‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 73 sur 328 · partie concave, sont quelquefois entiérement lisses, rarement relevés · texte numérisé non relu

partie concave, sont quelquefois entiérement lisses, rarement relevés

en angles peu saillants, ou sublobés ou tuberculeux; le plus sou-

vent ils sont garnis de filaments tentaculaires plus ou moins allon-

gés, auxquels on donne le nom de fenlacules. On remarque aussi dans

un certain nombre d'espèces, dans différents points de la circonférence

de l’ombrelle, des organes similaires bien régulièrement espacés, dont

on ignore l’usage et dont nous parlerons tout à l’heure ; on les désigne

par ia dénomination d’auricules. L'ouverture du milieu de la face

concave est quelquefois très-grande, ronde ou carrée; elle est sessile

ou bien à l’extrémité d’une espèce de prolongement labial, en forme

de trompe ou d’entonnoir plus ou moins allongé. Dans la circonférence

de cette ouverture, sessile ou non, se remarquent souvent des appen-

dices ou bras assez souvent fort longs, en nombre fixe, et qui se divisent et se ramifient dans toute leur étendue ou à leur extrémité seulement ;

entre ces divisions se voient quelquefois des organes que Pallas et Péron ont comparés aux cotylédons des végétaux, ce qui leur fait nommer ces

bras cotilifères. Ces appendices sont souvent attachés à la circonférence de la bouche sessile, et quelquefois plus ou moins haut sur la trompe qui la prolonge ; mais il arrive aussi qu’ils se réunissent dans une partie plus ou moins considérable de leur étendue; il en résulte alors un pédoncule quelquefois fort gros, qui semble partager la bouche en quatre parties. C’est là-dessus qu'est établie la division, proposée par Péron et Lesueur, adoptée par M. de Lamarck , des médusaires en monostomes

et en polystomes. Le fait est qu’il r’y a toujours qu’une bouche dans

les unes comme dans les autres.

« Les médusaires, qui varient/considérablement en grosseur, puisque, s’il en est de véritablement microscopiques , il en est aussi qui atteignent jusqu’à plusieurs pieds de diamètre ’ et qui pèsent cinquante livres, sont les animaux qui offrent le moins de substance solide. Ce n’est pour ainsi dire qu’une gelée plus ou moins consistante, parfaitement transparente, qui, par suite de la perte de la vie, se résout complétement en une eau limpide salée, en ne laissant pour résidu que quelques grains de parties membraneuses également transparentes. Spallanzani, qui a fait cette expérience sur un individu pesant cinquante onces, n’a retiré que cinq à six grains de pellicule’; tout le reste s’est fondu en eau. Cette eau est aussi salée que celle de la mer; et, en effet, le même naturaliste à extrait par l’évaporation autant de sel marin de l’une que de l’autre. Aussi, en coupant l’animal vivant et en touchant la plaie avec la langue, éprouve-t-on la mème sensation qu’en goûtant de l’eau de mer. En faisant bouillir un de ces animaux dans l’eau ordinaire, il ne s’est pas dissous, comme il l’eût fait dans l’eau froide, il s’est contracté en conservant exactement sa forme, et il est devenu plus

* Dicquemare en cite une de quatre pieds de diamètre.

MÉDUSAIRES. 295 ferme, plus résistant. J’ai réussi aussi à faire durcir une méduse par l'alcool, au point qu’elle ressemblait à de la corne d’un brun noir ; mais elle était devenue beaucoup plus petite. D’après cela, l’eau qui constitue la plus grande partie de ces animaux doit être contenue dans un tissu cellulaire d’une finesse et d’une mollesse extrêmes.

« Le tissu des médusaires n’est donc pas réellement homogéne, quoiqu’il le paraisse. Leur peau ou enveloppe est cependant d’une minceur extraordinaire, non distincte ; ce n’est pour ainsi dire que la limite de leur tissu un peu condensé. Observée au microscope, M. Gaëde a vu qu'elle est garnie de petits grains dont chacun paraît lui-même formé de grains plus petits. Serait-ce la source de la matière visqueuse qui transsude de toutes les parties du corps, et que Péron dit avoir observée sur des individus mis dans de l’eau de mer assez fréquemment renouvelée pour qu’ils conservassent toute leur activité vitale, qui est tellement abondante, dit-il, que la trentième portion d’eau est aussi altérée que la premiére ? Cela n’est pas probable. On pourrait peut-être croire plutôt que c’est l’origine de la substance éminemment phosphorescente que Spallanzani a remarquée dans certains endroits du corps des médusaires lumineuses, et qui jouit de propriétés différentes de celles de la liqueur qui sort d’une plaie. Celle-ci a le goût d’eau salée, et l’autre fait éprouver une sensation douloureuse , au point qu’en ayant touché avec la langue, Spallanzani ressentit une impression brûlante qui dura plus d’un jour. Une goutte lui étant par hasard tombée sur l’œil, la douleur fut encore plus cuisante. La quantité caustique de cette humeur n’est cependant pas toujours concordante avec la propriété phosphorescente , puisqu'il est des espèces qui ne sont pas Iumineuses et qui cependant produisent les effets de l’urtication.

« Ordinairement les médusaires sont parfaitement incolores, et ressemblent au cristal de roche le plus pur et le plus transparent : il y en à cependant qui offrent des parties colorées en roussâtre, en beau bleu d’outremer, en verdâtre, et même à l’intérieur en très-beau violet ou pourpre.

« L'appareil des sensations des médusaires paraît être borné à la peau. Le nom de lentacules qu’on a donné aux filaments plus ou moins allongés qui bordent l’ombrelle, l’usage qu’on leur assigne, ainsi qu'aux appendices brachiaux dans certaines espèces, pourraient faire soupçonner que ces organes jouissent d’un toucher plus exquis; mais je ne trouve rien dans l’organisation de ces parties qui puisse confirmer ce soupçon, et je ne vois même pas qu’il soit certain que ces organes servent aux usages qu’on leur attribue.

« L'appareil de la locomotion se compose seulement d’une couche de trés-petits muscles parallèles et disposés transversalement dans toute la circonférence de l’ombrelle, dans l’étendue d’un demi-pouce environ de sa face supérieure. Spallanzani les indique très-bien, et je les ai vus moi-même. Je ne suis pas aussi certain des bandes, également

musculaires , qu'il décrit comme provenant des bords de l'ouverture inférieure, en se prolongeant le long des appendices buccaux qu’elles composent, quoique cela soit probable.

-« L'appareil de la digestion paraît consister, du moins dans le plus grand nombre des espèces de médusaires, et peut-être mieux chez toutes celles qui ont été suffisarnment observées ', dans une cavité plus ou moins considérable , située à la face concave de l’ombrelle et creusée dans le tissu même de l’animal, sans qu’on puisse y distinguer de membrane , pas plus qu'on ne distingue de derme à l’extérieur. Cette cavité a le plus souvent une ouverture centrale, comme nous l'avons | fait remarquer plus haut, quelquefois à l'extrémité d’une sorte de trompe allongée , et quelquefois bordée seulement d’une lèvre circulaire saillante. Nous avons déjà dit comment il est possible que cet orifice soit partagé en quatre et même en un plus grand nombre de parties de forme sigmoïde , s’il était rond, par les racines du pédoncule, quand il existe ; en sorte qu’il n’est pas juste de considérer chacune de ces parties comme autant de bouches, en suivant l’exemple de MM. Péron et Lesueur. Quelquefois cette loge centrale ou espèce d'estomac est indivise ; d’autres fois des cloisons plus ou moins incomplètes la partagent en quatre loges distinctes. Enfin, dans plusieurs espèces de médusaires , on trouve que ces loges communiquent, par une ouverture suvérieure , avec d’autres sur un plan plus élevé ou supérieur, en nombre égal à celui des premières et séparées par une cloison. C’est des premiers sacs que naissent des espèces de vaisseaux creusés, comme eux, dans le lissu même de l’animal, et qui, aprés s'être divisés, vont se réunir dans un canal circulaire qui occupe le bord de l’ombrelle, et dans lequel s'ouvrent des canaux semblables qui régnent dans toute la longueur des tentacules. Dans certaines espèces , comme dans la Mmedusa capillata, Linn., espèce de cyanée pour Péron et Lesueur, il y a même plus de complication ; dans la cavité buccale s’ouvrent largement quatre premiers sacs communiquant l’un avec l’autre. Chacun d’eux donne naissance à quatre appendices, deux oblongs et deux cordiformes , qui sont séparés entre eux par des cloisons. C’est dans l’intérieur de ceux-ci que s’ouvrent, sur trois rangées, les orifices des canaux qui régnent dans toute la longueur de ces ten-

! « MM. Péron et Lesueur, dans leur division systématique des médusaires, font une division des espèces qu’ils nomment agastriques , parce qu’elles n’ont pas , suivant eux, d'estomac ; et cependant ils décrivent un sinus, où se rendent des ramifications vasculiformes , comme toutes les médusaires bien observées en montrent. West-ce pas là l’analogue de l’estomac des médusaires gastriques ? Observons d’ailleurs que les différents genres de cette section n’ont été établis que sur des dessins, et non sur les animaux eux-mêmes, et par conséquent ne méritent peut-être pas la même confiance que tous ceux que ces naturalistes ont faits depuis sur les médusaires qu'ils ont observées dans la Manche et dans la Méditerranée, et qui toutes sont gastriques. » (Note de M. de Blainville.)

s MÉDUSAIRES. 297

tacules fins et nombreux qui ent valu à cette espèce le nom de chevelue. Dans les espèces qui ont des bras ou un pédoncule central plus ou moins ramifié , l’intérieur de ces organes est également creux et leur canal communique ayec la cavité centrale. Réaumur avait même vu depuis longtemps que, dans le rhizostome de M. G. Cuvier, l’origine des ramifications de ces canaux est percée d’un pore à l’extérieur ; ce qui à fait supposer à ce dernier que ces animaux n’ont pas une bouche unique , mais un très-grand nombre de suçoirs à l’extrémité des ramifications du pédoncule qui puisent le fluide nourricier dans Peau, comme les racines des plantes le font dans la terre.

« Les ramifications vasculaires de l'estomac des médusaires, qui forment souvent un réseau trés-fin dans les bords de l’ombrelle, et la place de ces animaux dans la série, ne permettent pas de penser qu'ils possèdent aucun organe spécial de respiration et de circulation. Quelques auteurs ont cependant regardé, mais à tort, comme des espèces de branchies des organes plissés, qu'il nous reste à décrire, parce qu’ils appartiennent à l’appareil de la génération.

« Sur la cloison qui sépare les premiers sacs stomachiques des se- - conds dans la 77. aurila, et dans les premiers de ces sacs dans la 47. capillaia, M. Gaëde a remarqué une membrane plissée, à laquelle est attaché un cordon de vaisseaux courts en forme de cæcums, et qui se meuvent comme les tentacules, même quand ils ont été détachés du corps. Ce sont indubitablement les ovaires que l’on voit former une croix au milieu du dos de l’ombrelle, à cause de leur coloration souvent différente du reste, puisque M. Gaëde y a parfaitement vu des œufs ou mieux des gemmules nageant dans un fluide, Quand ils s’en sont détachés, it parait qu’ils tombent dans les canaux des bras, qui servent alors d'organes de dépôt; car on n’en voit jamais à la fois dans les ovaires et dans ces organes.

