L'APOLÉMIE PROLIFÈRE, APOLEMIA PROLIFERA
Stephanomia prolifera, Milne Edwards, Institut, 16 août 1841, et Ann. Sc. nal., t. XVI (1841), p. 226, pl. 9 et 10.—Sftephanomia serpens, Delle Chiaie, Mem., IV, pl. 50.
Trompes sans folioles et sans tentacules à la base des trompes proboscidiformes ; sacs pyriformes trés-allongés ; coloration et forme assez semblables à la précédente.
Habite la Méditerranée, le golfe de Nice.
Comme pour la précédente, nous reproduirons le Mémoire de l’auteur qui a si bien fait connaître ce zoophyte , et par deux dessins et par des détails observés avec sagacité. Ainsi s'exprime M. Milne Edwards :
« C’est également dans la baie de Nice que j'ai rencontré cette seconde espèce de stéphanomie, à laquelle je donnerai le nom de sfephanomia prolifera, mais je ne l’ai trouvée que mutilée. Elle se distingue de l’espèce précédente par l’absence de folioles et de filaments tentaculaires à la base des trompes et par la longueur considérable des sacs pyriformes (pl. 10, fig. 1). Je crois devoir y rapporter une portion de tige qui m’a montré un appareil hydrostatique , et quelques organes natateurs semblables à ceux de l'extrémité supérieure de la série Chez la stéphanomie contournée ; mais je ne puis en donner une description complète, et je n’en aurais même pas fait mention, si les fragments que j'ai examinés ne m’avaient offert quelques particularités dignes d'intérêt. <
« La portion supérieure de cette stéphanomie vivait trés-bien quand je l’ai étudiée; en examinant au microscope ses diverses parties, je me suis assuré d’abord que le liquide contenu dans le tube médian de la tige et dans l’étui de l’appareil hydrostatique passe facilement dans les
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branches latérales qui se rendent aux organes proboscidiformes et aux appendices à vésicules. Puis j’ai vu que les sacs (pl. 10, fig. 5), fixés sur ces appendices, sont également remplis d’un liquide et sont le siége d’un mouvement vibratile trèés-énergique, déterminé par des cils dont le sommet de leur cavité est garni. Or, en rapprochant ces faits de ceux que j'avais probablement constatés chez les béroés, je suis porté à en conclure que, chez les stéphanomies , les sacs pyriformes sont des organes d’impulsion pour le fluide nourricier, et peuvent par conséquent être comparés, jusqu’à un certain point, à des cœurs.
« Les vésicules en grappes, qui naissent sur les mêmes appendices que ces sacs, étaient très-volumineuses, et présentaient entre elles des différences trés-grandes. Les unes (pl. 10, fig. 6 et 7), transparentes et circulaires, ressemblaient à ceux dont j'ai déjà parlé en décrivant la stéphanomie contournée, mais étaient évidemment plus développées, et ressemblaient encore davantage aux organes natateurs de l’extrémité supérieure de la tige; on y distinguait un étui assez consistant en forme d’ampoule , un sac intérieur ouvert à son sommet, et un pédoncule filiforme disposé à peu près comme dans les organes natateurs. Les autres vésicules (pl. 10, fig. 8) étaient plus grandes, de forme ovalaire et de couleur blanc de lait, avec une bande longitudinale jaune orangé ; on y distinguait deux tuniques membraneuses et un corps intérieur offrant beaucoup de ressemblance avec les vésicules naviculaires des filaments tentaculaires de la stéphanomie tortillée : c'était à la présence de ces corps qu'était due la bande colorée dont il vient d’être question, et l’intérieur de la tunique interne était occupé par une matiére lactée; celle-ci s’échappait facilement sous l'influence d’une légère pression, et se montrait alors composée d’une multitude innombrable de corpuscules blancs animés d’un mouvement très-vif. A l’aide d’un microscope puissant, ces corpuscules (pl. 16, fig. 9) m’ont paru être pyriformes et se terminer par une queue extrêmement grêle ; leurs mouvements étaient aussi tout à fait semblables à ceux des animalcules spermatiques, et il m'était impossible de les considérer autrement que comme de véritables zoospermes.
« Les capsules ovoiïdes, groupées prés des sacs pyriformes, sont donc des testicules, et ces singuliers animaux sont par conséquent pourvus d'organes mâles.
