‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 72 sur 328 · MATÉRIAUX ANATOMIQUES POUR L’HISTOIRE DES MÉDUSES · texte numérisé non relu

MATÉRIAUX ANATOMIQUES POUR L’HISTOIRE DES MÉDUSES

Certaines méduses ont fait l’objet d’un examen tout particulier sous le rapport de leur organisation; mais il ne faut pas croire que toutes soient construites sur le même plan. Si leur organisation générale et si leurs fonctions peuvent être traitées dans l’ensemble, il n’en est pas de même pour les détails. Tout reste à faire encore pour arriver à grouper les phénomènes nombreux que la majeure portion de ces êtres présente.

Chercher, comme cela a lieu pour les autres parties du règne animal, à généraliser les caractères d'organisation, est impos- Sible pour les méduses. Le tableau résumé avec art ou avec intelligence des faits partiels dont cette branche s’est enrichie, serait fidèle pour les êtres que des hommes de mérite ont étudiés spécialement, mais de nouveaux faits viendraient accroître le nombre des exceptions et modifier sans cesse l’harmonie de ce travail.

Nous avons préféré conserver aux travaux anatomiques ou physiologiques sur les méduses leur cachet original.

Nous aimons mieux insérer intégralement et dans leur ordre chronologique les mémoires originaux entrepris par le petit nombre d’observateurs qui ont écrit sur ce sujet si obscur et si difficile. Peut-être dans ce classement de matériaux pourra-t-on suivre avec intérêt le développement et la marche des détails d'observation, qui de loin en loin viennent jeter quelque lumière sur des animaux que l’on ne peut conserver dans les musées, et qu'il faut étudier sur la nature vivante et au milieu de l’élément qu'ils habitent.

Pour ces faits précis d'organisation nous ne remonterons pas à une époque plus éloignée que le xvIrT siècle. Avant ce temps, les observations laissées par les vieux auteurs ne méritent que peu d'estime. ;

Le premier travail que nous ayons à insérer est celui de Réaumur ; on le trouve dansles Mémoires de L Académie des Sciences, pour l’année 4710, Il est intitulé Observations faites sur les orties de mer errantes. Ge mémoire porte le cachet d’exactitude

que Réaumur possédait si éminemment, et la figure qu’il donne de son ortie de mer (la rhyzostome de Cuvier) est certes une des bonnes figures de méduses que nous possédions. Nous conservons à ce travail de notre compatriote son cachet original, tout en le regardant comme un document primitif bon à connaître, mais que la science n’admet pas dans son entier.

« Au nom prés, ces espèces d’orties m’ont paru n'avoir rier de commun avec celles dont nous venons de parler ‘. Il est vrai qu’on prétend qu’elles excitent, comme les autres, une douleur cuisante dans lcs parties qui les ont touchées. Quelques auteurs même disent davantage, car ils assurent qu’eiles causent cette même douleur aux yeux de ceux qui les regardent. Cependant, quoique j’en aie rencontré une quantité prodigieuse sur les côtes du Poitou ct de l’Aunis, je n’y en ai jamais trouvé aucune ni de ces espéces-ci ni des précédentes, qui produisent l’effet qu’on leur attribue, et auquel probablement les unes et les autres doivent leur nom. On distingue les dernières de celles qui paraissent toujours fixées sur des pierres en les appelant orties détachées ou orties errantes.

« Les noms qu’on leur donne sur les différentes côtes du royanme varient si fort, à des distances même très-petites, qu’il serait long de les rapporter. Si je voulais en donner un nouveau à ces orties qui en ont déjà trop d’anciens, je les appeilerais gelées de mer, nom qui caractérise si fort la substance dont elles sont formées, qu'il vaut seul une petite description pour aider à les reconnaître.

« Aussi la chair de ces orties, si l’on peut lappeler chair, paraît une vraie gelée d’eau de mer, elle en a ordinairement la couleur et toujours la consistance ; et si on en prend un morceau entre les mains, leur chaleur naturelle suffit pour Île faire entièrement dissoudre en eau, comme une gelée de bouillon qu’on mettrait sur je feu : ces gelées, malgré cela, sont de vrais animaux, et ceux qui ont eru qu’elles r’avaient aucune structure régulière, ne les ont pas regardées d’assez près. Il y en a à la vérité de trés-différentes entre elles, mais ce sont des gelées d’espèces diverses, et celles qui sont de même espèce ont exactement la même figure. Les divers morceaux de ces orties qu’on trouve au bord de la mer sont apparemment la cause pour laquelle on ne les à pas regardées comme des corps fort organisés , parce qu’on n’a pas observé dans ces fragments toute la régularité qu’on ne devait chercher que dans la masse entière dont ils faisaient partie,

« On ne saurait ni donner une idée de toules ces différentes espèces d’orties, ni décrire, même en détail, toute la mécanique qui entre dars la composition d’une de ces espèces, sans s'engager dans des choses d’une

EEE TE

‘ Réaumur avait parlé des actinies.

MÉDUSAIRES. 193 longue diseussion : peut-être aurai-je occasion d’en parler dans un autre endroit. Je me. contenterai de faire ici quelques remarques sur ce que toutes ces espèces d’orties ont de commun dans leur structure. On sera moins étonné après cela qu’elles soient capables de mouvements volontaires.

« Quoiqu’elles soient toutes communément de ia couleur d’une gelée d'eau, il y en a de verdâtres, telle que l’eau de la mer le parait quelquefois ; d’autres ont tout autour de la circonférence une bande de deux ou trois lignes de largeur de couleur de pourpre ; j’en ai vu d’autres sur le fond couleur d’eau, desquelles diverses taches brunes étaient semées d’une manière fort agréable à la vue.

« La figure d’un champignon peut extrêmement aider notre imagination à concevoir celle de ces gelées. Le convexe du champignon représente assez leur côté convexe ; elles ont ce côté plus où moins convexe lies unes que les autres, comme on le voit dans les champignons d’espèces différentes. Cette surface convexe des gelées n’offre rien de trèsremarquable ; il paraît seulement, à la vue simple, qu’elle est garnie d’une infinité de petits grains ou de petits mamelons de même couleur que le reste de l’ortie. Mais la surface opposée à celle-ci, c’est-à-dire la concave , fait voir des parties très-organisées. Un peu au delà de son bord qui est mince et découpé, on distingue très-sensiblement divers cercles concentriques qui couvrent cette surface jusqu'aux deux tiers du rayon de sa circonférence. Ces cercles ne règnent pourtant pas tout autour de cette circonférence : les plus proches du centre sont séparés en seize arcs différents , et ceux qui en sont le plus éloignés sont seulement partagés en huit ares. Ces séparations sont faites par des espèces de canaux ou réservoirs toujours pleins d’eau, qu’ils peuvent communiquer à d’autres canaux plus petits, qui sont renfermés entre deux des circonférences des cercles. On doit regarder toutes les petites bandes renfermées entre deux de ces circonférences , comme des organes trèsremarquables de la gelée, puisqu'elles sont tout autant de canaux.

« Pour s’assurer que ce sont des canaux, ainsi que je viens de le dire, il suffit d'appliquer le doigt en haut du grand réservoir et, en pressant un peu ce réservoir, faire glisser son doigt de haut en bas; par ce moyen, on oblige l’eau qu’il contient d'avancer, ou, se trouvant trop resserrée, on en voit une partie qui enfile à droite et à gauche tous les petits canaux qui se terminent dans le réservoir.

« La fonction de ces grands canaux ou réservoirs qui vont du centre à Ja circonférence, et celle des canaux circulaires, paraît être la même que celle des vaisseaux qui portent chez nous le sang. Ils fournissent une eau, peut-être préparée, à toute la base de cet animal ; et si la chair ne parait qu’une vraie gelée, c’est qu’elle a trés-peu de parties solides et fort minces, qui sont toutes extrêmement gonflées par cette eau, qui est apparemment renferméce dans une infinité de petits réservoirs insensibles à Ja vue,

« Je m’en suis convaincu en faisant bouillir très-longtemps dans un chaudron plein d’eau, une gelée dont la base avait plus de deux pieds de diamètre. Elle ne s’est point entièrement réduite elle-même en eau, comme il arrive aux petits morceaux qu’on laisse fondre dans sa main; conservant sa même figure, elle est devenue une très-petite ortie, c’est-à-dire de moins d’un demi-pied de diamètre, dans laquelle on voyait précisément les mêmes choses que dans la grande, à cela près que sa substance était solide , quoique flexible , et qu’on la tenait alors dans la main sans qu’elle laissâät échapper aucune goutte de liqueur. Inutilement ensuite la faisait-on bouillir dans l’eau , elle ne diminuait que très-peu. Ce sont donc ces parties solides gonflées par l’eau qui forment la chair de l’ortie.

« Ayant une autre fois laissé sécher une de ces orties exposée au grand soleil pendant l’été , elle s’est réduite presque à rien au bout de quelques jours. Il est resté seulement un corps très-mince, qui avait la solidité du parchemin , et la couleur d’une belle colie transparente. |

« Si les canaux droits servent à fournir l’eau à toute la substance de l’ortie, il semble qu'ils doivent en donner davantage où cette substance est épaisse , que dans les endroits où elle est mince. Aussi peut-on re- : marquer que la première bande circulaire qui.va depuis le bout de la circonférence jusques environ le tiers du rayon , et qui est très-mince, n’est arrosée que par huit réservoirs, au lieu que celle qui la suit , laquelle est beaucoup plus épaisse , en a seize. Cette circonférence circulaire ne reçoit de l’eau que par une portion des canaux, au lieu que la bande dont l’épaisseur augmente en talus, a quelquefois plus de deux pouces et demi d'épaisseur dans les grandes orties, c’est-à-dire d’un pied et demi ou deux picds de diamètre , et reçoit l’eau de seize canaux. À

« Vers les deux tiers du rayon, c’est-à-dire au bout des canaux droits, toutes ces espèces d’orties sont comme divisées en quatre parties par quatre bandes ou quatre colonnes à peu près rondes dans quelques espèces d’orties. Dans quelques espèces les bandes sont presque élevées perpendiculairement sur la base, mais dans l’espéce dont il s’agit ici, elles font un angle trés-obtus avec le bord du plan où sont les canaux droits. Elles vont toutes quatre se joindre dans Fa même espèce à un tronc rond, environ de même longueur que ces colonnes, c’est-à-dire du tiers du rayon. Ce tronc de figure cylindrique se partage en huit rameaux. Chacun de ces rameaux a à son origine deux appendices ou espèces de crêtes ; ce ne sont pas seulement ces deux appendices qui sont découpés en crêtes, une partie de chaque rameau s’est découpée de la même manière.

« Dans l’espace compris sous les quatre colonnes est un large canal formé par une membrane épaisse , qui est la seule chose solide qui paraisse dans l’ortie. Cette membrane est plissée en bourse, ou plutôt

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comme ces appeaux dont on se sert pour attraper les cailles. Elle forme, comme je lai dit, un grand canal , qui s’arrondissant vers le pied des colonnes , prend la même figure que l’on donnerait à un ruban auquel on ferait entourer les quatre bras d’une croix, assez larges et égaux. On voit seulement ici une petite partie de ce canal par les ouvertures que les colonnes laissent entre elles.

« Ce large canal est rempli d’une matière liquide , qui par sa consistance et sa couleur ressemble fort à une morve jaune. Ce même canal jette une et quelquefois deux branches dans chacune des colonnes. Ces quatre canaux vont se rendre dans le tronc, d’où ils se distribuent dans les huit rameaux. On peut aisément les suivre dans toute leur route, parce qu’ils sont pleins de la même matière jaunâtre qui est contenue dans le grand canal, et que la couleur de cette matière est fort différente de la couleur transparente du reste de l’ortie. Cette même matiere paraît dans toutes les crêtes et toutes les découpures des rameaux. Il n’est pas aisé de découvrir si elle est ou un excrément de l’ortie, ou quelque espèce d’aliment. Je sais bien qu’au bout de chaque rameau de l’ortie il y a des ouvertures à toutes les branches des canaux qui portent cette liqueur , maïs il me paraît incertain si ces ouvertures lui donnent une sortie ou une entrée; car selon qu’on presse ces branches, ou du côté de leur tronc, ou du côté de leur bout, on fait aller cette liqueur de différents côtés.

