‹ Histoire naturelle du langage. Physiologie du langage phonétique (volume 2)Chapitre 5 sur 8 · GENÈSE DU LANGAGE · texte numérisé non relu

GENÈSE DU LANGAGE

On a tenté bien des fois de présenter le langage comme la ligne de démarcation la plus tranchée qui existe entre l'homme et les autres représentants de Téchelle zoologique. Nul doute que la parole articulée et raisonnée s'élevant du mot à la proposition, de la proposition à la phrase, de la phrase à la période, ne soit notre propriété exclusive. Mais nous avons démontré {*) que le langage, envisagé à un point de vue plus élevé, était un attribut de l'animalité supérieure , Chez beaucoup de mammifères, le cri est un signe aussi clair, aussi distinct que certains mots de notre vocabulaire. Les formes orales que nous donnons à la pensée, ayant, en dernière analyse, l'in-

C, Physiologie du langage phonétique.

terjection pour point de départ, se rencontrent à celte limite avec le cii des animaux. Il faut donc chercher d'autres caractères en dehors du domaine phonétique, si Ton veut nous différencier, à Faide du langage. des êtres qui nous approchent, et l'on trouve une délimitation radicale et inattaquable, celte fois, dans les formes visibles que l'homme donne à ses idées pour leur permettre de franchir l'espace et les mettre à l'abri des altéralions du temps. On voit que nous voulons parler du langage graphique.

Le langage graphique est le complément nécessaire du langage phonétique. La parole donne des contours aux images indécises de la pensée, mais ce ne sont là que des ébauches flottant dans un milieu insaisissable, jusqu'à ce qu'elles aient été immobilisées par les procédés de l'écriture. La physionomie des diverses langues se dessine alors d'une manière nette, et chacune d'elles puise dans les nouveaux symboles une vigueur et une souplesse qui lai permettent d'agrandir, dans des proportions inattendues, le cercle de ses destinées. On sait que les grandes

littératures et les grandes civilisations ne se produisent que lorsque les peuples ont été assouplis au maniement de l'alphabet. D'un autre côté, l'expérience journalière nous apprend qu'on ne parvient à posséder un idiome que quand on l'a étudié sous ses deux faces, la forme parlée et la forme écrite. Chacune de ces formes a pour ainsi dire son vocabulaire et sa grammaire. Se contenter de la première, c'est se condamner à ignorer les plus belles productions de la langue. Ne l'apprendre que dans les livres, c'est en quelque sorte renoncer à en faire usage. L'oreille n'étant pas familiarisée avec les sons ne les perçoit que d'une façon obtuse et parvient difficilement à en dégager le sens. Aussi n'est-il pas rare, lorsqu'un dialogue s'engage dans de telles conditions, de voir les interlocuteurs forcés de s'interrompre pour continuer leur colloque à l'aide de l'écriture.

Cependant, malgré son importance, l'étude des signes n'a jamais été détachée de l'étude des sons. Habitués dès notre enfance à identifier l'idée avec sa forme orale, nous avons également

identifié cette dernière avec sa forme optique. De là, de sérieux inconvénients dans les recherches de la linguistique. Le mot masqué par le symbole empêche l'esprit de saisir la véritable physionomie du langage; des conclusions contradictoires égarent parfois la science. Les caractères alphabétiques étant généralement insuffisants pour traduire toutes les nuances de la prononciation, la plupart des idiomes ne sont représentés que par des à peu près. Dès lors, quoi de plus naturel que de voir des hommes, d'un mérite réel, s'arrêter devant des analogies fausses ou incomplètes, tandis que les véritables rapports passent souvent inaperçus.

Désireux de faire disparaître un malentendu si préjudiciable aux progrès de la philologie, nous avons essayé, dans les pages suivantes, d'esquisser les principaux traits qui se rattachent à la genèse du langage graphique. Les branches secondaires qui naissent du tronc sont aussi nombreuses, aussi variées, que celles que nous avons vu sortir du langage phonétique. Les modifications que le cours des siècles apporte dans

sa raarche offrent des sujets d'étude non moins intéressants. Les deux sciences, science des signes et science des sons prenant leur point de départ dans la spontanéité humaine, se développent sur deux lignes parallèles pour aller se rejoindre aux extrémités de leur carrière. Après avoir passé en revue les phases diverses de son évolution, nous ferons ressortir les influences, quelquefois perturbatrices, mais plus souvent fécondes que l'écriture a exercées sur les destinées de la parole.

