‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 5 sur 179 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

L’histoire des Infusoires est entièrement liée à Thistoire du microscope, car on ne pouvait, avant la découverte de cet instrument , soupçonner l’existence d’une foule d’animaux peuplant le monde nouveau que le microscope a fait connaître; mais aussi cette histoire a dû. être mêlée à celle de tous les êtres vivants que leur extrême petitesse avait jusqu’alors dérobés aux yeux des observateurs. L’attention avait été singulièrement excitée par la vue des Animalcules qui apparaissent en foule dans les infusions de diverses substances végétales ou animales : on reconnut bientôt l’analogie de ces êtres avec ceux qui fourmillent dans les eaux stagnantes, au milieu des herbes aquatiques plus ou moins décomposées , qui souvent rendent ces eaux de véritables infusions ; par conséquent on a dû confondre dans la même série d’études, et sous la même dénomination d’infusoires, d’Animalcules , ou de Microscopiques, tous les êtres divers qu’on observait dans les eaux stagnantes.

Le départ, la distinction de ces êtres, n’ont pu avoir lieu que tardivement , et peu à peu. On en sépara d’abord les insectes et leurs larves, puis les crustacés brancliiopo des ou entomostracés ; plus tard on distingua aussi des Vers, des Zoophjtes, confondus dans la foule des êtres microscopiques. Dans ces derniers temps, on en a séparé encore divers objets, tels que des lambeaux de branchie de Mollusques ; mais d’un autre côté on leur a réuni mal à propos, tantôt les Zoospermes, tantôt des familles entières d’ Algues microscopiques , les Desmidiées, les Diatomées.

Une distinction plus rigoureuse des vrais Infusoires doit sans doute être établie ; mais quelque soin qu’on prenne pour l’établir, cette classe reste encore une réunion de types très - différents , et n’ayant de commun que des caractères négatifs; aussi des naturalistes philosophes n’y veulent voir qu’une association provisoire des types primordiaux de diverses séries du règne animal , lesquelles pour avoir été étudiées k partir du plus haut degré d’organisation , ont paru sans rapport aucun avec les types correspondant à un minimum d’organisation. Nous aurons à examiner plus loin ces difficiles questions , sans oser nous flatter de pouvoir les résoudre ; pour le moment nous commençons par exposer l’historique des découvertes microscopiques , et du microscope lui - même , qui , soumis k de nombreuses variations, a souvent été décrit et même construit par chaque auteur d’une manière différente.

Mais remarquons- le d’abord , on aurait grand tort de croire que les Infusoires ne peuvent être aperçus qu’avec le secours de nos microscopes achromatiques dotés de tous les perfectionnements les plus récents. Bien au contraire , la plupart des Infusoires peuvent être vus, quoique moins distinctement, par le moyen d’un microscope composé , très-médiocre et non achromatique ; leur forme extérieure est souvent même indiquée d’une manière bien reconnaissable. Ce qui manquait et ce qu’on n’a obtenu que dans les derniers temps , c’est une netteté permettant de constater la forme réelle des parties internes ou externes, et la présence ou l’absence de tels ou tels organes. Le microscope simple ou la loupe montée, suffit même bien souvent pour étudier certains Infusoires ou Systolides; notamment les Paramécies, les Plœsconia , les Brachions , les Rotifères , etc. , dont les dimensions atteignent ou dépassent un quart ou un tiers de milli* mètre, et qui s’aperçoivent à l’œil nu. En effet, une lentille ou un doublet de 4,5 millimètres ( deux lignes ) de foyer amplifie le diamètre de l’objet quarante fois, et fait voir une Paramécie de ~ millimètre, longue de 8 millimètres, ce qui est déjà considérable ; une lentille de 2,25 millimètres (une ligne) de foyer, double ce grossissement, et une lentille ou un doublet de 1,12 millimètres (7 ligne) de foyer, le rend quadruple, et montre la même Paramécie, longue de 82 millimètres, avec une grande netteté , si la lentille est bien montée et bien centrée, et surtout si l’on a un bon sys-

li, HISTOIRE NATURELLE

lème de diaphragmes sur le trajet de la lumière ; mais alors le champ est tellement restreint, et la position de l’œil est tellement limitée, qu’on éprouve une fatigue fort grande, et que, d’un autre côté, on perd un temps considérable à chercher l’objet qui s’est écarté du champ de la vision. Toutefois de telles lentilles simples sont de beaucoup préférables à un microscope composé non achromatique ; et les meilleures observations , antérieures à la construction du microscope achromatique, ont été faites par ce moyen .