« Ces ouvertures paraissent dans la figure 28, où l’on a représenté dans sa grandeur naturelle le bout d’un de ces rayons, lequel a la figure d’une pyramide à base triangulaire. Le tronc du canal qui passe au milieu de cette pyramide, et les divers rameaux dans lesquels le tronc se divise , paraissent aisément au travers de l’épaisseur de cette pyramide, qui est souvent aussi transparente que le serait un prisme de cristal.

« Nous en aurons assez dit pour donner une idée générale de la structure des gelées de mer, lorsque nous aurons ajouté que tous les rameaux ne sont pas nécessairement dans la position où on les voit dans la figure ; qu’étant assez flexibles, ils pourraient être jetés sur tout autre endroit de la circonférence que celui où ils sont représentés , et qu’au lieu qu’ils sont tous posés ensemble d’un même côté, ils pourraient être chacun en particulier placés sur tel endroit de cette circonférence qu’on aurait voulu choisir.

« Toutes les gelées que la mer apporte au bord de la eôte paraissent sans auçune action ; apparemment que les chocs qu’elle leur fait essuyer contre les pierres , ou même contre le sable, suffisent pour leur ôter la vie, car il est certain qu’elles vivent. Pour le prouver , il me suffit de dire que celles que l’on trouve au bord de la côte sont plus pesantes que l’eau, au fond de laquelle elles vont toujours lorsqu’on les plonge dedans. Quoiqu’on en voie nager sur la surface de l’eau en pleine mer, où il semble qu’elles ne peuvent se soutenir que par quelque espèce

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d'action , il parait souvent alors que leurs rameaux s’agitent ; l'agitation continuelle de l’eau de la mer nous laisse incertain, si le mouvement que l’on aperçoit dans ces rameaux leur est propre, ou s’il vient de celui de l’eau dans laquelle ils sont; mais au moins est-il sûr qu’elles peuvent se soutenir sur l’eau par une autre action. C’est ce que j’ai observé dans quelques orties que la mer avait laissées dans de certains endroits desquels l’eau ne s'écoule jamais, parce qu’ils sont plus profonds que ceux qui les environnent. C’est dans ces endroits-là où l’eau est aussi tranquille, lorsque la mer est basse, que l’est celle d’un étang, que j'ai observé dans les orties le mouvement par le moyen duquel elles se soutiennent sur l’eau. Ce mouvement est une espèce de mouvement de contraction et de dilatation du contour, et d’une partie de la base de l’ortie, qui ressemble en quelque façon au systole et au diastole. L’ortie dans la contraction rend la surface de son corps, qui représente le convexe du chapiteau d’un champignon, beaucoup plus convexe qu’elle ne l’est naturellement, c’est-à-dire qu'elle élève un peu tout son contour en Île recourbant vers le tronc , et dans la dilatation elle rend cette même surface un peu moins convexe, et fait en même temps tomber sur l’eau tout le contour de sa base , qui s'était élevée dans la contraction; d’où l’on voit qu’en répétant alternativement ces deux mouvements, elle bat l’eau de temps en temps, ce qui est capable de la soutenir dessus, de la même manière qu’un homme qui nage s’y soutient. » À On le voit, dans ce travail, Réaumur à clairement indiqué le premier, les canaux nombreux et réguliers qui parcourent le corps d’une méduse; mais les fonctions qu’il attribue à ces tubes ne

sont pas toujours exactes, et ce qu’il dit des mouvements locomo-

teurs des méduses est fort incomplet.

Après Réaumur, nous n’avons à citer que quelques faits consignés par Baster dans ses Opuscula mis au jour de 1762 à 4765, el aux articles intitulés de Medusis (Jobi Baster, Opuscula successiva , 1762; t. I, p. 122, ett. IT, p. 53). Baster, dans ces deux notes *, donne quelques détails généraux sur les béroés et

! « Priaporum, quos et urticas marinas quidam vocant, descriptionem, medusarum expositio , ut exciperet, par esset, quia a quibusdam scriptoribus confund.ntur; verum tot admiratione dignissimas in his animalibus reperio proprietates , accuratiore examine perserutandas, ut sufficientem horum animalium explicationem tradere adnucdum nequeam : sperans tamen fore, ut in quinio id fasciculo præstare deinceps possim. Lectorem itaque candidum sola trium medusarum specierum contemplatione, nunc contentum fore consido.

« Prima admodum plana (tab. (4, fig. 3) æquata plane, eo plerumque quo

hic depieta est, statu nalat.

« Linnæus eam cruciatam vocat, quod in corporis medio, quatuor parles

MÉDUSAIRES, 197 sur les méduses !, mais qui n’ont rien de bien sagace et de bien important.

En 1800 , Georges Cuvier, qui préludait à son immense réputation par des travaux partiels, publia un Mémoire sur l’organisation de l’espèce que Réaumur avait déjà étudiée , et qui plus tard reçut le nom de r'hizostome de Cuvier. Une figure dessinée par Cuvier lui-même représente les injections faites par ce grand anatomiste, et se trouve gravée dans le n° 33 du t. IT, partie 4, fig. 5, page 69 du Bulletin de la Société philomatique de fri-

crucem quasi formantes, gerit. Lacteæ sunt coloris hæ particulæ, nigrum singulæ in medio punetum satis magnum habentes. Cæterum animal, totum perlucidum est, colore aquæ pellugidæ marinæ simili, microscopii tamen ope, varii in corpore conspiciuntur apiculi et lineæ e centro ad peripheriam tendentes. Marginem infinitus tenuium fibrarum perpetuo, animali natante, motu gaudentium, numerus obsidet.

« incredibilem hoc animal, perlucidum licet, musculorum gerit Copiam, quorum ope omni se modo flectere potest atque movere.

« Quarta ejusdem tabulæ figura , idem animal ejusque inferiorem conspiciendam sistit planitiem ; in qua quatuor oblongæ, inferius latæ, superius angustio-. res conspiciuntur partes, Depingitur etiam animal, extimam in orbem contrahens marginem, unde pilæ, sive crumenæ rotundæ figuram accipit.

« Figura quinta ovatum exhibet medusam, qualem primus, ni fallor, Brownius (p. 384, tab. 43, fig. 2) in Historia Jamaicæ delineavit; quamvis illa a nostra parum diversa sit. Hæc enim novem habet costas (Brownii octo tantum);

“quæ etiam ingenti tenuium fibrarum numero obducta est, quæ, animali in aqua natante, tam assiduum et celerem edunt motum, ut oculi in eum defixi cæcutiant.

« Quamquam perlucidum sit animal, intestina tamen in eo nudo oeulo se conspicienda præbent, duo præcipue tubulorum instar, quorum alterum amplam in superiore extremitate aperturam habet.

« Brownius nomen beroes his animalibus , et hic delineatam , ut ab aliis discernatur, vocare posses, beroen ovalam, novem costis tenuissimis fibris obsitis instructam.

« In nostris hæc beroe invenitur littoribus, et in ipsis hujus urbis portubus, aprili potissimum mense : singularis enim variarum medusæ specierum proprietas est, quod aliæ aliis frequentissime inveniuntur mensibus.

« Altera beroes species figura sexta exhibetur. Hæc non major quam hic depingitur, duas longas habet caudulas sive appendices, æque ac costæ in corpore, tenuissimis in perpetuo motu versantibus cinctas fibris. Caudulas hasce longissime extendere, et rursus, ut figura septima ostendit, maxime contrahere et quidem celerrime, valet animal.

« Quoniam nobilissimus dominus Gronovius in Actis Helveticis (t. LIT, p. 35 et seq.) animalculorum horum formam externam descripsit, lectorem eo remittam : vocatur ibi beroe corpore octogono, tentaculis longissimis.

« Quæ de his berois et aliis medusarum speciebus dicenda mihi restant, fasciculo quinto, suo tempore seCcuturo, describere spero.

!« Fidem, tertio (p. 122) horum opusculorum fascicule adstrictam, quam-

maire an VIII. Une note ainsi conçue accompagne cette figure qu'on a citée fort souvent, mais qui est bien inférieure à celle donnée par Réaumur. Au reste, c’est de cette époque que date le genre rhizostome. Voici cette note textuelle :

« L'espèce que G. Cuvier a le plus examinée est celle décrite par Réaumur, dans les Mémoires de l’Académie pour 1710 : élle n’est point dans le Linné de Gmelin. Cet animal est en forme de champignon. La partie qui-correspond au pied du champignon se termine par huit feuilles triangulaires et dentelées. À chacune de leurs dentelures est un petit trou ; il y en a en tout près de huit cents. La méduse n’a point d’autre bouche. C’est par tous ces trous qu’elle suce le liquide qui la nourrit. De chacun d’eux naît ur petit vaisseau, qui se réunit aux autres pour en former un grand pour chaque feuille. Les huit vaisseaux se réunissent deux à deux, et les quatre vont directement à l’estomac, que l’on pourrait aussi nommer le cœur, puisqu'il distribue le suc nourricier qu’il à reçu des quatre gros vaisseaux que nous venons de décrire , dans toutes les parties du corps, par seize autres vaisseaux qui se rendent directement à toute la circonférence du chapeau, comme des rayons d’un cercle. Ces seize vaisseaux communiquent entre eux

primum liberaturus, mea de medusis observata, quamquam, ob animalium horum pelluciditatem, expositionem eorumdem difficillimam reddentem , spe atque opinione pauciora, hic subjungenda duxi.

« Multi has creaturas maris tantum excrementa dixerunt, ac vix animalium nomine dignas censuerunt. Observator vero attentus non solum vera esse animalia, sed eorum corpora ex tot, ac tam mire et artificiose inter se connexis, membris constare videt, ut admirabundus stupeat : partium vero ac membrorum dicta pelluciditas omnia tam clare ac distincte discernere, ut seduli lectoris curiositati satisfacere queamus, prorsus vetat,.

« Corpus eorum generatim ex multis constat circulis concentricis, pluribus fibris transversis per illos decurrentibus. Hi circuli et fibræ musculares sunt, atque animali vel in totum, vel pro parte contrahendi sese et expandendi facultatem præbent; quos motus dum alternatim peragit, lente per mare natat, mox vero, periculo animadverso et cessante motu, fandum petit.

« Margo corporis exterior, et in multis inferior etiam superficies, plurimis obsitæ sunt tentaculis, sive fibris tenuissimis, quas animal continuo movet, quibusque motis prædam arripit avide *. Exterior superficies prorsus in quibusdam lævis est, in aliis parvis papillis instructa.

« Variæ reperiuntur medusarum species ; Linnæus (Syst. natur., p.609, ed. X ) numerat undecim; et corpus gelatinosum depressum , orbiculatum habere, os subtus centrale esse, docet. Sunt tamen quædam, quæ ab hac definitione recedunt, quippe quæ corpus ovatum, et nonnullæ os superne habent, ut beroe, etc. Reverendus Borlase ( Natural History of Cornwall, tab. 25, fig. 7-17) sex medusarum species delineat; nos vero tres quatuorve describere conabimur. »

* « Urtica i. e. medusa noctu vagatur, vis pruritu mordax , contrahit se rigens, et præternatante pisciculo frondem suam spargit, complexumque devorat. Ora ei in radice esse, excrementa per summa reddit. ( Plinius, Hist. natur., lib. IX, cap. 45.)

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par un vaisseau circulaire et concentrique au bord du chapeau, et tout l'intervalle entre lui et ce bord est rempli d’un réseau vasculaire trés-compliqué et semblable à une jolie dentelle.