Noos avons dit que le langage gi^aphique offrait dans ses développements les plus grandes analogies avec le langage phonétique. Ces ressemblances, on pourrait dire ces points de contact , qui apparaissent dès l'origine , se retrouvent dans toutes les métamorphoses qui affectent les signes ou les sons. Grâce aux travaux de la linguistique moderne , personne n'ignore aujourd'hui que c'est dans l'hiéroglyphe qu'il faut chercher le premier germe de lalphabet. Or l'hiéroglyphe c'est le symbole optique du langage sous la forme la plus naturelle, la plus simple, le dessin. L'homme des anciens âges a cherché à reproduire l'image des choses qu'il avait sous les yeux de la même manière qu'il s'est essayé à

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leur donner une forme orale pour les rappeler à son oreille. Les documents abondent pour nous mettre sur la trace de la marche qu'il a suivie, des influences qui l'ont guidé. Trois centres de civilisation primitive, la Chine, l'Egypte, le Mexique nous permettent d'assister ^n quelque sorte à l'éclosion de ce germe d'où lovaient sortir les créations les plus belle;s de l'esprit humain, la peinture et l'architecture, ses conceptions les plus profondes, l'écriture et l'algèbre.

La Chine a consigné dans ses annales l'histoire complète de son alphabet. Tout obj^t extérieur fut d'abord représenté sous l'aspect qui le caractérisait le mieux. Un cercle figura le soleil, un €roissant la lune; l'étoile fut désignée par une image plus petite que celle du soleil. Tel fut l'hiéroglyphe primitif. Le signe actuel n'est qae cet hiéroglyphe transformé par le temps et par les exigences de la caUigraphie. Les monuments qui s'élèvent encore sur la terre des Pharaons, nous ofTrent un second exemple de formation de l'écriture d'autant plus im.portant pour nous que tous les peuples de l'occident ont emprunté leur

alphabet à l'alphabet Egyptien (*). Le symbole pur s'y montre encore sous sa forme première à côté des dérivations successives qui ont conduit à récriture usuelle, et l'on sait que la signification de ceb signes, perdue depuis l'édit de Théodose, a ét§ retrouvée au début des études philologiques parles travaux de Young et de ChampoUion. Le point de départ étant le même chez les deux peuples, puisqu'il s'agissait de la représentation graphique des mêmes objets, les premiers hiéroglyphiques chinois sont semblables aux hiéroglyphiques égyptiens ou n'en diffèrent que par des nuances insignifiantes. La divergence ne commence à se montrer que lorsqu'arrivé à Tinterprétation des idées métaphysiques, le scribe est livré à ses seules inspirations.

Un troisième cent^e d'éclosion alphabétique tious a été révélé par la découverte du Nouveau-

C) On aUribue généralement cet alphabet aux Phéniciens, parce que c'est ce peuple qui l'apporta sur les côtes de la Méditerranée. xMais un passage de Tacite (Annales XI, Par. XIV) établit clairement la priorité en faveur des iËg}ptiens.

SA GENÈSE. î>

Monde. De nombreux manuscrits, échappés aux: dévastations de la conquête, montrent que les Aztèques connaissaient l'art de retracer leurs annales à l'aide de procédés hiéroglyphiques. On peut en dire autant de la plupart des peuplades américaines qui présentaient quelque ébauche de civilisation. C'est ainsi que sur les côtes delà Virginie on représentait l'arrivée des Espagnols par la; figure d'un cygne nageant vers le rivage et vomissant des flammes. L'apparition des étrangers avait été ramenée à trois faits principaux qui avaient plus particulièrement fixé l'attention des sauvages : le navire qui s'avançait, le teint des nouveaux venus, et les décharges de l'artillerie qui rappelaient les effets de la foudre. La blancheur du cygne, sa marche à travers les flots , le feu qu'il lançait, retraçaient tout cela dans une synthèse aussi simple que grandiose.

Ces inscriptions naïves que l'on retrouve chez la plupart des tribus du Nouveau-Monde , semblent, au premier abord, offrir moins d'intérêt que les caractères chinois et égyptiens, parce qu'au lieu d'arriver comme ces derniers à l'écriture

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alphabétique par une suite d'évolutions naturelles, elies ne sont pas sorties de la phase des productions primitives. Mais elles puisent dans cette simplicité même une importance capitale, car l'hiéroglyphe étant encore dans sa période créatrice, nous permet d'assister à la genèse du langage graphique. Le sauvage de nos jours retrace sur Fécorce des arbres du désert tous les faits saillants de son existence : ses ruses de guerre, ses chasses, ses combats, ses- victoires. Il improvise ses récits comme l'Aède improvisait ses chants. Sa langue écrite est un milieu aussi mobile que son idiome, tout en restant dans sa forme inculte éternellement identique à elle-même. Ces faits vérifiés depuis trois siècles par les voyageurs qui parcourent les soUtudes américaines confirment, de la manière la plus évidente, ce que nous révèlent les annales des anciens peuples et feraient pressentir l'origine première de l'alphabet, si les hypogées de la vallée du Nil et les Uvres sacrés de la Chine étaient restés dans l'oubli.

