‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 242 sur 328 · ES · texte numérisé non relu

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! C’est l'animal que Bory de Saint-Vincent découvritle premier, dit Chamisso, et auquel Cuvier imposa le nom générique qu’il porte. Comme on ne lui avait pas donné de nom trivial, nous avons fait dériver le nôtre de la figure différente des deux individus unis qui composent l’animal.

Zoophyte gélatineux, cartilagineux, hyalin, long d’un pouce, composé de deux individus de forme dissemblable, constamment unis par jonction. Est-ce le mâle , est-ce la femelle?

Corps supérieurement et inférieurement tricaréné, fermé antérieurement, et terminé en pointe subulée , dilaté postérieurement, à deux cavités longitudinales, supérieures et inférieures , séparées par une cloison horizontale. Chaque cavité cuverte en arrière ; cavité supérieure sacciforme, rétrécie en col, armée à son ouverture de trois épines recourbées,

42 ‘ACALEPHES.

«individui primi respondeat. Cavum inferius cavo superiori prioris «individui simillimum. Cavum superius autem antice et postice aper- « tum est, ita, ut præter ostium posticum, ostium anticum eadem « cireiter magnitudine distinguatur, paries superior præter hoc exci- «sus, CxCisura in ostio postico incipiente. Ostium posticum ipsum « utroque latere biemarginatum. Cauda huic individuo nulla.

« Individuum alterum cum priore ita cohæret, ut apex corporisillius « Cavo infero individui primi immissus sit, hujusque cauda, cavum « Superius (antice et postice apertum.) individui alterius transgressa : « ex ejus ostio postico vel incisura parietis superioris dependeat.

« Animalia absque læsione alterum ab altero discedere visa sunt. « Centractione cavorum aquam repellunt, dilatatione immissam , quo « motus natatorius vividissimus oritur.

« In mari Pacifico æquinoctiali.

« Termini superius et énferius in descriptione nostra solummodo intellectus causa adhibiti sunt ; forsitan vice versa rectius. Antica « autem pars nobis audit, qua nihil in natatione prorsum tendit. »

En 1824 parut, dans la partie zoologique du /’oyage autour du monde du capitaine Freycinet (p. 577), une description et une figure de la diphyc que MM. Quoy et Gaimard nommèrent diphye Bory, diphyes Bory, figurée pl. 86, fig. 12, de leur Atlas, avec la phrase caractéristique suivante, et les détails que nous citerons textuellement.

« On ne connaît, disent MM. Quoy et Gaimard, qu'une seule espèce de ce genre ; elle a été découverte par M. Bory de Saint-Vincent, qui Va figurée sous le nom de biphore biparti. C’est la même que nous reproduisons ici, et que nous dédions à ce naturaliste ; après lui, MM. Tiléstus et Chamisso en ont aussi donné des figures.

« La nôtre représente deux individus réunis; il sera facile de se faire une idée de ce qu’ils sont isolés, en considérant à part celui qui contient l’autre. On en trouve autant qui nagent seuls que deux à deux, Leur agrégation a-t-elle pour cause l’œuvre de la reproduction ? ou bien sortent-ils en cet état de l’ovaire ?

« Le petit chapelet couleur de rose, qui se montre hors de l'ouverture tronquée, est rétractile à la volonté de l’animal, qui le rentre quelquefois tout à fait. Il paraît qu’il ya des époques où it est beaucoup plus saillant. Nous avons remarqué, au fond de cette espèce de sac, un corps qui avait la forme d’une branchie de biphore.

« La progression de cet acalèphe a lieu à reculons avec assez de vitesse, comme celle des méduses et des béroés. Ce n’est jamais qu'entre deux individus que se fait la jonction, et toujours de la même manière, c’est-à-dire que l’extrémité pointue de l’un entre dans l'ouverture quadrilatère tronquée de l’autre, et y adhère assez fortement.

