‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 4 sur 179 · F. DUJARDIN · texte numérisé non relu

F. DUJARDIN

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PRÉFACE

Quoique le microscope , par les perfectionnements qu’il a reçus depuis quinze ans , soit devenu en quelque sorte un instrument nouveau et inconnu de nos prédécesseurs , nous sommes loin de croire qu’il soit arrivé au terme de ses perfectionnements possibles. La netteté obtenue dans cet instrument avec des grossissements de 300 à 400 diamètres , nous a appris à chercher avec nos yeux seuls la vraie forme et la structure des corps , au lieu de la deviner à travers un contour diffus et nébuleux ; nous avons donc dû proscrire les grossissements exagérés de six cents, de mille diamètres, etau delà, qui n’étaient tant soit peu acceptables qu’à l’époque où l’on ne voyait guère avec plus de précision aux grossissements moindres; mais aussi nous avons dû sentir davantage combien sont véritablement restreints nos moyens d’observation. En effet, des organes filiformes épais d’un 30000® de millimètre , ne nous paraissent pas moins simples dans le meilleur microscope , qu’un brin de soie vu à l’œil nu; bien plus, un corps globuleux d’un millième de millimètre, ne nous paraît que comme un grain de pollen de mauve vu à l’œil nu , et cependant nous savons

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combien ces dimensions sont éloignées de la limite de divisibilité des corps les plus composés. Il y a donc beaucoup à connaître encore au delà des limites de nos moyens d’observation ; telle combinaison que nous entrevoyons dans l’avenir , peut , en perfectionnant de nouveau le microscope , nous révéler un espace immense dont l’imagination seule ne pourrait donner aujourd’hui que des notions mensongères.

Gomme celui qui bâtit sur le sable mobile ou sur un sol inconnu , nous sommes donc exposé à voir notre œuvre à peine édifiée , s’écrouler ou perdre tout d’un coup sa valeur , par suite de telle découverte pressentie vaguement et qui doit multiplier un jour la puissance de notre vue.

Cette idée , vraiment décourageante , et qui ne se présente point dans l’étude des autres branches de la zoologie, aurait dû nous empêcher de publier en cet instant une histoire des Infusoires ; et c’était bien aussi notre pensée, quand , songeant à perfectionner préalablement nous-même le microscope , nous consacrions un temps considérable à la réalisation de certaines conceptions théoriques. Mais le but de nos recherches constantes est loin encore d’être atteint , nous ignorons si d’autres plus heureux arriveront avant nous à ce but; et cependant beaucoup de personnes qui se livrent avec ardeur à l’étude du microscope attendent un ouvrage pouvant servir de guide pourdes recherches ultérieures sur les Infusoires.

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La publication si importante des Suites à Bujfon appelait nécessairement cet ouvrage dans son cadre ; et M. Milne-Edwards , que ses recherches sur les animaux inférieurs mettent à même de juger nettement de l’état de nos connaissances sur les Infusoires, m’engageait à entreprendre ce travail. Son opinion , aussi précieuse pour moi que son amitié , m’a déterminé à passer par-dessus les désavantages que présentent à la fois le sujet et les circonstances ; et dans l’espoir que je trouverai parmi mes lecteurs des juges hienveillants et disposés à me tenir compte des difficultés de ma tâche, j’ai depuis deux ans mis en ordre et complété

les matériaux recueillis pendant les cinq années précédentes.

Si mes premiers travaux sur ce sujet ont eu le caractère d’une polémique contre M. Ehrenberg, dont cependant j’aime à proclamer le mérite, c’est que cet auteur , cédant trop facilement à l’entraînement de son imagination , avait pris pour hase de tous ses travaux sur les Infusoires et de la classification de ces êtres , des principes tout à fait erronés et que l’observation n’a jamais confirmés. C’est aussi que les faits inexacts sur l’organisation des Infusoires , qu’il a mêlés à la foule de ses observations neuves et réelles , avaient longtemps arrêté ma marche; comme sans doute ils ont arrêté celle de beaucoup d’autres observateurs sincères , en nous forçant à regarder comme incomplètes et défectueuses toutes nos études sur ce

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sujet , et à regarder nos microscopes comme trop imparfaits , puisqu’ils ne voulaient pas nous laisser voir les memes détails qu’au célèbre naturaliste de Berlin. Cela dura jusqu’à l’instant où , d’une part, l’observation directe de quelques détails qui avaient échappé à cet habile micrographe , et , d’un autre côté , les variations de ses opinions successives dans ses divers mémoires, me conduisirent d’abord au doute , puis , un peu trop loin peut-être au delà du doute , par un effet de réaction ; mais , je me plais à le répéter , malgré la vivacité de mes attaques contre certaines opinions de M. Ehrenberg , je peux déclarer qu’aucun observateur n’ajamais fait une plus riche moisson de faits , et n’a contribué davantage au progrès de la micrographie ; et si malheureusement il n’eût persisté à prendre pour bases de sa classification les mêmes faits que j’ai contestés , que je regarde comme absolument inexacts , j’aurais avec empressement pris pour guide le grand ouvrage qu’il vient de publier. On verra d’ailleurs que j’ai adopté , autant que possible , les genres , et même les familles , établis par cet auteur ; et je dois dire qu’en cela, j’ai eu en vue de rendre témoignage à son mérite , autant que d’éviter l’introduction d’un grand nombre de noms nouveaux dans la science.

Dans ce livre , n’ayant point assurément l’intention de poser des bases invariables pour une partie de la zoologie qui ne se prête point encore à une clas-

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sification définitive, mais voulant seulement faciliter les études micrographiques et mettre les observateurs sur la voie de l’immense profit qu’on en doit attendre pour la physiologie, je n’ai parlé que de ce que j’ai vu moi-meme. Or , je n’ai pas vu tous les Infusoires décrits par les auteurs , tant s’en faut ; il est donc probable qu’il me manque encore la connaissance de beaucoup de faits importants , connaissance que je ne pouvais prendre que par mes yeux et non dans des livres dictés trop souvent par un esprit de système ; ma tâche était d’aplanir les difficultés de plus en plus grandes qui s’opposent à l’étude des Infusoires, et d’aider les observateurs par des renseignements consciencieusement donnés.

Cette tâche est remplie pour le moment ; je retourne donc à mon microscope pour interroger de nouveau 1a nature avec le désir sincère de connaître la vérité ; et , plus tard , dans des mémoires que je publierai sur chaque famille en particulier , je ne craindrai pas d’avouer toutes les erreurs que je puis avoir commises. Cependant, que d’autres veuillent bien chercher de leur côté; ils seront assurément dédommagés de leurs peines par des observations neuves et par des découvertes nombreuses ; et s’ils sont animés du même désir que moi , nous ne manquerons pas de nous rencontrer plus d’une fois sur la route.

Je dois, en terminant cette préface, me justifier aux yeux du lecteur d’avoir presque à chaque pas , dans le

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cours de mon ouvrage , parlé de moi et en mon seul nom: c’était une nécessité, car sur un sujet si mal connu , je n’ai dû parler que de ce que j’ai vu ; or je voyais seul dans mon microscope en faisant les observations dont je rends compte. Ainsi, je dois le dire, j’apporte souvent ici un témoignage unique et ne pouvant par conséquent avoir d’effet que sur l’esprit du lecteur qui aura essayé d’y joindre le témoignage de sa propre observation.

HISTOIRE INATUKEELE

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