Si l'on compare au double point de vue du symbole et de la forme les peintures des ma-

nuscrits mexicains avec les plus anciens carac • tères du Chouwen, ou avec les hiéroglyphes qui décorent les murs des palais de Karnac, on ne tarde pas à reconnaître des différences radicales autant dans l'art du dessin que dans lagoncement des idées. On aperçoit, au premier abord, dans chacun de ces modes du langage, ce reflet du climat et de la race que nous avons déjà signalé dans les idiomes des divers peuples. L'aztèque ne nous oiïre que de grossières ébauches ; toutes ses figures sont monstrueuses, tne grosse tête, comme en charbonne un écolier de six ans, terminée par un petit corps difforme, représente un homme. Ajoutez y une longue chevelure, un sein démesuré, et vous aurez une femme. L'interprétation des tableaux accuse une pauvreté d'esprit non moins étrange. De môme que le sauvage de nos jours, le Mexicain ne voyait dans un événement qu'un groupe indistinct qu'il rendait confusément par l'esquisse d'une ou de deux figures. S'agit-il par exemple de raconter qu'une épouse infidèle a été condamnée à être lapidée par le peuple, il se contente de placer une pierre

derrièrela tête d'une femme. Impossible de discerner dans ces essais informes les tendances qui, épurées et agrandies, devaient, chez des races mieux douées, conduire la science des signes à de si hautes et de si brillantes destinées.

C'est dans les caractères Chinois que ces tendances commencent à se montrer, quoique d'une manière encore vague. Chaque figure est tracée d'une main ferme et correcte. On voit, en même temps, l'idée se dérouler d'une façon assez nette, et se débarrasser de bonne heure de l'hiéroglyphe pour le remplacer par un signe plus précis, l'élément syllabique. Cependant, par une sorte d'impuissance fatalement inhérente à la race, ce peuple s'est arrêté à moitié chemin et n'a su arriver ni à lalphabet, où conduisait l'analyse des sons, ni à l'àri véritable qu'on apercevait par delà le symbole. Les diverses manifestations du langage graphique n'apparaissent distinctement, da moins dans leur germe, que dans les monuments de la vallée du Nil. Ces Dieux immobiles et muets, image de la théocratie qui pesait sur l'Egypte, ces personnages à allures magistrales

qui racontent les faits épiques des Pharaons, sont plus que des figures hiéroglyphiques. C'est déjà du dessin qui, au souffle du génie grec, se dépouillera de sa raideur géométrique pour révéler la puissance de la peinture. S'agit-il, au contraire, de retracer les événenients de la vie ordinaire, le scribe renonçant au symbole s'efforcera de calquer ses procédés graphiques sur le mécanisme de la parole et arrivera à ces abréviations, d'où les Phéniciens tireront les 16 cadméennes. Nous retrouvons donc ici les deux éléments logique et esthétique, qui ont présidé à la formation des langues : l'un exclusivement préoccupé de la forme s'élevant jusqu'aux sublimes conceptions de l'art ; l'autre plus humble, suivant pas à pas la pensée pour la rendre dans ses nuances les plus délicates, et aboutissant à l'instrument par excellence de l'activité humaine, l'alphabet. Nous allons passer en revue les modifications successives qu'a dû subir la science des signes avant d'atteindre ses limites extrêmes, les arts plastiques et l'écriture.

La transformation de l'hiéroglyphe sous la main de plusieurs générations guidées par l'instinct du beau, c'est l'histoire de la peinture. Ces tâtonnements n'appartiennent pas à un cadre aussi restreint que celui-ci, mais ils se Ment trop intimement à notre sujet pour que nous ne cherchions pas à en esquisser les traits principaux. Les phases diverses de cette évolution semblent suivre la marche des créations poétiques. Nous avons vu que la poésie avait eu pour étapes successives, l'hymne religieuse, l'hymne héroïque, l'épopée, le drame, la comédie, et que la comédie c'était l'humanité elle-même, rendue avec toute la rigueur dont paraissent susceptibles les procédés littéraires. Les peuples ont chanté leurs Dieux

avant de célébrer leurs propres exploits. La transition a été ménagée par les héros légendaires, dont on fit des colosse^ qui se mesuraient avec les maîtres du Ciel. Ceux-ci apparaissent seuls dans l'hymne, se rencontrent avec les guerriers dans l'ode dont l'épopée est l'expression la plus haute, et ne disparaissent que dans le drame. C'est dans le drame que l'homme commence à dessiner sa personnaliîé , c'est-à-dire à laisser entrevoir ses proportions véritables à travers les formes solennelles, dont il se revêt. La comédie achève de le montrer à nu en faisant tomber ses voiles et en racontant ses faiblesses.