« Nous avons vu des diphyes dans l'Océan Atlantique, dans la mer des Indes, sur les côtes de la Nouvelle-Hollande et près de celles de Pile de Timor. »

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En partant pour un nouveau voyage de découvertes, sur la corvette l'Astrolabe, MM. Quoy et Gaimard adressérent à l’Académie des Sciences un nouveau travail sur les diphyes, travail enrichi de belles figures, et qui a été inséré dans le tom. X des Ænnales des Sciences naturelles (cahier de janvier 1827). Ainsi s'expriment ces naturalistes : « Ayantété assez heureux pourobserverun grand nombre de diphyes dans le détroit de Gibraltar, nous avons reconau que toutes les descriptions et les dessins qui en ont été publiés jusqu’à ce jour sont fort incomplets, sans en excepter ceux que nous avons donnés dans l’Atlasdu 7’oyage de l'Uranie. Ayant de plus trouvé plusieurs zoophytes encore inconnus, dont l’organisation se rapproche de celle des diphyes, nous croyons devoir, dès à présent, établir une famille de diphydes, formée du genre diphye et de cinq nouveaux genres, que nous nommons calpé, abyla, nacelle, cuboïde et ennéagone. |

« Les caractères généraux de la famille des diphydes sont, dans l’état parfait, la réunion constante de deux animaux de forme différente, chacun d’eux jouissant d’une vie distincte, qu’il peut conserver assez longtemps, quoique séparé de son congénère.

« Le premier qui se présente est formé de deux cavités, dont une, complète, a cinq dentelures à son ouverture ; la seconde n’est qu’un canal plus ou moins parfait, formé de deux feuillets, laissant passer un chapelet de suçoirs et d’ovaires qui appartient au second animal.

« Celui-ci, ordinairement plus petit que le précédent, auquel il est uni d’une manière plus ou moins intime, est pourvu de trois cavités, C’est dans celle du milieu, par laquelle lemboîtement se fait, que sont fixés les suçoirs. »

Après avoir caractérisé la famille des diphydes, MM. Quoy et Gaimard généralisent ainsi les observations qui sont relatives aux diphyes proprement dites, figurées par eux pl. i, fig. 1 à 7 (pl, 57 et fig. 1 ) : « La cavité, en forme de sac assez réguliérement cylindrique , dont les contractions servent à la progression de lPanimal, se termine assez brusquement par un canal excessivement étroit, se portant jusqu’à l’extrémité du sommet, sans que nous puissions dire s’il s'ouvre à l’extérieur. Cette cavité, qui paraît servir de réservoir au résidu de la digestion, est quelquefois pleine d’une substance muqueuse , comme nuageuse.

« L'autre cavité, à peu près triangulaire, dont l’ouverture est verticalement coupée, contient une grappe d’ovaires et de suçoirs réunis. il en part également un petit canal trés-délié , gagnant le sommet de la pyramide, et côtoyant de très-prés, mais sans le toucher, celui dont nous venons de parler; il est probable qu’il s’abouche avec lui, car la digestion de ce zoophyte doit s’opérer d’abord par les suçoirs, et le résidu doit passer vraisemblablement dans la seconde cavité, qui sert en même temps à la locomotion.

« Il existe un long chapelet qu’on a quelquefois vu sortir de cette

cavité, el qu'on a pris pour des ovaires. Il paraît que ce sont bien réellement des ovaires, maïs joints à des suçoirs que personne n’a cncore mentionnés, quoique cependant ils forment la masse la plus considérable de ce chapelet. Le plus souvent c’est une masse rétractée, nuageuse , rougeâtre, contenue dans la cavité. Alors on ne peut presque rien distinguer ; mais lorsque la diphye les fait sortir, et leur donne toute l’extension possible, on remarque autour d’un long tube transparent, ct sur sa longueur, des suçoirs qui adhèrent par une espêce de nœud assez ressemblant aux nœuds d’un roseau. Chaque suçoir est contenu dans une sorte de cloche très-délicate, de laquelle il sort ; la base de chacun d’eux est munie de petites grappes, qui sont probablement des ovaires, et il en part un petit tentacule ou filament excessivement délié et lisse, susceptible d’un très-grand allongement. Toute la longueur de ce filament est garnie, d’un seul côté, d’une foule de petits filaments secondaires, munis, à leur extrémité, d’un petit renflement, duquel part encore un autre fitet.

« Les suçoirs, dans l’étaf de vie, se replient dans tous les sens comme ceux des vélelles et des physales ; s'appliquent sur les corps, sur le verre, par exemple, en forme de ventouse, et peuvent y retenir Panimal ; ils ont alors à leur extrémité la forme d’une petite trompette, et il est toujours facile de bien apercevoir leur cavité intérieure. Ils sont d'autant plus écartés les uns des autres, qu’ils sont plus rapprochés de l’extrémilé du tube qui les soutient. Dans l’intérieur de la diphye, ils sont plus pressés et comme nacrés. Leur mouvement est souvent indépendant de celui de la totalité de lanimal. Enfin, comme ils sont excessivement petits, il faut, pour les bien voir et s’en former une idée exacte, se servir d’une très-forte loupe. On croirait voir alors une sorte de stéphanomie ; c’est à peu près la même disposition des parties.