« L'auteur s’est servi pour cette anatomie d’une injection particulière imaginée par M. Duméril, et qui consiste à introduire du lait dans le système vasculaire et à l’y coaguler par le moyen du vinaigre. Toute autre matière aurait déchiré la substance gélatineuse de cet animal.

« G. Guvier conclut que la méduse est, de tous les animaux connus, celui qui ressemble le plus aux plantes par la multiplicité de ses bouches ou des pores par lesquels elle pompe sa nourriture. Il montre que c’est avec raison que Lamarck, dans les tableaux de ses cours d’helminthologie , et lui (G. Cuvier }, dans son Mémoire sur les rapports naturels des vers, et depuis dans son tableau de zoologie, ont rangé les méduses entre les astéries et les polypes. Au reste, toutes les méduses n’ont pas la même organisation que celle-ci. Plusieurs d’entre elles ont une bouche simple et très-grande. G. Cuvier leur laisse le nom de méduse, et il fait de celle qu’il a observée un genre particulier qu’il nomme rhizostome (bouche-racine). C’est une espèce trés-commune le long de nos côtes, et dont l’auteur doit les individus qu’il a disséqués à l’amitié de M. Humbert du Havre. »

Avant 4805, M. Bosc, nommé consul de France aux États- Unis, avait utilisé sa traversée par l’étude des animaux marins. De retour en France, M. Bosc s’occupa de travaux de compilation, souvent entachés de légèreté; mais cependant, dans son Hstoire des Vers, écrite pour la petite édition de Buffon, éditée par Déterville, il a donné, sur quelques acalèphes, des renseignements utiles et quelques bonnes observations. S’aidant des premiers travaux de Cuvier et de Lamarck, son coup d’œil général sur les méduses n’est pas dépourvu d'intérêt. (Vers, t. IT, p. 158, 1805.)

Pour cet auteur, les méduses, medusa de Linnæus, sont des zoophytes à corps libre , gélatineux, orbiculaire, convexe en dessus , aplati ou concave en dessous, avec des cirrhes ou des filets, ou des appendices simples ou rameux. Leur bouche est toujours inférieure.

Puis il trace un aperçu des travaux de ses devanciers en ces termes : |

« La plupart des naturalistes, avant Baster, avaient confondu les méduses avec les actinies ; mais leur organisation et leurs mœurs sont si différentes qu'il est superflu aujourd’hui de justifier leur séparation.

«Les méduses sont connues sur les côtes de France, où elles sont

communes , sous le nom d’orlies de mer, à raison de la singulière propriété dont elles jouissent de causer des démangeaisons à la main qui les touche *.

« Les méduses sont des animaux entièrement gélatineux , presque toujours transparents, de forme demi-sphérique, plus ou moins surbaissés en dessus, concaves en dessous , et qui nagent librement dans le vague des mers. Les organes extérieurs dont elles sont pourvues, sont placés dans leur partie plate et autour de la bouche, toujours inférieure et centrale. Ces organes se réduisent à des tentacules, d’une sorte dans quelques espèces, et de deux sortes dans d’autres. Les uns, ce sont les tentacules proprement dits, sont situés autour du disque du corps ; les autres , toujours plus gros ef plus variés dans leurs formes , entourent immédiatement la bouche, et sont appelés bras. Ces organes sont mentionnés dans le développement des espèces, attendu que c’est d’eux principalement qu'on tire les caractères propres à les différencier.

« La forme de la bouche des méduses varie dans chaque espèce. Dans les unes, c’est un simple trou placé au fond de la cavité inférieure ; dans les autres, c’est un tube, plus ou moins composé , qui se prolonge quelquefois beaucoup ; dans d’autres enfin il y a plusieurs bouches.

« Cette différence dans le nombre des bouches, qui avait déjà été remarquée par Dicquemare, a été employée par Cuvier, comme caractère, pour former un nouveau genre qu'il a appelé rhizosiome, et que Lamarck a adopté ; mais on n’en peut faire usage ici, faute de connaître les espèces qui lui appartiennent.

« Quoique la substance du corps des méduses n’ait que la consistance d’une forte gelée, cet qu’elle se liquéfie aisément, son poids est considérable.

« Les situations de mouvement et de repos, dans les méduses, sont fort peu différentes. Elles nagent par une action alternative de systole et de diastole, c’est-à-dire par l’écartement ou le rétrécissement de leurs bords, joint au mouvement de leurs tentacules. Comme leur pesanteur spécifique est plus grande que ceile de l’eau, elles ne peuvent faire paraître, au-dessus de sa surface, qu’une très-petite partie de leur sphéricité. Les plus faibles efforts suflisent pour les soutenir ; mais leurs élancements sont vifs et gracieux , surtout dans les petites espèces. Ordinairement, ou pour peu que la mer soit agitée, elles se laissent aller du côté où le vent souffle. Peu leur importe le lieu où elles vont, bien assurées que le hasard leur fera trouver partout la nourriture qui leur est propre ; mais lorsque le vent les porte sur les rivages, elles sont perdues sans ressource ; car elles ne peuvent résister à l'effort des vagues, et le

plus petit choc les désorganise entièrement. Aussi n’en voit-on, en gé- K

! Ce fait est loin d’être général.

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néral, qu’un très-petit nombre à portée des côtes ; c’est dans la haute mer qu’il faut aller pour juger de leur abondance.

« Les orties marines sont toutes phosphorescentes * pendant la nuit; mais cet effet est le résultat de leur volonté ; car il n’est pas permanent, souvent n’est qu'instantané , ainsi que l’a remarqué Bosc sur un grand nombre d’espèces qu il a vues en pleine mer. Toutes ne jouissent pas, comme l’a égalcment observé ce naturaliste, de la faculté de causer des démangeaisons par l’attouchement.

« On a beaucoup raisonné sur les moyens que les méduses emploient pour produire ces démangeaisons. L'observation n’a fourni aucune donnée capable de fixer les idées à cet égard. On sent l’effet sans voir la cause. Dicquemare , qui a publié plusieurs Mémoires sur les orties de mer, dans le Journal de Physique, dit qu’elles n’ont aucunes pointes propres à s’insinuer dans la peau ; et il croit qu’il exsude de leurs différentes parties, surtout de leurs tentacules, une liqueur caustique qui produit cet effet, qui a lieu même lorsque l’animal est mort. Bose, qui a touché plusieurs fois, qui s’est même fait toucher exprès par des méduses, croit avoir vu, par le moyen de la loupe, sortir de la surface des grands tentacules de petits mamelons à ventouses qui s’appliquaient sur la peau de la main. Comme ces mamelons sont d’une transparence parfaiie, ainsi que les tentacules, il n’a pu les distinguer que par suite de leurs mouvements : il ne donne donc cette observation que comme une conjecture, d'autant plus qu’elle est en opposition avec celle de Dicquemare.

« Lorsqu'une méduse, des plus venimeuses , touche le bras ou autre partie sensible , il paraît une rougeur considérable, des boutons de même couleur qui ont un point blanc au milieu. Ii se développe une douleur piquante qui, quand elle s’affaiblit, peut être comparée à des petites piqüres réitérées. Cela dure ordinairement une demi-heure, se calme par lapplication de linges trempés dans l’huile, ou même dans l’eau douce. La rougeur reparaît souvent au bout de plusieurs jours, lorsque la partie touchée se trouve, pour la premiére fois, dans une température plus chaude que celle de l’atmosphère.

« Les méduses étant presque toutes transparentes, il sembleraitque leur anatomie est três-aisée à faire ; cependant, à l'exception de leurs organes extérieurs et de leurs viscères qui sont souvent colorés en rouge ou en jaune, on ne connaît encore rien de satisfaisant sur cet objet. On peut dire ici que Cuvier s’en est occupé depuis peu , et qu’il a employé avec succès un moyen trouvé par Duméril pour les injecter sans les altérer. Ce moyen, c’est du lait qu'on fait cailler après qu’il a été introduit dans les Vaisseaux. On verra, lorsque les travaux de Cuvier seront publiés, combien l’organisation , si simple en apparence, des méduses, est cependant compliquée.

: Ce fait n’est pas général,

« Les méduses vivent de petits poissons, de vers, d'insectes, etc. ; elles saisissent leur proie de tous côtés, excepté en dessus. Les longs bras, les nombreux tentacuies dont la plupart des espèces sont pourvues, leur donnent de grands moyens pour cela ; elles portent cette proie à la bouche par le même artifice. Peut-être la propriété piquante leur a-t-elle été donnée par la nature pour les aider dans cette opération ; mais ies méduses n’ont pas encore été étudiées convenablement.

« Les moyens de reproduction des méduses sont totalement inconnus. Il ne paraît pas qu'elle ait lieu par section , car les membres qu’elles perdent par accident ne repoussent pas comme ceux des actinies, et autres animaux de la classe des polypes.

«Les ennemis des méduses doivent être très-nombreux. On dit que les baleines en font une grande destruction. Dicquemare observe qu’elles sont mangées par les actinies, et qu’elles donnent des signes de vie jusqu’à ce qu’elles soient entiérement engouffrées dans l’estomac de ces dernières.

« Quelques méduses parviennent à un très-grand volume ; on en cite de plus d’un demi-métre de diamètre ; et sans doute il y en a de plus grandes dans les mers entre les tropiques.

« Elles répandent pendant leur vie , et encore plus après leur mort, une odeur nauséabonde, particulière , extrêmement désagréable. »

Mais c’est en 1809 que Péron et Lesueur placèrent à la tête de leur Monographie des Méduses des notions préliminaires écrites avec un charme particulier, et qui sont insérées dans le tome XIV (p. 325) des Annales du Muséum. Cet aperçu remarquable, bien que répétant divers faits déjà connus, généralisait avec bonheur pour l’époque les vues de ces deux auteurs pour Ja rédaction de leur monographie.

« De tous les zoophytes que la nature a répandus à la surface dé l'Océan , il n’en est point de plus nombreux et de plus extraordinaires que ceux auxquels le grand Linnæus imposa le nom de méduses. Toutes les mers nourrissent diverses tribus de ces animaux singuliers ; ils vivent au milieu des froides eaux du Spitzherg , du Groënland et de l'Islande ; ils pullulent sous les feux de l’équateur, et le grand Océan Austral en nourrit lui-même de riches et nombreuses espèces. Tous les peuples maritimes paraissent les avoir connus dés la plus haute antiquité ; Philippides , Eupolis, Aristophane , et Diphilus avant Aristote, en ont parlé ; et depuis les temps de Pline jusqu’à nos jours, plus de cent cinquante écrivains de toutes les nations de l’Europe se sont occupés de jeur histoire.

« Malgré tant de travaux et d’honorables efforts , le genre des méduses est encore un de ceux qui présentent le plus d’incertitude et d’erreurs aux naturalistes; et cette incertitude, ces erreurs tiennent à la

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nature même des animaux dont il s’agit. Aucune autre famille ne réunit, en effet, plus de singularité dans la matière , plus de bizarreries dans les formes, plus de variétés dans les organes, plus d’anomalies dans les fonctions ; aucune autre aussi ne présente au physiologiste plus de problèmes à résoudre , plus de découvertes à poursuivre.

