‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 57 sur 328 · CARACTÈRES ZOOLOGIQUES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ZOOLOGIQUES

LES médusaires constituent une famille très-naturelle qui répond au seul genre medusa des anciens auteurs, genre qu’il a fallu démembrer en une foule de petits genres, afin de faciliter la connaissance des nombreuses espèces décrites dans les traités ‘ de zoologie, ou qui chaque jour sont découvertes par les voyageurs. Les animaux de cette famille, par la transparence et la mollesse de leur tissu, ne peuvent être étudiés que dans l’eau et souvent dans des circonstances défavorables, de sorte que leur histoire se compose de détails trop souvent vagues et fautifs, et leurs figures sont, dans une foule de livres, erronées et incomplètes. De là découlent des fluctuations de méthodes et de genres qu’on rencontre dans les livres; de là viennent les opinious si divergentes des auteurs qui ont traité de cette famille.

Le premier travail complet qu’on ait eu sur les méduses est celui de Péron et de Lesueur. Les modifications apportées aux genres proposés par ces auteurs, soit par de Lamarck et Cuvier, soit par M. de Blainville, ne sont que des modifications partielles. Eschscholtz seul a enrichi de recherches capitales la partie systématique de cette famille, dont il avait étudié un grand nombre d'individus sur la nature vivante.

Les caractères zoologiques des méduses peuvent être généralisés ainsi :

Animaux dont le corps est libre, arrondi , ovalaire, disciforme, convexe et concave, avec un disque convexe, diversiforme, nommé ombrelle, ou sans disque, avec des bras, des tentacules, des franges, ou privé de ces parties ; à tissu mou, gélatineux , de consistance de blanc-manger, parfois solide , réni-

tent ou de mucus, incolore ou vivement coloré, enveloppé d’une peau d’une extrême ténuité, sans axe solide à l’intérieur. Un estomac sans conduits intestinaux, plus ou moins large, ayant un orifice unique et entouré de cavités ou ovaires en nombre variable, disposés en rayons, et s’ouvrant dans cette même cavité digestive.

Les modifications nombreuses qu’éprouvent les méduses dans les particularités de leur organisation extérieure ont donc nécessité des coupes et des distinctions detribus, par suite, l’établissement de genres multipliés, pour faciliter leur étude. Mais toutes les méduses sont tellement liées entre elles par leurs rapports qu'on ne peut les isoler que par des caractères exceptionnels souvent fort difficiles à saisir, et que ces mêmes genres prétent à un arbitraire de nomenclature des plus fâcheux.

Les Grecs, et notamment Aristote et Dioscoride , désignaient sans aucun doute les méduses par les noms ordiniques de Ænidé et d’acaléphe, tout en leur appliquant diverses épithètes ajoutées au mot preumon, que les Latins traduisirent par wrtica et pulmo marinus, Car ces Zoophytes, extraordinairement variés dans toutes les mers, avaient des espèces communes sur les rivages de la Grèce et de l’Italie. À la renaissance des sciences, Bélon, Aldrovandi, Imperato, Macri, décrivirent quelques-uns de ces animaux sous les noms de pulmo marinus, que le vulgaire d'Italie nommait grossièrement potta marina, les Grecs modernes mogmi, et les peuples du Nord sea lungs. Mais Rondelet ne paraît point en avoir eu une connaissance bien exacte, et ce qu’il dit de son pulmo marinus conviendrait plutôt à un alcyon. Mertens, le premier, donna quelques détails sur les béroïdes et médusaires de l'océan Septentrional ; Réaumur étudia la rhizostome bleue des côtes de La Rochelle, son pays natal, et la fit reconnaître par la dénomination de gelée de mer, bien que les habitants lui donnassent le nom de #7ammouih ; puis leur histoire s’accrut successivement par les recherches de Brown, Borlasse, Modeer, Fabricius, Pallas, Forskahl, Muller, Boehmer, Baster, Slabber, Gronovius, Swartz, Barbut, Plancus, Spalanzani, Banks, Forster, Bruguière, Péron et Lesueur, Bosc, Tilésius, Quoy et Gaimard, Delle Chiaie, Chamisso et Eysenhardt, Eschscholtz, Ehremberg, Mertens et Brandt. Leur classification a été l’objet de travaux de

MÉDUSAIRES. 161 Péron, Lamarck, Cuvier, de Blainville et Eschscholtz. Leur anatomie a été étudiée pour la première fois par Heide, puis par Gaëde, Baër, Eysenhardt, Delle Chiaie et Milne Edwards, et leur analyse chimique a été faite par Hannemann, Duval, Laugier et moi.