L’histoire des découvertes microscopiques peut se diviser en trois périodes : la première, celle des simples observateurs, commence à Leeuwenhoek , le père de la micrographie , et dut ses meilleurs résultats au microscope simple; la deuxième, celle des classificateurs, commence à Otto - Frédéric Millier, qui le premier essaya de classer méthodiquement les Infusoires, et qui se servit du microscope composé , ainsi que les observateurs qui le suivirent; dans la troisième enfin, signalée par l’emploi du microscope achromatique, et par les découvertes et les hypothèses de M. Ehrenberg , on s’est oecupé à la fois de la classification et de l’organisation des Infusoires.

Leeuwenhoek (1680-1723) construisait lui-même des microscopes simples qu’il tenait d’une main, taudis que de l’autre main il en approchait un tube de verre , contenant dans l’eau les objets à examiner. Ses microscopes étaient de très-petites lentilles biconvexes, enchâssées dans une petite monture d’ar-

gent; il en avait formé une collection de vingtsix qu’il légua à la Société royale de Londres. Ces instruments, sujets à tous les inconvénients d’un maximum d’aberration de sphéricité et d’un manque total de stabilité , n’avaient pu servir utilement qu’entre les mains de Leeuwenhoek, qui, durant vingt années de travaux , avait acquis une habitude capable de suppléer en partie à la stabilité de nos appareils modernes ; aussi personne après lui ne put tirer parti de ses microscopes, et l’on renonça en quelque sorte à ce mode d’observation en attendant le microscope composé. Cet habile micrographe , dirigeant surtout ses études vers le progrès de la physiologie , et vers la solution de certaines questions en particulier, telles que celle de la génération , ne s’occupa qu’en passant de l’étude des Infusoires , et comme pour chercher seulement de nouvelles preuves en faveur de l’axiome omne vivum ex ovo. En observant l’infusion de poivre, l’eau des marais, la matière blanche pulpeuse qui s’amasse autour des dents, ses excréments et ceux de plusieurs animaux , il eut l’occasion de voir des Vibrions, des Volvox, des Monades, des Kérones, des Paramécies , des Kolpodes, divers Vorticelliens et Systolides , les Anguilles du vinaigre, les Zoospermes, etc.; mais il ne songea pas à distinguer les Infusoires des autres Animalcules microscopiques.

Baker (i ), qui publia successivement deux traités

(i) The Microscope made easy, London, 1743* — Èinployment for the Microse. i75‘2.

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sur l’usage du microscope , et qui paraît s’être préférablement servi du microscope simple de Wilson, dont il vante avec raison les avantages , a décrit et figuré un grand nombre d’infusoires observés par lui, soit dans les eaux de marais, soit dans des infusions de foin, de poivre, de blé, d’avoine, etc. Ses dessins , qui par la suite ont servi beaucoup aux nomenclateurs , présentent donc un mélange de vrais Infusoii’es avec d’autres Animalcules , et notamment avec des Brachions bien reconnaissables.

Tremblej (i) (1744)5 conduit par ses belles observations sur le Polype à bras ou l’Hydre , à décrire d’une part certains Infusoires parasites de ce Polype ; et d’autre part, quelques grandes et belles espèces de Vorticelliens qui se trouvent avec les Hydres dans les marais , et qu’il nomma Polypes à bulbe et Polypes à bras.

Hill (2), en 1762, fut le premier qui essaya de donner des noms scientifiques aux. Animalcules microscopiques. Joblot (3), quelque temps après , en 1754, publia des observations microscopiques assez bonnes pour cette époque , et qui ne sont point encore sans valeur, malgré le ridicule des dénominations, souvent très-significatives, adaptées par lui à ses Animalcules , parmi lesquels il com-

(i) Philosophie. Transact. 1746. — Histoire du Polype d’eau douee ,

(a) Essay of nalural hîslory, i^5a.

(3) Observations d’iiisloirc liai urellc faite.' avec le microscope, par Joblot, 1754-1755^

PKS INFUSOIRES.

prend, outre les Infusoires, desSystolicles , desEntomostracés , des larves d’insectes , etc. Plusieurs des figures qu’il en donne portant l’empreinte d’une admiration trop vive que ne réglait aucune idée scientifique, sont tellement bizarres et fantastiques qu’elles durent surtout contribuer à discréditer l’emploi du microscope.

A cette même époque , ScbœfFer avait fait connaître quelques animaux microscopiques. Rœsel ( i ), à la suite de son bel ouvrage sur les Insectes , avait décrit et donné d’assez bonnes figures de plusieurs grands Vorticelliens , du Volvox ; et surtout il avait fait connaître son petit Protée, qui est aujourd’hui le type du genre Amibe. Ledermuller, dans ses Amusements microscopiques , avait aussi représenté des Animalcules d’infusion, des Vorticelles et quelques Systolides. Et Wrisberg (2) (i'^64), avait publié des Observations sur la nature des Animalcules infusoires, que le premier il nommait ainsi.

