LE BÉROË DE FORSKAHL, BEROE FORSKAUNLII
Milne Edwards, Ann. sc. nal., 2° série, t. XVI, p. 207. — Beroe rufescens, Forskabl, Ac., p.111. — Idya forskahlii, Less., Ann. sc. nat., t. V, p. 258. — Beroe Chiajii, Ibid.— Beroe ovatus, corpore cylindrico elongato, coslis octo, parallelis, denticulato-ciliatis, Delle Chiaie, Mém., t. TE, p. 58, pl. 32, fig. 21. — G.. Guvier, Règ. anim., pl. 56, 161° liv. (figure de Milne Edwards ).'
Corps cylindrique, allongé-obiong, garni de huit rangées de cils irisés , blanc rosé, avec des canaux rouges dans l’intérieur et des taches rousses à Ja surface.
Habite le golfe de Naples, la Méditerranée ; Forskahl dit qu'il est nommé conconbre de mer par les marins provençaux.
M. Delle Chiaie à publié sur ce béroé les détails qui suivent :
« Le béroë ovale est garni, sur toute sa surface, de huit côtes ciliées dont quatre sont latérales, deux supérieures et deux inférieures : elles naissent symétriquement du bord de la bouche qui est saillant, et
finissent dans les cavités des lobes de l’anus. Chaque côte se compose d’une bande de fibres longitudinales, où sont implantées , à l’aide de petits muscles orbiculaires , des dents crochues , placées à des distances égales et ayant un mouvement vermiculaire assez rapide. Les fibres ne servent pas seulement à soutenir ces dents, elles sont encore destinées à régler les mouvements de contraction ou de relâchement du corps entier , pour lui faire affecter la forme ovale, ou circulaire, ou allongée, etc. ; enfin ce sont elles qui, rompues en partie ou détruites par accident quelconque, se divisent en petites bandes musculaires , et restent ensuite adhérentes et suspendues au reste du corps.
« Ce zoophyte a de plus deux canaux sanguins ramifiés de part et d'autre, qui se dirigent parallélement de l'anus vers la bouche, prés de laquelle existe une ouverture dans son périmètre qui est garni d’autres pelites ramifications vasculaires. Cette ouverture semble analogue à celle du conduit de l’ovaire de quelques holothuries. La substance du corps est gélatineuse; sa couleur est d’un rose pâle, mais parsemé de petites taches rousses assez nombreuses pour que le corps paraisse entiérement ponctué. Les côtes sont bleues et les cils présentent par parties interrompues toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Les marins qui pêchèrent ce béroé au mois d’août à Ischia, m’affirmérent qu’il leur avait présenté (comme à moi les seules eôtes et les cils ), la phosphorescence la plus belle et la plus variée ; ils l’appelaient pour cela Ruommo fanhale ou fuocheggiante; et ajoutaient que plus ses mouvements étaient irréguliers et rapides, plus le phénomène était indéfinissable et varié. Forskahl assure qu’il n’a pu l’étudier entier, mais qu’il aperçut une vive couleur de feu qui passait d’une extrémité à l’autre ( Descrip. anim., pl. 3, n. 29 a). C’est par la bouche qu’entrait l’eau qui sortait de l’anus, dans la cavité duquel doivent exister des viscères analogues, peut-être, aux saipas, auxquels il ressemble beaucoup par sa conformation extérieure. »
Mais nous devons à M. Milne Edwards un travail capital sur cette espèce , et ce travail nous le reproduirons intégralement, comme un de ces documents précieux destinés à faire avancer nos connaissances sur les acaléphes ’.
« La medusa beroe, observée par Forskahl ? dans la mer Méditerranée, et désignée par quelques zoologistes sous les noms de beroe ovatus *, de beroe elongatus 4, d’idya forskahlii *, de beroe
1 Ann. sc. nal.,t. XVI (1841 ), p. 207 et suiv.
? Descript. animalium que in itinere orientali observavit, P. Forskabhl, p. 111.
? Lamouroux, Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, t. IT, p.298. — Delle Chiaie, Mém. sul Anim, s. vert. di Nap., t. III et IV.
‘ Risso, Histoire naturelle de l’Europe méridionale, t. VW. p. 303. C’est à tort que l’auteur ne mentionne que six côtes longitudinales ; il en existe huit.