« La substance des méduses , par exemple , se résout entiérement, par une sorte de fusion instantanée, en un fluide analogue à l’eau de mer , et cependant les fonctions les plus importantes de la vie s’exercent dans ces corps qui sembleraient n'être, pour ainsi dire, que de l’eau coagulée. La multiplication de ces animaux est prodigieuse , et nous ne savons rien de certain sur le mode de génération qui leur est propre; ils peuvent arriver à des dimensions de plusieurs pieds en diamètre, ils pésent parfois de cinquante à soixante livres, et leur système de nutrition nous échappe ; ils exécutent les mouvements les plus rapides, les plus soutenus, et les détails de leur systéme musculaire sont inconnus; leurs sécrétions paraissent être excessivement abondantes, nous ne voyons rien qui puisse nous en donner la théorie ; ils ont une espèce de respiration très-active, son véritable siége est un mystère ; ils paraissent extrêmement faibles, des poissons de 12 à 15 centimètres sont leur proie journalière ; on croirait leur estomac incapable d'aucune espèce d'action sur ces derniers animaux , en quelques instants ils y sont digérés ; plusieurs d’entre eux recélent à l’intérieur des quantités d’air assez considérables, nous ignorons également par quels moyens ils peuvent ou le recevoir de l’atmosphére et des eaux, ou le développer dans leur intérieur ; un grand nombre de ces z00phytes sont phosphoriques, ils brillent au milieu des ténébres comme autant de globes de feu: la nature, le principe et les agents de cette admirable propriété sont à découvrir; quelques-uns brûlent et engourdissent, pour ainsi dire, la main qui les touche, la cause de cette bràlure est encore un problème. Il me serait facile d’entrer dans de plus longs détails sur les singularités qui distinguent les méduses ; mais il me suffit d’avoir indiqué les principaux titres qu’elles ont eus dans tous les temps à l’intérêt des observateurs, et d’avoiréfait pressentir au lecteur toute l’importance des recherches sur lesquelles je viens appeler son attention.

« Au milieu des vastes mers que nos vaisseaux ont si longtemps parcourues , nous avons découvert, M. Lesueur et moi, plus d'espèces nouvelles d'animaux de ce genre que les naturalistes de tous les temps et de tous les pays n’en ont fait connaître avant nous. Ces espèces nom breuses ont toutes été décrites et peintes d’après des individus vivants ; elles ont été pour nous l’objet d’une foule de recherches et de découvertes importantes ; d’une autre part, tous les auteurs qui ont écrit sur les méduses ont été mis à contribution ; je me suis astreint à copier dans plusieurs centaines de volumes de diverses langues tout ce qui pouvait offrir quelques rapports avec ces animaux, et M. Lesueur à

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calqué lui-même les dessins ct les peintures disséminées dans les nombreux volumes dont il s’agit; enfin nos excursions récentes sur les. rivages de la Manche et de la Méditerranée ont mis à notre disposition la plupart des espèces européennes qui avaient été décrites avant nous.

« Riches de tant de matériaux, nous nous proposons , dans cet ouyrage, de donner successivement l’histoire de toutes les espèces et de tous les genres qui doivent composer cette grande famille du règne animal; nous traiterons en détail de l’organisation, des mœurs, des habitudes de ces êtres singuliers; nous exposerons tout ce que nous avons pu découvrir sur leurs systèmes variés de locomotion , de digestion , de génération , etc.; nous rappellerons par quelle suite d’expériences nous avons été conduits à reconnaître dans les méduses un mode de respiration analogue à celui des animaux plus parfaits , et qui pourtant avait échappé jusqu’à ce jour aux recherches des observateurs les plus habiles ’ ; nous dirons les divers phénomènes de la propriété phosphorique , et nous nous étendrons avec d’autant plus d'intérêt sur cet objet, qu'il se rattache plus immédiatement au grand problème de la phosphorescence des mers.

« Quelque simple ? que puisse être l’organisation des méduses, elles n’ont cependant pas été répandues au hasard à la surface de l'Océan ; chaque espèce a son habitation propre, dont elle ne paraît pas outrepasser les limites, soit que la température des flots, la nature ou l’abondance des aliments l’y retiennent , soit que le système borné de locomotion qui caractérise ces animaux ne leur permette pas de s’éloigner des lieux où primitivement ils furent établis par la nature. Quelle qu’en soit la vraie cause, il n’en est pas moins certain qu'à tels ou tels parages appartiennent exclusivement telles ou telles espèces ; c’est là que l’observateur étonné rencontre ces vastes bancs d'individus semblables, au milieu desquels il navigue quelquefois pendant plusieurs jours , et dont ensuite le reste de l’Océan ne lui présente plus aucune trace. Cette partic curieuse de l’existence des animaux dont il s’agit ayant été pour nous l’objet d’une attention spéciale , nous ne manquerons pas de joindre à l’histoire de chaque genre le tableau géographique de toutes les espèces qui le composent.

« Il en sera de même des saisons diverses où les méduses se montrent dans les différents pays, et cette observation devient surtout précieuse pour l’histoire de celles qui vivent dans nos mers. Ces zoophytes ne paraissent en effet sur les côtes de l’Italie, de l’Espagne , de la France, de j’Angleterre , de la Suède, du Danemark, de l’Islande , du Groën-

‘ Le seul Tilesius, d’après les belles expériences de Spallanzani sur les méduses phosphoriques, à supposé l’existence de cette grande fonction. (Jarb. na- Lurg., p. 196, 197.)

* Cette simplicité ne peut plus être admise aujourd’hui. (Note de M. Lesson.)

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land et du Spitzberg , qu’au milieu du printemps ; elles y sont surtout abondantes à l’époque de la canicule ; leur nombre diminue aux approches de l’automne , et dès le milieu du mois de novembre leurs innombrables légions disparaissent pour aller peut-être, comme tant d’autres animaux pélagiens, s’ensevelir et s’engourdir au fond des eaux. Dans les mers équatoriales , au contraire, les méduses couvrent l'Océan , même au milieu de l’hiver de ces contrées, et tout annonce que ces dernieres espèces sont étrangères aux migrations , ou plutôt à Ja torpeur hibernale de ceiles de nos climats. Considéré sous ce point de vue, notre travail doit offrir, nous le pensons , de nouveaux et d’intéressants résultats. “IA

« L'économie domestique n’a pas entiérement négligé les méduses. Diphilus Siphnius, Dioscorides et les autres médecins de l’antiquité grecque en parlent comme d’un remède précieux contre la goutte , les engelures, etc. Ils assurent que l’usage de ces animaux reläche doucement le ventre, appelle les urines et fortifie l’estomac. Philippides , dans son ÆAmphiarus ; Athénée , dans le troisième livre des Déipnosophistes parlent des vélelles comme d’un mets délicieux ; et de nos jours encore, les mêmes animaux sont avidement recherchés par les Apicius de la Sicile, par ceux de la mer Ionienne, et surtout par les Grecs de la Morée. En quelques lieux on emploie les méduses pour féconder les terres; on a récemment tenté d’en retirer de l’ammoniaque, etc. Tous ces faits ne sauraient être étrangers à l’histoire qui nous occupe ; les recucillir et les exposer avec soin, ce sera, sans doute, appeler un nouveau degré d'intérêt sur des animaux trop négligés , sous le double rapport de la science et de Putilité publique.

« Tant de singularités distinguent les animaux dont nous parlons, qu’il n’est pas étonnant que , chez différents peuples, ils aient été l’objet d’une foule de traditions et de fables ridicules , comme si toutes les productions extraordinaires de la nature devaient être pour l’esprit humain une source constante de superstitions et d’erreurs. Nous n’avons pas cru devoir négliger ces traditions populaires ; sans être indispensables à la science, elles en forment un complément curieux.

« EL lorsque, sous tous les rapports que nous venons d'indiquer, nous aurons tracé l’histoire de toutes les espèces de méduses connues jusqu’à ce jour, alors nous élevant à des considérations plus générales, nous exposerons le tableau progressif de nos connaissances sur ces animaux ; nous verrons combien peu les Grecs et les Latins étaient avancés dans cette partie de la science de la nature ; nous dirons combien peu les commentateurs du xvisiècle,Gyilius, Massaries, Scaliger, Mathiole, etc., ont ajouté de notions exactes à celles des anciens; mais nous verrons fleurir, à la même époque, les pères de la science, Bélon, Rondelcet, Imperato.

« Le xvrif siècle nous offrira successivement le travail de Columna sur les vélelles, celui de Mertens sur Jes méduses du Spitzberg ; Sloanne nous

fera connnaître quelques espèces de l'Océan Atlantique, et surtout la physale; de Heide nous fournira les premiers détails sur l'anatomie des méduses ; Hanneman, le premier, soumettra leur substance à l'analyse chimique.

« Mais c’est au xvure siècle surtout que les découvertes les plus mémorables de la science viendront se rattacher. Réaumur ouvre cetle brillante époque par ses belles recherches sur les méduses des côtes du Poitou ; Linnæus s'élève comme un géant au milieu du siècle environné des Brown, des Borlase, des Pallas, des Forskaël, des Fabricius, des Modeer, des Spallanzani, des Müller, et d’une foule d’autres observateurs célèbres ; et, comme si rien n’eût dû manquer à la gloire de ce siécle, M. Cuvier ferme cetie immense carrière de travaux et de recherches, en fixant d’une manière plus exacte la place que doivent occuper les méduses dans la chaîne naturelle des êtres, en assignant les vrais principes de cette partie de la science, en créant le genre rhizostome pour une espèce de nos rivages, le plus étonnant et le plus compliqué de tous les animaux qui se rapportent à cette famille.

« Le xix° siècle est à peine commencé, et déjà Vancouver, Jonsthon et Marchand nous ont appris que le grand Océan boréal était couvert de ces vélelles qu’on avait cru si longtemps particuliéres aux flots de l’Atlantique et de la Méditerranée ; M. de Lamarck a produit son beau travail sur les divisions du genre medusa de Linnæus, et M. Bosc a publié d’intéressantes observations sur les mœurs des diverses tribus de ces animaux pélagiens dont il a lui-même découvert plusieurs nouvelles espèces.

« À ces différentes recherches, nous joindrons le tableau chronologique et raisonné de tous les auteurs qui se sont occupés des méduses ; et, sous ce dernier point de vue, notre travail sera bien supérieur à la partie correspondante de la bibliothèque de Banks, de celles de Boehmer et de Modeer; nous aurons, en effet, plus que décuplé les catalogues qu’elles contiennent.

« Nous terminerons notre histoire par la table alphabétique de tous les noms génériques, spécifiques et triviaux qu’ont employés les divers auteurs et les différents peuples pour désigner les méduses, et des résultats curieux naïîtront pour nous de ce dernier rapprochement ; c’est ainsi, par exemple, que, depuis les temps les plus anciens de l’histoire jusqu’à nos jours, nous verrons tous les peuples s’accorder à désigner ces animaux sous des noms correspondant au knidé et à l’acaléphé des Grecs, qui correspondent eux-mêmes à l’urlica des Latins; et si nous cherchons à remonter jusqu’à la source de cette singulière conformité de nomenclature, nous la trouverons dans la propriété qu'ont plusieurs espèces de causer, par leur contact, un sentiment de piqûre brûlante analogue à celui que, dans les mêmes circonstances, produit l’urlica urens des diverses contrées de l’Europe.

« Je viens d'exposer le plan général que nous nous proposons de

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suivre dans notre travail; il ne me reste plus, avant de passer à l’histoire particulière des genres et des espèces, qu’à bien établir le système de nomenclature et de division que nous avons cru devoir adopter.

« En parcourant la série nombreuse des dessins que nous avons exécutés et réunis sur les méduses , on s’aperçoit aussitôt d’une grande et bien importante différence entre elles : la plupart de ces animaux, en effet, sont absolument mous et gélatineux ; d’autres portent à leur partie supérieure une vésicule, ou même un bouclier membraneux rempli d'air par le moyen desquels ils se soutiennent et se meuvent à la surface des flots : de cette différence essentielle résultent les deux premiéres coupes générales suivantes :

« 1°. Méduses entièrement gélatineuses ;

« 2°, Méduses en partie Membraneuses.

« Parmi ceiles de la première division, les unes sont pourvues de côtes longitudinales, garnies d’une innombrabie quantité de cils qui nous paraissent être à la fois les organes du mouvement et de la respiration ; d’autres espèces manquent de ces côtes et de ces cils ; de là nous distinguons :

« 3°. Les méduses gélalineuses avec des côles cilices ;

« 4°. Les méduses gélatineuses sans côles ciliées.

