‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 120 sur 328 · L'ÉQUORÉE VIOLETTE, ÆQUOREA VIOLACEA · texte numérisé non relu

L'ÉQUORÉE VIOLETTE, ÆQUOREA VIOLACEA

Milne Edwards, Ann. sc. nat. (2 série), €. XVI, p. 195, pl. 1. —Ibid., Règ.

anim. de Cuvier, pl. 42, 141€ livraison.

Ombrelle discoïde, peu bombé, garni à son bord de filaments tentaculaires très-courts, grêles, de couleur violacée.

Habite les côtes de la Provence , à Cette.

Le travail original de Milne Edwards, sur ceite médusaire, est des plus intéressants, et nous le donnons sans en changer la moindre chose.

« Presque toutes les médusaires dont la structure a été étudiée avec quelque soin sont pourvues d'organes générateurs très-apparents. Ainsi, chez les rhizostomes, les aurélies, les chrysaores, les pélagies, eic., on trouve vers la partie centrale du disque quatre de ces organes disposés en croix et faciles à reconnaître par leur conformation et leur couleur. Dans ces derniers temps, on a même constaté que chez ces

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acalèphes il existe des organes mâles aussi bien que des organes femelles, et que les sexes sont séparés. Mais chez d’autres médusaires , on ne découvre aucune disposition analogue à celle qui est si apparente chez les animaux dont il vient d’être question, el on ne connaît pas les crganes destinés aux fonctions de la reproduction. Aussi M. Eschschol{z, à qui on doit un travail très-considérable ‘et très-important sur les acalèphes en général, divise-t-il les médusaires en deux groupes, les phanérocarpes et les cryptocarpes, caractérisés par la présence ou par le manque d’ovaires visibles ‘. Les équorides sont au nombre de ces médusaires cryptocarpes ; or, en étudiant une espèce de ce groupe, je me suis assuré , non-seulement de l'existence d’un appareil générateur chez ces acalèphes, mais aussi de la distinction des sexes , et si les zoologistes ont jusqu'ici méconnu ces organes, c’est parce que ceux-ci ne ressemblent à l'appareil reproducteur des médusaires ordinaires ni par leur position ni par leur mode de conformation.

« L'animal qui m’a fourni l’occasion de constater ce fait a été pêché à peu de distance du port de Gelte, et appartient au genre équorée, tel que M. Eschschol{z a circonscrit cette division ; car sa cavité stomacale occupant un grand espace au milieu de la face inférieure de l’ombrelle, se continue latéralement avec une multitude de canaux étroits et s’ouvre au dehors par une bouche dépourvue de cirrhes ou de tentacules , et incapable de s’allonger en forme de trompe. Mais, considérée comme espèce , cette médusaire ne me paraît pouvoir être rapportée à aucune des équorées déjà décrites par les auteurs ; elle se rapproche beaucoup de l'æœquorea Forskalina ?, qui habite les mêmes mers, et de l’æœquorea ciliata *, découverte sur les côtes de l'Amérique ; mais elle s’en distingue facilement et pourra, à raison de la couleur de diverses parties de son corps, recevoir le nom d’œqguorea violacea.

« Le disque ou ombrelle de cet acalèphe est peu bombé, hyalin et garni tout autour de filaments tentaculaires très-courts, grêles et de couleur violacée. Le nombre de ces appendices capilloïdes est trèsconsidérable , et dans les intervailes qu’ils laissent entre eux on trouve une série de tubercules et de vésicules disposés avec une grande régularité. Un de ces tubercules, ayant la forme d’un pelit mamelon, occupe le milieu de ces intervalles , et de l’un et de l’autre eôté de chacun de ces mamelons, on voit deux vésicules hémisphériques ou ovalaires qui renferment deux ou quelquefois trois corpuseules sphériques. Immédiatement au-dessous de cette série d’organes margi-

! System. der Acalephen. In-4, Berlin, 1829.

* Medusa œquorea, Foxrskal. Descriptiones animalium que in ilinere orien- Lali observavit, p. 110, et Icon., tab. 32 (figure reproduite par Bruguière dans l'Encyclopédie méthodique, Vers, pl. 95, fig. 3). — Æquorea Forskalea , Péron, Histoire des Méduses, p.24. — Æquorea Forskalina, Eschscholtz, Syst. dér Acalephen, p. 109.

* Eschscholtz, Syst. der Acalephen, p. 109, tab. 9, fig. 4,

naux se trouve une bordure membraneuse très-délicate, qui ressemble assez à un ruban, et qui, en se contractant, paraît remplir les fonctions d’un organe de natation. Il est aussi à noter que la surface interne de cette espèce de voile circulaire est le siége d’un mouvement ciliaire très-prononcé.

