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6° FAMILLE. LES PHYSALIES, PHysALIÆ.

La famille des physalies ou des cystisomes ne comprend à bien dire que le seul genre physalia (le genre alophota de Brandt ayant besoin d’être étudié de nouveau), et les espèces en sont connues des voyageurs des diverses nations sous les noms de galères, frégates, man-of-war, etc. ; et sous celui de moucieu par les Brésiliens, au dire de Pison.

Les caractères zcologiques de cette famille sont donc d’avoir des sacs proboscidiformes nombreux d’entre lesquels naissent un ou plusieurs tentacules rétractiles glanduleux et des tentacules pneumophores attachés à un plateau stomacal que surmonte une vésicule toujours ample , irrégulière , ovalaire-allongée , surmontée d’une sorte de crête cloisonnée et membraneuse.

GENRE. PHYSALIE où PHYSALE, PHYSsALIA.

Lamarck, Péron, G. Cuvier, Blainv., Eschsch. — Holothuria, L. — Arethusa, Browne. — Medusa, Gm.— Salacia, L.(1748) : Corpus ovato-oblongum, lenlacula per fasciculos disposita, Syst. nat., 6° édit. — Physalis, Osbeck. — Physophora, Modeer, — Thalia, Brug. — Cystisoma, Lesson , Dict. classiq., art. Physale.

Tube digestif large , enveloppé en dessous par un plan musculaire épais, recouvert en dessus par un rempli membraneux qui le sépare d’une vessie aérienne très -ample, allongée, amincie et pointue aux extrémités, dilatée au milieu sur les côtés, et atténué en dessus pour former une crête. Portion inlérieure du tube digestif couvert de suçoirs ou ventouses sacciformes, rétrécis au col, munis d’une bouche, dilatables , et communiquant avec le canal nourricier, parfois de faux tubes proboscidiformes. Celui-ci, attaché à un foie pyriforme ou aplati, allongé ou lobé, terminé en plusieurs ou en un seul tentacule musculeux , dilatable, couvert sur un côté, d’une rangée de glandes, épaisses sur leur rebord, sécrétant un fluide caustique; quatre tentacules simples, vibratiles , respiratoires ou trachéens.

Animal libre, irrégulier, membraneux dans la partie vésicu-

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leuse , contractile dans les sacs stomacaux et les tentacules préhenseurs ou respiratoires.

G. Cuvier fait un groupe particulier des physales dans ses acalèphes hydrostatiques; Lesueur les plaçait entre les physophores et les rhizophyses. Lamarck ne les séparait pas de ces genres, ni des vélelles dans ses radiaires anomales. Pour Latreille, elles étaient classées à la tête des hydrostatiques. Pour de Blainville, les physales sont de faux zoophytes physogrades. Eschschol{z les range dans la famille des physophoridées de son ordre des syphonophores. Brandt partage cette manière de voir. Pour nous les physalides forment une famille fort distincte de la précédente, et le genre qui la constitue à des caractères nets et fort éloignés de ceux des physophores.

Lamarck, en établissant le genre physalia sur de bons caractères (An. sans vert., HI, 89, nouv. éd.), l'avait défini ainsi : « Corps libre, gélatineux, membraneux, irrégulier, ovale, un peu comprimé sur les côtés, vésiculeux intérieurement, ayant une crête sur le dos, et des tentacules divers sous le ventre.

« Tentacules nombreux, inégaux et de diverses sortes: les uns filiformes, quelquefois très-longs ; les autres plus courts et plus épais.

« Bouche inférieure, subcentrale.

« Corpus liberum, gelatinosum , membranosum, irregulare, « ovatum, ad latera subcompressum, intus vesiculosum; dorso « subcristato ; ventre tentaculis variis instructo.

« Tentaculi numerosi, varii, inæquales; alii filiformes interdum « longissimi ; alii breviores et crassiores.

« Os inferum , subcentrale. »

Puis Lamarck ajoutait : «Cette radiaire mollasse, que les marins connaissent sous le nom de galère ou de frégate, est donc le type d’un genre particulier dont on connaît déjà plusieurs espèces bien distinctes.

« Sa forme irrégulière , sa crête dorsale, et les tentacules trèslongs et pendants qu’elle a sous le ventre, la distinguent éminemment des vélelles. Par cette même crête et par son intérieur vésiculeux , elle diffère de toutes les médusaires connues.

« La bouche des physalies est inférieure, sans être tout à fait centrale. Les tentacules qui lavoisinent ou lenvironnent, et qui, conséquemment , sont situés et pendants sous le ventre de l'animal, sont nombreux, très-inégaux et de diverses sortes.