‘ Lesson, Mémoire sur les Béroïdes, Annales des sciences naturelles, 2° série, 1. V,p. 258.
BÉROIDES. 125 Chiajii *, cle., est trés-commune dans la baie de Nice, et y présente des variations individuelles si considérables, qu’au premier abord, on serait porté à la considérer comme formant deux ou même trois espéces distinctes ; mais ces différences paraissent dépendre principalement de l’âge de ces animaux, et on trouve facilement tous les degrés intermédiaires entre les états les plus disparates. Les individus de petite ou de moyenne taille sont presque incolores (pl. 6, fig. 1); ceux d’une grande taille offrent une teinte ferrugineuse ou rouge violacé plus ou moins intense, duc à une multitude de petits points de cette couleur répandus dansle tissu hyalin du corps (pl. 6, fig. {). Ces derniersindividussont aussi plus aplatis que les premiers, et la grande ouverture buccale qui les termine inféricurement, est moins souvent contractée ; mais ces différences ne sont pas les seuies qui paraissent dépendre de l’âge de ces béroés, et, en examinant attentivement ces animaux, on en découvre d’autres qui sont encore plus propres à en imposer sur l'identité spécifique de ces acalèphes. Effectivement, chez les jeunes individus, les huit côtes ciliées dont le corps de l'animal est garni longitudinalement, n’en occupent souvent que la moitié supérieure , tandis que, dans Îes grands, ces mêmes côtes s'étendent jusque tout auprès du bord inférieur ou buccal. Enfin, il existe, comme nous le verrons bientôt, des modifications encore plus considérables dans la disposition des canaux ou vaisseaux circulatoires dont le corps de ces acalèphes est creusé; mais toutes ces particularités dépendent évidemment du degré de dévelop pement de l’animal, et ne peuvent être considérées comme Caractéristiques d’espèces distinctes, car ils se nuancent d’un individu à un autre, et sont toujours d’autant plus marqués que les individus soumis à l'examen comparatif sont plus éloignés entre eux par leur âge et leur volume.
« Cette diversité dans l’aspect et dans la structure des différenis individus appartenant évidemment à une même espèce, est encore augmentée par les changements qui peuvent s’opérer dans la forme générale d’un même individu, suivant qu’il est en repos ou en mouvement, qu'il contracte ou qu’il dilate la grande ouverture terminale de son corps, qu’il s’alionge, qu’il se renfle en forme de boule, qu’il se renverse sur Jui-même de façon à ressembler à une cloche à bords relevés, ou qu'il fasse rentrer l’extrémité supérieure de son corps au point de prendre l’apparence d’un cylindre percé aux deux bouts. El en résulte de grandes difficultés, lorsqu'on veut assigner à cette espèce des caractères précis, et la distinguer des autres espèces décrites par Les auteurs. Effectivement, la plupart des particularités de forme, de couleur, ou même de structure, que les zoologistes signalent comme propres à caractériser ces espèces, sont seulement de ces traits mobiles que nous avons vu Changer d’individu à individu, et, dans l’état actuel CCSN A ARR LD CP EN NC PET AN SN OEM CRETE L'EM TR CR SE RE TERR
Lesson, Loc, cit., p. 256.
de la science, il serait difficile de dire en quoi le béroë de la Méditerranée diffère réellement de celui trouvé aux Antilles par Brown", et considéré généralement comme le type de l’espèce appelée beroe ovalus par Îles ciassificateurs ? , de celui observé par Othon Fabricius * et par Saars * dans les mers du Nord, et décrit par ces naturalistes sous le nom de beroe Cucumis, même du beroe capensis de Chamisso , du beroe punclala du même naturaliste © et du beroe macrostomus de Péron et Lesueur 7.
« Je ne chercherai donc pas à débrouiller la synonymie de ces acalèphes, et, pour éviter en même temps des rapprochements qui pourraient être erronés, €çt des distinctions inutiles, je me borneraiï à désigner l’espèce dont il est ici question sous le nom de beroc forskahliè, et à la considérer comme étant identique avec la medusa beroe albens de Forskahl®, avec la medusa beroe rufescens du même auteur, ou le beroc rufescens des zoologistes modernes ? et avec le beroe ovata de M. Delle Chiaie ‘° et l’édya #orskahlii de M. Lesson ‘’.
