‹ Histoire naturelle du corailChapitre 38 sur 78 · DURÉE DE L ACCROISSEMENT · texte numérisé non relu

DURÉE DE L ACCROISSEMENT

Ces cruches ont été percées à jour sur leur ventre par deux L. On ne pourra done point les confondre avec celles que l'on pêche quelquefois, et la date de leur immersion sera parfaitement connue.

Il est possible d'espérer, d'après ce qui vient d'être dit, que sur elles ou dans leur intérieur, il se fixera du Corail dont on pourra évidemment connaître approximativement l’âge, en faisant peut-être quelque erreur sur le nombre des années toujours en moins, mais jamais en plus, car la naissance ne pourra être antérieure à septembre 1861, date de limmer- SION. |

Sans doute, on n'aura pas l'époque exacté de l'année méme où se seront fixées les larves, mais on pourra au moins recueillir des renseignements qui permettront de juger si cette durée d’accroissement de trente et quarante années indiquée par Marsigli et les pêcheurs est admissible.

Il faut maintenant surveiller et suivre cette expérience, se faire rendre un compte exact du nombre de jarres repèchées et de l'état dans lequel on Îles trouvera.

Cet essai rappelle ceux que l'on fait pour le repeuplement des bancs d'Huitres ; l'idée n'est pas nouvelle, car on la trouve mdiquée déjà depuis longtemps par Cavolini, qui dit en propres termes :

«Un bel gemio in un luogo del regno fece gettare nel mare, » ove era simile raceolta delle tazze di porcellana perchè un » tempo si sarebbero avute adorne naturalmente di Coralli, » per cosi servire nei Musei e nelle gallerie (4). »

I eût été sans doute bien préférable de faire fabriquer des briques grandes et voûtées, offrant des crochets propres à les faire repêcher, et une disposition de forme et de pesanteur telle qu'arrivées sur le fond de la mer, elles dussent remplacer, quelle

(4) Voy. Cavolini, loc. cit., p. 34, la note,

que pt être leur position, les voûtes des rochers. À mon grand regret, je n'ai pu le fure.

Je suis loin de m'exagérer la certitude des résultats que fournira l'expérience qui s'accompliten ce moment, car je sens très-bien que la forme arrondie est une condition fàcheuse. Les jarres peuvent rouler, et sans aucun doute un grand nombre de jeunes pieds qui se seront fixés sur elles ne pourront se développer.

L'expérience a commencé à la fin d'août 1861, et vers le milieu de septembre toutes les cruches étaient jetées à la mer. C'est entre ces époques, on se le rappelle, que le nombre des naissances parait être le plus grand.

Depuis lors, il en a été repêché trois, une en 1862, que j'ai pu examiner à Alger : elle était recouverte d'un grand nombre d'espèces de Bryozoaires, de Gorgones fort petites, d’Annélides à tubes calcaires, ete., ete., que l’on trouve à côté du Corail. Les deux autres n'ont été trouvées qu'en 1863, et je ne les ai point vues ; mais, d'après ce qui m'a été dit, elles portuent deja des Gorgones de plus d’un décimètre de hauteur.

Malgré ces premiers résultats négatifs, je suis loin de perdre confiance, J'ai la conviction intime que tôt ou tard 1l en sera repèché avec du Corail. M. Mangeapanelli, armateur de la Calle, a bien voulu me donner une petite cruche de terre vernie qui à été retirée du fond de la mer par ses patrons, et qui porte dans son intérieur un petit pied de Corail d'un centimètre de hauteur.

Il serait utile de jeter, tous les ans, un certain nombre de briques fabriquées ainsi qu'il à été dit plus haut, et portant la date, marque bien propre à la faire distinguer : on aurait ainsi des termes de comparaison nombreux, et l'on pourrait espérer d'arriver à des résultats certains sur la durée du temps nécessaire à l'accroissement, à des profondeurs variables.

Ï faudrait aussi mettre à profit la pêche au scaphandre

DURÉE DE L'ACCROISSEMENT. "207 pour ensemencer du Corail recueilli avec soin au moment de la reproduction, et former des bancs à de petites profondeurs, dans des lieux bien choisis, faciles à explorer et où l’on pourrait ainsi suivre les progrès du développement ?

L'administration agira avec peu de certitude dans les règlements qu'elle fera, si elle n'a des renseignements précis sur cette question.

Il y à beaucoup d'études à faire, il n'était pas possible de les accomplir dans un temps aussi limité que celui de ma mission ; mais J'ai fait tout Ce que j'a pu.

Si j'ai le regret de n'avoir pas résolu toutes les questions qui se présentaient, j'aurai du moins prouvé, comme on le verra plus loin encore, qu'elles ne sont pas passées imaperçues ; mais, à coup sûr, J'aurai apporté à la science des faits nouveaux dont les personnes qui s'occupent du Coral depuis mon rapport à monsieur le Gouverneur général de l'Algérie, peuvent tirer parti (4). À de plus heureux, de plus favorisés au point de vue des moyens d'exécution, à pousser les choses plus avant, et à faire connaître combien les tiges que l'on trouve dans le commerce avec des grandeurs s! diverses, mettent de temps à se former.