« Les uns sont plus courts, plus épais, et paraissent terminés en sucoirs; les autres sont fort longs, filiformes , comme ponctués

par la’ diversité de leurs couleurs locales: car ils sont vivement colorés de différentes manières , et il y en à de rouges, de violets et d’un très-beau bleu.

« Leur crête dorsale est aussi très-vivement ct agréablement variée dans ses couleurs.

« Les physalies , ou galères animales , flottent ordinairement sur la mer dans les temps calmes et beaux, et ne s’enfoncent dans les eaux que lorsque le temps devient mauvais. Elles s’attachent alors aux corps marins qu’elles rencontrent, par ceux de leurs tentacules qui sont terminés en sucoirs ou en ventouses. |

«Si l’on marche dessus , lorsque cet animal est à terre, il se crève et rend un bruit semblable à celui d’une vessie de carpe que lon écrase avec le pied.

«Lorsqu'on touche ou que lon prend un de ces animaux avec la main, il répand une humeur si subtile, si pénétrante, et en même temps si vénéneuse ou si caustique, qu’elle cause aussitôt une chaleur extraordinaire, une démangeaison et même une douleur cuisante qui persiste assez longtemps. On assure que Papparition des physales vers les côtes est le présage d’une tempête prochaine. » Tels sont les caractères établis par Lamarck, et les idées qu'il s'était faites des physales.

G. Cuvier, dans la deuxième édition du Æégne animal (1. IE, p. 285), regardait ces acalèphes comme fort simples dans leur organisation, n’ayant ni systèmes nerveux et circulatoire, ni glandes, etc., et partait de cette manière de voir pour regarder les physales comme des zoophytes toutefois rudimentaires ; opinion fausse et qui ne peut être soutenue.

M. de Blainville, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, avait établi que les physales pourraient bien être des mollusques voisines des salpas: et en 1828, dans un Mémoire lu à l’Institut, et en 1854, dans son T'railé d Actinologie (p. 115), il n’hésite plus à regarder les acalèphes qui nous occupent comme devant appartenir aux mollusques gastéropodes qui nagent sur le dos à la manière des glaucus, des cavolinies, des éolides, des janthines. La crête des physales est, d’après la manière de voir de M. de Blainville, un pied renversé, les orifices de la vessie, une bouche et un anus, et les tentacules de diverses contextures des branchies. Enfin , il retrouve à la racine du sac proboscidiforme, dans deux orifices rapprochés, ouverts au côté gauche du corps, les organes de la génération. Des deux tuniques de la vésicule, Pune devient la peau, et Pautre est le sac stamacal. Enfin ce

savant retrouve dans une plaque, ce qu’il nomme foie , des vaisseaux et un organe moteur de circulation.

M. Dujardin, en rendant compte des opinions de M. de Blainville, dit qu’il est difficile d'admettre qu’un vrai estomac soit comme la vessie des physales, constamment et exclusivement rempli d'air. Mais ici M. Dujardin se méprend sur la forme des tuniques, car il y a séparation manifeste des deux cavités stomacale et aérifère. Au reste, l'opinion de M. de Blainville peut être attaquée par des objections sérieuses; et bien que son organisation soit très-complexe , nous ne pensons pas que ce soit autre chose qu’un acalèphe voisin des physophores, quoique créé sur le même plan, avec des appareils d’un autre ordre.

Eschscholtz (1829) donne au genre physalia les caractères suivants : « Corps nu, formé par une vessie oblongue remplie d’air, et portant en dessus une crête plissée également remplie d’air, et pourvu, à une extrémité seulement, de tentacules et de suçoirs nombreux et de diverses sortes, avec des vésicules oblongues remplies de liquide à la base des tentacules.

« Vesica aere impieta, oblonga, supra cristata; vesiculæ liquore «repletæ, elongatæ ad basim tentaculorum. (4c., p. 187 )'.»

À une des extrémités de la vessie, on remarque un prolongement également plein d’air, qui ne porte ni sucoirs, ni tentacules, et présente près du bout un petit creux qui s'ouvre pour laisser échapper Pair aussitôt qu’on comprime la vessie. L’extrémité opposée est au contraire garnie de suçoirs d’un seul côté, et présente aussi en dessus un autre creux qui paraît être une seconde ouverture de la vessie, laquelle se compose d’une double membrane.