Les médusaires étudiées comme êtres vivants ont une organisation bien plus compliquée qu’on ne serait tenté de le croire au premier aperçu. À la mellesse et à la fragilité du tissu de certaines espèces se résoivant presque en entier en liquide , on serait porté à leur refuser des viscères, une circulation, et cependant tout annonce que chez ces zoophytes les appareils sont compliqués, bien que la transparence de leur trame et son extrême délicatesse ne permettent que très-difficilement d’en suivre les ramifications. Certaines méduses sont fermes et dures, et leur enveloppe a une solidité assez remarquable,

Leur substance est donc le plus souvent de la nature d’une gelée diaphane sur laquelle se manifeste dans certains cas une vive coloration. Leur tissu paraît dense et homogène, à part les lignes et les lamelles qui en intersèquent les divers points. Hors de l’eau, leur élément exclusif, ce tissu se résout en un liquide incolore et fétide.

Leur locomotion s'exécute dans la position oblique ou demihorizontale à l’aide de vifs mouvements de contraction des muscles des bords de l’ombrelle qui se trouve ainsi poussée en avant. Ces mouvements sont énergiques et alternatifs, c’est-à-dire composés de deux temps, l’un de contraction et l’autre de dilatation, de manière que le premier agit seul sur la colonne de liquide qu'il frappe, en même temps que la résistance que l’eau apporte à ce mouvement pousse l’animal en avant. Des canaux aquifères ou des trachées aérifères, en diminuant la pesanteur spécifique du corps, aident les méduses à monter et à flotter sur la première couche d’eau de la surface de la mer, bien que le plus souvent elles se tiennent à quelque distance sous cette même surface. Lorsque les méduses veulent se précipiter au fond de l'eau pour y chercher un abri, elles vident leurs réservoirs à air, et leur pesanteur s’accroissant en raison de la densité de leur tissu, les abandonne aux lois de la gravitation jusqu’à une profondeur qui puisse les protéger efficacement.

L'organisation des méduses, dans ses rapports les plus intimes, n’a bien été étudiée que par M. Cuvier dans le genre rhizostoma; par Rosenthal, sur la medusa aurita; par M. Milne Edwards, pour la carybdée marsupiale ; par Ehremberg et quelques autres zoologistes dont nous citerons les travaux. Lorsque nous parlerons des méduses des divers genres étudiées sur le vivant, nous citerons textuellement les détails anatomiques qui les concernent ; toutefois l’organisation des méduses n’est pas aussi simple qu'on l’a supposé. Il faut bannir des livres de zoologie cette phrase devenue banale, et admettre au contraire que les méduses ont une organisation excessivement complexe, et dont les relations physiologiques nous sont entièrement inconnues. Leur nutrition se fait à l’aide de pores absorbants ou de suçoirs d’une extrême ténuité qui conduisent la matière alimentaire dans un vaste estomac sur le pourtour duquel sont disposées diversement des franges qui paraissent être les replis membraneux des ovaires formant des loges. La respiration paraît s’exécuter à l’aide de branchies marginales disposées sur des sortes de pédoncules ou sur des franges membraneuses. Des vaisseaux blancs transportent dans toutes les parties une lymphe organisatrice chargée de réparer les consommations de la matière, et des filets tenant lieu de nerfs paraissent distribuer avec régularité la motilité sur tous les points d’un tissu cellulaire disposé par sortes de plans musculaires, intersectés par des tubes ou conduits aérifères , et par des fibres compactes formées de petites sphères accolées. En général, les vaisseaux partent d’un canal circulaire et s'irradient avec régularité au milieu des plans musculaires du pourtour de l’ombrelle, en se bifurquant ou s’anastomosant , et souvent enfin aboutissant à des cotylets marginaux exclusivement aérifères.

Les méduses saisissent leur proie à l’aide de leurs tentacules ou de leurs bras , la frappent de stupeur par un liquide pour elle caustique, et qui souvent pour nous ne donne aucun signe de son existence, bien que certaines espèces soient vraiment urentes au toucher. Cette proie consiste en petits poissons, en petits mollusques nus pélagiens, et souvent nous avons vu la chair des poissons assez robustes absorbée par les parties de la méduse qui se pressaient sur les écailles, en les expulsant et décomposant à

leur contact la matière charnue en une sorte de liquide sirupeux et rosé, On suppose que les larges ouvertures inférieures servaient

à engloutir la proie. Péron donnait à ces dernières le nom de cagites stomacales , Lamarck, Cuvier et de Blainville celui de bouches.

Les méduses paraissent ne pouvoir voguer et se tenir à la surface de la mer, que lorsque, nées à une profondeur relative dans des eaux paisibles, elles ont acquis un certain développement. Toujours est-il qu’elles se présentent parfois avec une coloration et même des formes différentes dans le jeune âge et à l’époque adulte. Leur croissance doit être des plus rapides, lors même que leur taille est considérable, ainsi qu’on le remarque chez certaines espèces; mais ces formes sont bien vite arrêtées, et leur existence doit être courte, entourée qu'elle est de causes de destruction.

