Amibes , où on les voit s’écouler et refluer d’un côté à l’autre à mesure que se forment les expansions , dans
HISTOTRE NATURÉr.LE
lesquelles ces grnnulés s’avancent plus ou moins. Ces granules, dans l’Amibe majeure , sont ovoïdes , longs de 0,00/^ , et me paraissent llrop consistants et trop homogènes pour être des œufs ; ils réfractent en eflet la lumière aussi fortement que les grains de fécule.
Une Amibe qui vivait dans un flacon tapissé d’une couche lougeâtre produite par la fermentation des Cbaras et de plusieurs autres végétaux aquatiques , était remplie de granules rouges provenant évidemment de cet enduit du flacon. D’autres Amibes sont «colorées en vert par des granules de cette couleur, recueillis par elles sur les parois des flacons ; je suis donc porté à regarder comme étrangers à l’organisme chez les Amibes, la plupart des granules internes.
Les Amibes, une fois développées, peuvent sans doute se multiplier par division spontanée ou par l’abandon d’un lobe, qui continue à vivre pour son compte; la seule expérience que j’aie tentée à ce sujet sur une grosse Amibe , m’a convaincu que , par la déchirure ou la section de la masse , on ne provoquait point du tout l’écoulement de la substance glutineuse interne ni des granules contenus, mais que chaque lambeau se contractait et continuait à vivre (1). On peut aussi voir là une preuve de l’absence de tégument.
L’apparition si prompte et comme spontanée des Amibes dans une foule d’infusions, doit être un grave
(l) M. Ehrenberg allribue aux Amibes un tégument résistant , contraetile , très-élastique , et il explique l.i procluelion des expansions vai'iables, en supposant que cé tégument venant à se relâcher au gré Je l’animal clans une partie Je sa surface , il en résulte chlns ccl endroit une sorte Je hernie; tout le reste du tégumeni, en vertu Je la coniraclililé cjuïl conserve, refoulant avec force les viscères et les organes intérieurs Jàini la pbrlioJ dilatée (IJ tégnmenl.
DES INFUSÜIKES.
sujet (le méditation pour l’observateur sincère et exempt de préjugés.
Les Amibes ont été vues d’abord par Rœsel, puis citées par Linné et par Pallas, sous les noms de Volvox chaos , Chaos proteus et Volvox proteus. Müller vit plus tard celle qu’il nomma Proteus dlfflueris ; Gleicheu en vit de petites dans les infusions; Schrank en décrivit trois ou quatre espèces. M. Bory, en créant le Amibe , y comprit , avec trois vraies Amibes, d’autres Infusoires totalement différents , tels que des Amphileptus, âes Laciymai'ia , des Kolpodes ^ etc. Losana de T urin , entraîné sans doute par l’admiration que lui causait l’étude des Amibes, n’en décrivit pas moins de soixante-neuf espèces , qui ne sont pour la plupart que des modifications de forme de l’Amibe diflluente ; M. de Blainville, qui eut l’occasion d’en voir aussi, les considéra comme de jeunes Planaires.
1" Genre. AMIBE. — Amiba. { Amœba ,'E\\T('wh.)
{ Memes caractères que pour la famille. )
Le genre Amibe, établi par M. Bory pour le Protée de Rœsel et le Proteus diffluens de Müller, contient sans doute un grand nombre d’espèces ; mais , excepté les types qüe nous venons de citer , et \A. Gleichenii, aucune autre Amibe de M. Bory n’en doit réellement faire partie.
Il est fort difficile de caractériser comme espèces lesnomlireuses Amibes que l’on rencontre journellement dans les diverses infusions et dans les eaux stagnantes ; car la forme, qui pour les autresanimauxfournit ordinairement un des caractères les plus essentiels, est ici d’une instabilité qu’exprime parfaitement le nom de Protée; et comme d’ailleurs il n’est pag possible dy reconnaître des organes (juelconques de nutrition ou de reproduction , on est réduit à distingufer simple-
HISTOinE MATUriELLE
ment les Amibes d’après leur "rancleur et la Ibrine générale de leurs expansions variables. Ce ne sont point là devrais caractères spécifiques, ce sont tout au plus des indications ou des signalements provisoires. Dans l’énumération que je vais donner, ii est donc bien essentiel de ne pas voir une distinction d’espèces.