« Müller, qui cependant a aussi étudié l’organisation des médusaires, regardait comme produisant des excréments ces petits organes que nous ayons désignés plus haut sous le nom d’auricules, et qui se trouvent dans le bord de l’ombrelle d’un assez grand nombre d’espèces : à Vœil nu ces organes, dans la 47. aurila, ont parn à M. Gaëde comme de petits points blanchâtres ; mais, sous le microscope, il a yu que chacun d’eux est formé par un petit corps creux qui porte à son extrémité libre une foule de corpuseules, tous plus ou moins hexagones. Il avoue n’en pas connaître l’usage.

« On n’a jamais vu de traces de système nerveux dans les animaux de cet ordre, et il n’est pas probable qu’il y en existe.

« Si, après l’organisation des médusaires, nous en étudions les fonctions , nous allons encore trouver plusieurs choses assez remarquables,

« Leur sensibilité générale paraît être bien obtuse; et peut-être en est-il de même de la sensibilité spéciale des tentacules marginaux et buccaux, dont la force de contractilité paraît cependant être très-

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grande : aussi les médusaires ne semblent pas sentir la main qui les saisit.

« Leur locomotion, qui est fort lente et qui dénote un assez faible degré d'énergie musculaire, paraît , au contraire, n’avoir pas de cesse, puisque , étant d’une pesanteur spécifique plus considérable que l’eau dans laqueile ils sont immergés, ces animaux, si mous qu’il n’est pas probable qu’ils puissent se reposer sur un sol solide, ont besoin d’agir constamment pour se soutenir dans le fluide qu’ils habitent : aussi sontils dans un mouvement continuel de systole et de diastole. Spallanzani, qui les a observés avec soin dans leurs mouvements, dit que ceux de translation sont exécutés par le rapprochement des bords de l’ombrelle , de manière à ce que son diamètre diminue d’une manière sensible : par là, une certaine quantité d’eau, contenue dans les estomacs et dans la cavité ombrellaire, est chassée avec plus ou moins de force, et le corps est projeté en sens inverse; revenu par la cessation de la force musculaire à son premier état de développement, il se contracte de nouveau, et fait un nouveau pas. Si le corps est perpendiculaire à l’horizon, cette succession de contraction et de dilatation le fait monter ; s’il est plus ou moins oblique, il avance plus ou moins horizontalement. Pour descendre, il suffit à l’animal de cesser ses mouvements : sa pesanteur seule l’entraine : jamais il ne se retourne, la convexité de l’ombrelle en bas. Les tentacules ni les bras ne paraissent pas servir dans ces mouvements de translation ; du moins ceux-ci, d’après Spallanzani, sont toujours étendus en suivant le corps. Des expériences ingénieuses, rapportées par cet observateur, prouvent que ce sont les seuls muscles de la zone marginale de l’ombrelle qui la font contracter en totalité, puisqu’en les enlevant le reste de l’ombrelle n’éprouve aucun changement, tandis que la zone enlevée continue ses mouvements de systole et de diastole. Malgré cette action presque continuelle de la faculté locomotrice , es médusaires m'ont paru ne pouvoir vaincre le plus petit courant et être entraînées avec lui.

« D’après tous les observateurs, les médusaires se nourrissent de petits animaux, de mollusques, de vers, de crustacés ét même de poissons, qu’elles attirent vers leur bouche à l’aide des appendices dont elle est armée. Spatlanzani l’a supposé, parce qu’il à vu un petit poisson qui était collé à l’un des appendices d’un individu qu’il venait de saisir. M. Gaëde dit positivement avoir trouvé, dans l’estomac des méduses qu’il a disséquées , de petits poissons et des néréides. MM. de Chamisso et Eysenhardt, dans leurs Mémoires sur ces animaux, insérés dans le tome X des Æcles de la Sociélé des curieux de la nature , disent encore plus, puisqu'ils assurent avoir trouvé plusieurs fois dans les ventricules des têtes et des restes de poissons comme digérés. M. Bosc, qui a vu un grand nombre de ces animaux, MM. Péron el Lesueur, qui ont pu en observer encore bien davantage, sont de cette opinion, ainsi que Dicquemare et Othon Fabricius. J'ai moi-même

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aussi trouvé quelquefois de petits poissons dans des équorées et même dans des rhizostomes. Mais ces petits animaux avaient-ils été saisis par ces méduses pour leur servir de nourriture, ou ne s’y trouvaient-ils que par accident? Cette dernière opinion est celle de M. Cuvier, du moins pour les rhizostomes, qui lui paraissent puiser leur nourriture par des espèces de suçoirs, comme nous l'avons dit plus haut.

« On ignore jusqu'ici, et probablement on ignorera toujours, la durée de la vie des médusaires, ainsi que l’histoire de leur développement. Il est probable qu’elles sont rejetées par leur mére à l’état parfait, et ne différent d’elle qu’en grosseur. On sait qu’elles sont plus grosses au printemps et dans l'été, c’est-à-dire à l’époque où leurs ovaires sont gonflés par les œufs qu’ils contiennent, et que dans les autres parties de l’année elles sont plus petites; on sait aussi que les appendices acquiérent avec l’âge un développement et une complication qu'ils n’avaient pas d’abord.

« On trouve des espèces de cette famille d'animaux dans toutes les mers des pays froids, comme dans celles des pays chauds, et surtout dans la haute mer. Chacune, d’après les observations de MM. Péron et Lesueur, paraît être confinée à des parties déterminées du globe, où les individus sont réunis en troupe innombrable et forment quelquefois plusieurs lieues carrées d’étendue. Si elles paraissent et disparaissent parfois dans le même pays à des époques déterminées, cela dépend sans doute des vents et des courants réglés qui les emportent et les raménent. Elles sont quelquefois jetées en grande quantité sur les bords de nos côtes, où on a cherché à en tirer parti. On a essayé, mais sans beaucoup de succès, à en extraire de l’ammoniaque. On s’en sert plus avantageusement comme amendement sur les terres arables.

« Toutes les médusaires, à l’état de mort et de putréfaction, paraissent être phosphorescentes ; mais il n’y en a qu’un petit nombre qui le soit à l’état vivant. Nous devons à Spallanzani un grand nombre d'expériences curieuses sur ce sujet. Il a d’abord cherché quelles sont les parties qui jouissent le plus de cette singulière propriété, el il a vu que c’étaient : 10. les grands tentacules ou bras, 2°. la zone musculaire de l’ombrelle, et 3°. la cavité stomacale : le reste de l’ombrelle ne brille que par la lumiére transmise. Il s’est ensuite occupé de voir à quoi est due la phosphorescence , et il s’est assuré que c’est à une humeur gluante particulière qui sort de la surface des trois parties que je viens de citer. Cette humeur, comme nous l'avons dit plus haut, est tout à fait différente de celle qui sort du corps, et même de ces parties quand on les coupe : elle est très-corrosive, et son application sur la peau et surtout sur la langue ou la conjonctive , occasionne une vive douleur ; exprimée dans différents liquides, comme dans l’eau salée , mais surtout dans l’eau douce, l'urine et le lait, elle leur communique une lumière phosphorique. Une seule méduse, exprimée dans vingt-sept onces de lait de vache, le rendit si resplendissant , qu'on

pouvait liré les Caractères d’une lettre à trois pieds de distance; au bout d’onze heures il conservait encore quelque lumière. Quand il l’eut perdue tout à fait, on la lui rendit en Pagitant, et enfin, lorsque ce moyen ne produisit plus d’effet, on en obtint encore par la chaleur, én ayant soin qu’elle ne fût pas trop forte. La méduse morte jouit aussi encore assez longtemps de la propriété phosphorescente , surtout si on vient à verser dessus de l’eau douce , même quelque temps après qu'elle ne luit plus. Sur l'animal vivant elle est plus forte dans le mouvement de contraction que dans celui de dilatation, ce qui se conçoit, puisque c’est la partie éminemment contractile qui exhale Phumeur phosphorique. La lumière peut être suspendue pendant plus d’une demi-heure, ce qui dépend de la cessation des oscillations , et cependant la phosphorescence persiste, quoiqu’à un degré beaucoup moins intense, dans l’animal mort, jusqu’à la putréfaction. On accroît la phospherescence , en donnant une commotion aux parties de l’animal, ou même en lui faisant sentir le frottement de la main. Quand il est vivant, il communique au fluide dans lequel il est plongé sa propriété phosphorique, mais moitié plus si c’est de l’eau douce que si c’est de l’eau salée.

“ Un certain nombre de ces animaux jouissent d’une autre propriété | plus nuisible , c’est celle de produire une douleur très-vive quand ils touchent une partie de notre peau, ce qui leur a valu le nom d’ortie de mer. Jusqu'ici, quoique j'aie touché un assez grand nombre de méduses , je n’ai pas encore éprouvé cet effet; mais Dicquemare, qui à fait des expériences à ce sujet sur lui-même avec la cyanée bleue, en rapporte les effets en Ces termes : « La douleur est à peu près semblable «à celle qu’on ressent en heurtant une plante d’ortie; mais elle est « plus forte, et dure environ une demi-heure. Ge sont dans les der- « niers moments comme des piqûres réilérées et plus faibles. Il paraît « une rougeur considérable dans toute la partie de la peau qui a été « touchée, et des élévations de même couleur, qui ont un point blanc « dans lé milieu. Au bout de quelques jours, après que la douleur est. « passée , la chaleur du lit fait reparaître les élevures de la peau, » Cet éffet paraît être dû à une humeur caustique qui sort de la peau de la méduse. Est-elle différente de celle que produit la phosphorescence ? céla est probable, puisque, comme nous l'avons dit plus haut, l’espèce observée par Spallanzani , qui était éminemment phosphorescente, ne produisait aucun effet d’urtication. Les espèces qui jouissent de cette propriété à l’état vivant, l'ont aussi dans l’état dé mort. Certaines autres ont un effet d’urtication si peu intense, qu'il ne devient sensible que sur les parties de la peau très-molles, comme la conjonctive, ou attendries par un long séjour dans l’eau, et surtout dénudées.

« Quoique les médusaires paraissent n’être composées que d’une grande quantité d’eau de mer, elles se putréfient avec une trés-grande facilité, et éxhalent alors une odeur trés-désagréable. Pendant la vie

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même elles en répandent une qui tient un peu de celle du poisson : elle est forte, pénétrante, et devient insupportable dans un lieu fermé, surtout quand elles meurent et se dissolvent,

« On a essayé de voir si les méduses étaient susceptibles de reproduire les portions qu’on leur avait enlevées; mais il paraît que non. On en trouve souvent qui continuent de vivre, quoiqu’elles aient été plus ou moins mutilées ; et M. Gaëde, qui a fait des expériences à ce sujet, dit que l'animal ne paraît pas être affecté par la perte de plusieurs des grandes parties de son corps, et bien plus, que si l’on coupe une méduse en plusieurs morceaux , ceux qui n’ont qu’un seul estomac continuent de vivre.

« Aucune médusaire, comme nous l’avons dit plus haut, ne parait servir à la nourriture de l’homme. Il paraît qu’il n’en est pas de même pour plusieurs animaux. Ainsi les actinies les saisissent au passage et les entraînent peu à peu dans leur estomac. Les baleines en détruisent aussi une immense quantité ; mais il paraît que ce sont-des espèces ou des individus d’une extrême petitesse, dont sont remplies les eaux de la mer qu’habitent ces grands mammifères, et qu’elles y sont avec beaucoup d’autres animaux de types différents, mais également presque microscopiques.