Les organes de nutrition qui se trouvent en dessous de la vessie, sont des tentacules et des suçoirs (tubes suceurs). Les tentacules de diverses grandeurs sont isolés ou groupés plusieurs ensemble sur des pédoncules communs, mais toujours simples et formés d’un seul filament rond susceptible de se rouler en tire-bouchon , et portant dans toute sa longueur, sur un côté, une rangée de mamelons réniformes, et sur l’autre côté une membrane étroite. À la base de chaque tentacule est un réservoir de liquide, oblong et aminei en pointe, adhérent, dans presque toute sa longueur, à la base du tentacule. Les mamelons des

! En 1826, Eschscholtz a imprimé quelques considérations générales dans le tome TIT du Voyage autour du Monde de Kotzebue. Voyez aussi le Bulletin de Férussac, t. VIT (18926 ), p, 153, n° 120, et t, LIT, n°° 93 et 239.

tentacules paraissent être les organes sécréteurs du mucus dont le contact produit sur la peau de l’homme une sensation si vive de brülure.

Eschscholtz considère les réservoirs du liquide à la base des tentacules, comme ayant quelque analogie avec les appendices locomoteurs des holothuries et des astéries, qui remplissent leurs fonctions en se gonflant d’eau. Il n’admet point la bouche centrale admise par Lamarck sur la foi de ses devanciers, et conteste formellemant la signification des prétendus ganglions nerveux décrits par le docteur Blume (Zsis, 1819, p. 184), qui aura été trompé par Papparence des orifices fermés de la vessie. La supposition"de l'entrée et de la sortie de l’air dans la vessie, au gré de Panimal, lui paraît également peu probable".

En outre des tentacules et des suçoirs, on trouve aussi entre ces organes, à la face inférieure de la vessie, un ou plusieurs faisceaux de filaments courts que l’on peut prendre pour des corps producteurs. On y distingue plusieurs parties, savoir : un long filament fermé à l'extrémité, un appendice tubiforme ou

! Eschscholtz, sous ce rapport, nous paraît être dans l’erreur. En 1826, il avait d’autres idées ; ainsi il disait : « Les physalies, les porpites, les vélelles ne forment qu’un seul ordre, 1°. parce que ces animaux sont passifs sur la mer, où ils trouvent leur nourriture ; 2°. par l'identité de leurs organes principaux, de leurs estomacs et de leurs nombreux sucoirs ; 3°. parce qu’ils sont munis de bras particuliers pour saisir leur proie. Ils vivent dans toutes les mers , et ne paraissent pas dépasser le 40: degré de latitude. »

La vessie ovalaire des physalies constitue le corps et le tient flottant sur la surface de la mer par le moyen de l'air qui la remplit: elle peut être maintenue sur le dos par des muscles qui forment une sorte de crête qui permet à l'animal d’obéir aux efforts divers du vent qui le pousse. Au-dessous pendent de longs tentacules garnis de suçoirs réniformes, distillant un poison subtil qui engourdit les poissons qu'ils touchent et qu’ils enlacent par un mouvement de contraction en spirale, en élevant la proie jusqu'aux suçoirs qui s’y appliquent, et que M. Eschscholtz nomme vrais estomacs. Ces bouches sucent toutes les parties molles et solubles. Ges estomacs se remplissent de substance nutritive, se gonflent, se contractent, et ce qu’ils renferment brille à travers leurs parois comme des grains noirs. Les physalies, rassasiées, laissent passer paisiblement la proie qu’elles abandonnent à d’autres plus affamées qui les suivent. Parmi les bras, il y en a toujours un plus grand que les autres, surtout dans la physalia glauca. Les tubercules décrits par plusieurs auteurs sur la trompe de la vessie de la physalia glauca, très-commune au cap de Bonne-Espérance , ne sont autre chose, suivant lui, que des estomacs non développés, comme il crut s’en

. convaincre sur plusieurs individus qui avaient beaucoup mangé. Il trouva dans tous ces estomacs , et même dans les tubercules qui sont à la base des tentacules, une masse graisseuse rougeàtre. En pressant la vessie aérienne de la physalie, M. Eschscholtz s’aperçut que l'air s'échappait par une ouverture qu'il trouva arrondie.

en entonnoir, et une petite vésicule à leur base. Ces parties se détachent quand on touche lanimal, comme il arrive pour les corps reproducteurs des autres animaux inférieurs, de sorte que Eschscholtz se croit fondé à considérer le long filament comme le réservoir de liquide d’un tentacule non développé; l’appendice en entonnoir, comme un sucçoir, et la petite vésicule comme une vessie aérifère non encore remplie d’air, de sorte que ces trois parties constituent les organes essentiels au développement d’une jeune physalie.