« La plupart des auteurs considèrent comme étant des ovaires toutes les vésicules plus ou moins semblables aux sacs pyriformes dont il à été question il y a quelques instants ; mais cette opinion ne repose sur aucune observation directe, et ne s'accorde nullement avec les faits. que j’ai constatés relativement à la structure et aux usages de ces parties. Il me fallait donc chercher les ovaires, et je crois les avoir trouvés dans l’intérieur des trompes; effectivement les côtes granuleuses et colorées qui se voient dans cette partie (pl. 10, fig. #) étaient comme farcies d’une multitude de corpuscules sphériques de diverses gran-
deurs et offrant tout à fait l'aspect d’ovules. II me semble donc bien probable que ces replis sont les ovaires, et il est à remarquer que leur position, aussi bien que leur structure , rappelle tout à fait ce qui se voit chez tous les polypes de la classe des zoanthaires et de celle des alcyoniens.
« En m'appuyant sur ces observations, je me vois conduit à admettre que les stéphanomies sont pourvus d'organes sexuels distincts, et que les parties mâles sont portées sur les organes proboscidifères. Ces acaléphes seraient donc hermaphrodites, si l’on considère les divers appendices dont il vient d’être question comme appartenant à un seul individu ; mais les auteurs ne sont pas d’accord sur ce point, et quelques zoologistes pensent que ces corps résultent de l’assemblage d’un grand nombre d'individus, réunis à la manière des polypes, sur une tige comune, et, si l’on parvenait à démontrer l’exactitude de cette hypothèse, on verrait peut-être que les deux ordres d’appendices, dont j'ai parlé plus haut, sont constitués par des individus des deux sexes. Le mode de développement de ces parties, la facilité avec laquelle elles se séparent de la masse commune, la ressemblance qui existe entre les vésicules sphériques des appendices mâles et les organes natateurs de la tige commune, sont des faits qui pourraient être cités à l'appui de cette dernière manière de voir, et la disposition de l’appareil natateur commun à tout l’agrégat, ne fournirait pas un argument solide en faveur de l'opinion contraire, puisque, dans la classe des polypes, on connaît aussi des animaux agrégés (les pennatules) qui naissent sur une tige terminée par un instrument, n’appartenant en propre à aucun des individus ainsi réunis ; mais dans l’état actuel de la science, il ne me paraît pas possible de trancher ces questions. Les discuter ici serait donc prématuré, et j'espère pouvoir y revenir dans une autre occasion. Quoi qu’il en soit, nous voyons que les stéphanomies n’offrent, dans leur mode d’organisation, aucune analogie directe avec les mollusques, et, bien qu’elles n’aient presque rien de rayonné dans leur conformation, c’est avec les zoophytes qu’elles me semblent avoir le plus d’affinité, et, par conséquent, je ne crois pas devoir adopter, à l'égard de la classification de ces êtres singuliers, les innovalions proposées dans ces dernières années par mon savant collègue, M. de Blainville. »
Je ne puis me dispenser de reconnaitre une apolémie dans le z00phyte que M. Delle Chiaie a fort mal dessiné pl. 50, fig. 7 à 10 de ses Mémoires, et décrit de manière à le rendre méconnaissable : voici ce que l’auteur italien a imprimé sur sa stéphanomie serpent.
« N'ayant pas vu les figures qui représentent la s{éphanomie amphytrile et la sléphanomie raisin, je mets de côté tout ce qui a trait à la ressemblance ou à la différence de ces espèces avec la nôtre. C’est avec raison toutefois que celle-ci est appelée serpent par quelques marins, et guirlande de mer par quelques autres; il me semble même que ces
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deux dénominations réunies, lui conviennent également. En effet, elle a un axe central jaunâtre, arrondi en spirale, qui s’étend de la tête à la queue et qui s’allonge ou se raccourcit suivant les mouvements de l’animal entier. Au commencement de cet axe, adhèrent des ventouses semi-lunaires, imbriquées les unes sur les autres, munies chacune au sommet d’une ouverture circulaire, et ayant à l’extrémité opposée un pédicelle attaché autour de l’axe central. Cette disposition de ventouses à écailles occupe le vingtième de la longueur totale du zoophyte vivant et est de forme elliptique.