« Le nombre des espèces de ce groupe est assez considérable pour qu'on ait eu besoin d’une méthode propre à les faire reconnaitre aisément. Avant le travail de MM. Péron et Lesueur, elles étaient réparties presque sans ordre sous le nom de méduse. La classification des médusaires, donnée par nous, est la plus complète qui ait paru jusqu'ici; nous avons cru devoir la suivre dans le Dictionnaire, quoique nous doutions beaucoup, comme nous l’avons dit plus haut, qu’il y ait des méduses sans estomac et des espèces avec plusieurs bouches. M. Ocken l’a également suivie; M. de Lamarck a fait de même ; mais il à réduit le nombre des genres à moitié. M. G. Cuvier à aussi pris pour base de sa subdivision des méduses le travail de Péron ; mais il l’a un peu modifié. Enfin, MM. Schweiger, Goldfuss, Eysenhardt, ont fait à peu près la même chose.

“ Nous passerons sous silence les deux premières divisions que MM. Péron et Lesucur établissent dans leur famille des méduses ; savoir : les méduses en partie membraneuses, ou les porpites, les physales, et même les méduses entièrement gélatineuses avec des côtes ciliées à c’est-à-dire, les béroés, qui ne sont ni les unes ni les autres de véritables médusaires pour nous ; et nous ne parlerons que de celles-ci. En considérant l'existence évidente ou l’absence apparente de l'estomac, il en résulte la première division en méduses agastriques et méduses gastriques , qui sont de beaucoup plus nombreuses, et qui, à cause de cela, sont divisées en monostomes et en polyslomes, suivant que l'ouverture inférieure de l’ombrelle est simple, médiane , ou divisée en plusieurs parties latérales par les racines du pédoncule. Les espèces de ces difé-

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rentes sections peuvent être pourvues de ce pédoncule ou ne l’être pas, ce qui les divisera en médusaires pédonculées et en médusaires non pédonculées. Le pédoncule, à son tour, peut être partagé ou non en lanières ou bras, d’où résulte une autre division des médusaires brachidées et des médusaires non brachidées. Enfin, en considérant que les bords de l’ombrelle peuvent être pourvus ou non de tentacules, on obtient une division dichotomique, en médusaires tentaculées et en médusaires non fentaculées. Pour être plus court et pour en faciliter l'intelligence, nous donnerons cette distribution systématique sous forme &e tableau, etc. »

En 1835 ont paru les remarques sur l'Organisation des méduses par Ehremberg. Nous empruntons aux Annales des Sciences naturelles (t. IV, p. 290) la traduction du Mémoire de l’auteur prussien.

« Bien que dans la plupart des ouvrages généraux d'histoire naturelle, et notamment dans le règne animal de Cuvier, on parle toujours de la grande simplicité d'organisation des méduses, on a fait depuis assez longtemps des découvertes qui démontrent chez ces animaux une structure plus compliquée. Nous citerons en premiére ligne, à l’appui de cette assertion, l’excellent travail de Gaëde et les observations plus récentes de MM. Eysenhardt, Rosenthal, Baer et Eschscholtz. Je ne reviendrai pas ici sur les faits qu’ils ont constatés, les supposant connus du lecteur, et je passerai de suite à l’exposition du résuitat de mes propres recherches. Elles se rapportent à l’existence d’ouvertures anales, de branchies, d’yeux , de nerfs, de muscles et de cristaux trouvés dans le bulbe de l’œil. J’ai cherché dans ce travail à jeter quelques lumiéres sur l’ensemble de l’organisation de ces animaux, et à voir si on ne peut pas la rapprocher de ce qui existe chez les animaux supérieurs. J’espère qu’on ne jugera pas trop vite ces recherches pénibles, et qu’on ne me fera pas un reproche de ce qu’elles laissent encore à désirer. Les dessins nombreux que j’ai faits sur la nature, et que je me propose de publier plus tard, viendront à l’appui de ce que j’avance ici.

« Sur la structure de la médusa aurita ‘. Le disque cartilagineux ou planconvexe de la Mmédusa aurila se compose d’une matière gélatineuse trés-organisée, enveloppée de trois membranes parcourues par un grand nombre de vaisseaux présentant des corps glanduleux et des suçoirs concaves ; elle n’est donc nullement simple. La première enveloppe membraneuse présente dans sa partie convexe (le dos) un tissu fort serré composé de mailles hexagonales, et renferme dans ses cellules une substance blanche, tendre, avec des grains très-petits. Les filets qui, par leur entrelacement, forment ce tissu, ne sont pas les parois 2 A A CEA Le A A a A A a UT Se tt

! Zoologia danica, tab. 76, 77.

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des cellules, mais des vaisseux fort déliés dont le diamètre est de 1/1000 à 1/2000 deligne. Les mailles ont quelquefois 1/100 à 1/96 jusqu’à 1/18 de ligne de largeur; quelquefois, elles sont beaucoup plus petites. La membrane la plus externe est inégale, à cause des petits suçoirs ou amas de grains placés sur de petites élévations. Les plus grands de ces suçoirs présentent un diamètre de 1/200 de ligne ; ils sont réunis au nombre de à à 10 äans un groupe, entourés souvent de 10 à 20 plus petits, placés irréguliérement. Le diamètre d’un de ces petits amas est de 1/20 à 1/24 de ligne ; et on peut toujours les voir à l’œil nu.

« Le côté concave ou plane (ventral) du disque cartilagineux présente une tunique double, dont une lame est externe et l’autre interne ; elle porte la bouche et les grands bras. La membrane externe renferme un tissu formé par des vaisseaux déliés, semblable à celui qu'offre la face convexe ou dorsale ; elle constitue l’épiderme, à moins qu’on ne considère comme représentant celle-ci la couche muqueuse mince qui la recouvre. Les suçoirs que présente cette partie de la membrane externe ne sont pas placés par amas comme sur le dos; ils sont évasés et d’un volume plus petit que les précédents. Au-dessous de cette membrane il en existe une seconde , parallèle à la première, qui renferme également un tissu de mailles hexagonales, mais qui ne possède point de suçoirs ; on y remarque seulement des grains isolés, clairs comme de l’eau, et peu distincts de ceux que forme la masse gélatineuse. L’intervalle entre la membrane médiane et celle du dos est plus grand que l'intervalle entre la première et la membrane abdominale. Ces deux intervalles sont remplis d’une masse gélatineuse claire comme de l’eau, qui renferme un grand nombre de grains isolés , semblables à des glandes. Ces grains sont arrondis, d’une grandeur inégale ; maïs un peu moindres que les suçoirs de la surface supérieure ; souvent, cependant, la différence de grandeur est plus que de la moitié. Tous ces grains sont réunis par des fibres ou vaisseaux fort déliés, et non par des membranes. Le reste de la masse gélatineuse est trop transparent pour qu’on puisse en reconnaître l’organisation ; mais ce reste n’est pas très-considérable, et est parcouru par les gros canaux de l’appareil de la nutrition. On voit donc que le disque gélatineux des méduses est une partie essentielle de léur organisation ; mais le bord de ce disque présente encore une structure plus compliquée.

« Sur le système des organes de la nutrilion. L'ouverture buccale se trouve, comme on le sait, entre les quatre bras (là où il y en a quatre) sur la face ventrale de l’animal ; elle est d’une forme carrée avec les angles dirigés dans la direction de l'insertion des bras. Cette bouche est composée d’un tube quadrangulaire et court, et les bras sont le prolongement de ses angles ; ils présentent chez la medusa aurita une longueur égale à celle du rayon du disque. Chaque bras se compose d’un cartilage central et épais, auquel se trouvent attachées deux lamelles membraneuses foncées dans toute leur longueur. Ces lamelles, ordi-

nairement appliquées l’une contre l’autre, paraissent simples, et ren dent le bord onduleux ; leurs parties latérales ont la faculté de s’élargir et de former des poches, dont nous dirons un mot à l’occasion des organes génitaux.

« La bouche se transforme supérieurement en quatre tuyaux courts correspondant à ces quatre angles, et retenus, dans une position divergente, par un prolongement cartilagineux et carré ( et non pas avec huit côtés) formé par le disque cartilagineux. Ce prolongement cylindrique et pyramidal présente huit faces, dans le cas seulement qu’on compte les impressions que les quatre tuyaux font les uns sur les autres; il est évident que ces quatre tuyaux sont autant d’œsophages, car ils conduisent de la bouche dans quatre estomacs amples et arrondis, d’une forme semi-globuleuse. Au-dessus d’eux se trouvent les quatre cavités ovifères, dans lesquelles on aperçoit facilement les ovaires, souvent d’une couleur violette et d’une forme semi-circulaire. Les quatre estomacs ne sont pas en communication avec les ovaires ; ils ne sont pas nettement séparés les uns des autres : leur communication se fait par les quatre œsophages, dont chacun aboutit dans deux estomacs. On pourrait par conséquent trouver huit estomacs à ces méduses, si on considérait comme tels l’'évasement que présente chaque œsophage avant que de s’ouvrir dans les estomacs. Dans ce cas, il y aurait quatre premiers estomacs petits, et quatre estomacs proprement dits plus grands. Ou bien, enfin, on pourrait considérer l’ensemble comme un seul estomac qui aurait quatre où huit parties ou loges. Tous ces estomacs sont tapissés d’une membrane particulière, qui présente des petits grains ( druses), mais point de vaisseaux, et qui s’insère sur le cartilage gélatineux. La partie des grands estomacs qui regarde les ovaires, présente seule une paroi membraneuse libre, composée de deux membranes appliquées intimement l’une contre l’autre, et dont l’une appartient à l'ovaire et l’autre à l'estomac.

«Un grand nombre de gros canaux communiquent avec ces estomacs, en se dirigeant dans le sens du bord du disque. Ils AppAEMÉRAGR également au système des organes de la digestion.

« Un vaisseau naît immédiatement dans la partie évasée de chaque œsophage, il est ordinairement ramifié dichotomiquement et se dirige vers le bord du disque. Dans chacun des quatre grands estomacs naissent trois gros canaux qui se dirigent également vers le bord du disque. Les deux canaux placés latéralement sont simples; celui du milieu seul est ramifié et dichotomisé. Ces seize gros troncs vasculaires et leurs ramifications nombreuses , quelquefois anastomosées , se rendent tous dans le grand canal circulaire déjà connu, qui est placé sur le bord du disque,

« On a presque généralement adinis, de nos jours, que la bouche des méduses servait en même temps d’anus, et on regardait les huit corps bruns placés sur le bord du disque comme étant analogues au foie.