En 1826, M. Eichwald avait une opinion bien autre que celle que nous venons de rapporter. Il considérait les physales, dans Particle analysé par G. Cuvier *, comme appartenant au dernier ordre des animaux rayonnés et comme très-voisines des infu— soires, y distinguant la vessie qui semble former le corps de Panimal, et les divers appendices qui adhèrent à cette vessie. Dans la vessie même il décrit la partie antérieure comme percée d’un orifice qui avait jusqu'alors échappé aux observateurs. C’est à la partie postérieure que sont attachés les tentacules; entre deux est une crête que l’auteur regarde comme les branchies ou l’organe respiratoire de l'animal; les appendices sont de deux sortes : les uns, qu’il nomme sucoirs, sont de petits tubes susceptibles de beaucoup d’allongement et de dilatation , et dont l’extrémité s'évase en un petit godet, au moyen duquel Panimal suce sa proie. C’est dans ces godets que suinte le suc corrosif dont il est pourvu. Les autres appendices sont de très-longs filets garnis de petits grains comme des chapelets, et qui, par la dilatation de ces grains, deviennent comme frangés. L'auteur les regarde comme les organes de la génération, et les nomme filets proliféres. La grande vessie en contient une intérieure, pius petite et beaucoup plus mince, qui n’y adhère qu’à Pendroit de Porifice dont nous avons déjà parlé. l'intervalle qui les sépare est plissé et celluleux; il communique avec l’intérieur des suçoirs et des cordons en chapelets; à la crête, la membrane extérieure de la vessie devient plus mince et est un peu grenue; son intérieur est divisé par des cloisons transversales en petites loges, au nombre de seize environ, alternativement plus larges et plus étroites. A sa surface on voit beaucoup Ge vaisseaux dont les plus grands répondent surtout aux petites cloisons transversales, et qui tirent leur origine de la vessie intérieure. Cette dernière a des

‘ Mém. Ac. de Pétersbourg, t. IX, et Rullétin de Férussac, t. VII, p. 152, n° 119.

PHYSALIES. 9931 vaisseaux plus nombreux dans sa partie postérieure, et l’on y voit une tache ronde, blanchâtre , grenue et comme poreuse, et que l’auteur suppose servir à faire passer l'air par les branchies, de la vessie extérieure dans l’intérieure , d’où il sort par le grand orifice. Il attribue à cette vessie intérieure les mêmes fonctions qu’à la vessie natatoire des poissons. Il décrit en détail les fibres musculaires des appendices, mais il s'attache surtout à prouver que les filaments en forme de chapelets sont de la même nature que les filaments frangés, et que c’est par un plus grand développement et une plus grande contraction qu’ils prennent cette dernière forme.

La physale, d’après M. Eichwald , a donc autant de bouches que de sucoirs, et de la base de ceux-ci partent les vaisseaux qui répandent la nourriture dans toutes les parties du corps. La vessie n’en est point l'estomac, mais seulement l’organe respiratoire. M. Eichwald compare les filaments en chapelets aux appendices générateurs des méduses, et croit même y avoir aperçu des espèces d’ovules. Selon lui, la propagation se fait par la rupture de ces filaments, dont les fragments servent pendant quelque temps aux petits qui y sont adhérents, comme d’une espèce de cordon ombilical. Il a trouvé, en effet, de petits individus qui, au milieu de leurs filaments , en avaient un tellement supérieur aux autres pour la grosseur et pour la longueur, qu’il croit devoir le regarder comme une portion de celui de leur mère.

En 1837, Georges Bennett !, allant à Sydney, se livra à examen de physales. Son Mémoire, sans offrir rien de neuf, a cependant quelques détails de mœurs qu’il est bon de conserver, et est relatif surtout à lemploi que fait l'animal de ses tentacules. Il dit à ce sujet :

«Les plus longs de ces appendices servent à la physale à saisir sa proie, et sont disposés de manière à pouvoir se pelotonner à environ un demi-pouce de la vessie natatoire, puis peuvent être lancés avec une étonnante rapidité, par le zoophyte, à la distance de 18 ou 20 pieds, enlacant et paralysant, au moyen d’une sécrétion acide, les petits poissons qui se trouvent à cette grande distance. Cette sécrétion paraît, en effet, brüler comme celle de l’ortie, d’où vient le nom d’ortie de mer, donné souvent à ces animaux. La proie ainsi enlacée dans les tentacules, est rapidement entraînée vers les courts appendices ou tubes qui

! Proceed. of 3001. Soc., 1837, 43; Bibliothèque univ. de Genève , 3° année, juillet 1838.

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sont garnis de bouches propres à la recevoir. Ces tubes paraissent former lestomac de lanimal; car, après la dissection la plus soignée, M. Bennett ne put découvrir aucun organe propre à servir de réceptacle commun pour la nourriture. Il ne put également retrouver aucune communication entre ces tubes et la vessie natatoire, à la partie inférieure de laquelle ils sont attachés au moyen d’un #0 ligament musculaire.