« Plusieurs naturalistes ont cru que le corps de ces béroés avait la forme d’un sac ouvert aux deux bouts "? ; et effectivement, lorsque l'animal n’est pas dans son plus grand état de dilatation, son extrémité supérieure est rentrée en elle-même, et se fronce de façon à simuler un orifice assez grand , bien que contracté, et opposé à celui qui occupe l'extrémité inférieure de son corps : mais cette apparence est trompeuse, cf lorsqu'on observe avec un peu de persévérance un de ces acalèphes placé vivant dans de l’eau de mer, on ne tarde pas à se conyainere de l’absence de ce prétendu orifice central à la partie su-
1 Hist. of Jamaica, tab. 43, fig. 2, reproduite dans l'Encyclop., vers., pl. 90, fig. 2.
2 Lamarck, Histoire des Animanx sans vertèbres, 2° édit., t, IIX , p. 60.
8 Fauna Groenlandia , p. 461.
“ Beskrivelser over Polyp., etc., p. 30, pl. 6, fig. 15.
$ Mémoires des curieux de la Nature, de Bonn, t. X, p. 30, fig. 4. — Eschscholtz, Syst. der Acalephen, p. 37.
Chamisso, Loc. cit., pl. 31, fg. 1.— Eschscholtz, loc. cit., pl.5, fig. 2.
1 Voyage aux Terres australes, pl. 31, fig. 1.
# Op. cit.
° Eschscholtz, Loc. cit., p. 38. — Dujardin , Annotations de la 2° édit. de Lamarck, t. LIL, p. 52.
10 Hem. su La storia e notomia degli Animaii senza vertebre di Napoli, t. IV.
11 Annales des Sciences naturelles, 2° série, t, V, p. 258.
i: Ainsi Cuvier indique comme caractères du genre idya d’Oken ( ou béroé proprement dit), d'avoir le corps en forme de sac, garni de côtes ciliées et ouvert aux deux bouts ( Règne animal , t. LIL, p. 281, 2° édit. ).
M. Delle Chiaie décrit et figure ces deux grandes ouvertures opposées, et dit que l’eau qui pénètre dans la grande cavité du corps des béroés par l'ouverture antérieure (ou inférieure}, sort par l’orifice antérieur. (Voyez Mém. sul Anim, s. vert. t. II, p. 50 et 57, pl. 31, fig. 21 ; et €. IV, p. 12, pl. 52, fig. 1.)
BÉROIDES. 127 périeure du corps, et à s’apercevoir que ce point est occupé par une fosselie au centre de laquelle est logé un organe oculiforme (pl. 5, fig. 4, à, et pl. 6, fig. 1 0, a) analogue à celui dont il à été question chez le lesueuria vitrea. Gette fossette est dirigée transversalement, et divise l'animal en deux moitiés semblables, correspondantes aux deux faces aplaties de son corps ; on y remarque une bordure membraneuse décrivant deux ellipses qui seraient réunies par le gros bout, et qui embrasseraient dans ce point l’organe oculiforme (pl. 5, fig. 4; j, et pl. 6, fig. { b, c). Cette membrane est à son tour garnie d’une espèce de frange marginale, composée d’appendices filiformes renflés vers le bout et groupés de façon à offrir un aspect arborescent. Enfin la frange et la membrane qui la porte sont très-contractiles, et lorsqu'elles se déplacent, elles affectent souvent la forme de deux petites couronnes, et peuvent alors faire croire facilement à l’existence d’une ouverture bilobé ou de deux ouvertures distinctes dont elles forment le bord ; mais l’espace qu’elles circonscrivent n est pas perforé.
« L’organe oculiforme situé au centre de cette bordure frangée et occupant l'axe du corps’de l’animal, est un petit mamelon pyriforme à la base duquel se trouve un point sphérique de couleur rouge et d’aspect granuleux, qui renferme plusieurs corpuscules cristalloïdes, et qui repose à son tour sur une petite masse arrondie d'apparence ganglionnaire, mais ne donnant pas distinctement naissance à des filaments, comme cela a lieu dans lacaléphe nommé lesueurie vilré. Il est cependant à noter qu'ici encore on voit un organe filiforme qui s’étend de l'extrémité supérieure de chacune des côtes ciliées vers ce point gangliforme, et je suis porté à croire que ce sont des nerfs allant y aboutir; il m’a paru aussi que ces filaments se divisent chacun en deux branches à l’extrémité supérieure de la côte ciliée correspondante, et qui se continuent ainsi le long de ces handes verticales. Il me semble done bien probable que les béroés, de même que les iesueuria, sont pourvus d’un système nerveux à centre ganglionnaire unique, très-analogue à celui des biphores, et ne ressemblant en rien à l’appareil nerveux annulaire que M. Grant croit exister chez les cydippes ‘
« La grande cavité qui occupe presque toute la longueur du corps de notre béroé, et qui communique librement avec l’extérieur par V’ouverture située à sa partie inférieure, est à parois lisses, et ne m’a jamais offert aucune trace de l'appareil intestinal que M. Delle Chiaie a Cru y avoir trouvé”? ; j'ai examiné une vingtaine d’individus appar-
‘ On the nervous system, of the Beroe pileus, by R. Grant. Trans. of the zoo. Soc. of London , t.I,p. 9.