Telle est aussi la marche de la peinture. Ses premiers essais sont informes et consacrés aux conceptions mythologiques. Témoin, ces idoles monstrueuses que l'on rencontre à Torigine de toutes les civihsaîions. Ce n'est encore que le produit d'une imagination livrée à ses terreurs, n'ayant pour point de comparaison que les fantômes qui l'obsèdent. Des Dieux-tigres, des Dieuxsinges, des Dieux-poissons, des esprits malfaisants, dont les seuls attributs sont d'affreuses

grimaces, le laid, l'horrible sous ses aspects les plus hideux, voilà l'esthétique de cette époque. Il faut que l'homme monte sur la scène pour que l'art puisse dégager sa formule du chaos de ces visions fiévreuses, de ces cauchemars panthéistiques. Désormais, en possession d'un modèle, il découvrira les lois qui président à l'équilibre des proportions, à la géométrie des ombres, aux effets de lumière et de coloris, aux ressources de la perspective, se rendra en un mot successivement maître de tous les éléments de la peinture. La figure humaine, devenue le symbole de la Divinité, s'épure à son tour à ce contact, prend des proportions plus nobles, acquiert enfin €ette beauté olympienne qui semble attribuer aux mortels une céleste origine.

Cependant aux légendes théologiques succèdent les hauts faits de l'âge héroïque. L'élément divin se pénètre de plus en plus de l'élément terrestre, se mêle, se confond avec lui. Comme dans la poésie, c'est de la lutte de ces deux principes que doit sortir l'apogée de l'art. Les colosses qui descendent des voûtes de la Sixtine à l'appel des

trompettes fatales, rappellent par leurs proportions les héros Ossianiques. Chaque scène est à la fois un chant de l'Iliade et un chapitre de la Genèse. On dirait la sombre majesté des prophètes hébreux illumiriée au contact du. génie grec et retracée par la main d'un Titan. Mais ce chefd'œuvre , point culminant de l'art , en marque en quelque sorte le dernier terme. Désormais, plus de ces créations puissantes , mais des imitations, des réminiscences qui ne seront plus que le reflet d'un autre temps. L'époque n'est plus aux inspirations lyriques. Après l'épopée le drame, après la conception épique, la composition historique. Les fictions s'évanouissent au souffle de la Réforme, les Dieux remontent dans roiympe , laissant l'homme seul maître de la scène. Encore un pas et la peinture aura accompli le cycle de ses évolutions : le héros fait place au gentilhomme, le gentilhomme au simple bourgeois, nous touchons au réahsme.

Arrêtons-nous quelques instants sur les ressources qu'ofl*re l'art dans la représentation de la pensée, et cherchons , dans ces rapprochements.

quelle place il convient d'assigner à la peinture ^ dans réclieîle du langage. Un coup d'œil' suffit

pour voir combien sont restreints nos moyens d'action quand nous n'avons à notre disposition que l'instrument phonétique. Impuissant à rendre les harmonies de la nature, il ne peut nous faire connaître que les rapports des choses et souvent de la façon la plus grossière. Comme ce géant qui n'avait de force qu'autant qu'il touchait du. pied la terre, il tire toute sa vertu de la personnalité humaine. Que ce point d'appui vienne à lui manquer, et le voilà se débattant dans le ^^ide. Voulons nous mettre en scène les animaux, les plantes, les astres, les phénomènes cosmiques, nous leurs prêtons nos discours, nos idées, nos passions. Nous disons que la tempête gronde, que la flamme dévore, que le soleil se lève. Nous ne savons traduire nos impressions que par des métaphores empruntées à notre manière d'être. Le roman moderne^ Texpression la plus large de la littérature , puisqu'il embrasse tout dans le cercle de ses investigations, n'a jamais pu se débarrasser de cette entrave. Quelle que soit Tac-

tion elle gravite autour d'un personnage choisi parmi nous; on ne saurait la concevoir autrement. C'est la peinture qui a ramené l'homme à ses proportions véritables, c'est-à-dire à un accident du paysage, à un atome qui disparait de luimême devant la majesté de l'univers. On peut donc affirmer que de toutes les manifestations du langage, le dessin est la première, comme la plus complète, la plus harmonieuse, la seule synthétique, la seule vraie. Musique et poésie, parole et écriture, architecture et algèbre, né sont que des signes conventionnels esquissant chacun d'une façon différente un coin du tableau immense qui se déroule devant nous. La peinture est le calque de la nature ayant pour cadre le reflet magique de l'art.

Cependant, malgré ces avantages, la peinture ne s'est développée que d'une manière très inégale dans les divers centres de civihsation. L'Indien s'est arrêté à ses idoles monstrueuses, la Chine à ses figures sans perspective, l'Egypte à cette raideur sans caractère, qu'offrent les personnages qui ornent les murs des hypogées Pha-

raoniques. D'autres peuples, moins doués encore, n'ont pas même connu la période hiéroglyphique. Les Sémites que la philologie et l'histoire s'accordent à reconnaître comme le groupe qui se rapproche le plus de la famille aryenne, y sont restés complètement étrangers- Leur horreur du symbole explique cette impuissance ou cet oubli. Comme la poésie, l'art est l'apanage des races nobles. Son point de départ, on pourrait dire sa formule, se trouvant dans la science des proportions, il ne pouvait apparaître et se développer que chez les nations familiarisées avec les procédés géométriques. C'est ce qui explique les efforts impuissants des Egyptiens et des Chinois pour se^^débarrasser des langes hiéroglyphiques. Mais les facultés esthétiques de la race aryenne ne pourraient se suffire, si un concours convenable de^ circonstances ne venait favoriser leur éclo* sion. Partout où il s'est rencontré une organisation oppressive comme l'idée religieuse dans l'Inde, ou l'idée de conquête à Rome, l'art est resté dans l'enfance. Il ne saurait fleurir que dans le hbre développement de toates les forces actives

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de notre nature. C'est dans la liberté sans limites de leurs petites républiques, que la Grèce antique puisa le secret de ses inspirations, que l'Italie moderne apprit à produire ces chefsd'œuvre qui servent encore de modèles au reste de l'Europe.