MÉDUSAIRES. 235

O. F. Müller a cru que c’étaient les points excréteurs de l'intestin. Pour éclairer cette question, je me suis servi, comme dans beaucoup d’autres cas, du moyen si simple de l’eau colorée par des substances mutritives, et j ai obtenu ainsi un résultat tout autre. Lorsqu'on colore avec de l’indigo l’eau de mer dans laquelle on à mis des méduses vivantes , on voit très-facilement , au bout de vingt-quatre heures, tous les canaux qui appartiennent à la nutrition, tels que nous venons de les décrire. La bouche , les œsophages , les estomacs , les canaux abdominaux et les vaisseaux au bord du disque , $e remplissent successivement d’un liquide de couleur bleue , tandis que les autres parties restent incolores, et que l'animal! continue ses mouvements. Lorsqu'on coupe une portion du bord et qu’on l’examine sous le microscope, on voit distinctement que les corps bruns sont restés invariables, tandis que les deux petits canaux placés à leur base se sont coloriés en bleu. En faisant ceite expérience , je remarquai sur le bord du disque les points excréteurs que j'avais déjà anciennement observés, Ces points sont placés au milieu de l’espace qui sépare chaque paire de corps bruns sur le bord du disque. Le vaisseau circulaire forme en ce point un petit sac, dans lequel j'avais déjà trouvé antérieurement des fragments de corps organisés , ei qui maintenant, par suite de la présence de la matière colorante , se montrait avec une trés-grande évidence. Chacun de ces points est l'extrémité de deux canaux simples, qui naissent isolément de chaque estomac. On voit très-facilement les matières sortir de ces points pour peu qu’on tourmente les méduses. J'ai souvent vu des enveloppes de protifères, des mollusques microscopiques et des bacillaires renfermés dans ces petits sacs, comparables aux cloaques d’autres animaux. Comme les méduses rejettent ces matières aussitôt qu’on les tourmente , on fait très-bien de les observer dans des vases étroits, pendant qu’elles nagent, ou bien dans des assiettes ou des verres de montre , sans les toucher beaucoup.

« Je peux par conséquent affirmer comme fait que la medusa aurila possède huit ouvertures excréteurs placées sur le bord du disque, et que par conséquent l'animal n’est pas privé d’anus.

« Il est probable que ©. F. Müller à bien vu ces parties , mais qu’il a confondu les points de leur situation avec les corps bruns, car ces points présentent également cette couleur lorsque les animaux ont beaucoup mangé, et le nombre de points bruns sur le bord est alors de seize, dont huit sont des anus.

« Les canaux qui se voient sur la face ventrale des méduses sont, par conséquent, les ramifications de l'intestin. Ils sont situés au-dessous de la membrane interne ; cette dernière se recourbe au-dessous de chaque canal, et se dirige vers la membrane ventrale pour se réunir intimement avec elle. Ces canaux sont placés, par conséquent, dans un sillon de la membrane moyenne ou interne sur la face de cette dernière qui regarde le dos. Tous présentent une membrane vasculaire

trés-distincte, et ils sont un peu plus épais sur leur côté ventral. On voit facilement le mouvement des matières nutritives dans l’intérieur de ces canaux. Ce mouvement ressemble quelquefois à une circulation sanguine ; c’est ainsi qu’on l’a pris pour telle chez plusieurs méduses, béroés , alcyonelles et sertulaires. Ce mouvement n’est cependant autre ue que la conséquence du mouvement péristaltique qu’exécute la membrane interne de l'intestin.

«Il y à de petits prolongements intestinaux qui partent du canal dans le bord , et se rendent dans la substance des fibres du bord ; du reste, ces prolongements ne sont pas creux jusqu’à l’extrémité, mais bien solides,

« Sur le syslème musculaire. Jusqu'ici on n’a pas encore pu se bien expliquer le mouvement de la medusa aurila, puisqu'on croyait qu’elle n’avait pas d’appareils de mouvement , tandis que, dans la réalité, ces instruments ne sont pas difficiles à découvrir. Les canaux, formés par les ramifications de l’intestin sur la face ventrale, sont tous bordés par deux lignes déliées ordinairement d’un rouge pâle ; et sus, sous le microscope, on y a remarqué distinctement des stries longitudinales déliées. Lorsqu'on fait des coupes transversales, on reconnaît que les canaux présentent , sur le côté inférieur, deux points épais qui correspondent aux lignes latérales rouges. On voit, par conséquent, que ces stries sont des muscles qui se dirigent sur les deux côtés des ramifications intestinales en les accompagnant partout.

« Il existe encore d’autres muscles. Chaque fibre du bord du disque est un tentacule garni de suçoirs très-contractiles et très-irritables. Chacun de ces tentacules présente à sa base deux organes, en forme de massue, qui ont également une teinte rougeâtre ct qui ressemblent tout à fait aux muscles du pied des rotiféères. Ces muscles, en forme de massue, paraissent se continuer dans toute la longueur de ces appendices. Les tentacules de la cavité des œufs présentent-ils un appareil semblable ? Il est bien probable qu’il existe dans les tentacules des bras; mais il y est si faible que je n’ai pu le découvrir. Peut-être cependant y manque-t-il entièrement; car le mouvement de ces filaments est beaucoup plus faible que dans les parties dont nous venons de parler.

« Sur le système de la génération. L'appareil des parties génitales femelles est très-distinct chez la medusa aurila. On remarque quatre ovaires placés autour de l’ouverture buccale, sur la face ventrale , immédiatement au-dessous des quatre grands estomacs. Leur forme est ordinairement demi-circulaire. Leur couleur est violette ou jaune trèsfoncé ; ils sont situés dans autant de cavités distinctes, et jeur position est telle qu’elles correspondent aux intervalles des quatre gros bras, el qu’elles alternent avec la base de ces derniers. Au milieu de chaque cavité se trouve une ouverture ronde ou ovale, garnie intérieurement de tentacules pourvus de ventouses à leur extrémité. C’est par ces ou-

MÉDUSAIRES. 237 vertures que les cavités communiquent librement avec l’eau extérieure. Chacun des ovaires demi-circulaires se compose d’un tuyau simple et replié ; il est d’un beau violet lorsqu'il est rempli de jeunes œufs ; lorsqu’il est en partie vide ou qu'il renferme moins d'œufs, et que ceux-ci sont plus développés, sa couleur est d’un jaune brun.

« Les œufs ne restent pas dans l'ovaire ni dans l’oviducte jusqu’à leur entier développement; ils ne séjournent pas non plus dans la cavité ovifére, mais s’échappent par l'ouverture de cette dernière dans l’eau; ils sont repris alors par les tentacules et les deux lames des grands bras, et reçus dans de petits sacs qui se forment sur ces lames et qui sont dirigés de l’intérieur vers l'extérieur. C’est dans ces sacs que les œufs se métamorphosent et se développent. Les sacs ovifères existent dans une période et manquent dans une autre ; ils disparaissent avec les œufs qu’ils renfermaient.

« Les œufs sont arrondis et présentent une enveloppe membraneuse, mince et lisse, tant qu’ils sont dans l'ovaire ; il paraît qu’ils sont remplis alors d’une masse violette, trouble, à grains fins. Les œufs renfermés dans les sacs des bras n’ont plus de coque et présentent trois formes singulières très-distinctes. Les unes ressemblent à des baies de ronce, et leur couleur esé d’un violet pâle; les autres ont la forme d’un petit disque épais, d’un violet pâle, et ils ressemblent à une petite méduse, qui serait sans bras et sans conduits nutritifs. Enfin, il en existe, et ceux-ci sont en plus grand nombre, qui présentent une forme cylindrique, tronquée aux deux extrémités, et d’une couleur jaune brun. Ces deux dernières espèces sont couvertes de cils trèsserrés et nagent librement. Les plus grands parmi eux atteignent un diamètre de 1/8 de ligne. Les œufs conservent leurs coques jusqu’à la grandeur de 1/24 de ligne.

« Quoiqu'il soit trés-probable qu’il existe aussi chez les méduses des organes génitaux mâles, je n’ai pu jusqu'ici me convaincre de l’existence d'organes distincts qui pourrait les représenter. La grande difrérence de forme que présentent les petits est fort frappante. Doit-on supposer que les mâles restent microscopiques, tandis que les femelles seules prennent du volume? II est certain que ce ne sont pas des parasites, car on les rencontre céjà dans l'ovaire ; leur apparition est aussi trop régulière, trop périodique et trop générale pour admettre qu'il en soit ainsi, et leur structure présente beaucoup d’analogie avec celle des autres germes ou petits. ,

Q Sur la circulalion el sur La respiration. I est Re brobable que les anciens observateurs qui parlent d’un mouvement de sang chez les méduses , ont pris pour cela le mouvement qui existe dans les matières nutritives renfermées dans les ramifications de l'intestin. Il est vrai que ces mouvements peuvent facilement induire en erreur, comme cela m’est arrivé à moi-même. Par suite de mes observations, je me suis convaincu qu’il existe chez les méduses des globules distincts, ar-

rondis, uniformes, sans couleurs, renfermés dans des canaux où ils accomplissent un mouvement de circulation. Prés: des petits corps bruns , sur le bord du disque, existe seul un mouvement véritablement circulatoire, exécuté par des globules semblables à des globules du sang. . Mais ce mouvement a plus d’analogie avec ce qu’on voit dans le Chara qu'avec une véritable circulation sanguine. Le mouvement de ces globules est surtout distinct et ne manque jamais dans le pédoncule court qui porte les corps bruns dans le petit sac clair situé à sa base. Les globuies du sang sont sans couleur, sphériques, simples, et présentent un diamètre de 1/288 , d’autres seulement 1/300° de ligne. Je ne pus apercevoir de communication entre les divers courants, Au reste, ces globules sanguins ressemblent entièrement, par la couleur et la forme, même par la grandeur et le mouvement, aux globules qui, chez les daphnies, appartiennent évidemment à la circulation sanguine. Il existe deux circulations sanguines chez les daphnies, comme je l’ai déjà dit (Organes un kleinsten, raume III, p. 46.) Doit-on admettre qu'il y en a huit distinctes chez les méduses? Je n’ai pas pu m’en convaincre jusqu'ici.

« Les corps bruns, sur le bord de l’animal , étant des prolongements libres, et comme dans leur pédoncule ou base, le mouvement en question ne manque jamais, ce qui n’a lieu ni dans les tentacules, ni dans les bras, je suis porté à admettre que ces pédoncules sont des organes branchiaux qui servent à la respiration. Nous verrons tout à l’heure que ces organes ont encore une autre fonction.

« Sur les yeux el sur les nerfs. Il y a déjà bien longtems qu’on attribue de la sensibilité aux méduses ; mais les recherches faites dans l’espérance de trouver des nerfs sont restées jusqu’ici sans résultats; e£ on admettait que chez les animaux petits et gélatineux la substance nerveuse est mélangée avec les autres tissus ef non séparée. Quoique pendant mon séjour sur les bords de la mer Rouge, j’eusse déjà examiné bien des fois les corps bruns placés sur le bord du disque des méduses, je ne suis parvenu cependant que dans le mois passé à reconnaître leur véritable nature et leurs fonctions.

« Ces huit petits corps, qui correspondent à la terminaison des troncs moyens des huit ramifications du canal intestinal, et qui présentent dans leur pédoncule court un mouvement de circulation, font voir encore d’autres faits d'organisation fort remarquables. Chacun de ces corps se compose d’un petit bouton jaune, ovale ou cylindrique, fixé à un pédoncule mince. Sa forme générale approche beaucoup de

celle de la verge. Le pédoncule est attaché à un vésicule dans lequel on remarque, sous le microscope, un corps glanduleux, jaunûâtre lorsque la lumière le traverse, et blanchâtre lorsque cette derniére est réfléchie. De ce corps il part deux branches qui se dirigent vers le pédoncule du corps brun jusqu’à son petit bouton ou tête.