* Voici comment M. Delle Chiaie s'exprime à ce sujet : « L’ interno del beroe è voto e l’acqua qui vi $ introduce per L orificio anteriore esce del posteriore, communicando con quello il principio del canale degli alimenti dritlo, attacato
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tenant bien certainement à la même espèce que ceux observés par ce savant, et il m’a éte facile de m’assurer de l’absence constante de’ce tube alimentaire. Au fond de cette grande cavité pharyngienne, se trouve une ouverture transversale garnie de deux lèvres épaisses, renflées, et d’un tissu plus consistant que celui du reste du corps (pl. 6, fig. 1 d). Ces lèvres ne se rencontrent que vers le milieu de eur bord libre, et, par conséquent, laissent l'ouverture qui les sépare béante de chaque côté. La cavité qu'elles servent à clore de la sorte est trespetite, et correspond évidemment à l’estomac central des méduses et à la cavité qui, dans ie genre lesueuria, fait l'office d’un réservoir central pour l’appareil circulatoire ; vers sa partie inférieure, on y distingue deux ouvertures arrondies, placées sur la ligne médiane des lèvres dont il vient d’être question, et correspondant par conséquent au milieu des deux faces un peu aplaties du corps; ces orifices conduisent, comme nous le verrons bientôt, dans le système vasculaire irterne, et au-dessus d’eux, la cavité gastrique se prolonge sous la forme de deux loges garnies supérieurement de quelques cils vibratiles, et donnent chacune naissance à deux canaux superficiels, dirigés à droite et à gauche, à peu près comme chez le lesueuria, mais beaucoup plus courts. Bientôt ces canaux se divisent chacun en deux branches, et il en résulte pour l’une et l’autre surface du corps quatre troncs vasculaires qui correspondent aux côtes ciliées et qui descendent verticalement sous ces côtes jusqu’au bord de la grande ouverture occupant l'extrémité inférieure du corps (pl. 6, fig. 1a). Là, ces huit troncs débouchent dans un vaisseau transversal, annulaire, et celui-ci communique à son tour avec deux troncs verticaux situés sur un plan beaucoup plus profond que tous les précédents; enfin ces deux Canaux montent verticalement en longeant la face interne de la grande cavité pharyngienne , et vont déboucher dans la cavité stomachique par les deux orifices dont il a déjà été question.
« Dans le jeune âge, les divers canaux dont je viens d'indiquer le trajet sont d’une simplicité extrême; mais, chez les individus de moyenne taille, chacun d’eux donne naissance à une multitude de prolongements plus ou moins claviformes qui s’avancent à droite et à gauche dans la substance du corps et qui se terminent en cul-desac (pl. 6, fig. 14). Par les progrès de l’âge, ces cœcums se ramifient de plus en plus, et ils finissent par s’anastomoser entre eux, de façon que, chez les individus de grande taille, tout l’espace compris entre les huit troncs longitudinaux est occupé par un réseau vasculaire assez serré (pl. 6, fig. 1e), et que ce réseau superficiel communique fréquemment avec celui développé de la même manière à la surface interne du corps par les divisions des deux troncs profonds du système circulatoire.
intorno con molli intestini ciechi alle pareti interne del corpo, éd essendo poi aperlo verso il foro posteriore di questo. (Op. cit., t, IV, p. 42, pl. 52, fig. 3 a.)