« Des différences non moins importantes distinguent les méduses gélatineuses entre elles ; la plupart ont une cavité stomacale plus ou moins distincte ; quelques-unes paraissent entièrement privées de cet organe ; nous désignons ces dernières sous le nom de méduses agastriques, et nous appelons méduses gastriques toutes celles qui ont un estomac; mais cet organe peut avoir ou bien une seule, ou bien plusieurs ouvertures; de là naît une premiére division des méduses gastriques en monosiomes et polysiomes..

« Parmi les espèces de ces diverses sections, celles-ci ont un péduncule central, celles-là manquent de cet appendice; nous appelons les unes méduses pédunculées, les autres méduses non pédunculées.

« Le péduncule, à son tour, peut être terminé ou non par des espèces de lanières plus ou moins nombreuses et plus ou moins fortes que l'animal emploie ordinairement à saisir sa proie , et que plusieurs naturalistes ont désignées sous le nom de bras. D’après la présence ou l'absence de ces parties, nous distinguons les méduses brachidées et les méduses non brachidées.

« Enfin, ces animaux différent encore entre eux d’une manière assez importante : la plupart ont reçu de la nature des espèces de filets plus ou moins Iongs, plus ou moins multipliés, qui, répartis à la circonférence du corps, avertissent l’animal de tout ce qui se passe autour de lui. Ces organes précieux manquent à plusieurs espèces ; et de celle privation , ou de cette addition de parties, nous avons it notre der-

niére distinction des méduses fentaculées et des méduses non tenlaculées.

« À l'égard âu corps même de ces animaux, il a successivement été désigné sous les noms de disque, bonnel, chapeau, chapileau, calotte, téle, hémisphère, plateau, couvercle, parasol, etc. Nous préférons le nom d’ombrelle, employé par Spallanzani dans son admirable Mémoire sur les méduses phosphoriques du détroit de Messine.

« Enfin le nom de méduse lui-même, conservant la signification générale que lui donna Linnæus, devient pour nous une dénomination commune aux méduses proprement dites des auteurs modernes, aux béroés, aux porpites, aux physales, aux rhizostomes, et à tous les autres genres nouveaux que nous avons cru devoir établir dans cette grande famille des animaux invertébrés.

« Telle est la marche aussi simple que rigoureuse d’après laquelle nous avons formé notre système de nomenclature et de divisions générales. Dans ce travail, nous avons cherché surtout à subordonner l’importance des caractères à celle des organes dont nous les avons empruntés, et nous pensons avoir rempli cet objet d’une manière aussi exacte que l’état actuel de la science pouvait le permettre. »

Mais après leur travail d'ensemble fondé sur l’organisation, on voit Péron et Lesueur publier dans le t. XIV des Annales du Muséum (p. 325) une révision du grand groupe nommé par eux les méduses équorees. Noïici ce travail :

« Nous venons de terminer la description de toutes les espèces d’équorées connues jusqu’à ce jour ; nous avons successivement parcouru tous les détails d'organisation qui les caractérisent, tous ceux qui sont relatifs à la forme, à la couleur, à la phosphorescenee, à l’habitation particulière de ces méduses. C’est à des considérations plus générales qu’il convient de nous élever maintenant ; c’est de la vie même de ces animaux que nous allons nous occuper ici; nous dirons tout ce que nous avons pu découvrir sur les fonctions qui la constituent et l’entretiennent, sur les phénomènes qu’elle développe, sur ceux qui la terminent et qui la suivent. Cette partie de notre travail est sans doute bien loin d’être complète ; mais la plupart des observations que nous allons faire connaître sont absolument nouvelles, et plusieurs d’entre elles nous paraissent de Ja plus incontestable exactitude.

«1°. Substance. La substance de tous les zoophytes dont il s’agit présente au premier coup d’æœil l'apparence d’une sorte de gelée plus ou

moins diaphane, plus ou moins consistante, plus ou moins agréable-

ment colorée, suivant les espèces. À l’exception des lignes, des lamelles

t des vaisseaux qui tapissent la face inférieure de l’ombrelle, le tissu de cette substance paraît homogène, alors même qu’on l’observe avec les plus fortes Joupes : en quelque sens qu’on la déchire ou qu’on la

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coupe, l'apparence ne change pas ; on ne découvre aucune trace de vaisseaux intérieurs : telles paraissent même la densité, l’homogénéité de cette matière , qu’on ne saurait concevoir la ténuité prodigieuse des canaux qui doivent la pénétrer et la nourrir. Exposée au contact de l'air atmosphérique, elle se résout en un liquide incolore et très-analogue à l’eau de mer ordinaire : nous parlerons ailleurs des particularités que présente cette liqueur lorsqu’on ja laisse passer à la décomposition putride ; nous dirons quels résultats on à obtenus des analvses qu'on en a faites ; il nous suffit d’observer maintenant que cette sorte de fusion des équorées est si complète, que d’un individu pesant plusieurs kilogrammes, à peine reste-t-il sur le filtre quelques milligrammes d’un résidu membraniforme.

«20, Locomotion. Malgré cette composition singulière de leur substance, les équorées , ainsi que toutes les autres espèces de méduses, jouissent d’une force de contraction véritablement étonnante. Toujours actives à la surface des mers, on les voit alternativement se resserrer sur elles-mêmes et se développer ensuite avec une rapidité plus ou moins grande : nous décrirons dans une autre circonstance le mécanisme de ces mouvements ; attachons-nous d’abord à l’effet qu’ils doivent produire par rapport à la position de l’animal qui les exécute.

« En se resserrant sur elles-mêmes, les équorées tendent à repousser la colonne d’eau qui se trouve immédiatement en contact avec la face inférieure de leur oembrelle ; par la résistance du fluide et la décomposition de mouvement qu'elle produit, le zoophyte se trouve en quelque sorte projeté dans une direction contraire à celle de la colonne d’eau déptacée par le choc ; il aura donc changé de place d’une quantité quelconque , et cette quantité, toutes choses égales d’ailleurs, sera proportionnelle à la force de répulsion qu’il aura développée. Dans l'expansion qui succède aussitôt à la contraction, l'animal heurte également la colonne d’eau subjacente , et de cette seconde percussion résulte pour lui un nouveau pas, s’il est permis de s'exprimer ainsi,

« Quelque nombreux, quelque variés que puissent être les mouvements des méduses, on peut cependant les ramener tous à ces deux éléments aussi simples que faciles à concevoir. Ainsi l’un de ces animaux veut-il s'élever du fond des mers à leur surface, il s'établit dans une situation verticale, frappe de bas en haut, et s'élève, par une suite de pas, ou pour parler sans métaphore , par une succession plus ou moins rapide de contractions et de dilatations, jusqu’à la hauteur qui lui convient. Veut-il changer la direction de sa route, il s’incline de manière à ce que l’ombrelle forme avec horizon un angie plus ou moins aigu, et dans cette situation nouvelle, la direction du choc étant oblique comme celle de la résistance, l'animal se trouve repoussé lui-même et chemine dans ce dernier sens. Parveuu à la surface des eaux, la position verticale ne peut plus avoir d’autre effet que de maintenir le zoophyte en place ; mais, pour en changer, il faut qu'il

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revienne à la situation oblique. C’est en effet de cette dernière façon que toutes celles des méduses dont le corps est entièrement gélatineux et orbiculaire nagent sur les eaux ; jamais leur ombrelle n’est sur la ligne d’horizon que dans les cas de repos ou d’immobilité relative.

«Le mécanisme que les équorées emploient pour redescendre au fond des eaux est encore plus simple que les divers mouvements que nous venons de décrire. Leur substance étant en effet d’une pesanteur spécifique plus grande que celle de l’eau de mer, il leur suffit de se contracter fortement sur elles-mêmes, pour qu’aussitôt elles se trouvent entraînées par leur propre poids. Dans certains Cas, et sans doute alors pour précipiter leur descente, elles se renversent de manière à ce que le dessus de l’ombrelle soit dirigé en bas, et, dans cette position, elles exécutent les mêmes mouvements que pour s'élever sur les flots.

« 30, Moyens de découvrir et de saisir la proie. Toutes ces évolutions des équorées ont pour but essentiel la recherche de la proie qui leur convient, et quoique moins favorisées, sous ce rapport, que les méduses pourvues de bras, elles ont reçu pourtant de ia nature des moyens assez variés, assez puissants pour assurer le succès de leurs efforts. Les tentacules filiformes plus ou moins longs, plus ou moins nombreux qui garnissent l’ombrelle, sont doués de la sensibilité la plus exquise : toujours en action autour de l’animal , ils cherchent avidement la proie dont il a besoin ; ils s’enlacent autour d’elle et l’entrainent vers l’ouverture de l'estomac ; celle-ci se dilate , les lanières, les franges, les cils qui terminent son rebord s'appliquent sur la victime; elle ne tarde pas à être engloutie dans la cavité fatale qui se referme aussitôt.

« À ces moyens de préhension, quelques espèces d’équorées unissent peut-être cette causticité brülante qui distingue plusieurs autres méduses, mais aucune de celles que nous avons chservées ne nous a paru jouir de cette propriété remarquable.

« La nourriture des équorées se compose vraïisemblablement en grande partie de ces myriades d’animalcules gélatineux qui pullulent dans toutes les mers, et dont l’étude, à peine ébauchée sur quelques points de nos rivages , a déjà dévoilé tant de merveilles, et reculé si loin ies bornes de l’existence et de l’organisation animales : l’équorée amphicurte , la bunogastre, la mésonème et la phosphériphore doivent être surtout dans ce dernier cas ; il parait impossible , en effet, que l'estomac étroit et vittuliforme de ces zoophytes puisse recevoir autre chose que des animalcules ; la faiblesse et la brièveté des tentacules dans ces mêmes espèces viennent à l’appui de cette présomption ; à l'égard des équorées dont l’estomac est large et profond, elles ne eraignent pas , ainsi que nous l’avons observé nous-mêmes, de s'attaquer aux plus grandes espèces de béroés, de salpas, et même aux petits poissons pélagiens qui vivent habituellement dans les fucus.

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«4, Système digeslif. Aucun organe ne parait moins propre à remplir les plus importantes fonctions de la vie que l’estomac des zoophytes dont nous parlons ; d’une substance mollasse et gélatineuse, d'une grande ténuité dans ses parois, d’une délicatesse extrême dans son tissu , il paraît également incapable et de retenir et de digérer les animaux qu’il a reçus. L’incertitude augmente alors que , pénétrant dans l’intérieur de cette cavité singulière, on veut en examiner les détails. Nulle part l’œil, armé des meilleures loupes, ne peut découyrir aucune trace de ces nombreux suçoirs que nous aurons occasion de décrire ailleurs , et qui tapissent le fond de l’estomac de plusieurs autres méduses ; tout ce qu’on peut voir dans celui des équorées, c’est qu’il est lubrifié, sur tous ses points, par une espèce de suc gastrique légérement visqueux au toucher, et qui, lorsqu'on l’applique sur la langue , détermine aussitôt une sensation assez vive, mais très-fugace, de douleur et de brülure. Quelle que soit la nature de ce fluide important , et dont nous aurons souvent occasion de parler dans l’histoire générale des méduses, il paraît certain qu’il joue le principal rôle dans la digestion des équorées ; c’est par lui que la substance des animaux surpris par ces zoophytes est plus particulièrement attaquée ; c'est lui qui la pénètre, qui la dissout et la décompose.

« bo, IVutrilion. Après avoir subi cette première espèce d’altération, les aliments sont vraisemblablement portés dans un système général d'absorption et de circulation intérieure où , par de nouvelles modifications , ils achévent de s’assimiler à la substance des équorées; mais tous les agents de cette double fonction nous échappent : on ne peut découvrir, ni pores absorbants, ni vaisseaux autres que ceux qui tapissent la face inférieure de l’ombrelle, et qui paraissent servir. à la respiration, ainsi que nous le dirons bientôt. D'ailleurs ces derniers vaisseaux sont absolument simples , et l’on ne découvre aucun rameau qui s’en détache , pour pénétrer dans lépaisseur de l’animal.