« Dans quelques individus, surtout dans ceux qui sont le plus complets, l’extrémité du chapelet ne paraît formée que par les cloches qui enveloppent les suçoirs, dont l’ensemble, à l’œil nu, a l’aspect de l’extrémité d’une plume. Là, les suçoirs ne sont point encore développés, et il est facile, à la loupe, de les apercevoir ayant l’apparence de petites vésicules accolées au tube central de l’ensemble.

« Il nous reste maintenant à parler de l’accouplement des diphyes, ou plutôt du second animal qui sert à les compléter. Cette agrégation a été fort superficiellement observée jusqu'ici. On se bornaït à dire que ces animaux s’accouplaient, ce qui devait faire penser qu’ils étaient semblables : il n’en est rien cependant.

« La premiére diphye, ou mieux la diphye antérieure, a bien quelque ressemblance avec celle dans laquelle elle entre; elie est, comme elle, pyramidale, et a une cavité subconique, dont l'ouverture est entouréce de cinq pointes ; mais elle en diffère en ce qu’elle est beaucoup plus pointue, et qu’il n’y a point réellement deux cavités. La supérieure n’est qu'un canal formé par deux membranes simplement appliquées

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l’une à l’autre, de sorle que le moindre effort suffit pour les écarter ; cependant elles sont quelquefois unies dans un seul point vers le milieu. C’est dans leur intervalle, lorsque ces animaux sont accouplés, que le chapelet des suçoirs de la diphye postérieure s’engage et fait saillie au dehors. Ce chapelet passe avec la plus grande facilité de la diphye à laquelle il appartient, dans l’autre, pour sortir à l'extérieur, et il rentre de même. Il faut qu’il y ait alors un accord manifeste entre ces deux animaux.

« Leur agrégation est assez légère, et n’a jamais lieu de nouveau, lorsqu'une fois ils se sont séparés. Quoiqu’ils se meuvent en commun, ils peuvent aussi se mouvoir isolément , et vivre ainsi longtemps ; mais Ja diphye postérieure, celle à qui appartient le chapelet des sucçoirs, est beaucoup plus vivace, et ses mouvements sont très-brusques, trés-vifs, tandis que ceux de la diphye antérieure sont lents. Dans cette dernière, la progression ne s’opère que par la vraie cavité, celle dont l'ouverture est munie de cinq pointes.

« À quoi peut servir cet accouplement dans ces animaux ? il parait bien difficile de s’en rendre compte. La diphye antérieure n’a aucun organe digestif ou générateur visible sous le verre le plus grossissant. Un canal incomplet pour le passage des ovaires et des suçoirs de sa congénère, ct une cavité dans laquelle on aperçoit quelquefois un léger nuage de mucosités, c’est tout ce qu’on peut apercevoir dans ce z00phyte transparent comme du cristal, et taillé à angles assez rudes. Comme tous les animaux pélagiens, les diphyes ont besoin d’une eau sans cesse renouvelée, et quoiqu’elles soient très-vivaces, elles finissent par périr après un séjour de quinze à vingt heures dans la même eau.

« Les différences que présentent les très-jeunes diphyes accouplées sont : que le canal de la fausse est continu ; dans la diphye postérieure, la grande cavité, c’est-à-dire celle qui ne contient point les suçoirs, se prolonge jusque près de la pointe sans avoir de cul-de-sac terminé par un canal trés-délié, tandis que, dans la diphye antérieure, ce canal est très-allongé. »

Plus tard, MM. Quoy et Gaimard donnèrent de nouveaux détails dans ia partie zoologique du ’oyage de l’Astrolabe, et comme ils avouent que la figure qu’ils avaient donnée dans le J’oyage de l'Uranie, est mauvaise , ils ont cru devoir étudier cet acalèphe de nouveau.