« Après avoir examiné ur nombre très-considérable d'individus, M. Bennett n’a pu parvenir à découvrir l’orifice que l’on annonce généralement comme existant à extrémité amincie de la vessie, et il ne put jamais réussir à en faire sortir par la pression aucune portion d’air, à moins qu’une piqûre n’eût été préalablement pratiquée. Cet organe est composé de deax membranes : lextérieure est dense et musculaire, et se sépare aisément de la membrane interne qui a une ie cellulaire.

« L'émission partielle de Pair de la vessie ne paraît en aucune manière diminuer la faculté de voguer de la physale, ou l’incommoder d’aucune façon ; lors même que la vessie était entièrement vide, elle flottait encore à la surface de l’eau; mais lorsqu’on la séparait entièrement du corps de l’animal, la masse des tentacules tombait au fond du vase; et quoique DA vitalité continuât , tout pouvoir d'action était entièrement détruit, »

Enfin, en 1859, M. Jonathan Coucn imprima ! quelques aperçus sur la structure et les habitudes des animaux qui nous occupent, et plus particulièrement sur l'espèce que les Portugais nomment caravelle, et les Anglais man-of-war, vaisseau de guerre. Nous n’y avons rien trouvé qui n’ait déjà été dit ailleurs.

Brandt? fait des physalidæ une sous-famille qu’il caractérise ainsi: /’esica simplexæ, cui corporis organ«a nutritoria el propagationi destinata adneæa; tentaeula simplicia. Il y réunit le genre discolabe d'Eschscholtz’, et au genre physalia de Lamarck, il donne pour caractères : Vesica aerifera inferne tentaculis majoribus et minoribus, nec non tubulis suctoriis ovariisque munila. Puis il subdivise encore en deux sous-genres : 4°. les SALACIA (Brandt), vesica aerophora supra crista concamerata instracta, disco haud suffulia, et ®, les ALoPHoTA * (Brandt );

! Loudon’s Mag., t. IE, p. 556 ( 1839).

? Prodromus, p. 36.

# Salacia, nom donné par Linnée au genre physale dans une édition du Systema natu:cæ de Lyon.

4 Aloworos, qui n’a pas de crête.

vesica aerophora crista destituta, disca imposita, cui tubuli suctorii et tentacula inserla. Brandt ajoute que son sous-genre alophote pourra bien devenir le type d’un genre établissant le passage des discolabes aux physales.

Enfin, qu'il nous soit permis de rappeler les observations originales écrites en mer, que nous avons insérées dans la partie zoologique du Voyage de la Coquille", et dont Pantériorité sur certains écrits n’est pas douteuse.

La physale consiste en un plateau charnu, épais au centre, perforé, ayant un tube digestif disposé en canal, et garni en dessous de trois sortes de tentacules; les premiers courts, museuleux, dilatables, sacciformes, munis d’une bouche à leur sommet, et destinés à absorber et sucer la proie dont se nourrit le zoophyte; les deuxièmes ?, très-longs et très-contractiles, tubuleux, munis sur le côté de glandes hexagonales, ouvertes au milieu, suintant un liquide êcre, corrosif, destiné à stupéfier les êtres que les bouches stomacales doivent déverer; les troisièmes *, formés de disques minces, vibrants, ont l’aspect des branchies des salpas. Au-dessus du corps réel s'élève une large vessie composée de deux tuniques, de forme cylindrique, atténuée aux deux extrémités, munie d’une ouverture que ferme une soupape à l'extrémité antérieure, Une crête plissée occupe la face supérieure de la partie dilatable et vésiculeuse.

Les physalies nous paraissent être de vrais zoophytes. On ne leur a point encore trouvé une organisation assez complexe pour les élever au rang des mollusques *.

En se rappelant la ligne horizontale de l'eau , et par conséquent la vie essentiellement marine que recurent en partage les physalies, on ne peut se refuser à admettre que ces animaux ne soient des êtres renversés. Ainsi, la crête peut être prise pour le pied, la partie vésiculeuse pour le prolongement du pied ; le plateau qui porte les tentacules est le corps réel, les gros tentacules sont les bras, et les quatre vibratiles sont les branchies qui enveloppent le prolongement ovale de la cavité digestive.

! Lesson, Considérat. sur la grande physale, Bullet. de Férussac,t. XE, p. 163, n° 110 (1827 }), et Zool. de la Cog., acalèphes, t. IE, p. 17 (1829).

? Tentacules préhenseurs,

* Branchies.