« La cavité gastrique, très-grande, comme chez toutes les équorées, occupe environ un tiers du diamètre de l’ombrelle, et est entourée par une bordure membraneuse qui devient verticale dans le repos et qui est beaucoup trop courte pour en clore l’ouverture ; celle-ci reste par conséquent toujours béante, et se trouve seulement rétrécie lorsque les fibres disposées circulairement dans ce petit voile marginal et remplissant les fonctions d’un sphincter, viennent à se contracter. Supérieurement , cette bordure membraneuse s’insère à un anneau un peu calleux, et au-dessus de ce cercle étroit on voit une rangée d’ouvertures assez grandes, serrées les unes contre les autres et conduisant dans autant de canaux disposés en rayons près de la surface inférieure de l’ombrelle ; ces canaux, au nombre de soixante-quatorze, se rétrécissent un peu en s’éioignant de l’estomac, et gagnent en ligne droite le bord de l'ombrelle , où ils paraissent déboucher à angle droit dans un vaisseau marginal analogue à celui qui se voit chez les aurélies. Si j'avais eu à ma disposition des moyens d'injection lorsque je faisais l’examen de cette équorée, il m'aurait été facile de constater directement le mode de terminaison de ces vaisseaux; mais je n’avais pas d'instruments propres à cet usage, et par conséquent je ne me prononce pas d’une manière positive sur l’existence de ces anastomoses apparentes. J’ajouterai cependant que ce canal marginal circulaire m’a paru fournir une petite branche à chacun des filaments tentaculaires dont le bord du manteau est garni, et que c’est sur son trajet que se trouvent les vésicules et les mamelons intertentaculaires mentionnés plus haut. On distingue aussi un prolongement de ce canal annulaire dans l’intérieur de chacun de ces mamelons, et le sommet de ceux-ci parait être perforé, de sorte que ces organes ont beaucoup d’analogie avec les orifices marginaux chservés par M. Ehrenberg chez les rhizostomes, et peuvent être considérés comme des émonctoires.

« On voit donc que, sous le rapport de la conformation de l’appareil gastro-vaseulaire, les équorées tiennent, pour ainsi dire, le milieu entre les pélagies et les aurélies, et différent principalement de ces derniers par le nombre plus considérable des canaux périphériques et par l’absence de ramifications dans ces canaux.

« Enfin, dans notre équorée , de même que dans les espèces de ce genre déjà décrites par les zoologistes , il naît de la face inférieure du corps une multitude de lamelles membraneuses, disposées autour de l’estomac en manière de rayons. Ces lamelles correspondent aux canaux que nous ayons déjà vus se rendre de l’estomac vers le bord de l’ombrelle; mais elles n’occupent qu'environ les trois quarts de leur lon-

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gueur , Car elles ne commencent pas immédiatement sur le bord de la bouche, et se terminent à une assez grande distance du bord de l’ombrelle. Deux de ces lamelles sont suspendues ainsi parallélement audessous de chaque canal, ou plutôt il n’existe au-dessous de chacun de ces tubes qu’une sorte de ruban replié sur lui-même du côté interne, de façon à paraitre double. On compte par conséquent soixante-quatorze de ces doubles rayons lamelleux, qui sont libres par leur bord inférieur et finement plissés de chaque côté ; on y remarque aussi une multitude de stries obliques de couleur violette, et en examinant ces stries au microscope, je me suis assuré qu’elles constituent les organes sexuels de ces acalèphes. Effectivement, chez les uns, j’y ai trouvé des granules ayant l’apparence d’ovules, et chez un autre individu, où ces corps ne se montraient pas de même, j’en ai vu sortir une multitude de zoospermes extrêmement vivaces et analogues par leur forme et par leur mode de locomotion aux animalcules spermatiques des aurélies et de divers mollusques. Il me paraît donc évident que ces lamelles sont ou des ovaires ou des testicules, suivant les individus, et que , sous le rapport des organes de la reproduction, les équorées diffèrent des méduses ordinaires, non parce qu’elles manquent d’un appareil générateur spécial ou parce que cet appareil est caché, mais seulement par la position extérieure et la disposition des organes sexuels. Chez les acaléphes que l’on a nommés phanérocarpes, ces organes sont logés profondément entre les racines du prolongement buccal , et entrent dans la composition des pa-

rois de l’estomac ; tandis que chez nos équorées, que l’on a appelées des :

cryptocarpes, ces mêmes organes sont tout à fait distincts de la cavité digestive centrale et flottent librement à l’extérieur, sous la surface inférieure de l’ombrelle.

« Je regrette de ne pas avoir eu l’occasion d’examiner d’autres médusaires dites cryptocarpes, de m’assurer si une disposition semblable des organes générateurs existe d’une manière générale dans ce groupe; mais je suis porté à croire qu’il en est ainsi, car plusieurs auteurs ont figuré des lamelles rayonnées à la face inférieure de l’ombrelle chez ces animaux, et il est probable que les fonctions de ces parties sont partout les mêmes. »

M. Milne Edwards à reproduit la planche qui accompagne cette description dans l'édition , avec figures, du ARègne animal de G. Cuvier. Cette planche a été faite sur le vivant, et représente l’acaléphe entier ou des parties de son individu.

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