« On ne le trouve en général que dans la haute mer , et dans presque toutes celles des pays chauds. De petits individus , d’une forme un peu plus allongée , que nous prenions pour le jeune âge, pourraient bien être une espèce distincte à ajouter aux deux qu'a fait connaître M. Eschscholtzsous le nom de angus{ata et appendiculata. Les deux parties qui composent ce zoophyte sont à peu près égales en volume et se ressem-

-blent même jusqu’à un certain point. Elles sont coriaces et tellement diapbanes qu’on ne les aperçoit quelquefois pas dans le bocal qui les

contient, si teur chaîne de suçoirs n’est pas colorée. La pyramide que forme le corps antérieur est comprimée , à cinq côtés. Les deux ouvertures de sa base conduisent dans deux cavités cylindriques, presque accolées l’une à l’autre , dont l’inférieure est un peu plus grande. Elles se rétrécissent brusquement en s’arrondissant et finissent par deux capaux filiformes qui vont se terminer à la pointe de la pyramide , sans que, par de nombreuses observations à la loupe, nous puissions dire s'ils s’ouvrent au dehors. Dans quelques individus, ce sommet est comme étranglé. L'ouverture supérieure a cinq dents rapprochées : l’inférieure est en parallélogramme pour recevoir la partie postérieure. Du fond de sa cavité part une longue chaine cylindrique, rétractile , enveloppée d’une série de cloches se recouvrant les unes les autres. Sous chacune est logé un suçoir , tenant à l’axe par une sorte de nœud, et portant à sa base des filaments qui ont l’aspect d’ovaires. Ces sucoirs, élargis en trompette à leur extrémité , sont susceptibles de se coller sur les corps, même sur le verre, à la manière des ventouses , et par ce moyen de fixer l'animal.

«De distance en distance existent des filetstentaculaires ramifiés d’un seul côté , et terminés par un bouton d’où pend un petit filament. La tige centrale de cette chaîne, noueuse comme un roseau, est creuse ; car en la comprimant on y voit cireuler un fluide.

« Le corps postérieur de la diphye nous à toujours paru un peu moins consistant que le précédent : son ouverture supérieure n’est à proprement parler qu’un canal profond , à bords ouverts, ou bien seulement unis dans un point du milieu, ce qui est le plus ordinaire. Lorsque celte partie est emboîtée dans l’autre, c’est par ce conduit que passe la chaine des suçoirs. Elle sort et rentre avec la plus grande facilité.

« La cavité inférieure a aussi cinq dents à son ouverture, et se termine également par un canal étroit qui va aboutir à l'extrémité. C’est même par là que s’opêre la principale jonction des deux corps. Toutes les cavités dont nous venons de parler, à exception de celle qui est en canal, sont quelquefois remplies d’une sanie blanchâtre , indice d’une sorte de digestion.

« La progression de ces animaux, surtout des jeunes, est excessivement rapide, quelquefois désespérante pour l'observateur, qui est obligé d’attendre qu’elle devienne moins vive pour mieux les étudier. Les deux parties peuvent y coopérer. Cependant l’antérieure est celle qui, le plus souvent, la détermine, en contractant sa cavité supérieure, qui chasse l’eau qu’elle contient ; lorsqu’elles sont décollées , elles ne peuvent plus se réunir, alors la portion antérieure conserve seule sa vivacité, et il arrive même que l’autre ne donne plus que des signes de vie éloignée. Lorsqu'on relire ces êtres de la mer , ils ressemblent à des morceaux de cristal taillé , mais leur limpidité s’altère promptement, quelque soin qu’on prenne de renouveler Peau. »

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Nous rencontrâmes très - communément celte diphye dans l'Océan Atlantique, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance , soit dans les mers des Moluques, soit dans l'Océan Indien, par 29° de latitude. et 92° de longitude orientale ; nous dessinâmes plusieurs individus le 20 décembre 1823, et nous croyons notre figure une des plus exactes que l’on ait données. Elle représente les deux portions ayant à leur milieu un diaphragme mince et vertical, qui sépare en deux loges leur cavité intérieure. Le cordon stomacal cirrhigère est d’un beau rouge, souvent pelotonné sur lui-même dans l’intérieur des cavités. Nous croyons qu’il porte à la fois les œufs et les sacs stomacaux avec lesquels l'animal suce , à la manière des vélelles et des physales, les proies vivantes. Les autres ouvertures qui aboutissent à des canaux évasés ou rétrécis sont destinées à recevoir l’eau , à devenir organes de mouvements et de respiration , et sur leur pourtour sont sans doute les branchies. Parfois enfin, nous avons vu des cavités ovalaires , à parois distinctes , remplies de bulles d’air, qui s’échappaient quand on irait l'animal de l’eau, et qui semblaient avoir pour but de le soutenir à la surface de la mer par les temps de calme.

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