Mais la peinture n'est ni le dernier terme de l'art, ni le premier en date. Tout dessin est une abstraction ; l'homme ne procède pas ainsi. L'enfant façonne ses figures en terre ou en bois, il ne conçoit que la forme saisissable et tangible. L'indien de l'Amazone et de FOrénoque, le nègre de Guinée, ne soupçonnent pas davantage la représentation purement linéaire des objets. Toute leur esthétique se borne à pétrir l'argile que déposent les alluvions de leurs fleuves, pour en faire des tigres, des caïmans, des féliches. L'homme primitif a dû suivre la même marche. Ses premiers essais ne sont ni l'ours des cavernes gravé sur un caillou des Pyrénées ariégeoises , ni l'éléphant retracé sur le bois de renne des

grottes de la Dordogne, ni la crinière de mammouth dessinée sur la défense fossile du Périgord. Ces ébauches appartiennent toutes à la période hiéroglyphique; mais plus haut, dans l'échelle des âges, se trouvent ces figures humaines taillées sur le silex que Boucher de Perthes, avec rioiuition de l'archéologue, a reconnues dans les alluvions de la vallée de la Somme, probablement même d'autres figures encore plus antiques façonnées avec l'argile comme chez les sauvages de nos jours et perdues sans doute à jamais pour nous. Ces tâtonnements, quelque grossiers qu'on les suppose, ont cependant une importance capitale ; ils représentent le point de départ d'un art dont les productions ne le céderont en rien aux magnificences de la poésie, aux fantaisies de la musique, aux chefs-d'œuvre de la peinture. On voit que nous voulons parler de la sculpture, ou plutôt de toutes les créations qu'embrasse l'architecture dans son immense synthèse.

Est-il besoin de dire que Farchitecture reproduit aux phases diverses de son développement

la marche que nous avons déjà signalée dans l'évolution des autres modes du langage. Ses origines se trouvent dans limpuissance de la parole à rendre certains états de notre être, et dans la nature fluide, insaisissable des mots. Comme dans l'hiéroglyphe, le signe est venu au secours de la science phonétique pour donner une forme visible et durable à la pensée, une expression symbolique au sentiment religieux. Les premiers essais ne sont que d'informes ébauches comme tout ce qui sort des mains de l'humanité naissante. Une peuplade voulait-elle retracer le souvenir d'un fait mémorable, la perte d'un guerrier illustre, on recourait à la pierre. Un bloc de granit, grossièrement équarri et dressé sur le sol, racontait, par sa masse et son aspect sauvage, la vaillance du héros, l'impression profonde qu'il laissait dans la mémoire des générations. C'était[à la fois l'oraison funèbre et la statue équestre du chef vénéré. Tel est le menhir celte qu'on rencontre encore dans nos départements de l'ouest ainsi que sur les côtes de la Grande Bretagne,''^et qui semble rappeler

au voyageur la célèbre formule iSiste viator, lièroem calcas. Ce monument, image de la rudesse de ces temps, tantôt enfoncé dans le sol par sa pointe, tantôt dressé sur sa base laissait déjà pressentir ses destinées futures. Allongé, il donnera l'obélisque ; sous le ciseau plus souple du statuaire grec, il deviendra mausolée. Quand les gros quartiers de roche faisaient défaut, on entassait de la terre, des cailloux, du gazon, on obtenait un tumulus. C'est encore la méthode des Arabes et des tribus sauvages du Nouveau-Monde. Qu'on remplace la terre par des pierres de taille, et on aura la pyramide. Le tombeau de Chéops, le monument le plus vaste qui ait jamais été consacré à l'orgueil d'un homme, a pour modèle le tumulus des races primitives.

Souvent plusieurs menhirs se groupent, s'alignent, ou rangent en cercles leurs gigantesques colonnes : c'est le cromlech c'est-à-dire un cycle entier de traditions Druidiques. Qu'on recouvre ces portiques d'une pierre et on voit apparaître l'ébauche du temple le dolmen. On sait que le temple et la légende sont les premières mani-

festations delà vie des peuples. Plusieurs de ces \^ monuments arrivent à des proportions épiques.