« J'étais porté à admettre pendant quelque temps qu'il s’accomplis-

MÉDUSAIRES. 239

sait dans cet appareil des fonctions génératrices, c’est-à-dire qu’il y avait une véritable sécrétion de sperme au moyen du corps glanduleux bifurqué, et que, par des mouvements du disque, ce sperme arrivait à la cavité des œufs ouverte en bas. Cependant les observations subséquentes m'ont démontré qu’il n’en est pas ainsi.

« J'ai trouvé que chacun de ces petits corps bruns présentait un point rouge trés-distinct placé sur la face dorsale de sa petite tête jaune. Si maintenant je me rappelle mes autres observations sur de pareils points rouges, faites chez d’autres animaux, je trouve que ceux des méduses présentent beaucoup de ressemblance avec les yeux des rotifères et des entomostracés. Le corps bifurqué placé à la base du corps brun paraît être un ganglion nerveux et ses deux branches peuvent étre regardées comme des nerfs optiques. Les cristaux que nous décrirons bientôt viennent à l’appui de cette opinion.

« En admettant ainsi des traces d’un système nerveux, je repris encore l'examen des parties du corps les plus irritables, et je crois y avoir trouvé encore d’autres nerfs. Mes recherches sur la partie située immédiatement autour de la bouche, ne m’ont pas montré l’existence des nerfs ; maïs j’ai vu tout le long du bord du disque, dans chaque intervalle que laissent les tentacules,un nœud à deux branches d’une couleur jaunâtre ou blanchâtre, dont la forme ressemblait beaucoup à celui décrit plus haut. Ces branches se rendent dans deux tentacules; j’ai pu les suivre pendant quelque temps dans la base de ces appendices et m’assurer qu'ils sont situés sur le côté interne de deux muscles en forme de massue. Entre ces deux branches est placé le petit prolongement clos du canal nutritif marginal , lequel se remplit de matière colorante.

« Je ne dois pas passer sous silence une difficulté que je n’ai pas pu lever malgré {ous les efforts que j’ai faits. Si en effet, les organes en question situés à la base des tentacules sont des nerfs, ils sont placés immédiatement dans le canal marginal du disque qui appartient au système des organes de la nutrition, et ils forment la paroi externe de ce canal. Mais il est probable qu’ils sont enveloppés d’une membrane très-déliée, qu’on n’a pas pu découvrir jusqu'ici et qui les sépare du canal , avec lequel ils sont au reste si intimement unis.

« J'ai trouvé encore un trés-grand nombre de nœuds placés à la base du cerele des tentacules et dans les cavités oviféres tout près de l’œsophage. Il m’a paru qu’il y a toujours deux nœuds pour un tentacule. En admettant que ces nœuds sont des nerfs, comme on peut le croire par la comparaison avec les nerfs optiques et ceux qui se rendent dans les tentacules du bord du disque, la distribution de la substance nerveuse serait à peu près la suivante :

« Quatre groupes de nœuds nerveux placés autour de l’æœsophage, dans les cavités ovifères à côté des ovaires, sont en communication intime avec autant de groupes de tentacules. Sur le bord externe du disque tout près de la base des tentacules du bord, se voit une autre

240 ACALEPHES.

série de nœuds nerveux, interrompus de distance en distance par les huit corps bruns. Enfin il existe des nœuds nerveux isolés au nombre de huit placés à la base de chacun des huit corps bruns, etils donnent naissance chacun à deux prolongements filiformes (nerfs optiques) qui paraissent s’anastomoser au milieu de leur trajet, à l’aide d’un prolongement latéral. Les nerfs optiques et le cerveau des daphnies sont baignés d’une manière très-visible par la circulation sanguine. On voit des courants semblables autour des parties considérées comme des nerfs optiques chez les méduses : il paraît même qu’un mouvement semblable accompagne, tout le long du bord, les filets pris pour des ganglions et pour des nerfs.

« Les points rouges que je suis porté à considérer comme les yeux se composent d’un pigment rouge à grains très-fins : on voit très-nettement la substance à laquelle la couleur est inhérente. C’est ainsi que se présente le pigment des animaux rayonnés et des cyclopes. On le voit déjà à l’œil nu, et très-facilement à la loupe.

« S'ur les cristaux découverts dans les yeux des méduses. Déjà Gaëde, ce monographe classique pour les méduses, avait vu des petits corps hexagonaux dans l’intérieur des corps bruns, dont nous indi-. quons ci-dessus la position. Rosenthal a cru que c’était de la silice où du sable, puisqu'ils ne faisaient pas effervescence avec l’acide sulfurique.

« La forme des corps bruns , que je nommerai maintenant des yeux pédonculés , varie. J’ai trouvé souvent, sur un même individu, des yeux avec une tête fort allongée et cylindrique ; d’autres l’avaient trèscourte, à peine bien développée. Le résultat de mes recherches à cet égard est le suivant : chaque œil pédoneulé regarde vers le dos et présente sur sa face inférieure un petit sac jaunâtre dont la forme varie, et dans l’intérieur duquel on trouve un plus ou moins grand nombre de petits corps solides. Ces corps sont ordinairement cristallisés, . clairs comme de l’eau ; leur forme de cristallisation est celle du quartz,

c’est-à-dire à six faces ; dans d’autres cas, ce sont des prismes terminés avec trois ou avec six faces. Dans d’autres cas encore, ce sont des tables régulières à faces égales ou allongées , telles qu'on les voit dans le carbonate de chaux. Lorsque je versais de l’acide sulfurique sur les petits sacs, il y avait peu d’action. J’ai cru alors que c’était la membrane muqueuse qui empêchait l'acide d’agir ; j’isolai donc ces organes, et je les écrasai avec un couteau. Aussitôt que je versais un peu d’acide sur les cristaux ainsi mis à nu, ils se dissolvaient la plupart en formant des bulles, et ils finissaient par disparaitre. Les petites bulles se distinguaient souvent même à l’œil nu. On voit donc qu'il s’agit ici de véritables cristaux, qui présentent une grande ressemblance avec les cristaux de carbonate de chaux que j’ai découverts chez les amphibies et les mammifères. La forme des corps bruns, ou plutôt des sacs jaunes qui s’ayancent sur les yeux, varie selon la quantité des cristaux qu'ils ren-

MÉDUSAIRES. 241

ferment. La couleur jaune de ce sac vient de ia membrane qui le forme et du mucus qui le recouvre.

« Si je compare maintenant mes anciennes observations faites sur d’autres animaux avec celles-ci, je vois qu’il importe de noter que de semblables cristaux n’ont été trouvés jusqu'ici que dans le voisinagede la moelle épinière, du cerveau ou des organes des sens nobles, Il paraît donc que cette cristallisation peut servir à nous démontrer le voisinage d’une matière nerveuse.

« Coup d'œil général sur l'organisalion des acalèphes. Le corps de la medusa aurila présente une forme discoïde, et les systèmes organiques y sont arrangés d’une manière rayonnante. La bouche est quadrangulaire , placée en dessous, et se prolonge, par ses quatre angles, dans autant de lèvres ou bras longs et froncés , qui, à certaines époques, portent les œufs. Il y a quatre œsophages et autant d’estomacs qui se continuent avec un instestin tres-subdivisé, formant les canaux si visibles sur la face inférieure de l’animal, et se réunissant enfin pour constituer le canal circulaire situé dans le bord du disque : voilà l’ensemble des organes de la nutrition. Il y a huit ouvertures excrétoires placées sur le bord du disque entre les huit corps bruns, et il y existe huit points oculaires rouges, placés sur autant de branchies (?) en forme de pédoncules et dirigés vers le dos. On voit par conséquent que, lors du mouvement des méduses, la direction du dos (qui est tourné en avant) n’est pas l'effet du hasard, mais bien une conséquence de l’organisation. Les yeux peuvent rentrer dans des gaines particulières, dont nous n’avons pas parlé parce qu’elles étaient connues. Le bord du disque est garni d’un très-grand nombre de tentacules placés chacun entre deux petits feuillets.

« Dans le point occupé par chacun des anus, on remarque un feuillet plus développé ; toutes ces petites feuilles et tous les tentacules sont couverts sur le côté inférieur (abdomina!) par une membrane libre, étroite et continue. La substance nerveuse est distribuée en plusieurs groupes, dont quatre sont placés autour de l’œsophage, et les autres sur le bord du disque. On remarque une circulation du sang qui a lieu dans plusieurs systèmes séparés ; il n’y existe point d’organe central exécutant des mouvements de pulsation. Un tissu de vaisseaux (?) trés-déliés, sans circulation visible, trop fin pour le passage des globules du sang, recouvre toute la surface du corps ct pénètre dans son intérieur. Quatre cavités sexuelles spéciales, garnies de tentacules, communiquent avec quatre ovaires repliés et en forme de tube. Les œufs sont arrondis ; leur enveloppe est d’abord lisse, mais disparaît plus tard, et se trouve remplacée par des cils. Les bras et les autres organes externes des méduses se forment plus tard. Les œufs rejetés par l'ovaire se développent dans les bras, mais ils n’y parviennent point à la forme des êtres adultes. Les petits ressemblent déjà tout à fait à la mère avant de parvenir à une grandeur de six lignes. »

Ce travail remarquable a donc fait avancer de beaucoup l’anatomie et la physiologie des méduses. Nous aurions désiré insérer ici et à la suite les articles spéciaux publiés par les auteurs allemands, et même celui de Brandt; mais notre ignorance de la langue dans laquelle sont écrits ces documents nous force à terminer le recueil des matériaux originaux par le travail de l’anatomiste Meckel, en nous servant de la traduction de MM. Ricster et Sanson. L'article de Meckel sur les méduses doit être l'expression des connaissances des Allemands sur ces acalèphes. Il est extrait du tome VII (page 50 et suiv. ) de son Traité d’Anatomie comparée, publié en France en 1836.

« Les méduses, si les observations de Péron et Lesueur sont bien exactes, présentent plusieurs gradations extrêmement remarquables dans la disposition de leurs organes digestifs *.

« Dans la condition la plus générale offerte par ces animaux, on trouve des canaux qui, à partir du centre de leur corps discoïde, se. ramifient d’une manière régulière vers la circonférence. Dans les eudores, ces canaux, réunis à d’autres concentriques et situés à Ja face supérieure du disque, paraissent exister seuls. Les berénices offrent, de plus, des ventouses à leur partie externe et ramifiée. Les troncs vasculaires se dilatent davantage à leur origine, et au centre du corps ils se réunissent et forment une cavité qui est évidemment l’estomac ; bien que Péron range ce genre parmi les animaux privés de cet organe.

« Un degré de complication plus avancé consiste dans lexistence d’un prolongement creux qui se détache du disque. C’est le pédicule qui manque encore de bras chez les orythies ; il en est muni à son extrémité inférieure et libre dans ies pavonies. L’estomac manque-t-il réellement à ces genres qui, avec quelques autres genres moins im-. portants, forment la division des méduses sans estomac? cela n’est pas vraisemblable, si l’on tient compte de la remarque que nous avons faite sur le genre bérénice. Ajoutons que les erreurs sont aisées, parce que les parois délicates de l’estomac des rhisostomes, qui doivent suivre immédiatement les genres précités, se déchirent très-facilement ou se décomposent avec une promptitude extrême, tandis que le reste de la substance du corps conserve au contraire son intégrité. Les différences relatives à la présence et au nombre des suçoirs, des bras et des tentacules peuvent reconnaître la même cause. Bien souvent, dans mes recherches sur ces animaux, j’ai pu me convaincre de ces faits, en voyant

LS

! Tableau des caractères généraux et spécifiques de toutes les espèces de mé duses connues jusqu'à ce jour, Rudolphi, Synopsis, p. 325.