Linné , qui n’avait point étudié par lui-même les Infusoires , les confondit d’abord sous la dénomination trop significative de Chaos, en distinguant toutefois le Volvox giohator-, et plus tard il admit un genre Vorticelle (3). Pallas, danssonouvragesur lesZoophytes (4)» en i'y66,seborna à réunir, dans les deux genres Volvox et Brachionus , ceux des Animalcules microscopiques dont l’existence lui parut

(i) Inseclen Belusligung von Bosel. 4 vol. in-4, I746'I7®*-

(a) Observa tioncs do aiiimnlcul. infuser, natiirn. Uotlingen. 1704. in-8.

(3) Systema naturæ. Edil. X, 1758. — Syst. uat. F.dil. XII, 1767-

(4) Flenchus zoopliyloi uni. 1766.

mieux démontrée d’après les travaux antérieurs. Ellis décrivit aussi, sous le nom de Volvox, divers Infusoires dans les Transactions Philosophiques de Londres, en 1769. Puis vint Eichhorn, qui, dans un fort bon recueil d’observations (i), fit connaître un plus grand nombre d’infusoires que tous ses prédécesseurs ; il ne songea nullement à les classer, et les désigna seulement par des noms allemands, exprimant quelque analogie de forme; mais encore avec ses Infusoires se trouvaient mêlés beaucoup d’autres Animalcules. Spallanzani(2)(i776), étudia plus particulièrement quelques Infusoires et leRotifère sous le point de vue physiologique; et son ami , l’illustre Saussure, contribua avec lui à mettre en lumière quelques faits importants sur ce sujet.

Gleichen (3), en poursuivant ses recherches sur la génération des êtres, eut l’occasion de faire beaucoup de bonnes observations sur les Infusoires et sur les Animalcules qui s’y développent dans des circonstances variées ; malgré l’imperfection de ses figures, on reconnaît, ou plutôt on devine quels sont les Infusoires qu’il a pu rencontrer. Enfin Gœze (4) et Bloch (5) , qui, chacun de leur côté, s’occupaient de l’étude des Vers intestinaux , firent connaître les curieux Infusoires qui vivent dans l’intestin des Grenouilles.

(l) Klelnste Wasserlhlere. Berlin, l^8l. — Beylrage , J/yS.

(a) Opuscol. pliys. 1776. — Traduits en français, 1787*

(3) Infnsionslhierchen, 1778. — Trad. en fanerais, 1799-

(4) Naturgeschichle der Ein"eweidewürincr, 1782.

(5) Abliandl. über dicErzeugung der Eingew. 1783. — Trad. en français.

La seconde période, celle des classificateurs, commence à O. -F. Millier, car les tentatives de nomenclature qu’avait faites Hill étaient restées dans l’oubli; et quoique Millier lui-même ait fait de nombreuses découvertes dans l’étude des Infusoires; c’est surtout comme créateur d’une classification et d’une nomenclature de ces animaux qu’il est plus célèbre. Vouloir soumettre aux règles de la méthode linnéenne la multitude des animalcules microscopiques, déjà signalés par ses prédécesseurs, et de ceux encore plus nombreux qu’il avait observés lui-même ; c’était là une tâche bien autrement difficile que celle de caractériser et de classer des plantes ou des insectes, dont la forme est toujours définie, dont les organes sont nombreux et bien distincts, et dont enfin le mode de développement est connu. En caractérisant comme autant d’espèces, une foule d’objets divers dont la nature animale ou l’individualité , ou même l’intégrité n’était pas toujours constatée, il s’exposa donc à faire beaucoup de doubles emplois et de fausses désignations. Aussi, doit on le reconnaître, ses genres, à l’époque même de leur création, étaient trop vaguement tracés; et la plupart de ses espèces, caractérisées par une phrase linnéene de quelques mots, ne peuvent être reconnues sans le secours des figures qui en disent bien plus que cette phrase; et, même encore avec ce secours, la moitié des espèces sont à laisser de côté comme tout à fait équivoques ou douteuses. Mais ce tort ne doit pas lui être imputé tout entier : en effet , après avoir essayé une pre-