« Le reste de l’axe central est en spirale, et de son cireuit, dans lequel il s’élargit un peu, partent les plus grands pédicelles, placés à l'arc, et présentant de plus, à la convexité de ceux-ci, d’autres petits pédicelles auxquels adhérent une ventouse acinaciforme et un polype muni d’une bouche placée au sommet du canal des aliments, qui se dilate toujours jusqu’à la partie adhérente à la tige, où elle montre un globule violacé, d’où se continue l'intestin, terminé à l’anus olivaire, qui est couvert d’une substance granuleuse , orangée, dont la couleur teint d’une maniére indélébile le papier qui en est taché. D’un côté de ce zoophyte pend la grappe d’œufs ovaies jaunâtres , et de l’autre part s’allonge une frange spirale, pectinée d’un seul côté, et qui en forme peut-être les branchies.
« Toutes les parties que je viens de décrire, et qui sont couvertes de poils excessivement ténus, constituent l’ensemble, le noyau de chacun des innombrables êtres vivants qui entourent l’axe central, et peuplent avec une admirable symétrie la surface de cet acalèphe, depuis la tête jusqu’à l’extrémité du corps, qui est arrondi et finit en s’amincissant. Je dois faire remarquer que toutes ces parties ne sont point visibles à l'œil nu. C’est au printemps, le matin, et par un ciel serein, que cette stéphanomie se montre dans la rivière de Chiaia, et nage à fleur d’eau avec le mouvement ondulatoire du serpent. À peine l’a-t-on prise dans la main qu’elle perd ses formes et se résout en une matière gluante et visqueuse. »
D’après cette description, on peut se demander: Qu'est-ce que la stéphanomie serpent? Toutefois, la plupart des traits appartiennent aux animaux du genre apolemia.
4, L'APOLÉMIE DE QUOY , APOLEMIA QUOYII, Stephanomia cirrosa, Quoy et Gaim., 4strol. , pl. 2, fig. 22-95.
Celte espèce mutilée n’est connue que par la figure gravée et la description de MM. Quoy et Gaimard. Hs s'expriment ainsi à son sujet :
«Ici, c’est un axe que nous avons étudié encore vivant, non loin duquel nous primes en même temps des ampoules que nous croyons lui appartenir, sans positivement l’assarer ; aussi n’attachons-nous que fort peu d'importance à ces observations, que nous nous bornons à in-
diquér pour mettre les Voyageurs naturalistes sur la voie de les compléter un jour.
« La tige de cette stéphanomie différe de célles que nous avons décrites jusqu'ici par de longs suçoirs, évasés en trompette, étranglés dans leur milieu, qui est garni de franges et de vrilles rouges. Indépendamment de ceux-ci à forme compliquée, il en existe de simples, courts, en ampoule. Des vrilles blanches, des ovaires, sont placés le long de la tige, d’une manière que nous n’avons peut-être pas assez bien précisée.
« Les appendices Jlocomoteurs, indiqués plus haut, sont aplatis, triangulaires, plus ou moins pointus. C’est du côté de Ieur base, fort élargie, qu'est l’ouverture , asséz étroite, donnant dans une cavité médiocre, surbaïssée , étendué transversalement. Elle habite la Méditerranée , et une de ses ampoules à été trouvée prés du cap Vert.
11e GENRE? APOLÉMIOPSIS , AroLEMIOPSIS, Brandt, Prod., p. 55.
Tige filiforme , grêle , allongée, garnie de deux rangées d’ampoules natatrices petites, ayant des tentacules simples et quatre rangées de petites éminences, avec des sacs stomacaux à leur base.
« Canalis reproductorius filiformis, tenuis, slonbatnss cui « vesiculæ parvæ, biseriatæ, porro tentacula simplicia verrucis « parvis quadriseriatis obsessa; nec non tubuli nutritorii adnexa, «et ut e figura apparet, partes cartilagineæ fere semilunares «adhæ&rent (Brandt). »
L'APOLÉMIOPSIS DOUTEUSE, APOLEMIOPSIS DUBIA , Brandt, Prod., 35.
Cet acalèphe, fort obscur et si imparfaitement connu, a été pris proche l'archipel des îles Carolines, par 8 degrés de latit, et 216 degrés de longitude occidentale.