MÉDUSAIRES. 213

les divers genres, établis sur la présence ou l’absence de ces parties, naitre insensiblement sous mes yeux. D’autres bons observateurs, tels que MM. Eysenhardt et Baær, disent la même chose. On doit donc n’admettre qu'avec la plus grande réserve cette perfection insensible, quelque intéressante qu’elle soit. Si l’on en croit Péron et Lesueur, les méduses sans estomac n’ont pas même une apparence d'ouverture buccale, ni simple ni autre. Mais l’analogie qu’offrent ces animaux avec des êtres dont il a été question et qui sont moins élevés, conduit à penser le contraire. L'existence de ces ouvertures est établie d’ailleurs par des observations antérieures, surtout par celle de MM. Quoy et Gaimard ‘. En examinant la dyanca, dont la structure est du reste parfaitement semblable à celle des autres méduses , il y ont trouvé une trace d'ouverture pouvant donner passage à des substances solides. Dans les genres qui sont privés de suçoirs ct de bras, on ne sait pas par quels points du corps peuvent entrer les matières nutrilives. On peut admettre , par analogie, que ce passage a lieu à la face inférieure du corps, peut-être principalement vers son centre.

« La science doit beaucoup à M. Cuvier pour ses recherches sur la structure intérieure de ces animaux. On doit citer en outre surtout MM. Gaëde ?, Eysenhardt *, Baær # et Rosenthal ‘. On trouve aussi quelques données relatives à cet objet dans Baster ©, O. F. Müller 7 et Forskaol *,

« Les rhisostomes ont une cavité centrale et arrondie distincte, qui parcourt le pédicule et s'étend jusque dans le milieu du disque, où elle se dilate. Ces animaux ne m'ont pas offert d'ouverture buccale; je puis donc tout au plus me ranger de l'avis de M. Eysenhardt® , qui leur attribue une bouche intérieure. Je dois dire, au reste, que les recherches que j'ai faites, sans connaître celles de ce naturaliste, mont conduit à des résultats semblables dans ies points essentiels.

« Chez ces méduses, et vraisemblablement chez toules, même chez celles qui ont une bouche centrale, les bras sont les voies par lesqueiles les substances nutritives arrivent dans l’estomac. Dans le premier cas, ce sont les seuls organes d’ingestion ; dans le second, ce sont des organes d’ingestion accessoires.

! Ann. Sciences nat., I. 1824, 243.

? Beitræge zur Anat. und Physiol. der Medusen. Berlin, 1816.

* Zur Anat. und Naturgesch. der Quallen. Nov. Acta nat. cur., X, 2, p. 377.

* Ueber Medusa awila in Meckels Archiv., VIII, 369.

* Beilrag zx Anatomie der Quallen , in Untersuchungen über die Natur des Menschen, der Thiere und der notre I, 318.

5 Opusce. subseciv., IT, 2, n° 1

? Zoologia danica, vol. II, p. ‘80, tab. 16-77.

* Descriplio animalium, elc., que in itinere orientali observ. P. Forskaol. Havniæ, 1775, p. 106, icon, 23-33.

Loc. cit, p. 392,

2hh ACALÈPHES.

« Les bras des premières sont par conséquent plus grands, commuinément plus nombreux et offrent une organisation plus compliquée et plus parfaite que ceux des secondes.

« Chez la rhizostome bleuc (rhizosioma cyanea), il y en a huit qui sont unis inférieurement par une membrane délicate. Ils sont fort longs, d’une forme allongée et supportent au côté interne de leur petite moitié supérieure un prolongement, qui, se dilatant d’abord insensiblement, se rétrécit cusuite et s’étend jusqu’à l'extrémité du bras. Un peu en avant de leur longueur, on voit s’y joindre deux autres prolongements, situés au côté externe, qui s'étendent également jusqu’au bout. À ceux-ei correspondent deux autres prolongements plus petits, placés à la racine de chaque grand bras, qui partent exactement de la même partie de sa périphérie et qui sont dirigés en dehors ; ce sont comme les moitiés inférieures des deux prolongements précédents dont ils ont l'air de s’être détachés en haut. Tous ces appendices offrent des ramifications fines et nombreuses sur leurs bords libres. Il faut en excepter la sixième partie la plus externe de chacun des longs bras, laquelle est tout à fait simple. Cette sixième partie se dilale et se termine sans se diviser en trois prolongements latéraux.

« Dans ces bras cheminent des canaux considérables. Le tronc principal commence au sommet par des vaisseaux anastomotiques, et parcourt, en continuant d’être unique, toute la longueur du bras parallélement à celui-ci. On trouve, en outre, le long du bord libre de chaque prolongement, un tronc accessoire formé par une infinité de ramuscules ou radicuies , naissant sur le bord et se réunissant insensiblement en deux branches transversales qui s'ouvrent dans ie tronc accessoire. Celui-ci s’insére dans Ie tronc principal au commencement des prolongements; pius loin, un peu en dehors de leur milieu, il s’y ouvre de nouveau. Cetle dernière voie peut être considérée comme une anastomose entre les deux troncs.

« Le prolongement du côté interne ne contient pas de canal accessoire ; mais les branches, formées de la réunion des pelits rameaux, se prolongent sur environ cinq ou six points dans Je tronc principal. Chacun des deux appendices latéraux , inférieurs et externes, est parcouru par un vaisseau formé de Ja même maniére, et qui, à la racine du tronc principal, s’insère dans le confluent le plus large de ce tronc. Les confluents des deux troncs voisins se réunissent, dans le pédicule, en un seul vaisseau. Il y à, par conséquent, quatre de ces vaisseaux qui, après un court trajet, se confondent en un large canal, parcourant le pédicule en droite ligne, et que l’on peut nommer æsophage. Au point de jonction des deux vaisseaux principaux, on voit s'ouvrir encore un vaisseau plus petit, né par deux racines de la partie inférieure du prolongement interne de chaque bras.

« Les injections les plus heureuses ne m'ont fait voir aucune autre anastomose, soit entre les grands, soit entre les petits vaisseaux des

MÉDUSAIRES. 2%5

bras. Plusieurs de ces préparations sont d’ailleurs conservées et déposent en faveur de cette assertion.

« Je suis convaincu que les-origines de ces vaisseaux sont ouvertes, comme l’admet M. Cuvier. M. Eysenhardt ‘ est incertain sur ce fait. Il allégue la structure délicate de ces parties , pour repousser les preuves tirées de la sortie des matières injectées dans ces vaisseaux ?.

« Je dois dire cependant qu’en employant les liquides les plus ténus et avec le moindre effort, j'ai toujours vu les injections sortir de la manière la plus régulière , que l’injection fût faite sur l’animal frais ou sur des bras coupés et conservés dans l’alcool le plus fort, n'importe qu'ils fussent nouvellement ou anciennement plongés dans ce liquide. Je me crois donc fondé à adopter l’opinion de M. Cuvier.

«Il n’est pas plus douteux que ces vaisseaux et leurs orifices ne soient des dépendances du canal intestinal et qu’ils ne constituent des voies destinées à admettre les matières nutritives. Leur abouchement à l’estomac en est la preuve. Dans aucun cas, on ne peut y voir des canaux ayant pour usage unique de donner issue aux œufs de ces animaux *.

« L’estomac et les vaisseaux sont partout enveloppés d’une membrane propre, délicate, mais intimement unie au réste de la substance de l’animal.

« La disposition des rhiroslomes , où un canal complétement fermé parcourt les bras, n’est pas générale. D’autres genres présentent un simple demi-canal , formé par l’adossement des deux moitiés latérales des bras. Ce demi-canal, qui offre sa plus grande largeur et sa plus grande profondeur à sa base, peut s’effacer tout à fait lorsque les moitiés latérales se déploient. La conformation dont il s’agit se remarque surtout dans les genres qui ont une bouche béante, située au milieu des bras.

« Il est vraisemblable que l'ouverture buccale de toutes les méduses pourvues de bouche, est simple. À l’état de contraction, elle se présente sous la forme d’une croix, parce que les racines des bras se joignent entre elles et se raccourcissent en dedans ; à l’état de relâchement, elle est, au contraire , arrondie. Si, dans cet état, la partie supérieure de l'estomac se recourbe en bas, il en peut résulter que l'animal paraisse avoir quatre ouvertures buccales.

« L’estomac est simple, ordinairement prolongé en quatre appen-

D PR RU à de A ne ur M ee + ! Loc. cil., p. 39i. * En examinant sous le microscope l’extrémité des bras de la rhizostome d’Aldrovandi, espèce qui est assez commune dans la Méditerranée, M. Milne Edwards à constaté l'existence de ces ouvertures qui sont toujours béantes, et

dont le nombre varie de trois à six sur chacun des trois bords de ces prolongements. (Note de MM. Riester et Sanson.)

‘ Eysenbardt, oc. cit., p. 405,

2%6 ACALÈPRES.

dices , auxquels il en ajoute même encore plusieurs autres situés plus en dehors.

« Il se détache de ce viscère et, en outre, aussi immédiatement de . la racine des bras, un second ordre de canaux, qui se ramifient en rayonnant à travers tout le disque jusqu’à son bord et qui lui Spore tent le fluide nutritif.

« On trouve très-généralement seize de ces vaisseaux distribués au nombre de quatre pour chaque quart du corps. Ils n’offrent ni ramifications ni anastomoses dans leur premier tiers; vers le bord, ils se divisent peu à peu de plus en plus finement, s’anastomosent et ne forment qu’une couche. Trois de ces vaisseaux sortent de la périphérie de chaque appendice stomacal ; le quatrième est fourni par l’échancrure qui sépare chaque paire de ces appendices. Les quatre vaisseaux des échancrures sont plus longs que les autres ; mais ils naissent tous à peu près à la même distance les uns des autres.

« Les bras ne m'ont pas offert de vaisseaux, pas plus qu’à M. Baær ‘; les autres observateurs, du moins MM. Gaëde et Rosenthal, n’en font également pas mention.

« La disposition des vaisseaux qui viennent d’être décrits présente, dans les divers genres, quelques différences graduelles qui sont intéressantes.

« Cette disposition est bien plus simple dans les méduses que dans les rhizostomes.