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mière fois dans son histoire des vers marins et fluviatiles (i) de classer les Infusoires, il se proposait de réunir dans un grand traité tous les résultats de douze années de recherches laborieuses, quand la mort vint le surprendre; ce fut donc son ami O. Fabricius qui se chargea de publier cet ouvrage posthume en le complétant au moyen des notes souvent contradictoires qu’il put trouver dans les papiers de l’auteur. Beaucoup d’espèces , et même un genre, celui Himantopus, c[\ie Millier vivant n’eut peut-être pas admis ou conservés en revoyant son travail , furent donc établis d’après ces notes. Ainsi fut porté à 879 le nombre des espèces décrites , parmi lesquelles il en est à peine i5o que l’on puisse aujourd’hui rapporter avec certitude à des Infusoires connus. De ses dix-sept genres , le dernier (Brachion) ne comprend que des Syslolides, et les animaux du même ordre composent une partie de son genre Vorticelle et se trouvent en outre disséminés parmi ses Trichodes et ses Cercaires. Millier d’ailleurs avait, comme ses prédécesseurs, confondu avec les Infusoires des objets bien différents , tels que des propagules d’algues, des Bacillaires, des Navicules, des Anguillules , des Distomes , de jeunes Alcyonelles , des lambeaux de branchies de Mollusques; et surtout il avait multiplié à l’excès certaines espèces en donnant un nom

(1) Millier. Vermium terreslrlum et fluvialilium llisloria. 2 yol. in-/,. 1774.

(2) Millier. Animalcula Infusoria fluvialilia et marina. ln-4> 178G.

différent au même Animalcule en divers états, ou même à des Infusoires devenus incomplets par suite d’une décomposition partielle. Cela tient à ce que l’on ne peut comparer les Animacules microscopiques qu’en les dessinant séparément et en notant les caractères de chacun d’eux à mesure qu’on les observe; mais la plupart de ces Animalcules sont si variables dans leurs formes , que si l’on vient à comparer un grand nombre de dessins faits h différentes époques, on sera tenté d’abord de les rapporter à autant d’espèces différentes, à moins qu’on n’ait appris, par un long usage d’un excellent microscope, à démêler la vérité. Or, je le répète, ce fut Fabricius qui eut à mettre en ordre les notes de Müller.

Son histoire des Infusoires n’en mérite pas moins d’être considérée comme un recueil d’observations consciencieuses et tout à fait exemptes d’esprit de système; ses figures surtout sont ce qu’on pouvait faire de mieux à cette époque, aussi ont-elles servi de matériaux aux nomenclateurs -qui vinrent ensuite , pour l’établissement d’une foule de genres nouveaux.

Bruguières, dans l’Encyclopédie méthodique, se borna à copier les figures et les descriptions de Müller en y ajoutant seulement quelques espèces de Baker.

Cuvier, comme les naturalistes allemands du commencement de ce siècle, ne s’occupa qu’en passant et d’une manière générale de la classification des Inbisoires. Il en avait préalablement séparé

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mal à propos les vraies Vorticeües qu’il plaçait dans son ordre des Polypes gélatineux ; et il avait senti la nécessité de séparer les Systolides pourvus d’un intestin et d’organes compliqués, et les vrais Infusoires, « animaux à corps gélatineux de la plus extrême simplicité , sans viscères, et souvent même sans une apparence de bouche (i). »

Lamarck, dans son Histoire des animaux sansvertèbres (2), conserva beaucoup trop la classification de Müller; cependant, il démembra heureusement plusieurs de ses genres, notamment celui des Vorticelles d’où il retira les Rotifères et les autres Systolides pour en faire son genre Furculaire; mais n’ayant point observé par lui-même , il laissa subsister dans les divers genres les autres rapprochements erronés de Müller, et même en ajouta de nouveaux dans son genre Purcocerque. Il plaça avec raison les Systolides dans une autre classe que les Infusoires proprement dits, mais avec eux, il eut le tort de placer les Vorticelles parmi les Polypes ciliés. M. Bory de Saint-Vincent (i825), appelé à terminer la partie de l’Encyclopédie méthodique commencée parBruguières, eut à s’occuper beaucoup de la classification des Infusoires qu’il veut nommer des Microscopiques. Riche de ses propres observations, quoiqu’il n’ait pu échapper au reproche de s’être trop souvent servi des figures de Mül-

(l) Cuvier. Règne animal. 1817,

(a) Larnarck. llisloire tles animaux satis vertèbres. 5 vol. in- 8, i8i5-i8ig.

