AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
L'histoire naturelle des animaux de la classe des Zoophytes que l'onestconvenu d'appeler Acalèphes , est certes la branche de la Zoologie la plus arriérée, la plus obscure et la plus difficile à traiter. Comme ordre, elle n’a sérieusement occupé les naturalistes que depuis le commencement de ce siècle ; etbien que des travaux pleins de profondeur et de sagacité aient tiré les animaux qui la composent du vague et de l'incertitude qui faisait de leur étude une sorte de dédale, cette branche n’est pas encore à la hauteur des autres classes de la Zooloque.
Depuis Péron et Lesueur, des savants du premier ordre ont fait l’objet de leurs veilles de certaines familles dont ils ont débrouillé les caractères organographiques, en faisant connaître de nouveaux types, de nouveaux genres, et établissant des rapports plus méthodiques de classification.
Notre ouvrage sera donc le reflet de l’état actuel de nos connaissances, sur cette branche généralement négligée de l’hstorre naturelle.
Comme les Acalèphes sont des animaux qui serefusent presque tous aux moyens de conservation, il est presque indispensable de les étudier au milieu de l’élément qu’ils habitent. Vivant exclusivement au sein des mers, ils ne peuvent être examinés qu’accidentellement et le plus souvent d’une manière imparfaite , par des voyageurs qui suivent la fortune des vaisseaux en cours d’explorations scientifiques, ou par des savants, abandonnant leurs cabinets pour aller sur les rivages se livrer pendant quelques jours à des investigations studieuses, De ces diverses circonstances
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découlent des observations de mérites fort divers. À la sagacité, à la clarté de certaines recherches, succèdent pour d’autres des documents incomplets, ou informes, et dont on ne peut se servir qu'avec une grande réserve.
La rédaction de cet ouvrage m'avait primitivement fort embarrassé. J'avais fait extraire tout ce qui avait été dit sur les Acalèphes; j'avais fait copier toutes les figures qui ont été publiées jusqu’à ce jour , par des dessinateurs habiles. Je n’avais pu tirer parti des textes publiés en allemand, ne connaissant pas cette langue, et ne pouvant trouver un traducteur qui me mit à même de lire ces documents. Devais-je refondre tous ces matériaux , et substituer partout ma manière de voir et une rédaction qui m'appartint? Certes l’ouvrage y eût gagné en uniformité, et mon amour-propre d'auteur aurait pu s'approprier ainsi et facilement le mérite d’une foule d'observations qui appartiennent à mes devanciers, et dont il eût été difficile pour beaucoup de lecteurs de retrouver la source originelle.
Telle n’a pas été en définitive ma manière de voir. Désirant que ce livre soit le compendium de la science, jusqu’à ce jour, j'ai proposé dans une méthode nouvelle , des familles, des tribus , des coupes enfin de ma création. Ma manière de voir sur les Acalèphes domine toute l'harmonie de l'ouvrage, et j’en revendique l’ordre et la méthode. Mais arrivé à ce point de mon travail, j'ai conservé intacts avec une sorte de purisme religieux les textes origmaux de mes devanciers. Les créateurs desgenres, les auteurs de la découverte des espèces qu'ils ont signalées, retrouveront leurs pensées reproduites avec fidélité. Le lecteur n'aura pas besoin de recourir aux centaines de volumes, dans lesquels ces animaux se trouvent mentionnés ou décrits ; il lira à chaque page les documents originaux des découvreurs, et pourra baser son opinion en se servant des descriptions primi-
tives. DSi
AVERTISSEMENT DE L AUTEUR. vi]
J'aime à croire que ma manière de voir fera de ce traité des Acalèphes, un livre indispensable pour les naturalistes voyageurs , et qui rendra à la branche de Phistoire naturelle qu’il traite, les plus grands services, en fournissant ainsi la plus grande somme de documents anciens et nouveaux.
Les premières feuilles de ce volume étaient imprimées lorsque M. Lesueur, ce compagnon du célèbre Péron, si connu par ses magaifiques collections, voulut bien me laisser jeter un coup d'œil sur ses dessins d’acalèphes ; il me donna aussi un exemplaire des meduses qu’il a dessinées et gravées, et dont j'avais déjà fait prendre copie: il me montra encore les beaux vélins des méduses décrites par Péron et par lui dans leur Prodrome, et dont on retrouvera les descriptions dans ce livre, Mais ce qui doit surtout intéresser les zoologistes, c’est la certitude que le portefeuille de ce savant modeste et laborieux possède un bon nombre d'espèces et de genres entièrement nouveaux, et notamment une petite espèce de ceste à ailes très-courtes, des diphyes variées, des physophores, des stéphanomues et des apolémies de la plus grande beauté; une étude suivie de physalies dans les divers degrés de développement. fl est bien à désirer que M. Lesueur publie ces matériaux qui restent ensevelis dans ses portefeuilles , et pour ma part je regrette bien sincèrement de n’avoir pu en enrichir cette histoire. J’ai vu aussi avec un vif intérêt les copies que M. Lesueur a faites dans la collection de Banks, des dessins d’acalèphes observés par lui et Solander dans le premier voyage de Gook. Quoique imparfaitement dessinées , ces figures présentent des formes qui doivent être vraies, et l’une d'elles est le type d’une section intermédiaire à celles que j'ai proposées. Je dois garder le silence sur ce sujet, et je laisse au respectable M. Lesueur à donner sur ces animaux des détails neufs et intéressants que les amis de la science accucilleraient avec tant d’empressement,
vi}. AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR.
Fa bibliothèque du Muséum, si remarquable par-sa bonne tenue, m'a été d’un grand secours, et je ne saurais trop me louer de l’exquise urbanité de son digne chef, et de lobligeance de MM. Desnoyers, Lemercier et Ligeonnet, et j'aime surtout
à exprimer ma gratitude à M. Duméril mon parent, à M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dont l’aménité égale le savoir.
Paris, » juin 1643.
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