« Chez les premières, les deux vaisseaux provenant de la partie latérale des appendices de l’estomac ne se ramifient pas ; ils vont en droite ligne jusqu’au bord du manteau, sans s’anastomoser avec les autres. Les huit autres, au contraire, se divisent au point mentionné, en trois branches, dont deux latérales et une mitoyenne, qui, à leur tour, se dichotomisent, mais ordinairement avec peu de régularité. Ainsi une branche ne se ramifie pas dans une grande étendue, tandis que l’autre se divise en deux autres plus petites, après un très-court trajet. Le maximum des divisions de chaque vaisseau s'élève, en général, au plus au nombre de quatre. Ce n’est que dans le quart le plus externe du disque qu’ils s’unissent entre eux par des branches anastomotiques, quelquefois transversales, le plus souvent obliques. Ils sont en petit nombre relativement au reste de la substance dans laquelle ils cheminent; ils y forment un réseau à larges mailles, qui est fermé par un vaisseau circulaire, se dirigeant sur le bord. Ge réseau n'offre, en effet, que des mailles très-larges. Cette disposition est incontestablement celle des méduses ordinaires, quoique M. Cuvicr en ait parlé autrement. Toutefois, il y a bien plus d’anastomoses que n'en signalent MM. Gaëde, Baær et Rosenthal. C’est Müller * qui a le mieux

1 Meckel’s Archiv. fur die Physiologie, VITX, 375. ? Zoologia danica, tab. 76.

MÉDUSAIRES. 247

représenté cette circonstance, quoiqu'il indique bien moins exactement la disposition des vaisseaux. La branche moyenne de chacun des huit vaisseaux divisés, sans fournir d’autres rameaux, se rend directement au vaisseau du bord, à la manière des huit branches déjà indiquées, et c’est là seulement qu’elle se divise en trois rameaux. De ces trois rameaux , les deux latéraux pénétrent dans le vaisseau du bord. Le rameau moyen, qui est plus petit, se rend à un petit cylindre, dur, situé au bord, qui est entouré de trois prolongements cutanés, laminiformes et allongés, dont un supérieur et mitoyen et deux latéraux ; il les déborde tous les trois. Sa partie qui les dépasse est garnie de corpuscules jaunâtres, brillants, qui paraissent être du sable ; elle contient, en outre, une substance muqueuse qui ne se distingue pas de celle qui enduit la surface de l’animal. Il est vraisemblable que cette partie est un organe d’excrétion , une sorte d’anus ’.

« Les huit vaisseaux qui restent indivis ne vont pas à des organes semblables, Ces organes ne sont donc qu’au nombre de huit.

« Le vaisseau cireulaire s’ouvre en outre dans les filaments creux, disposés autour du disque ?.

« La disposition des rhizostomes est bien plus compliquée. Elles n’offrent pas de différence entre les vaisseaux divisés et ceux qui re le sent pas ; tous indistinctement s’anastomosent entre eux par des branches transversales. Cette union s'opère bien plus près du centre que chez les méduses , et le nombre des divisions et des anastomoses est incom-

! Rosenthal, loc. cit., p. 326.

? L'ouverture de ia bouche est fortifiée par un fort muscle orbiculaire, formé de fibres concentriques, et qui recouvre une couche de fibres rayonnantes. On y rencontre en outre deux canaux Comme cartilagineux, adaptés l’un à l’autre, et dans lesquels les matières destinées à nourrir la méduse , telles que des ascidies et de petits testacés, éprouvent, avant de parvenir à l'estomac, un travail préparatoire très-favorable à la digestion. Ils se rendent à l'estomac qui consiste en une capacité beaucoup plus grande, même dans l’état de contraction, et qui est formé de deux couches, l’une fibreuse, et l’autre muqueuse, celle-ci est la continuation de l'enveloppe extérieure du corps. L’une et l’autre sont divisées en dix cercles concentriques , qui occupent l’intérieur de l’organe, à partir de son origine jusqu’au fond. La surface intérieure de la cavité est traversée par une infinité de rugosités correspondantes à ces cercles. L'union de l’estomac avec les plans musculaires et avec une membrane particulière augmentent sa force, aussi se rompt-il sous l'influence de contractions mortelles. Mais ces conditions manquent à son fond; l'issue des œufs provoquée par cet accident fait dire à tort par quelques auteurs que les ovaires s’ouvraient dans la cavité centrale du tube digestif. Cet estomac est susceptible de grandes dilatations et de grands resserrements selon les besoins de la digestion. Existe-t-il des vaisseaux qui conduisent les sucs nutritifs des plis de la muqueuse aux canaux lactés ? l’observalion ne permet de reconnaître qu’un enduit muqueux à la surface de la membrane, et ne laisse pas aller plus loin. Delle Chiaie, ouv. cit., vol. XI, p. 231, 1824. (Note de MM. Riester et Sanson.)

parablement plus grand. Il en résulte un réseau beaucoup plus compliqué, formé de mailles très-rapprochées, unies pour la plupart à angles droits et devenant de plus en plus libres *.

« Suivant M. Eysenhardt *, ce réseau ne s’étendrait pas jusqu'aux lobes disposés sur le bord, mais se terminerait brusquement avant de les atteindre. Toutefois , je puis dire avoir poussé plusieurs fois des injections dans ces lobes sans y avoir produit d'épanchement, et je possède encore des préparations qui le démontrent. Il existe également entre les lobes de pelits corps conformés de la même manière, mais proportionnellement plus petits que ceux dans lesquels s'ouvrent les branches moyennes chez les méduses. Mais de même que tous les seize vaisseaux principaux des rhizostomes se ressemblent par leur disposition, de même ils ont seize de ces corps dans lesquels se termine la partie moyenne de chaque vaisseau principal *. »

Nous avons mis sous les yeux l’état de nos connaissances générales sur les méduses, en présentant dans la série chronologique des principaux travaux la part qui revient aux auteurs que l’on regarde comme ayant rendu le plus de services à cette branche des sciences naturelles, si peu avancée encore, et qui réclame si impérieusement le concours de toutes les intelligences. Nous eussions pu faire un dépouillement de diverses opinions émises par leurs auteurs; mais par cela même ces matériaux eussent perdu leur cachet d'originalité. Nous avons préféré faire le sacrifice de notre amour-propre, afin d’être plus directement utile en réunissant précieusement en un faisceau des matériaux épars, et qui seront pendant longtemps les uniques sources où l’on pourra puiser.

Dans ces documents on s’étonnera sans doute de ne pas voir figurer les résultats des belles découvertes de Delle Chiaie, de Sars, de Milne Edwards surtout ; mais il nous suffira de dire que les travaux de ces savants ont été religieusement conservés aux articles spéciaux qu'ils concernent. |

Toutefois, nous ne clorons pas cette série de Mémoires sans parler de ceux qui sont relatifs à l'analyse chimique des méduses.

Le premier travail est l’Examen chimique des matières conte-

1 O. F. Müller, Zoo!. danica, vol. IT, p. 51. ? Loc. cit., p. 401. #* Eysenhardt, loc. cit., p. 400.

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nues dans la liqueur que Fon obtient , lorsqu'on fait fondre des méduses en les abandonnant à une décomposition spontanée. Ce Mémoire de A. Laugier à été inséré dans le tome XVI (p. 341) des Annales du Muséum. L'espèce qui a été analysée est la rizostome de Cuvier. Ainsi s'exprime M. Laugier.

« On lit dans les Éphémérides des curieux de la nature, année 1694, p. 203, Ja note suivante, insérée par Hannemann, sur l’analyse chimique de Portie de mer où méduse :

« Entre autres travaux chimiques, dit Hannermann, j’entrepris l'été dernier l’analyse des ortics de mer. Par le moyen du feu j’en retirai, 1°, une grande quantité d’eau sans aueunce espèce de saveur, quoique les orties mêmes touchées avec la main semblent la brûler et excitent un prurit. La force corrosive et brûlante s’évanouit done entièrement.

«2%, Le caput mortuum était comme-un sel concret; je le mis dans une cornue et le brülai par un feu très-fort; il donna une substance huileuse rouge ; de ce qui restait, je retirai un sel par la lixiviation. Je connais sur l’huile ct sur l’eau dont je viens de parler certaines choses d’une grande importance que je publierai dans la suite. »

« Hannemann n’a pas tenu parole, car il n’a rien dit de plus.

« M. Péron, dans un voyage qu’il fit au Havre, recueillit une grosse méduse bleue qu’il fit fondre en labandonnant à une décomposition spontanée. Il cbtint pour résidu de cette décomposition une liqueur qu’il remit à M. Duval, pharmacien au Havre, en le priant de l’exauiner ; ce qu’il ne pouvait faire lui-même, parce qu’il était obligé de revenir à Paris.

« M. Duval abandonna la liqueur à une évaporation spontanée ; il se forma à sa surface, au bout de quelques jours, une légère pellicule cristalline qu’il sépara avec soin. Quelque temps aprés, il se forma une petite quantité de nouveaux cristaux qu’il enteva de même avee la barbe d’une plume. La liqueur ne fournissant pius de cristaux par le repos, il la fit évaporer aprés s'être assuré qu’elle pesait quatre livres, et la réduisit à douze onces; mais, ainsi rapprochée, elle ne donna pas plus de cristaux qu'auparavant , ce qui le détermina à l’évaporer à siccité. Il obtint pour résidu une matière saline, grisàtre, qui pesait onze gros.

« Ainsi, la liqueur provenant de la méduse abandonnée à une décomposition spontanée a fourni à M. Duval deux sels, l’un peu soluble et qui à cristallisé par le simple repos de la liqueur , l’autre jouissant d’une grande solubilité et qu’il n’a pu en séparer que par l’évaporation totale du liquide.

« M. Duval a entrepris l’examen de ces sels, et a rendu compte à M. Péron de ses expériences ; je vais rapporter textuellement ce qu’il lui a communiqué sur cet objet.

« Les cristaux que je vous avais fait passer, et qu'après un léger

350 ACALEPHES.

« examen à la loupe j'avais regardés comme du sulfate de soude, ont « donné des résultats tout autres que ceux qu’on obtient en traitant ce « dernier sel par les réactifs; six grains de ces cristaux dans une once « d’eau distillée n’ont éprouvé aucune solution sensible; les cristaux, « au contraire, ont paru se gonfler et prendre le blanc mat d’un sel « qui s’effleurit. Ayant versé sur ce sel insoluble une nouvelle once « d’eau distillée, dans laquellé j’ajoutai quelques gouttes d’acide nitri- « que, il y eut sur-le-champ une effervescence sensible avec une dissolu- « tion parfaite. L’oxalate d’ammoniaque y démontre la chaux, et l’eau « de chaux en précipite un peu de magnésie. Ces cristaux ne seraient « donc que du carbonate de chaux et de magnésie. Sans l’efferves- « cence, je serais porté à croire que ce sel serait du phosphate cal- « Caire. »

« La matière saline que j'ai obtenue par l’évaporation à siccité (ajoute M. Duval) attirait puissamment l’humidité de l’atmosphère. Pour lui enlever les sels déliquescents qu’elle contenait, j’en ai lessivé avec quatre onces d’alcool, rectifñié la moitié qui, filtrée, a perdu à peu près un demi-gros. Cette solution alcoolique précipite abondamment le nitrate d'argent ; l’acide nitrique ne rétablit pas la transparence ; l’oxajate d’ammoniaque y démontre la chaux ; l’ammoniaque très-caustique et l’eau de chaux y occasionnent un précipité léger et floconneux qui ne peut être que de la magnésie. Le sel, traité par l’alcool, ayant été dissous de nouveau dans l’eau distillée, s’est comporté avec les réactifs ainsi qu’il suit : les nitrates de baryte et d’argent y forment sur-lechamp des précipités ; le premier est léger, le second très-abondant ; tous deux sont insolubles dans l’äcide nitrique; l’'ammoniaque, l’eau de chaux, l’oxalate d’ammoniaque n’y opérené aucun changement, enfin ce sel décrépite fortement sur les charbons. D’après ces résultats, on pourrait donc croire que cette substance saline se compose essentiellement de muriate de soude, de chaux et de magnésie. Le nitrate de baryté y annonce une petite quantité de sulfate; mais les lois des affinités n’admettent pourtant pas de sulfate de soude avec les muriates de chaux et de magnésie. Et M. Duval ajoute : « Vous serez à même de faire vérifier tout cela, puisque je vous envoie dans une bouteille bien bouchée la moitié de la masse saline qui provient de l’évaporation des quatre livres de liqueur que contenait le grand bocal que vous m'avez laissé. Ainsi vous aurez sous un très-petit volume ce que vous aviez retiré de votre grosse méduse, moins les produits volatils qu’aura fait dégager la fermentation putride que la liqueur avait éprouvée avant qu’elle füt entre mes mains. »

« M. Péron m’ayant invité à examiner de nouveau les sels de sa méduse, j’ait fait les expériences que je vais décrire. Quoique leurs résultats ne s’éloignent pas beaucoup de ceux qu’a obtenus M. Duval, il m'a semblé utile d'indiquer les légères différences qu'ils présentent relativement à la nature des principes que ces sels renferment, et dont

MÉDUSAIRES. 251

j'ai eu pour but, en outre, de déterminer assez exactement les proportions.