« 6°. Accroissement el dimensions. Quel que puisse être le système de nutrition des équorées , il parait jouir d’une énergie considérable, car indépendamment de la croissance rapide et des dimensions assez fortes auxquelles ces animaux peuvent arriver , il est une particularité de leur histoire qui suppose une force de réparation et d’assimilation bien puissante.

«70, Excrétions. Qu’on abandonne, en effet, un de ces zoophytes dans un vase rempli de plusieurs litres d’eau de mer trés-pure; bientôt Ja transparence du liquide s’altère , des flocons glaireux se manifestent sur tous les points du vase; ils augmentent si rapidement, que dans un espace de temps très-court, on voit l'animal expirer au milieu des excréments qu'il a rendus. Que si l’on a soin de renouveler très-souvent l’eau du vase , la méduse conservera toute son activité , mais telle est toujours l’abondance de la matiere -Visqueuse qui transsude de toutes les parties de son corps , que la vingtième portion d’eau en sera

pour ainsi dire, aussitôt altérée que la première. Quels peuvent être les canaux excréteurs d’une espèce de transpiration aussi extraordinaire ? Nous n'avons rien pu découvrir de satisfaisant à cet égard, et la solution du problème est d’autant plus difficile, que la substance de l’ombrelle paraît plus complétement étrangère à l’organisation vasculaire, qu'use pareille excrétion semblerait devoir exiger.

« 8°, Contraclibilité. En traitant de la locomotion des équorées , nous n'avons dit qu’un mot de la force de contraction qui caractérise essentiellement tous les animaux de la grande famille des méduses ; nous reviendrons dans une autre circonstance sur le siège principal e£ sur les agents de cette faculté précieuse; c’est sous un point de vue tout nouveau que nous allons la considérer dans lesquisse suivante de nos recherches , et de la découverte que nous pensons avoir faite à cet égard.

« 9°. Respiration. La contractibilité dont il s’agit se manifeste par des phénomènes si sensibles, qu’il n’est pas étonnant que la plupart des auteurs en aient fait une mention particulière. Tous s'accordent à reconnaître , dans les contractions et les dilatations alternatives de ces zoophytes, un système particulier de Jocomotion et de progression; sans doute cette assertion est exacte , et les détails que nous avons donnés nous-mêmes à cet égard ne peuvent laisser aucun doute raisonnable sur ce point essentiel de l’histoire des méduses : mais ces mouvements si réguliers, si constants, sont-ils donc exclusivement consacrés à cette dernière fonction? Tel est le problème que nous allons chercher à résoudre.

« Qu’on observe une méduse quelconque à la surface des eaux, et dans quelque circonstance que ce puisse être, on la verra contracter et dilater alternativement son ombrelle ; qu’on étudie le rapport de ces oscillations avec ja progression du zoophyte, on reconnaîtra bien- {tôt que, dans certains cas, et alors même qu’elles sont le plus vives, elles ne sont cependant suivies d’aucun déplacement de l’animal qui les opère ; que retirant la méduse des flots, on la place dans un vase de yerre suflisamment fourni d’eau de mer fraîche, et dont le diamètre soit dans un tel rapport avec celui de l’ombrelle, que la progression soit physiquement impossible, les oscillations n’en auront pas moins lieu avec les mêmes caractères que lorsque la méduse nageait en liberté sur les eaux; que l’animal descende au fond du vase, et s'applique contre ses parois inférieures, dans cette dernière circonstance encore, les mêmes mouvements se continueront , et quoique moins énergiques en apparence , ils offriront toujours les caractères de cette succession régulière que nous venons d'indiquer ; qu'arrachant le zoophyte à son élément naturel, on le place sur la main, sur une table, sur une pierre, ou sur tout autre corps solide , il n’en continuera pas moins à se mouvoir ; les oscillations, sans doute , paraïîtront plus faibles, parce que les organes qui les déterminent seront, pour ainsi dire, aflaissés

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sous le poids du corps, mais elles ne seront ni moins régulières, ni moins constantes; qu'avec certaines précautions qui seront exposées ailleurs, on découpe en plusieurs morceaux l’ormmbrelle d’une méduse , chacun des tronçons continuera à se mouvoir pendant un temps plus ou moins long.

« Qu’aprés avoir constaté l'existence de ces oscillations sous tous les rapports que nous venons d'indiquer, l'observateur cherche à connaître jusqu’à quel point ces mouvements peuvent être réguliers , il s’assurera bientôt que les contractions et les dilatations sont isochrones, c'est-à-dire, qu’à des parties de temps égales correspondent des nombres égaux de chacune d'elles; que, dans des circonstances semblables, Ja quantité de ces oscillations est la même pour les individus de proportions analogues; qu’elle est d'autant plus grande, toutes choses égales d’ailleurs, que les animaux de chaque espèce sont plus petits, et vraisemblablement plus jeunes ; que ces sortes de pulsations deviennent d'autant plus rares et plus faibles , que l’énergie vitale diminue davantage; mais que, dans ce dernier cas encore, elles conservent leur isochronéité; qu’elles persistent même quelque temps après la mort générale de l'individu, et qu’eiles peuvent être entretenues ou excitées par divers agents physiques et chimiques.

« Spallanzani avait déjà répété lui-même la plupart de ces expériences, et nous, quoique étrangers alors au travail de ce grand homme, nous avions été conduits aux mêmes résultats par l’observation de plusieurs milliers de méduses de diverses espèces, recueillies dans toutes les mers.

« Maintenant, nous osons en appeler à tous les physiologistes, comment concevoir que tan£ de caractères éminents , que tant d'ordre et de régularité, puissent appartenir exclusivement à*ce même système de locomotion qüi , dans toutes les autres familles d'animaux , semble exiger de la nature et paraît avoir reçu d’elle le plus de mobilité dans son principe, le plus d’anomalie dans ses développements, le plus d'indépendance et de versatilité dans ses agents immédiats ? Comment se refuser , de bonne foi, à reconnaître, aux caractères nombreux que nous venons d'indiquer , un véritable système de contractibilité, dont la locomotion est , à la vérité , l’un des résultats les plus sensibles, mais qui paraît se rattacher d’une manière bien plus importante encore à l’essence même de la vie des méduses ?

«Si l’on parcourt, en effet , la série nombreuse des êtres qui composent le règne animal , on reconnaît bientôt que, quelles que soient les différences de formes et d'organisation qu’ils affectent, tous ont cependant un certain nombre de fonctions communes , sans la réunion desquelles leur existence serait, pour ainsi dire, impossible à concevoir. Dans les animaux plus parfaits, chacune de ces grandes fonctions à son siége propre, ses organes distincts et ses lois particulières ; mais il n’en pouvait pas être ainsi de ces espèces anomales , sur les-

quelles la nature semble, en quelque sorte , s’être essayée aux grandes créalions animales : la substance singulière de ces espèces moins parfaites, l’homogénéité de leur tissu , la simplicité de leur organisation, réduite aux premiers éléments de Ja vie, tout s'oppose en elles à la distinction , et surtout à la multiplicité des organes. Subordonnées dès lors à des agents communs, les fonctions les plus essentielles à lexistence peuvent être aisément méconnues, parce qu’elles se confondent dans leurs effets, comme dans le principe qui les détermine et qui les entretient.

« Ce principe paraît être pour les méduses la contractibilité même dont il s’agit. Qui ne voit, en effet, combien ces mouvements si continus, si réguliers de systole et de diasiole, sont favorables à la circulation des liqueurs dans les vaisseaux les plus délicats de l’ombrelle ? combien ils aident à la digestion , à la nutrition ? combien ils ont d’influence sur ces excrétions abondantes dont nous avons parlé? combien, enfin , ils ont d’analogie avec ces mouvements d'inspiration et d'expiration que nous offrent la plupart des autres productions du régne animal ?

« Dans l’un et l’autre cas, la marche des phénomènes est pareille ; les modifications en sont comparables , et les résultats en sont également utiles, également indispensables à la conservation des êtres qui les produisent : de même, en effet, que par le jeu de leurs poumons et dé leurs branchies , les mammifères ét les poissons peuvent renouveler la portion d’air ou de liquide qui les environne ou qui les pénètre, de même aussi, par les contractions et les dilatations alternatives de leur ombrelle , Jes méduses ont la faculté de rémplacer par de nouvelle eau celle qui se trouve immédiatement en contact avec elle, et ce changement leur est peut-être encore plus indispensable qu'aux animaux avec lesquels nous les comparons sous ce rapport. L’abondance de leurs excrétions est effectivement si considérable , la nature en est si particulière , qu’elles ne sauraient vivre longtemps , et qu’elles meurent réellement dans l’eau de mer la plus pure, lorsqu'on néglige de

la changer trés-souvent.

« Nous ne croyons donc pas devoir hésiter , d’après les considérations importantes que nous venons d'établir, à reconnaître dans les oscillations des méduses , indépendamment de la puissance locomotrice qui leur est départie, deux autres fonctions analogues, l’une au système de contractibilité générale, l’autre à celui de respiration des animaux plus parfaits.

« Cette intéressante analogie parait n'avoir pas échappé aux plus anciens observateurs ; c’est au moins ce qu’il est permis de conjecturer, pour les Grecs, des noms de halii pleumon, pleumon alios, pneumon lhalassios, pneumon thalastios, pnreumon thalattios, par lesquels Aristote , Dioscoride, Kiranides-Kirani et quelques autres ont désigné les méduses ; pour les Latins, de la dénomination de puimo

MÉDUSAÏIRES. 245

marinus appliquée à ces mêmes zoophytes, et reproduite parmi nous, dès les premiers jours de la science , par Gyllius, Massarius, Ruellius, Cordus , Rivius, Bélon , Mathiole , Aldrovande et Merret; le polmone marino des naturalistes italiens, le sea-lungs des Anglais, des Ho]llandais , des Allemands, le poumon marin des auteurs français se rapportent tous à la même idée , et celte idée repose sur des faits si simples, sur une comparaison si naturelle , qu’on a peine à concevoir pourquoi parmi tant d’illustres observateurs qui, dans ces dernières années, se sont occupés des méduses , aucun n’a porté ses recherches sur celte partie curieuse de leur histoire. Spallanzani lui-même , que ses belles observations doivent plus particulièrement ramener vers cette espèce de tradition des anciens, ne paraît pas avoir soupçonné l’intéressant rapport dont il s’agit.

« Tout ce que nous venons de dire sur la respiration des méduses , suppose qu’il n'existe en elles aucune espèce d’organe respiratoire apparent, et tel est, en effet, le cas où se trouvent la plus grande partie de ces animaux singuliers; il en est cependant plusieurs qui forment une importante exception à cette règle, et qui sont évidemment pourvus de branchies plus ou moins parïaites. Les équorées présentent ellesmêmes à cet égard une suite d’observations bien curieuses. En effet , dans celles qui constituent notre premier sous-genre, on voit d’abord un cercle singulier de lignes simples que nous avons décrit ailleurs, et qui ne se retrouve que dans un très-pelit nombre d’autres méduses : bientôt ces lignes s'étendent, se développent, et se transforment en folioles, en lamelles si nombreuses, si délicates, si mobiles, qu’on ne peut plus douter qu’elles ne jouent un rôle important dans l’histoire des animaux qui les ont reçues de la nature, et lorsque, portant sur ces organes une attention plus particulière, on parvient à découvrir , ainsi que Forskaël lavait fait déjà, que ces folioles sont susceptibles, en se rapprochant deux à deux , de former une multitude de canaux dans lesquels l’eau peut circuler du rebord de l’ombrelle jusqu’à la base de l'estomac , il est bien difficile de ne pas reconnaître, dans ces innombrables lamelles, autant de véritables branchies parfaitement analogues dans leur structure , leur distribntion et leur usage , à celles de plusieurs autres animaux marins.