Rien de plus saisissant et de plus sauvage' que les doubles rangées circulaires de colosses monolithes qui forment le Stone-Henge (*) dans la plaine de Salisbury. Les hypogées de l'Inde et de l'Egypte n offrent pas d'aspect plus imposant. Mais dolmens et cromlechs, obélisques et pyramides, temples et pagodes souterraines pâlissent devant les gigantesques alignements de Carnac ; « de loin on dirait une armée de géants soudainement pétrifiée, comme si elle marchait à quelque titanique entreprise. » Les rêves, les visions, qui se dégagent de cet entassement de ruines ne sauraient se décrire. On sent que chaque pierre est un symbole, chaque groupe une légende, la plage entière une page sombre et héroïque comme un épisode du Mahâbhârata, ou un

(*) Le Stone-Henge (levée de pierres) dans le Comté de Wilts se compose de 4 rangées circulaires de pierres dressées comme des colonnes gigantesques. CVst le spécimen le plus curieux des restes Druidiques que Ton rencoiUre en Angleterre.

chant des Nibelungen. C'est la grande épopée des migrations Celtiques, le livre ou plusieurs générations ont condensé leurs souvenirs de la conquête. Ces syllabes de granit que nous ne savons plus épeler aujourd'hui redisent, dans leur symbolisme muet et terrible, les hauts faits de nos ai eux. (*).

Nous venons de voir que l'obélisque était en germe dans le menhir, la pyramide dans le tumulus, le temple dans le dolmen. De même que dans la poésie, la musique et la peinture, c'est au contact de l'élément divin amené par nos aspirations vers l'infini, que l'art sortira de ces grossières ébauches, que l'architecture prendra son essor. Ses proportions colossales, la pureté

(*) Ce monument, situé sur une hauteur qui domine rOcéau, est îe plus remarquable que nous ait légué l'antiquité Celtique. Il contenait primitivement de 4 à 5000 pierres énormes de granit grossièrement ébauchées en obélisques, fixées au sol par la pointe, et placées sur 11 lignes parallèles perpendiculairement à la côte. Nous ne serions pas éloigné de voir dans ces alignements un lointain écho de l'arrivée des Celtes, le choc du monde Ibère et du monde Aryen.

de ses contours, ses audaces, ses hardiesses, sa puissance symbolique, la vigueur de ses lignes qui s'élancent en flèches aiguës vers le ciel, le mystère de ses ombres, en ont fait, de tout temps, le langage par excellence du sentiment religieux. Aussi suit-elle dans ses évolutions la marche du mouvement théocratique ; chaque transformation du dogme amène une ère nouvelle clans laquelle l'art reflète l'idée dominante de l'époque. L'âge héroïque avait ^ses colosses informes de granit, l'Egypte ses monuments gigantesques; le sphmx, qui défend les approches de la grande pyramide est une colline sculptée sur place. Ce ne sera pas assez pour l'Inde : les visions qui l'obsèdent appellent des constructions encore plus surhumaines. Elle éventrera ses montagnes pour tailler, dans les entrailles même de la terre, ses rêves panthéistiques. Ces substructions massives emprisonnées dans les ténèbres étaient peu propres à révéler les proportions, le rhythme, l'harmonie ciu'offrent les hgnes de l'architecture. L'art proprement dit s'épanouit au souffle du génie grec, qui en fixa la formule dans un monument

sublime, le Parthénon. Interrompu par Tébranlement qui suivit la chute du monde romain, il refleurit au .moyen âge avec le catholicisme, et retraça avec une vigueur incomparable les aspirations de cette époque. Ce fut son apogée; chaque peuple, chaque cité, voulut avoir son Iliade de pierres. C'est alors qa'on vit s'élever ces merveilleuses cathédrales, dont les flèches, les dentelures, les voûtes, les arcades semblent autant d'hymnes taillés dans le marbre ou le granit par des générations de Titans. L'harmonie qui résulte de ces entrecroisements de lignes rappelle les combinaisons de sons qui constituent la mélodie musicale. Aussi a-t-on appelé l'architecture la musique de l'étendue, tandis que les ondes éthérées de la musique forment comme une architecture des sons. C'est ce qui a fait dire aux Allemands que l'architecture n'est qu'une symphonie cristaUisée et la musique une archit'bcture fluide.

Cependant l'art arrivé à son apogée ne peut tarder à décroître. Dès que le souffle religieux qui l'alimente vient à se ralentir, il s'alanguit,

perd toute originalité et ne fait plus que se copier lui-même. Depuis trois siècles, nous ne voyons en Europe que des imitations de Saint- Pierre de Rome, des cathédrales gothiques et du Parthénon. La renaissance précédée de Timprimerie et suivie de la Réforme, vient tarir chez les peuples la foi qui leur faisait accomphr ces merveilles, c'est à dire la source première de l'architecture, et leur met aux mains deux instruments qui lui portent le dernier coup, la philosophie qui épure les croyances, le livre qui les consigne dans un monument, à la fois plus durable et plus aisé à construire que ces gigantesques entassements de pierres. Mais nous l'avons déjà dit, l'art, quelle que soit la forme que Ton ait en vue, ne saurait s'éteindre qu'avec l'humanité elle-même ; il se transforme en se dédoublant. La sculpture hérite de sa poésie, la peinture s'empare de ses légendes, la musique reproduit les aspirations qui s'échappent de ses symboles. Ainsi dépouillé de ses attributs m3'stiques, il redevient humain, et, comme la littérature, n'a plus d'autre langage que celui des sociétés modernes, le réalisme.