Sans aucun doute, on eritiquera les expériences qui sont indiquées ici; on en contestera l'utilité, on dira même qu'elles sont irréalisables. Mais j'en ai la conviction, personne ne s’en laissera imposer par des critiques creuses et verbeuses. Je ne donne point ces indications de recherches comme représentant tout ce qu'il y à à faire, car je sais trop bien que ce n'est qu'en suivant les expériences qu'on peut les modifier d'après les résultats de chaque jour.

Si les observations sont difficiles à conduire, ce n'est point une raison pour ne pas les tenter. A faut les faire, c'est néces-

(à) Le rapport contenant les résultats de ma mission est entre Îes mains de l'administration de la marine de PAlgétie depuis la fin de l’année 1861,

sure pour arriver à mettre les bancs en coupe réglée, à en diriger l'exploitation, et par un sage aménagement en augmenter les produits. Il est, en outre, urgent de les commencer au plus tôt, quelles soient conduites comme je l'indique, ou qu'elles soient modifiées; car, par leur nature même, elles doivent avoir une très-longue durée, et tout retard éloignera le moment où l'on pourra appliquer des mesures qui semblent devenues indispensables.

La position du Corail dans les cadres zoologiques, est aujourd'hui parfaitement fixée.

Le groupe très-naturel des Alcyonaires appartient à la grande division des Zoophytes coralliaires ou Polypes à polypier. ILest caractérisé par ses huit tentacules toujours couverts de deux rangées latérales de barbules, et se distingue par là trèsnettement des Zoanthaires, qui ont des tentacules simples, toujours au nombre de six ou d’un multiple de six.

Les divisions secondaires, basées sur ja liberté des zoanthodèmes (Pennatulides), ou sur leur fixité (Alcyonides et Gorgonides), sont aussi très-naturelles.

Le Corail appartient aux Gorgonides, et se distingue par son polypier dur et non interrompu : d'une part, des Gorgones proprement dites, dont l'axe est corné et flexible, etde l’autre, des Isis, des Mopsées, dont le polypier calcaire est Imterrompu de loin en loin par des articulations d’une autre nature.

On consultera, du reste, à cet égard, avantageusement, les travaux spéciaux de MM. Milne Edwards et Jules Haime, et l’on

LACAZE-DUTHIFRS, 14

y verra que les rapports et la position zoologique du Coral sont aujourd'hui parfaitement établis (4).

Quant à la question de savoir s'il existe plusieurs espèces, les avis sont partagés.

Dioscoride à décrit deux espèces, et n'a jamais manqué de distinguer le Corail blanc du Corail rouge.

Boccone, dans ses lettres, dit constamment le vrai Corail rouge et blanc de Dioscoride. |

Dans les ouvrages les plus importants et à la fois le plus moderne sur les Coralliaires, les auteurs que je viens de citer n’admettent comme espèce que le Corallium rubrum, le Corail rouge, celui que nous étudions ici, et le Corallium secundum : celui-ci, d'après M. Dana, ne présente d'animaux que sur l'un des côtés de son zoanthodème.

Il n'est pasun pêcheur qui ne connaisse le Corail blanc (2), et tous pensent que cette couleur est due à une maladie. Leur opinion n'est peut-être pas aussi Invraisemblable qu'elle pourrait le paraitre.

Sans doute, les Coraux offrent de grandes différences de couleur, mais ces différences n'ont pas une valeur telle qu'on puisse les prendre pour caractères spécifiques.

J'ai cherché en vain des différences entre le Corail blanc et le Corail rouge, je n'ai pu en trouver que dans la couleur. Les spicules du premier sont semblables à ceux du second. La disposition des animaux dans le sareosome, la structure du polypier, tout est absolument identique dans les deux.

Ilne m'a pas été donné d'observer du Corail blanc vivant, on ne le pêche que très-rarement et fort au large. Aussi, pen-

(1) Voyez les beaux travaux sur les Coralliaires de MM. Milne Edwards et Jules Haime, publiés dans les Annales des sciences naturelles, les Archives du Muséum , les recueils de la Soctété paléontologique de Londres, les Suites à Buffon.

(2) Voyez, pour les variétés, la planche XX, les fig 144, 115, 116, 117, 118, 419 et 120.

dant mes trois campagnes, malgré toutes mes recommandations, il m'a été impossible de pouvoir m'en procurer en bon état.

L'observation en eût été, sans doute, précieuse ; mais néanmoins il est possible d'arriver sans elle à une conclusion satisfaisante.

Il existe dans les galeries du Muséum de Paris un échantillon qui est en partie blanc et en partie rouge. On m'a montré à la Calle un petit bijou dont je donne la figure (1), qui, du rouge le plus vif passe au blanc le plus pur, par toutes les nuances les mieux dégradées et les mieux fondues.

Est-il possible de songer à faire dans ce cas deux espèces différentes avec les parties éloignées d’un même zoanthodème ?