# Quant à l’antériorité des idées émises dans ce chapitre, nous rappellerons que Îes notes manuscrites rédigées le 19 septembre 1822, en mer, communiquées , avec tous nos dessins, à l’Intitut en 1825, ont été insérées en partie dans le tome XT, année 1827, p. 163, n° 110 du Bulletin des Sciences naturelles de M. de Férussac.

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Le corps est donc placé entre la partie vésiculeuse qui le surmonte, et le faisceau des tentacules de diverses sortes qui en couvrent la surface inférieure. Sa forme est irrégulière, sa consistance dense et cartilagineuse, solide : il semble composé de quatre gros tubercules inégalement renflés, charnus, et donne en dessous immédiatement attache aux tentacules stomacaux. En dessus s’étend la vessie, qui semble, au premier coup d'œil, constituer la plus grande partie de l’animal. Cette vessie est de forme allongée, variable, dilatée au centre, se terminant en avant par un cône obtus, finissant en arrière par un cône fréquemment mamelonné. Sa capacité, au reste, varie singulièrement suivant la quantité d’air qui en distend les parois, et de là viennent ces boursouflures inégales qui donnent à ces êtres une si grande variabilité dans les formes, et ce qui fait que presque toutes les figures qu’on en a données sont si différentes et si exagérées pour la plupart. L’extrémité antérieure, qui s’allonge en une sorte de rostre cylindrique, est percée à sa partie terminale par un trou que ferme solidement une soupape oblique. Par cette ouverture parfaitement circulaire s'échappe Pair qui distendait la vessie, et par suite l’animal peut, en diminuant la résistance que cette vessie opposait à sa pesanteur spécifique, descendre au fond de Peau. Il est très-aisé de démontrer la présence de cette ouverture en pressant une vessie gonflée de physalie, et en mettant ia main devant, au bas de lPextrémité antérieure : l'air qui est pressé se fait jour en forçant la soupape oblique membraneuse qui en fermait l'issue , et la colonne d’air, en sortant, dévie de la ligne droite en se brisant à angle aigu. Enfin, le plus souvent, le côté droit est plus renflé que le gauche, et cela tient à ce que ce dernier, soudé à la partie cartilagineuse du corps, n’est plus susceptible de dilatation.

Les proportions de cette vessie varient suivant les espèces ; mais chez toutes elles restent uniformément les mêmes. Sa surface la plus externe est une tunique membraneuse, brillante, de nature satinée, m’offrant pas ia moindre trace de vaisseaux, mais parcourue par des sortes de brides musculaires disposées en cercles, et au point d'attache de la base de la vessie avec le corps, on remarque des paquets solides de fibres concentriques qui semblent avoir pour but d'augmenter la solidité de leurs moyens de jonction. Sur le devant du corps s'ouvrent deux orifices principaux où viennent aboutir les matières absorbées par les tubes buccaux , ouvertures où commence un réservoir général, cloisonné, remontant sur la ligne moyenne de la

PHYSALIES. oi vessie, et sur la partie supérieure, à Pendroit même où naît la crête. Nous avons souvent trouvé ce canal rempli d’un chyme abondant, coloré en rouge lie de vin, de consistance de bouillie, et nous pensons qu’il se termine un peu au-dessus et au devant du trou de l’extrémité antérieure; du moins nous ne avons pas suivi au delà. Les parois internes de cette vessie sont formées par une membrane mince, très-transparente, striée, de nature séreuse, dont la surface forme un sac sans ouverture, adapté aux anfractuosités des cellules de la crête, cellules qu’elle tapisse par des duplicatures. Cette membrane se rétrécit pour s'adapter au tube de l'extrémité antérieure, et se soude aux rebords de l'ouverture dont nous avons parlé. Cette membrane interne se sépare très-aisément de celle qui forme la tunique extérieure et qui est fibreuse; elle paraît avoir pour principale fonction de former un sac que Pair remplit et qui protége le système digestif. Or, ce système digestif ne peut pas exister sans des bouches, des conduits et une ouverture de déjection.

La partie qu’on nomme crête ou voile surmonte donc la vessie dilatable et constitue une portion accessoire, épaisse à la base, mince au sommet, et taillée en carène, qui s'élève sur la partie supérieure de la vessie. Les deux extrémités de celle-ci offrent à peine douze à dix-huit lignes de son cylindre qui soient libres. Cette voile, crête, pied, ainsi qu’on voudra nommer cette portion accessoire et terminale de l’ensemble vésicüulaire, à jusqu’à un pouce de largeur à son insertion, et s’amineit successivement pour former à son bord terminal un biseau mince et arrondi. Cette crête est divisée dans sa partie interne en dix cloisons ou cellules, subdivisées elles-mêmes, et chacune en deux loges, chaque loge en deux cavités, chaque cavité en deux méats trèspetits. Les parois de séparation entre toutes ces loges forment à l’extérieur des sortes de rainures, ou des lignes roses, puis fréquemment colorées en violâtre foncé. Ces piliers semblent être des muscles droits très-contractiles, et qui distendent les parois minces et diaphanes des cavités , lorsqu'elles se remplissent d’air, et les compriment lorsqu'il s’agit d’expulser les gaz et de les vider. L'intérieur de toutes ces cellules est tapissé par des replis de la membrane interne ou séreuse qui double en entier le dedans de la vessie. Le sommet de la crête est arrondi, ainsi que