« Ainsi, ce n’est pas seulement sur une suite d’analogies aussi nombreuses those que la respiration des méduses se trouve établie , l'existence même des organes appropriés à cette fonction , ne peut laisser aucun doute raisonnable sur la découverte importante que nous avons pu faire ; nous ajouterons même, pour lever toute espèce d'incertitude sur ce grand fait d'histoire naturelle, qu’il est des espèces de méduses d’une organisation plus composée que celles dont il s’agit maintenant , et dans lesquelles on peut aisément suivre tous les détails du système respiratoire. Telles sont entre autres les rhyzostomes , les aurellies , les cyanées , les chrysaores et la plupart des autres mé-

216 ACALÉPRES.

duses polystomes. En traitant de ces derniers genres nous développerons, dans une suite de beaux dessins, tout ce qui tient au mécanisme de cette fonction importante dont les équorées n’offrent à bien dire que la premiére ébauche. »

Se basant sur les iravaux de Péron et de Lesueur, Lamarck modifia par des coupes génériques les vues de ces deux voyageurs, et plaça en tête de ses radiaires (t. IT, p. 485) des généralités sur ce qu’il appelle les radiatres médusaires. Pour lui, ces zoophytes sont orbiculaires, gélatineux , transparents, lisses, plus ou moins convexes en dessus, aplatis ou concaves en dessous, avec où sans appendices en saillie. Leur bouche est inférieure, soit simple, soit multiple.

Puis il ajoute :

« Les radiaires dont il s’agit ici, sont régulières ou symétriques dans leur forme, toutes verticales dans leur situation, et aucune ne contient de corps particulier subsistant après leur destruction.

« C’est avec le genre medusa de Linné, partagé en différents genres particuliers, que cette section a été formée. Les diverses races qui appartiennent à ces genres sont toutes tellement liées entre elles par leurs rapports, qu'on peut les considérer toutes ensemble comme constituant une grande famille qu’il a été nécessaire de diviser pour en faciliter l’étude , leur nombre étant très-considérable.

« Il paraît, en effet, d’après les observations de MM. Péron et Lesueur que celles des radiaires que l’on réunissait dans un seul genre sous le nom de méduses, sont extrêmement nombreuses dans les mers ; et qu’elles sont tellement diversifiées entre elles, qu’ii est réellement nécessaire d’en former plusieurs genres, afin de pouvoir les étudier et les reconnaître avec plus de facilité.

« Ainsi malgré les caractères qui les distinguent, comme ces radiaires tiennent les unes aux autres par les rapports les plus évidents, les médusaires, dorénavant , devront être considérées comme constituant une famille naturelle, dans laquelle on distingue plusieurs genres particuliers.

« Elles offrent toutes un corps libre, gélatineux, transparent, orbiculaire, lisse, plus ou moins convexe en dessus, aplati ou concave en dessous , avec ou sans appendices en saillie.

« Leur bouche, soit simple, soit multiple, est toujours placée dans le disque inféricur ; et lorsqu'il y en a plusieurs, il paraît qu’il n’y en a ni moins de quatre, ni plus de dix. Le plus ordinairement, les médusaires à plusieurs bouches n’en offrent que quatre.

« Réaumur donnait aux animaux dont il s’agit, le nom de gelée de mer, parce qu’en effet la consistance molle et gélatineuse de leur corps,

MÉDUSAIRES, 9147

ainsi que sa transparence, leur donne entiérement l'aspect d’une masse de gelée.

« En général, la forme de leur corps présente un segment de sphère, dont la convexité est lisse et tournée en haut, et dont Île disque inférieur est tantôt nu, et tantôt muni d’appendices souvent trés-diversifiés. En sorte que les médusaires, tantôt ressemblent à une calotte ou à un disque, et tantôt présentent la forme d’un champignon muni inférieurement d’un pédicule , soit simple, soit divisé.

« Le corps des médusaires se résout assez promptement en une eau analogue à celle de la mer, et par l’évaporation ou Îla cuisson il se réduit presqu’à rien.

« On voit dans son intérieur quelques lignes colorées qui indiquent des organes quelconques, mais que la difficulté de bien distinguer ne permet pas de reconnaître ou de déterminer d’une manière positive et sans arbitraire. Aussi l’organisation Ge ces corps prête-t-elle beaucoup de champ à l’imagination, qui y montre tout ce qu’on veut y trouver. Néanmoins, près de leurs bords, on aperçoit des vaisseaux plus multipliés, et M, Cuvier pense que ce sont des appendices de la cavité alimentaire.

« Dans des animaux comme les médusaires, où la cavité alimentaire, soit simple, soit multiple, est extrêmement courte, elle est probablement augmentée par une multitude de cæœcum vasculiformes que l'observation a fait connaître dans d’autres radiaires. Néanmoins il est possible que l’on confonde avec ces appendices de la cavité alimentaire les canaux qui appartiennent à l’organe respiratoïfe de ces animaux. Il paraît même qu'il y a une veritable connivence entre les uns et les autres.

« Dans l’eau, les médusaires se meuvent et se déplacent avec assez de vitesse ; mais jetées sur la grève, elles y sont aussitôt sans mouvement. J’en ai beaucoup vu dans ce cas ; elles étaient si luisantes que leur éclat au soleil m’éblouissait. On sait qu’elles éprouvent des contractions et des expansions alternatives de leurs bords , qu’elles conserveni constamment tant qu’elles sont vivantes et dans les eaux. Or, ces mouvements isochrones, qui se succèdent et se continuent sans fatigue pour l’animal, et qu’il ne maîtrise point, parce que leur cause est hors de lui, le font à la vérité se déplacer sans cesse dans les eaux, mais sans possibilité de direction , et ils ne lui sont réellement nécessaires que parce qu'ils activent et facilitent ses mouvements vitaux.

« Quant à l’observation de M. Péron, qui nous apprend que chaque espèce a son habitation propre, dont elle ne dépasse pas les limites, il n’en résulle aucune autre conséquence, sinon que lorsqu'un individu, d’une espèce qui ne peut vivre que dans tel champ d'habitation , en est entrainé dehors, il périt bientôt ; et qu’ainsi l’espéce entière ne pouvantse conserver que dans les lieux favorables à son existence, continue de s’y multiplier.

.« L'observation citée n’autorise donc nullement à dire que les individus de cefte espèce, par des actes de volonté, qui le sont de jugement, comme Ceux-ci le sont de pensées , maîtrisent ct dirigent leurs mouvements, pour ne point quitter l'habitation qui leur convient. Les plantes elles-mêmes ont, pour la plupart de leurs espèces, des lieux propres d'habitation ;’et cependant le transport de leurs graines par le vent, les oiseaux, etc., les met souvent dans le cas de vivre ailleurs : mais elles y périssent, si l’art, par degrés et par ses moyens, ne parvient à les conserver, à les acclimater.

« Les médusaires paraissent au printemps dans nos climats, et disparaissent dans l’automne ; dans la zone torride, on les trouve PAS leur multiplication est prodigieuse.

« Il ÿ en a tellement de grandes, qu’elles ont plus d’un pied de diamêtre, et qaw’elles pèsent jusqu’à soixante livres. ( Voyez les Ænnales du Muséum, vol. XIV, p. 219.)

« Lorsqu'on prend les médusaires, ct qu’on les manie pendant un peu de temps, elles excitent dans les mains des démangeaisons plus où moins cuisantes. Ces démangeaisons, quelquefois assez piquantes, leur ont fait donner le nom d’orfies de mer vagabondes par les anciens naturalistes.

« Enfin’, la plupart de ces radiaires sont phosphoriques et brillent pendant la nuit comme autant de globes de feu suspendus dans les eaux. :

« Telles sont les principales particularités qu’on leur connaissait, et qui les concernenfwen général. Mais il en est d’autres extrêmement remarquables qui appartiennent à leur forme, et dont la considération doit servir à distinguer leurs nombreuses races.

« En effet, les unes n’ont en leur disque inférieur ni pédoncule, ni bras, ni tentacules ; d’autres ont des tentacules, mais sans pédoncule et sans bras; d’autres encore, sans être pédonculées,, ont des bras et des tentacules ; enfin d’autres sont pédonculées, c’est-à-dire qu’elles ont en dessous une espèce de tige qui leur donne en quelque sorte la forme d’un champignon.

« MM. Péron et Lesueur, à qui lon doit ces nue, ont en outre remarqué que les unes n’ont qu’une seule bouche, tandis que les autres en ont plusieurs, depuis quatre jusqu’à dix.

« En faisant usage de toutes les considérations que je viens de citer, ces naturalistes ont divisé les médusaires en vingt-neuf genres, dont ils ont publié les caractères dans les Annales du Muséum, vol. XIV, pag. 325.

« Je ne sais si l’on sera un jour forcé d'employer ces M Do distinctions génériques ; mais, pour le présent, une division plus simple me semble suflire, surtout les nombreuses médusaires observées par MM. Péron et Lesueur n’étant pas encore publiées.

« En conséquence, je vais essayer de réduire, à plus de moitié, le

MÉDUSAIRES. 219

nombre de ces coupes génériques, en n’employant, pour former les genres , que les caractères les plus faciles à saisir.

« Je ne donne le nom de fentacules qu'aux filets, courts ou longs, qui bordent le pourtour de l’ombrelle. Quant au pédoncule et aux bras, ces parties , lorsqu'elles existent , se trouvent toujours sous le disque inférieur de l’ombrelle. Tantôl les bras ne sont que les premières divisions de l’extrémité du pédoncule , tantôt ils naissent autour de sa base, enfin, tantôt on les trouve lorsque le pédoncule n’existe pas.

« Ainsi, avec ces seuls moyens et la considération du nombre des bouches, je partage la grande famille des médusaires en treize genres de la manière suivante. »

MM. Eysenhardt et de Chamisso (Actes de Bonn., t. X) se bornent à quelques détails fort peu importants sur les méduses considérées en général. Pour eux

« Les méduses forment une grande famille naturelle qui ne peut être rapprochée ni des actinies ni des échinodermes. Les actinies doivent être jointes aux polypes, dont elles ne différent que par des ovaires, et ce passage s’effectue depuis le polype le plus simple (hydra) jusqu'aux actinies, par des polypiers coralligènes. Comparez en outre ce que dit Schweigger dans son excellent ouvrage (Ueber Corallen, p.19, 87, etc.) sur l’analogie des grains des polypiers avec les ovaires des actinies et les polypiers des madrépores, p. 20 et 21.

« Is n’admettent pas les idées de M. Cuvier, lorsque dans sa classe des acalèphes il nomme acalèphes fixes les actinies, acalèphes libres les méduses ; ni celles de M. Lamarck qui iniitule les méduses sous je nom de radiaires mollasses, et les astéries, les échinus, les actinies et les holothuries sous le nom de radiaires échinodermes.

« Pour eux, les caractères des méduses sont d’avoir : un corps gélatineux, hyaälin , libre, sans nerfs, creux ou à plusieurs cavités qui servent d’intestins ou de vaisseaux, et qui sont recouvertes par des membranes propres en tout ou en partie, ou sont bordées.

« Ils ajoutent que le passage des méduses aux genres diphye, salpa, ascidia, eic., et aux espèces moins organisées, se su par le genre lucernaria. »

Ils ont proposé, à l'exemple de Goldfuss, une classification qui est insérée p. 12 de cet ouvrage.