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« L'appareil vasculaire que je viens de décrire est rempli par un liquide en mouvement, charriant avec Jui une multitude de globules circulaires et incolores. Le courant se dirige de lanneau vasculaire inférieur vers le sommet du corps dans l’intérieur des huit canaux superficiels, piacés sous les côtes ciliées, et redescend ensuite en sens contraire par les deux canaux profonds qui se rendent dans le vaisseau annulaire déjà mentionné, et complètent ainsi le cercle circulatoire. Le liquide nourricier circule de la sorte avec assez de rapidité, et cependant il n’existe aucun moteur semblable à celui qui détermine ce mouvement chez les animaux supérieurs. Les béroés n’ont point de cœur, et leurs vaisseaux ne paraissent pas être contractiies comme ceux de beaucoup de vers; mais certains de ces vaisseaux sont garnis intéricurement de cils vibratiles, et ce sont les mouvements de ces cils qui produisent le courant circulatoire. Les cils vibratiles qui suppléent ainsi au cœur ne sont pas répandus dans tous Îles gros troncs et n'existent d’une manière bien évidente que dans l’anneau vasculaire de l’extrémité inférieure du corps et dans la partie la plus voisine des canaux qui en sortent : ils y exécutent des mouvements très-rapides et sont d’une finesse si grande, qu’il m'a été impossible de les distinguer dans l’état de repos.
« La disposition générale de l’appareii vasculaire offre, comme on a pu le voir, beaucoup d’analogie avec le système circulatoire des lesueuria; mais une différence importante consiste dans l'absence de toute trace d'appareil excrétoire , qui, chez ces derniers, termine chacun des vaisseaux longitudinaux profonds. Je n’ai pu découvrir dans cette partie du corps aucun orifice semblable, et pendant longtemps j’ai pensé que le système vasculaire des béroés ne pouvait communiquer avec l’extérieur que par l’intermédiaire de. la bouche; mais en examinant attentivement ces animaux à l’état vivant, et lorsque rien ne gênait leurs mouvements, je me suis assuré de l’existence de deux émonctoires, situés, non au bord inférieur du corps, comme chez les autres ataléphes mais, à son extrémité supérieure, dans le fond de Ja fossette qui loge l’organe oculiforme. Effectivement, lorsque cette parlie était dans un grand état d’extension, j’ai souvent vu une sorte d’ampoule s'y montrer tout à coup de l’un ou de l’autre côté de la fossette termipale (pl. 5, fig. 4, k). La vésicule ainsi formée, se renflait rapidement et laissait apercevoir dans son intérieur un mouvement de rotation ou de tourbillonnement très-rapide; puis elle s’ouvrait par son sommet, laissait échapper les matières ainsi agitées et se contractait ensuite au point de disparaitre complétement et de ne laisser d’aurte trace de son excrétoire, qu’un pore assez visible. Ces ampoules exeréteurs et ces pores communiquent avec la cavité gastrique servant de réservoir central de l’appareil vasculaire , et sont placés latéralement en dehors de la membrane frangée qui occupe le milieu de la fossette (pl. 6, fig. 10, d, d,). Je n’ai pu constater l'existence que de deux de ces
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émonctoires, savoir un pour chaque moitié du corps, et ils occupent l’extrémité supérieure de l’espace compris entre les côtes mitoyennes et externes, de façon à être opposés entre eux, l’un se trouvant à gauche et l’autre à droite de l’organe oculiforme, D’après leur position, j'ai pensé qu'il devait y en avoir quatre, ce qui aurait rendu l’animal parfaitement symétrique; mais il m’a été impossible de découvrir la moindre trace d’un second pore dé chaque côté du corps.