« Examen du sel qui crislallise par l’'évaporalion spontanée de l'eau des méduses bleues. Ce sel ne m'a été remis qu'en poudre trèés-fine , el en très-petite quantité , mais elle m’a suffi pour en reconnaître la nature et déterminer les proportions des éléments qui ie composent.

« Il n’a point de saveur et ne se dissout point dans l’eau; il est dissous en totalité par l’acide nitrique et avec une très-vive effervescence; il n’est resté qu’une quantité inappréciable d’une matière qui m’a paru se Coaguler par Ja chaleur et qui vraisemblablement est une substance animale analogue à celle que l’on obtient toutes les fois que l’on dissout dans cet acide les dépouilles ou produits calcaires des animaux marins,

« Si l’on verse dans la dissolution nitrique ci-dessus obtenue quelques gouttes d’ammoniaque caustique, il se forme un précipité floconneux et gélatineux. Ce précipité n’est autre chose que du phosphate de chaux ; c’est sans doute cette substance que M. Duval a obtenue en saturant l’excès d’acide de la dissolution au moyen de l’eau de chaux, et qu’il a prise pour de la magnésie.

« Afin de ne rien laisser de douteux à cet égard, j’ai traité ce précipité desséché avec quelques gouttes d'acide sulfurique ; la quantité en était si petite, qu’elle a été presque entièrement dissoute par l’excès de cet acide; mais cet excès ayant été chassé par la chaleur , le résidu a refusé de se dissoudre dans l’eau froide, et il a fallu beaucoup d’eau bouillante pour le tenir en dissolution; cette dissolution , trèsétendue , a précipité abondamment par l’oxalate d’ammoniaque, c’était donc du sulfate de chaux et non du sulfate de magnésie. S'il se trouve avec le phosphate de chaux un peu de magnésie, ce ne peut être qu’en traces imperceptibles.

« La dissolution nitrique d’où l’ammoniaque avait précipité le phosphate de chaux a été entièrement décomposée par l’oxalate d’ammoniaque.

«Je puis assurer, autant que me le permet Ja petite quantité soumise à mes essais, que ce sel des méduses est formé de carbonate et de phosphate de chaux , et que ces sels s’y trouvent exactement dans les mêmes proportions que dans toutes les concrétions calcaires produites par le suc lapidifique des mollusques, des polypes et des crustacés que j'ai examinés, , tel que le corail rouge, la coralline blanche, les coquilles d'huîtres , les pierres d’écrevisses, etc.

« Ces proportions sont les suivantes :

Cent parties sont formées , de carbonate de chaux..... 92 de phosphate de chaux... .... RTE RAC D UT 7 de matière animale qui lie les molécules calcaires. 1

« Sel oblenu par l’évaporation à siccilé de l’eau des méduses bleues. Le sel de couleur grisâtre , que l’on obtient par l’évaporation à siccité de la liqueur des méduses, adhère aux vases qui les renferment ; exposé quelque temps à l'air, il en attire sensiblement l'humidité. Il a la saveur du sel commun ou du muriate de soude non purifié; il se dissout aisément dans l’eau froide, et ne laisse qu’un résidu dont la quantité est inappréciable.

« Soumis à la chaleur rouge, il se fond en exhalant quelques vapeurs d’acide muriatique , il prend une couleur rougeâtre d’oxyde de fer, et perd environ dix pour cent de son poids.

« Sa dissolution dans l’eau donne avec l’ammoniaque un léger précipité floconneux un peu jaunâtre , et avec l’oxalate d’ammoniaque un précipité blanc pulvérulent.

« Si, après la séparation de ces deux précipités, on abandonne la dissolution au repos, il s’y forme un grand nombre de petits cubes brillants, très-réguliers et d’une saveur salée, très-reconnaissahles pour du muriate de soude.

« L’eau mère qui a fourni ces cristaux précipite abondamment par le nitrate d’argent , et le prussiate triple de potasse lui fait prendre üne couleur bleue foncée.

«On peut conclure de ces essais, que le sel de méduse contient beaucoup de muriate de soude et une petite quantité de -muriates de chaux , de magnésie et de fer.

« Pour déterminer la proportion des substances dont la réunion compose le sel des méduses, je l’ai traité par l’alcool.

« J'ai lavé cent parties de ce sel avec plusieurs portions d’alcool froid à 56°; après l’action de ce dissolvant, le résidu desséché ne pesait plus que 75 parties ; l'alcool avait donc enlevé au sel 25 parties.

« La dissolution alcoolique, abandonnée à l’évaporation spontanée, a déposé. des cristaux de muriate de soude dont le poids représentait 5 parties ; l’alcool décanté donnait un précipité floconneux avec l’ammoniaque et pulvérulent avec l’oxalate d’ammoniaque ; le nitrate d’argent le précipitait en flocons blancs, abandants et lourds, le prussiate triple de potasse le coïicrait en bleu.

« Ainsi Palcool avait séparé du sel de méduse des muriates de chaux, de magnésie et de fer. La quantité du muriate de chaux est la plus grande, la proportion du muriate de fer est la plus petite, celle du muriate de magnésie paraît être moyenne.

« Les quantités réunies de ces sels déliquescents ne s’élévent pas au delà de 10 pour 100; les dix autres parties séparées par l'alcool doivent être attribuées à l’eau contenue dans le sel entier, et à laquelle ce dissolvant a dû s'unir pendant l’opération du lavage.

« Les 75 parties insolubles dans l’alcoo!l se sont dissoutes en totalité dans l’eau distillée ; la dissolution , qui avait une saveur salée , précipitait abondamment par le nitrate d'argent, et sensiblement par les

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dissolutions de nitrate de baryte et d’oxalate d’ammoniaque ; en effet, on remarquait dans la dissolution abandonnée au repos et non filtrée un grand nombre de petits cristaux en filaments soyeux reconnaissables pour du sulfate de chaux ; c’est vraisemblablement le sulfate que M. Duval avait entrevu à l’aide du nitrate de baryte, et que les motifs qu’il a exposés l’avaient empêché de considérer comme du sulfate de soude.

« Je crois pouvoir conclure de ces expériences ci-dessus rapportées , que le sel obtenu par l’évaporation à siccité de l’eau des méduses bleues, est formé d’une grande quantité de muriate de soude mélée à quelques centièmes de muriates de chaux, de magnésie, de fer et de sulfate de chaux, et que ces différents sels , qui sont ceux que l’on rencontre le plus ordinairement dans les eaux de la mer , y existent à peu près dans les proportions suivantes :

« Cent parties du sel des méduses bleues sont formées :

de-muriale de soude. men ae sure, Sa de c dort 40 de muriate de chaux...... A a ed ae 4 de muriate de magnésie.......... AS dole ds 3 de muriate de fer..... EE er SEM en à 2 de sulfate de chaux.............,..2, ACTUS 1 caureb perte: PR D Ne IAE OS RAA LEE 11

En juin 1833, nous nous livràmes nous-même à l'analyse de cette même médusaire , nommée r1zostome de Cuvier, si commune sur les côtes de l’Aunis. Les quelques faits que nous sionalâmes sont insérés dans notre Manuel de Pharmacologie , publié en 1833 (t. IT, p. 601).

La rhizostome de Guvier devait peser au moins 10 kilogram. à sa sortie de la mer, à en juger par la perte en volume qu’elle a éprouvée en se liquéfiant. Son poids réel, à son entrée au laboratoire, n’était plus que de 6 kilogrammes 300 grammes, et c’est sur ce chiffre qu’ont été basés les calculs des proportions relatives que nous citons dans cette note.

Soumise à la température de l’eau bouillante pendant quelques heures, elle est entrée presque complétement en dissolution, et n’a laissé qu’un résidu en flocons gélatineux pesant 30 grammes. Le solutum , refroidi et liquéfé sans avoir repris sa consistance gélatineuse, avait une densité de 6 degrés du pèse-sels, et donnait en poids 5 kilogrammes 760 grammes. Sa saveur était fortement salée, nauséeuse ; sa couleur opaline ou

légèrement rougeâtre ; son odeur, des plus pénétrantes, était celle de la marée ou de poisson déjà décomposé.

200 grammes du solutum , traités par la noix de galle, ont donné un précipité abondant qui, desséché, pesait 4 grammes. Une égale quantité de ce même liquide, évaporée jusqu’à siccité, a donné un résidu pesant 10 grammes. Ce résidu avait un aspect cristallin, d’une saveur fortement salée, d’un aspect brillant, et dont la grande hygroscopicité prouvait que les sels dominaient la partie gélatineuse. L'alcool rectifié, versé sur ce résidu, s’est promptement chargé par l’ébullition d’un principe colorant jaune-rougeûtre, tandis qu’une masse brune glutineuse s’est déposée au fond du liquide : ce principe, repris par l’eau distillée, puis évaporé, avait l'odeur et la saveur du bouillon de viande; traité par l’infusum de noix de galle, il a donné un précipité qui ne peut être de la gélatine, puisqu'il provient d’une solution alcoolique, mais qui a les caractères typiques de l’osmazôme : son poids était de 40 centigrammes après la dessiccation.

Les parties desséchées de la méduse , exposées dans une cornue à l’action directe de la chaleur, ont fourni les produits des substances animales des classes supérieures. L’eau de lavage du charbon, traitée par différents réactifs, a démontré la présence des sels calcaires et magnésiens de l’eau de mer : aucune trace d’iode ne s’est manifestée. Le charbon, lavé pour la séparation des sels solubles, a été repris ensuite par l’acide hydrochiorique étendu. Ce liquide, chargé ainsi de nouveaux sels rendus solubles, évaporé jusqu’à siccité, mêlé à du charbon et calciné dans un creuset, n’a donné aucun indice de phosphore.

lL°, DESCRIPTION DES MÉDUSES.

La méthode dont nous nous servons pour la classification des méduses à élé publiée, dès l’année 1837, dans notre Prodrome, et le temps n’a fait que nous confirmer dans les avantages qu’elle offre pour l'étude de ces animaux.

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