MM. Quoy et Gaimard, en publiant la Zoologie de l’'Urame que commandait M. de Freycinet dans son voyage de découvertes, et ayant à décrire plusieurs espèces nouvelles de méduses, placèrent quelques vues’générales (Zool., p. 559 et suiv.) en tête de leurs descriptions. Ges voyageurs s’expriment ainsi :

220 ACALEPHES.

« Les méduses, qui portent sur quelques-unes de nos côtes le nom de marmout, et que les matelots provençaux désignent sous celui de carnasso, étaient connues des anciens naturalistes. Ils les nommaient orties de mer vagabondes , à cause de la démangeaison brûlante que quelques-unes font éprouver à la main qui les touche, et poumons marins, d’après leurs formes ou leurs mouvements alternalifs d’expansion et de resserrement. Ces singuliers animaux, dont la plupart jouissent de la propriété d’être éminemment phosphorigues pendant la nuit et de briller comme autant de globes de feu, sont mous, gélatineux, le plus souvent incolores et quelquefois brillamment colorés. Leur partie principale est formée d’un disque ou ombrelle contractile, avec où sans appendices. Leur parenchyme est si peu considérable, que, par la seule évaporation, il se résout trés-promptement en une eau limpide salée, et qu’une méduse de vingt à trente livres ne présente plus alors qu’un résidu du poids de quelques grains, formé de parties membraneuses et transparentes. On dirait que l’eau s'organise pour former ces animaux, que Réaumur désignait sous le nom de gelée de mer. Toutes les parties de leur corps sont irritables, et c’est par la contraction réitérée et le resserrement sur elle-même de l’ombrelle que s'opère la progression. Les méduses n’ont ni système nerveux ni organes des sens, à l’exception de celui du toucher, qui a lieu pour toute leur surface ; elles puisent , dans le milieu où elles vivent, leur nourriture à l’état moléculaire, et ne peuvent point se diriger par une volonté propre vers tel ou tel lieu, ni fuir ce qui peut leur être nuisible.

« Les rméduses sont les zoophytes pélagiens les plus répandus; on en trouve dans toutes les mers, depuis le Groenland. jusqu'au cap Horn, et surtout dans les mers intertropicales. Leur tissu, assez ferme, leur fait quelquefois affronter l’agitation des flots; mais il est probable que dans les tempêtes elles jouissent de la faculté d’aller chercher à de grandes profondeurs des eaux plus paisibles. Ce n’est, en effet, que dans les calmes qu’on voit leurs légions paraître à la surface. Il nous est souvent arrivé de naviguer pendant plusieurs jours au milieu de ces radiaires, qui constamment suivaient tous une même direction. Lorsque l'impulsion des courants Iles favorise, ils doivent parcourir d'assez grandes distances : ils sont donc susceptibles de changer de méridien et de latitude. Aussi avons-nous observé les mêmes espèces dans des parages différents, et, pour ne pas mnltiplier les exemples, il nous suffira de dire que nous avons trouvé en très-grand nombre, à l'entrée du Port-Jackson, la pélagie panopyre que MM. Péron et Lesueur ont recueillie dans l'Océan Atlantique équatorial. Ainsi, il n’est pas toujours exact de dire que telle espèce habite constamment tel où tel lieu. Cependant les méduses de Ja zone torride différent de celles des températures froides, et, comme tous les êtres qui jouissent de la double influence de la lumière et de la chaleur, elles brülent dans toutes leurs parties des plus belles couleurs, paraissent à la surface des eaux et

MÉDUSAIRES. 291 usent de la part de vie que la nature leur à départie; tandis que celles des mers froides, ordinairement ternes et décolorées, restent pendant l'hiver engourdies au fond des eaux et nc reparaissent qu’au printemps, embellies des organes qui servent probablement à la reproduction. |

« Relativement aux autres fonctions dont ces animaux ont pu être doués, et à commencer par la première de toutes, la digestion, nous pensons, avec M. Cuvier, que les ouvertures que Baster, Müller, Péron et Lesueur ont prises pour des bouches, n’en sont réellement pas. On sait maintenant que ces derniers naturalistes ont élabli leurs grandes divisions sur des caractères qui ne sont point exacts. Au reste, ils disent avoir vu des méduses digérer jusqu’à des poissons. Cette remarque a été faite aussi par MM. Bosc, Gaëde et Chamisso. De pareils observateurs méritent, sans contredit, toute la confiance que leur nom inspire ; Mais nous pouvons assurer que, dans quelques espèces, un phénomène de digestion aussi compliqué est tout à fait impossible, faute d'organes convenables pour l’opérer. Une nouvelle espèce de dianée que nous ayons prise non loin des côtes de Valence et des îles Baléares , dans la Méditerranée, nous paraît fournir un argument sans réplique. Cette méduse (pl. 84, fig. 3) ne présente aucune ouverture par laquelle elle puisse faire entrer une substance quelconque d’un volume visible, et cependant sa texture intime est en tout semblable à celle des autres radiaires du même genre. La figure que donne Müller , et qui a élé copiée par d’autres auteurs, d’une méduse ayalant un poisson, ne prouve rien; Car, ainsi que le remarque M. Cuvier, ce poisson peut très-facilement s'être introduit dans une ouverture presque toujours béante et qui offre peu de résistance. Nous savons , et nousl’avons vu plusieurs fois, que les physalies sucent et digèrent les pelits poissons qui ont reçu la commotion de leurs brülants tentacules; mais les méduses ne sont pas organisées comme elles et pourvues de suçoirs. Bien que quelques-unes aient en partage cette faculté corrosive, ontelles des organes susceptibles de digérer des corps solides ? C’est, selon nous , une question au moins indécise et qui mérite l'attention des observateurs. :

« Comment s’opêre leur respiration ? se fait-elle par toute la surface de l’ombrelle, comme le pense M. de Blainville, ou bien, comme le veut Péron, par des sortes de branchies dans les unes, et par la surface ombrellaire dans les autres? S’il est absolument nécessaire que ces derniers êtres de la chaine animale aient une respiration, ce qui n’est rien moins que prouvé, puisqu'on n’a pas encore découvert dans toutes les espèces des organes fixes et invariables propres à cette fonction, la première hypothèse sera la plus probable ; car des méduses placées dans une eau qui n'est pas renouvelée l’altérent aussitôt, y dégagent un mucus gluant qui s’embarrasse dans leurs tentacules, et eiles finissent par périr. Il s’opère donc de toute leur surface unc exhalation excré-

mentitielle qui a besoin d’être promptement enlevée pour qu’elle ne leur nuise pas. Est-ce une respiration ? nous ne le croyons pas, puisque les biphores , qui ont un appareil respiratoire très-compliqué, dégagent pareillement des matières visqueuses lorsqu'ils sont dans une eau peu abondante. On peut en dire autant des firoles, des glaucus et probablement de tous les mollusques et zoophytes pélagiens, soit qu’on leur ait ou non reconnu des branchies. » :

Le grand article sur les médusaires (medusariæ ) , rédigé par le savant professeur de Blainville, parut pour la première fois en 1823 dans le tome XXIX (p. 389 et suiv.) du Dictionnare des Sciences naturelles. Cet article généralise avec une grande profondeur de vues l’état de la science sur l’organisation de ces êtres et sur les phénomènes connus de leur vie. Tel est ce morceau capital :

« Nous avons adopté avec M. de Lamarck celte dénomination, pour indiquer une famille de la classe des arachnodermaires , qui renferme

la plus grande partie des animaux que Linnæus avait compris dans son

genre Mmedusa, en en retranchant les espèces qui ont des côtes ciliées, celles dont le corps est soutenu par un disque cartilagineux, et enfin celles qui sont flottantes dans l’eau à l’aide des vésicules aériféres, c’est-à-dire les béroës, les porpites, les vélelles, etc. Cette famille correspond à celle que Péron et Lesueur nomment les méduses gélatineuses sans côtes ciliées; ce sont les méduses proprement dites de M. Goldfuss. M. G. Cuvier paraît encore, sous le même nom, confondre les béroés , ete., dans son ordre des acaléphes libres.

« Ces animaux, extrêmement nombreux dans toutes les mers et surtout dans celles des pays chauds, ont été remarqués de tout temps par les peuples qui habitent les bords de la mer et par tous les auteurs d'histoire naturelle, depuis Aristote jusqu’à nos jours, quoiqu'ils ne soient à peu près d’aucune utilité à l’espèce humaine; mais la singuliére propriété dont plusieurs jouissent, d’être lumineux à un haut degré dans l’obscurité, et surtout celle de produire une sensation douloureuse , semblable à celle de l’urtication, quand on vient à en toucher quelques-uns, ont dû les faire observer de bonne heure; aussi tous les peuples maritimes ont-ils des dénominations particulières pour les désigner. Elles indiquent cependant presque toujours l’une de ces deux propriétés, comme les mots knèdè, acaléphé chez les Grecs, urlica marina chez les Latins, que nous avons traduits dans notre langue par ceux d’ortie marine. Quelques nations les appellent des chandelles de mer; et enfin, en faisant l’observation que ces animaux ont dans leur forme, ou mieux peut-être dans leurs mouvement continuels de

dilatation et de resserrement, quelque analogie avec les poumons, les

médusaires sont aussi désignées par des dénominations qui signifient

MÉDUSAIRES. 293

poumons marins. Leur structure apparente leur à fait quelquefois donner le nom de gelée de mer.

« Un très-grand nombre d’auteurs , comme nous venons de le dire tout à l'heure, se sont occupés de cette famille d'animaux sous le rapport de leur distribution systématique, de leur organisation, ou de leur histoire naturelle proprement dite. Parmi les premiers, il faut compter, outre Aristote et Pline qui en ont dit assez peu de chose : chez les Ilaliens, Imperato, Columna , Spallanzani, Macri; parmi les Allemands, Suédois et Danois, Martens, O. Fabricius, Modeer, Forskal, Müller, Pallas, Linnæus, Gmelin, etc.; et dans ces derniers temps, MM. de Chamisso, Eysenhardt ; parmi les Anglais, Sloane, Browne, Borlaze ; et enfin parmi les Français, MM. Bosc, de Lamarck, G. Cuvier, et surtout MM. Péron et Lesueur qui avaient entrepris une monographie complète de toutes les véritables méduses, accompagnée d’excellentes figures coloriées ; mais quoique celles-ci soient en grande partie terminées, il n’a été publié de l'ouvrage qu’un prodrome de la classification, inséré dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle, et quelques généralités, malheureusement bien vagues, sur les espèces du genre équorée,

« Les personnes qui se sont occupées de l’organisation des médusaires sont beaucoup moins nombreuses. De Heyde est le premier; Müller, M. G. Cuvier ont ajouté quelque chose à ce que l’on savait d’après cet auteur; mais les travaux de M. Gaëde et ceux de M. Eysenhardt y ont ajouté davantage. J'ai aussi plusieurs fois fait l’anatomie de plusieurs méduses, mais sans en être complétement satisfait.

« Les auteurs qui ont parlé des mœurs des médusaires d’après leurs propres observations, sont réellement aussi en, petit nombre. Ce sont Réaumur, l’abbé Dicquemare, et surtout Macri et Spallanzani.

« Les médusaires ont une forme régulière, bien circulaire, hémisphérique , plus ou moins convexe en dessus et concave en dessous, avec un orifice simple, arrondi, médian, ordinairement fort grand, entouré ou non d’appendices de forme variable. La réunion , dans une plus ou moins grande partie de leur bord, de ces appendices buccaux constitue un pédoncule commun dont l’attache en croix divise l’orifice en quatre parties,

« On donne à la partie hémisphérique et principale du corps des médusaires la dénomination de chapeau ou d’ombreile , à cause de sa ressemblance avec la partie qui porte ce nom dans les champignons. Les appendices buceaux qui entourent souvent la bouche se nomment des bras. La partie composée par Ja réunion de ces bras a été désignée sous le nom de pédoncule.

« L’ombrelle, comme nous venons de le dire, toujours régulièrement circulaire, est quelquefois très-déprimée en dessus comme en dessous ; d’autres fois elle est subcylindrique par sa grande élévation , rarement elle est globuleuse ; enfin, le plus souvent , elle est à peu près hémisphé-

rique. Ses bords, ou la ligne de jonction de la partie convexe ayec la

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