Si l'on examine avec beaucoup de soin les variétés de Corail, il est possible de trouver dans les échantillons colorés les nuances rouges les plus accusées et les dégradations du rose le plus pâle jusqu'au blanc le plus pur.

Dans la variété d'une grande valeur, que les Italiens appellent la peau d'ange, pour Indiquer la beauté de la teinte d'une carnation rose et fraiche, on voit souvent, sur les cassures de la tige, des zones presque blanches entremèlées de couches d'un rouge ou rose vif, qui, en se dégradant, forme des nuances les plus agréables et les plus douces.

Il faudrait véritablement, pour établir des espèces avec les couleurs, trouver des différences tranchées et non des passages insensibles sur un même polypier.

M. J.E. Gray a établi une nouvelle espèce de Corail, sous le nom de Corallium Johnsoni (2). Ce Corail est blanc; il n’a d'animaux que sur un côté de ses rameaux, comme le Coral-

(1) Voy. pl. XX, fig. 118. — Sila couleur seule servait à distinguer l'espèce, en (f) on en aurait une, en (g) On en aurait une autre,

(2) Voy. J. E. Gray, Proceedings of zoological Society, 18 novembre 1860. — Voy. aussi T'he Annals and Magazine of natural History, mars 1861, 3° série, vol, VIII, p. 214.

lium secundum de M. Dana ; mais tandis que celui-ei est rouge, celui-là (qui vient desiles Madère) est toujours blanc.

Suivant M.Gray, ilne serait pas attaché au-dessous des roches, mais il se dirigerait horizontalement et n'offrirait d'animaux que sur la face Imférieure de ses rameaux.

Quand on a constaté les variétés si nombreuses de couleur, de forme, etc., du Coral rouge, on se demande s'il est possible d'établir des espèces en se basant uniquement sur la couleur, et si la disposition des animaux elle-même est un caractère suffisant; ne doit-on pas se rappeler aussi les différences si notables que présente l'espèce de la Méditerranée, et par conséquent se tenir en garde contre des spécifications basées sur l'observation d'un petit nombre d'échantillons ?

M. Gray semble croire que le Coral blanc du commerce n'appartient pas au genre Corallium : «The white Coral of » commerce is a species Of Caryophylli& of Lamarck. » Il y a à exagération. Les Coraux sont ordinarement blancs, mais le mot désigne un groupe et non un genre. L'Oculine pourrait, à bien plus de titre que la Caryophyllie, être prise pour du Corail blanc : car son tissu est compacte.

A ce sujet, voici une observation qui n'est pas sans intérêt. La structure intime du Coral blane m'a quelque temps beaucoup embarrassé.

En regardant les bijoux aux étalages des magasins d'Alger, javais remarqué des bayadères de Corail (1) entremêlées de rouge et de blanc, dans lesquelles ce dernier m'avait frappé par son aspectstrié et par sa transparence. J'achetai une bavadére, afin d'avoir de nombreux échantillons propres à faure des coupes pour l'étude microscopique.

La différence de structure que je rencontrai était extrême, et

(1) Sorte de longs chapelets à plusieurs rangs formés de petits bouts de Corail

qu'on n'a pas même taillés, qu'on à polis assez grossièrement, et tout simplement percés d'un trou pour pouvoir les enfiler,

j avoue que je commençais presque à croire que le Corail blanc devait bien décidément former une espèce.

J'avisai cependant de répéter les préparations en prenant des échantillons recouverts de leur écorce et tels qu'on les trouve dans la mer.

Quel ne fut pas mon étonnement en retrouvant la même structure, à part la couleur, que dans le Corail rouge !

Je me rappelai alors que les Italiens m'avaient dit à la Calle que l'on pêchait du Graminia, où Chiendent de mer, en grande quantité dans certains parages, et qu'on le faisait servir à la bijouterie. Je me hâtai de faire des coupes nicroscopiques de ce polypier qui appartient au groupe des Zsidées, car il est interrompu de loin en loin par des entre-nœuds mous ou des articulations; et je pus m'assurer bientôt que si la différence du ton blanc mat et du ton pius transparent que présentent ces tiges sous forme de stries fines, rappelle complétement à l'œil nu les caractères du Corail sous le microscope, 1l en est tout autrement.

Ainsi, les caractères extérieurs peuvent induire en erreur. Mais l'analyse microscopique, poussée fort loin, montre tout de suite les différences extrèmes qui séparent le Corail à tige continue et les Isis à tiges partagées par des entre-nœuds. L'erreur n’est donc pas possible, et l'on trouve ici un renseignement précieux, montrant combien dans les spécifications il est utile de s’entourer du plus grand nombre de renseignements, même de ceux tirés des détails de l'organisation.

Dans le monde, on m'a souvent dit qu'il existait du Corail noir. Cela est vrai, etmême à Naples on choisit les morceaux dont la teinte est la plus pure pour en faire des bijoux de deuil.

J'ai eu en main du Corail noir, très-noir, mais ce n'est pas une espèce, c'est un accident, une altération : la couleur est due à une transformation, et parait être la conséquence d'une sorte de réaction chimique dont il va être question maintenant,

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