ÏV.

Nous venons de voir que la science des signes développée sous l'influence des tendances esthétiques de notre être a donné deux des plus belles manifestations du langage, la peinture et l'architecture. Ces deux arts, nés pour suppléer à l'insuffisance de la poésie et de la musique qui sont leurs analogues dans la science des sons, ont suivi les mêmes phases de grandeur et de transformation, mais laissent voir déjà combien l'élément graphique l'emporte en vigueur sur l'élément phonétique. Reprenons maintenant l'hiéroglyphique au point oii nous lavons laissé , et examinons ce qu'il devient quand il a pour moteur le principe logique qui sommeille au fond de la conscience humaine.

Si l'on compare attentivement un tableau hiéroglyphique quelconque, par exemple,v une peinture mexicaine de la collection de Lord Kingsborough, avec l'explication détaillée qui l'accompagne, on est aussitôt frappé du contraste qu'offre la précision de la parole écrite, avec le vague du langage symbolique. Chaque signe est moins un mot, qu'un groupe d'idées que le lecteur doit analyser et classer dans sa mémoire, s'il veut r'attacher les faits entr'eux et ne pas perdre le fil qui les unit. Ce sont des points de repère, une espèce de notation algébrique ou musicale à l'aide de laquelle il faut reconstruire la trame du récit par un effort d'esprit qui n'est pas sans quelque analogie avec la méthode que suivent les faiseurs de rébus. L'indécision des contours de la pensée, la fluidité des images, la juxtaposition monotone d'une série de figures, sans liaison apparente, tels sont les caractères qu'offrent les premiers essais du langage graphique. Cette indétermhiation touche presque à l'obscurité, lorsqu'on arrive à l'interprétation des idées métaphysiques, ou plus généralement à la représenta-

tioQ des choses qui ne sont plus du ressort de la vision. L'hiéroglyphe n'étant que la forme optique des objets, répugne à la transcription de tout ce qui est en dehors de son domaine. S'il est aisé, par exemple, de figurer un arbre, une maison, un quadrupède, il le sera beaucoup moins de représenter la nuit; disons le mot, c'est impossible. Il faudra donc recourir à un signe de convention. Les uns demanderont ce signe au hibou, comme les Mexicains, d'autres, comme les Chinois, dessineront un croissant obscurci, tandis que les Egyptiens formeront un groupe qui rappellera à l'esprit l'idée d une étoile et de la voûte du ciel.

Une difficulté encore plus grande s'élève quand il s'agit de représenter les noms d'hommes, de villes, de pays. Pour me servir d'une expression empruntée aux sciences naturelles, l'hiéroglyphe indique l'espèce et s'arrête à l'individu. Une figure d'homme réduite à un trait grossièrement ébauché ne suffit pas pour désigner quelqu'un, car l'hiéroglyphe n'est pas la peinture. On peut, il est vrai, tourner la difficulté chez les peuplades

o4 LANGAGE GRAPHIQUE.

qui donnent d'ordinaire à leurs guerriers des noms tirés des bêtes des forêts, comme le serpent, le grand ours, ou d'un défaut physique, comme la tête plate, l'oreille percée. Il suffit alors de placer une marque particulière à côté du symbole pour indiquer qu'il s'agit d'un individu portant ce nom, et non d'un animal ou d'une partie du corps humain. Cette méthode, toute primitive, a suffi aux besoins des tribus mexicaines et s'est conservée chez les Indiens que l'on rencontre encore aujourd'hui dans les déserts du Nouveati-Monde. Mais elle devint bientôt impuissante devant les exigences des civihsations plus hautes de la Chine et de l'Egypte. Les noms de Dieux, d'homm.es, de villes se multipliant tous les jours, il fallut trouver des formules plus précises que la dénomination symbolique. Le seul moyen de se tirer d'embarras était de donner au signe graphique une valeur phonétique fixée d'après la nature du vocable qu'il représentait. Supposons, en nous servant d'un ex'^mple pris pour plus de clarté dans notre langue, que nous eussions à déterminer

graphiquement la syllabe mai. Cette syllabe se trouvant dans le mot maison y nous prendrions pour la représenter l'hiéroglyphe qui figure une habitation. En appliquant ce principe à toutes les syllabes d'une langue on obtient l'alphabet syllabique que Ton rencontre encore chez les nations de l'extrême Orient. C'est la première phase de l'éclosion alphabétique , le premier essai qui ait été tenté pour calquer le langage graphique sur le mécanisme de la parole.