« La saison de l’année perdant laquelle j'ai étudié les béroés , n'étant pas celle de la multiplication de ces animaux, je n’ai pu observer d’une manière satisfaisante leurs organes générateurs. M. Delle Chiaie dit qu’à la surface interne des huit côtes ciliées se trouve un oviducte longitudinal auquel sont appendues de chaque côté des grappes d’ovules ‘. Chez les grands individus que j'ai eu l’occasion d'observer, j'ai vu quelque chose de semblable ; mais, d'aprés le résultat d’un examen attentif, je suis porté à croire que la description donnée par le savant anatomiste de Naples, n’est pas tout à fait exacte. En effet, j'ai trouvé de chaque côté des bandes frangées dont j’ai déjà éu l’occasion de parler si souvent, une multitude de grappes de couleur rosée et de forme irrégulière, qui me paraissent devoir être des ovaires (pl. 5, fig. 1, et pl. 6, fig. 1 c) ; mais ces grappes, renfermées dans l'épaisseur du tissu du corps, ne consistaient que dans des boursouflures multipliées de la membrane qui tapisse les canaux vasculaires prenant naissance de chaque côté des huit troncs verticaux superficiels ; les petites loges formées par ces boursouflures communiquaient avec la cavité du vaisseau, et celui-ci ne se rendait pas dans un oviducte particulier, mais dans le tronc vasculaire correspondant. Enfin}, j'ajouterai encore que les granules rougeâtres accumulés dans les parois de ces grappes, ressemblaient exactement à ceux répandus dans toute la longueur des canaux secondaires du système vasculaire des individus de grande taille. En admettant que cette membrane froncée constitue réellement l'ovaire, la disposition de l’appareil générateur serait moins différente de ce qui existe chez les méduses ordinaires qu’on ne l'aurait supposé d’après les recherches de M. Delle Chiaie.
« Lorsqu'on examine au microscope Île tissu de ces acalèphes, on y distingue une multitude de filaments d’une ténuité extrême, qui s’entre-croisent en différents sens, et qui pourraient bien être de nature musculaire. Il existe aussi, près de la surface du corps, un nombre immense de corpuscules pyriformes terminés par une sorte de queue trèsgrêle, qui ressemblent beaucoup à ceux dont la peau de certaines méduses est garnie, et qui semblent devoir être des organes sécréteurs. J'avais pensé que ces glandules pourraient bien être la source de la lumière phosphorescente dont les béroés brillent avec tant d'éclat; mais en observant avec attention cette lucur, il m'a semblé qu’elie
5 Op. cil,, {. IV, P:. 12:
BÉROIDES. 131
partait principalement du voisinage des côtes ciliées, tandis que c’est dans l'intervale compris entre ces côtes que se trouvent les granules pyriformes. La lumière que ces animaux répandent ainsi avait été aperçue par Forskahl et observée plus récemment par Rolando; elle est de couleur verte, et offre souvent beaucoup d'intensité ; pour en déterminer l'émission, il suffit d’exciter l’animal en lirritant mécaniquement; mais lorsque les décharges ainsi produites se succèdent rapide ment, leur intensité s’affaiblit beaucoup.
« J'ajouterai encore qu'au-dessous du vaisseau annulaire, il existe sous les téguments communs un nombre considérable de filaments paralièles disposés transversalement, de façon à représenter une sorte de sphincter autour de la grande ouverture buccale, et cette disposition explique la forte contractilité de cette partie. Quant aux organes moteurs des franges vibratiles formant les huit côtes longitudinales, je
n’y ài pu rien distinguer. Ces franges, comme on le sait, sont fixées sur .
de petites crêtes transversales disposées à peu prés comme les échelons d'une échelle, et elles paraissent différer par leur structure des ciis vibraliles avec lesquels on les confond souvent; en effet, ce re sont pas des appendices filiformes, mais deslanières membraneuses plus ou moins profondément subdivisées vers leur extrémité libre et qui constituent par leur ensembie une petite palette semi-ovalaire (pl. 6, fig. 1€.) Les mouvements de ces appendices flabeliiformes sont très-rapides et ne s’interrompent que rarement. quand l'animal est vigoureux, mais cessent dès qu’on touche la partie qui en est le siége. Les diverses rangées de franges superposées sur une même côte sont indépendantes entre elles quant à leurs mouvements, et en général l’excitation portée sur une n’influe pas sur l’action des rangées voisines. Enfin, il paraîtrait aussi que l’animal possède la faculté d'exécuter ou d’arrêter ces mouvements à volonté, et il est à noter qu’ils persistent très-longtemps dans les fragments de ces côtes frangées, séparées du resie du corps et cela sans changer de caractères, car on les arrête encore en touchant le fragment ; mais dans les portions ainsi isolées, la sensibilité se perd
plutôt que la contractilité ; car au bout d’un certain temps, les vibra- :
tions de ces franges persistent avec force et ne s'arrêtent plus sans l’influence du contact d’un corps étranger. »
Dans la planche 56 de la nouvelle édition du Régne Animal de G. Cuvier, M. Milne-Edwards a représenté les vaisseaux injectés avec un liquide coloré et a donné une série de détails anatomiques décrits dans le mémoire que nous venons de reproduire.