! Cette membrane a pour fonctions de clore la cavité aérienne, et de séparer V’air extérieur des tubes digestifs qu'elle protége en les enveloppant de ses replis,

542 . ACALÉPHES, nous lavons dit ; mais il est remarquable par sa bordure de bouillonnément colorié très-vivement d’une sorte d’écume toute brillante, car nous ne savons comment nommer cette manière d’être des cellules aériennes qui paraissait se diviser à l'infini et offrir la particularité dont nous parlons.

Sous le plateau charnu qui constitue lé corps, naissent en groupes ou en faisceaux les trois sortes d'organes qui servent à là trituration des aliments, aux moyens de saisir la proie, et trèsprobablement à la respiration.

Les tubes stomacaux ou bouches nourricières sont renflés à leur base , rétrécis au sommet, sacciformes, dilatables, de longueur variable, ouverts à leur sommet, et munis d’une bouche propre à opérer une succion rapide. Ces tubes sont évidemment musculeux, formés de fibres concentriques, disposés de manière à rejeter dans lé canal central alimentaire le résultat de leur irituration première et de leur première élaboration. Rétrécis dans leur état de vacuité, ils sont susceptibles de se renfler considérablement.

Un nombre très-variable dé chapelets branchiauxse prolongent sous forme de filaments ténus et déliés du milieu des tentacules buccaux. Ces chapelets ne sont pas, ainsi qu’on les représente, des grains enfilés ; ils sont généralement droits, délicats, trèsfragiles, composés d’un fil capillacé, supportant les cils ou rondelles, qui sont minces, très-mobiles et empilés sur l’axe central, comme le seraient les plaques d’une pile voltaïique, en supposant qu’au milieu des rondelles passât un fil de fer qui les réunirait toutes. Ces disques très-minces sont très-irritables, sans cesse en mouvement. il nous répugne de les regarder comme des ovaires ou des grappes reproductrices. Il nous paraît plus naturel de les considérer comme analogues aux rayonsbranchiaux de certains mollusques, ou comme jouant le rôle des cils vibratoires de certains zoophytes, de ceux notamment de la famille des béroïdes. IL est très-probable que la fonction de cette sorte de pile pulmonaire est de décomposer l’eau, pour fournir à Panimal l’air nécessaire à l’excitabilité des tissus, et par suite à l'entretien de la vie. Est-ce cet air respirable qui gonfle la vessie ? Est-ce cet air qui, pressant Peau contenue souvent dans cette vessie lorsque l’animal veut abandonner la surface de la mer, la chasse par l'ouverture terminale d’où la soupape de sûreté éloigne tout corps étranger ? ou bien l’eau, que fréquemment nous avons vu remplir les deux tiers de la vessie, ne s’était-elle introduite dans son intérieur que par suite de fatigue musculaire, de

| PHYSALIES. 543 malaise ou d'inertie dans les soupapes? car les individus qui nous présentèrent uniformément cette particularité, étaient soumis depuis quelques jours à la captivité dans des vases pleins d’eau de mer, renouvelée, il est vrai, mais non dans les proportions convenables à léur existence, car ils ne tardèrent pas à mourir. Peut-être enfin cette eau, qui filtre dans la vessie, devient-elle un lest nécéssaire pour que la physale puisse vaincre la résistance qu’oppose au liquide qui la supporte sa pesanteur spécifique.

IL serait très-intéressant d'analyser chimiquement l’air contenu dans la vessie, ét renfermé dans la membrane séreuse qui lui forme une enveloppe imperméable. Est-ce de l'oxygène? A ces questions, aujourd’hui sans solution, nous ajouterons que cet air, quelle que soit sa nature , s’introduit dans les cellules de la crête, les gonfle et leur donne cette apparence de voile si remarquable, et qui a attiré l’attention dé tous les navigateurs : crête qu’ils supposent avoir été donnée à la physale comme une voile de vaisseau, pour s'étendre au vent ét permettre à l’animal d'évoluer à la manière des navires. Il est bien certain que cette crête à pour principal but d'accroître la légèreté de l’animal qu’elle surmonte, lorsque la mer est un peu houleuse, et que sans cela arriveraient de nombreux chavirements, et par suite interruption de fonctions. Il est certain aussi que, par les beaux jours de calme des tropiques, cette crête, donnant prise aux vents alizés , il doit en résulter accélération de progression lorsque les physalies, uniés en troupes, s’abandonnent aux émigrations de parages, qui paraissent toutefois n’avoir lieu que sous des latitudes données et circonscrités, et sous l’influence de certains courants.