Leur peau si mince et si diaphane paraît exhaler des excrétions abondantes; car il suflit de quelques instants pour qu’une méduse renfermée vivante dans une petite quantité d’eau de mer se couvre d’abondantes mucosités. Cette peau paraît jouir d’une rare délicatesse de toucher, car elle se contracte assez brusquement à l'approche d’une lumière artificielle, Cette sensibilité de tact semble remplacer la vision et éclairer l’animal sur les milieux dans lesquels il nage, et dont la profondeur des eaux lui est révélée par l'appréciation de la température. Les fibrilles radiculaires qui terminent les appendices de quelques méduses sont perforées à leur sommet par un pore d’une extrême ténuité, qui semblerait avoir pour fonction de remplir d’eau et d’air les grands vaisseaux du parenchyme.

L'appareil de la génération paraît résider dans les quatre ovaires disposés en croix dans le milieu de l’ombrelle.

Les médusaires habitent le plus ordinairement la haute mer. Les côtes sur lesquelles les courants et les vents les transportent sont pour elles d'autant plus dangereuses qu’elles sont plus dépourvues de moyens pour les éviter et y mourir. Rarement elles sont solitaires , le plus souvent elles voguent par essaims considérables sous les latitudes appropriées à leurs espèces , car jamais celles du pôle ne se trouvent sous l'équateur, ec vice versa. Elles sont ordinairement multipliées dans les mers arctiques,

et paraissent être le principal aliment des baleines, suivant Scoresby. |

Les espèces vont déjà à près de 300, et les voyageurs Îuturs accroîtront beaucoup ce nombre sans doute; mais les imdividus sont répandus sur la surface liquide du globe par myriades. « Ceux de la mer Verte, dit Scoresby, sont innombrables : un pouce cube d’eau en renfermait 64, un pied cube 410 592, une brasse cube 23 887 872, et un mille carré 23 888 000 000 000 000!!! » Le même auteur ne pense pas que les méduses puissent vivre à une profondeur de plus de 250 brasses.

On est fondé à penser que c’est au printemps de chaque hémisphère que les méduses se reproduisent, et qu’elles vomissent par la bouche les jeunes toutes formées et même assez développées. À cette époque on reconnait une sorte de tuméfaction des ovaires. |

Les méduses ont été analysées sous le rapport chimique plusieurs fois, sans que pour cela on soit exactement fixé sur les principes constituants de leur organisme. Hannemann, en 4694, publia dans les Éphémérides des Curieux de la Nature des recherches sur les orties de mer, qu’il décomposa par le feu. Il dit en avoir retiré une grande quantité d’eau sans aucune espèce de saveur, bien que les zoophytes soumis à ses expériences lui aient occasionné sur la peau, dans leur état de fraîcheur, un sentiment d’urtication et un prurit intolérable. Le caput mortuum était un sel concret qui, soumis dans une cornue à un feu très fort, donna une matière huileuse rouge et un sel obtenu par lixiviation.

Péron et M. Duval, pharmacien au Havre, s’occupèrent d'analyser la rhizostome bleue : 4 livres de liquide obtenu par sa liquéfaction furent réduites à 12 onces, qui donnèrent une matière saline grisâtre pesant 11 gros, formée de deux sortes de sels, l’un soluble et l’autre jouissant au contraire d’une grande solubilité. On reconnut dans ces sels des carbonates de chaux et de magnésie, plus des hydrochlorates de soude, de chaux et de magnésie, et peut-être un peu de sulfate de soude.

Enfin, à la demande de Péron, M. Laugier reprit en 4810 ces expériences, et trouva les composés suivants : les sels qui

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cristallisent par l’évaporation spontanée de l’eau de la méduse bleue étaient formés : de carbonate de chaux, 92 ; phosphate de chaux, 7 ; et de matière animale liant les molécules calcaires, 4 sur 100. Les sels obtenus au contraire par l’évaporation à siccité de cette même eau, se sont trouvés formés :

d'hydrochlorate de soude. . . . . . . . 79 d'hydrochlorate de chaux. . . . . . . . ‘l d’hydrochlorate de magnésie. . . . . . 3 d'hydrochlorate de fer. .'.. . .... 2 desulfate.de chaugih ie unies 4 au ctperte NME, SE

. Nous nous occupâmes en juin 4833 d'étudier la composition intime de la rhizostome de Cuvier, et un individu qui pesait 6 300 grammes, après être sorti de la mer depuis plusieurs heures, se liquéfia en entier, en ne donnant pour résidu solide qu’une masse pesant 30 grammes. La partie liquéfiée ayant une densité de 6° de l’aréomètre, pesait ainsi 5 760 grammes. Les réactifs démontrèrent que la substance des méduses était formée d’eau, de mucilage, de gélatine, d’osmazome et de plusieurs sels x base de soude, de chaux et de magnésie, mais qu’elle ne renfermait point d’iode ni de phosphore.

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