1er, il subdivisa les 17 genres de l’auteur danois en 99 genres dont plusieurs ont dû être conservés comme bien précis. Dans sa classe des Microscopiques, il laisse encore confondus les Systolides, et il en distrait les seules Vorticelles pédicellées qu’il reporte, avec les Navicules et les Lunulines, dans son règne psycbodiaire. Dans sa dernière publication sur ce sujet (i 83 1), il n’a faitque confirmer ses idées précédemment émises sans y ajouter de nouvelles observations. Cependant , dès 1817, en Allemagne, Nitzscb, qui, par le caractère de ses travaux, devrait être inscrit dans la dernière période, avait publié des observations précieuses sur les Navicules et sur les Cercaires qu’il démontra n’être point de vrais Infusoires, et, plus tard, en 1827, dans une Encyclopédie allemande , il avait proposé l’établissement de plusieurs genres bien convenables. M. Dutrochet, en France, avait étudié les Rotifères et les Tubicolaires; M. Leclerc avait fait connaître les Difflugies ; et Losana , en Italie , avait décrit des Amibes, des Kolpodes et des Cyclides dont il multipliait les espèces sans raison et sans mesure.

Dans la période actuelle , illustrée par les travaux de M. Ehrenberg et caractérisée par l’emploi du microscope achromatique , on veut à la fois s’occuper de la classification des Infusoires et pénétrer les mystères de l’organisation de ces petits êtres. Les résultats obtenus pendant cette période seront donc bien autrement importants sous tous les rapports que ceux des périodes antérieures; mais par cela même ils doivent être plus dilliciles à obtenir; et

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l’on aurait tort, je crois, de s’attendre à en trouver jamais d’aussi positifs que dans les autres branches de la zoologie.

M. Ehrenberg le premier a distingué nettement, pour en former deux classes séparées , les Infusoires qu’il nomme Poljgastrica, et les Systolides qu’il nomme Rotatoria mais il laisse parmi les vrais Infusoires, les Clostéries ou Lunulines, les Navicules et toutes les Diatomés et Desmidiées, que, par un singulier abus de l’esprit de système, il regarde comme des animaux pourvus d’une bouche et d’une multitude d’estomacs. Aussi a-t-il pu porter le nombre des espèces d’infusoires polygastriques à 533. Sa classification , basée sur des faits entièrement erronés relativement à l’organisation des Infusoires, a été admise par les auteurs et les compilateurs qui n’avaient nul souci de vérifier les faits annoncés. Mais les vrais observateurs , d’abord frappés de stupeur par l’annonce des découvertes du micrographe de Berlin, ne tardèrent pas à s’apercevoir de l’inutilité de tous leurs efforts pour arriver à la vérification de ces faits; et quand ils se furent bien assurés que cette impossibilité ne tenait ni à la faiblesse de leur vue ni à l’imperfection de leurs microscopes, ils osèrent relever la tête et renvoyer la dénégation la plus formelle è celui qui avait eu l’habileté de rendre en quelque façon solidaires de ses assertions et de sa renommée , des académies célèbres et des noms illustres.

Si l’édifice des hypothèses Ehrenbergiennes vient à être totalement renversé, sa classification aura

disparu en même, temps, et l’on se retrouvera en présence d’une multitude confuse et croissant chaque jour d’objets à classer, et pour lesquels on n’a souvent que des caractères négatifs. A la vérité, on aura appris de M. Ehrenberg à distinguer tout d’abord les Systolides , et de lui comme de Nitzsch et de M. Raspail , à séparer des Infusoires quelques animaux ou débris d’animaux regardés à tort comme autant d’espèces; puis enfin l’opinion des botanistes allemands et françjis aura prévalu pour faire ranger désormais les Navicules et les Clostéries dans le règne végétal; mais le nombre des êtres, laissés, comme résidu de cette exclusion, parmi les Infusoires sera encore très-considérable , et l’on manquera, pour les classer, de ces caractères précis fournis dans les autres branches du règne animal par des organes dont la forme et les usages sont bien déterminés.

Ainsi que je l’ai dit plus haut, je crois que l’instant n’est pas arrivé de proposer pour eux une classification définitive; mais ayant accepté la tâche de faire connaître ce qu’il y a de vrai dans l’histoire des Infusoires, je dois essayer de les classer au moins provisoirement, en séparant, sauf à l’étudier à part , ce qui ne peut-être laissé parmi les Infusoires. Je suis donc conduit à partager mon travail en trois . parties: la première, relative aux Infusoires proprement dits, formera les deux premiers livres, l’un consacré aux généralités sur l’étude de ces animaux, l’autre à la description méthodique; la deuxième partie consacrée aux Systolides formera aussi deux livres, l’un pour les généralités, l’autre pour la des-

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cription méthodique; enün, une troisième partie formant le cinquième livre contiendra une énumération détaillée des objets microscopiques qui ont été confondus avec les Infusoires.

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