Il nous reste à parier des moyens de défense ou d'industrie qui furent donnés aux physales pour protéger ou entretenir leur existence. Sous la portion moyenne du corps, et entouré de sucoirs, est placé un organe pyriforme assez consistant , c’est-àdire dilaté à son attache, puis rétréci à son extrémité, le plus souvent coloré en bleu vert , et qui pourrait bien être l’analogue du foie. Cet organe, de nature glanduleuse apparente, sécrète une matière très-âcre , très-fugace et très-vénéneuse, qui s'écoule dans de longs canaux rubanés, minces, très-contractiles , canaux multipliés jusqu’à vingt dans la grande physale, tandis que toutes les autres espèces n’en ont qu’un seul, ample, et proportionnellement plus gros dans les petites physalies. Ce réservoir de fluide hépatique se trouve donc bordé à sa portion interne, puis terminé par un tube qui atteint depuis dix jusqu’à trente pieds

dans les grandes espèces. Ces tubes, formés de doubles membranes musculeuses, éminemment contractiles, sont aussi composés d’anneaux dont les fibres sont circulaires. Mais sur une ligne, et distantes, s'ouvrent des centaines de bouches arrondies, fermées par un froncement relevé de leur bordure ou par une sorte de sphincter épaissi; or, de ces bouches suinte, lorsque le tentacule vient embrasser un corps quelconque, le liquide vénéneux dont nous avons parlé. Ces bouches vont jusqu’à l’extrémité ténue du tentacule, et à leur épaisseur elles ressemblent aux glandes des végétaux rosacés, chargées d'élaborer la matière que les glandes de leurs rebords fournissent, et qui devient définitivement vénéneuse en sortant des mailles de leur tissu.

Certes, le système nerveux des physales, encore inconnu, doit avoir une action bien énergique; car, au moïndre contact, au moindre choc, les tentacules musculaires se contractent, et tels d’entre ceux qui flottaient sur la surface de la mer, ou à quelques pieds de profondeur sous l’eau, frappent instantanément de stupeur la proie qui va donner dans leurs réseaux dangereux , et l’enveloppent de plis en se contractant au point de n’avoir plus que quelques pouces, lorsque, distendus, leurs dimensions sont de quinze à vingt pieds.

Ce liquide si corrosif est coloré en bleu, sa consistance est légèrement sirupeuse; il se dissout instantanément dans Peau ou l'alcool, et les tentacules d’une physale qui mourut dans un bocal de 6 litres rempli d’eau de mer où nous la tenions en captivité, suflirent pour colorer toute cette masse d’eau, dans l'intervalle d’une nuit, en beau bleu azur, et sans laisser paraître les plus légers vestiges de trame organisée. Lorsque ce liquide est appliqué sur quelque endroit du corps humain que ce soit, il agit avec d'autant plus de violence que les parties sont plus délicates; il occasionne aussitôt le sentiment le plus vif d’une urtication intense, durable seulement quelques jours, si le contact a élé de peu de durée et si la peau a recu peu de matière corrosive, mais suivi d’inflammation érysipélateuse, avec fièvre, syncope, puis délire, si le contact a été prolongé. Malgré nos précautions, nous touchâmes légèrement des tentacules (et il faut avouer que ces filaments semblent s’entortiller et se cramponner avec avidité aux corps qu’ils approchent ), et nous éprouvâmes des douleurs atroces. Un officier de la corvette la Coquille, M. de Blois de la Calande , eut des accidents assez formidables après avoir saisi une physale. Le remède le plus actif

employer aussitôt l’urtication nous a paru être ammeniaque,

liquide, un peu étendu d’eau, ou une solution d’acétate de plomb. |

«La vessie de mer, dit le P. Feuillée, cité par Chavanlion { Voyage à la Martinique, in-4°, p. 107, 1763), m’occasionna, en la touchant, des douleurs si vives, que j’en eus des convulsions par tout le corps. » |

ire TRIBU. CYSTISOMES, Cystisome.

Tentacules hépatiques, préhenseurs, à glandes vénénifères, nombreux; quatre tentacules trachéens, sacs stomacaux multipliés, tous nourriciers ; pas de sacs probosciformes inertes ; prolongement hépatique disciforme et court.

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