L'Egypte franchit un pas de plus en décomposant les syllabes, et en les ramenant à leurs éléments irréductibles, c'est-à-dire pour continuer l'exemple précédent en affectant un signe différent à chacune des articulations m et ai qui entrent dans le vocable mai. Cette notation, comme nous l'avons dit, ne s'appliqua d'abord qu'aux noms propres. Un cartouche empêchait qu'on les confondît avec le signe purement symbohque. Plus tard, on s'aperçut qu'il y avait avantage à étendre à tous les mots l'analyse des noms propres, et on arriva à l'écriture proprement dite. L'alphabet actuel, qui n'est qu'une

transformation de celui que les marchands de la Phénicie portèrent sur les côtes de la Méditerranée, a, suivant toute probabilité, son origine dans les hiéroglyphes qui décorent les hypogées des premières dynasties égyptiennes. Les chiffres y sont encore tous reconnaissables. On voit, par le court résumé qui précède, que les résultats ont été très différents aux divers centres déclosion alphabétique. Comme les autres productions du langage, soit phonétique , soit graphique, l'écriture n'est arrivée à son entier développement que chez les occidentaux. Chacune de ses étapes semble indiquer qu'elle vient de passer aux mains d'une race plus perfectible. Les peuplades sauvages se sont contentées de rhiéroglyphe ; beaucoup d'entr'elles n'ont pu même soupçonner ce mode de transmission de la pensée Les Mongols ont entrevu le mécanisme alphabétique, mais ils se sont arrêtés dès les premiers pas. Ils ont représenté les sons sans les analyser, sans les ramener à leurs éléments simples, voyelles, consonnes et aspirations. De là, la multiplicité des signes qui forme un des

caractères des langues de TOrient. Le chinois a un symbole pour chaque mot, le japonais une lettre pour chaque syllabe. Ce sont les Sémites qui ont créé le véritable alphabet, ce sont d'autres Sémites qui l'ont épuré et nous l'ont transmis. Nul doute cependant que le génie aryen livré à ses propres ressources, ne fût parvenu à dresser l'échelle graphique des sons, s'il ne l'eût reçue toute faite. Chaque système d'écriture porte en quelque sorte le reflet de la race qui l'a conçu. Le symbohsme des tribus Indiennes accuse des peuplades impuissantes à briser les langes de l'état primitif. L'alphabet Cadméen révèle la puissance d'analyse des Occidentaux, tandis que les méthodes mixtes, où se sont arrêtées les nations de l'extrême Orient, rappellent l'immobilité des races Asiatiques. Il ne faudrait pas conclure cependant à une infériorité absolue de ces méthodes. Ces peuples les trouvent excellentes, et professent pour la nôtre le dédain que nous montrons à l'égard des leurs. Peut-être sont-ils dans le vrai , puisque leur système d'écriture remplit aussi bien que I^ nôtre le

but assigné à toute combinaison graphique, c'est à dire Fart de remplacer chaque forme orale par une forme optique. Mais on ne saurait comparer la lourdeur du bagage qui embarrasse leurs langues avec la simphcité et le merveilleux mécanisme de notre alphabet.

Nous reviendrons bientôt plus au long sur les influences que l'écriture exerce sur la marche et l'économie du langage. Nous dirons seulement ici, que le signe n'étant que la transcription graphique de la parole, suit celle-ci dans toutes ses évolutions, et confond, en quelque sorte, ses destinées avec les siennes. Ses horizons sont par conséquent les mêmes , c'est à dire la philosophie et la science. Ajoutons, toutefois, que l'écriture a considérablement élargi le domaine des investigations du langage, en donnant à ce dernier une vigueur et une puissance d'analyse que les symboles phonétiques n'eussent jamais atteint. Une langue peut produire une httérature brillante sans le secours des signes graphiques, faire naître des poètes, des orateurs, des philosophes, mais elle ne saurait suffire

longtemps aux exigences de la science. Les. formes flnides de la parole ne constituent pas un instrument de précision assez rigoureux pour se plier aux sévères méthodes des recherches analytiques. Les Védas, les chants Orphiques, riliade, ont pu être composés par des Aèdes ignorant encore l'usage des lettres. La cadence du rhythme, la sainteté du sujet ou l'intérêt du récit, suffisaient pour graver ces strophes dans la mémoire. Une hymne, un poème ne sont qu'une suite de tableaux sans ordre bien déterminé; un d'eux peut être transposé ou disparaître, sans que l'œuvre soit détruite. Il n'en saurait être de même des vérités scientifiques. Ici on a affaire, non plus à une juxtaposition quelconque de formules, mais à un enchaînement de syllogismes rattachés l'un à l'autre par les liens les plus inflexibles ; sans le secours de l'écriture, il serait arrivé un moment où la mémoire huuiaind aurait pHé sous le fardeau. Qu'un de ces liens vienne à manquer, qu'un engrenage se rompe, et l'édifice s'écroule tout entier. La science est donc le corollaire immédiat de récriture. Vérifions-le sur quelques exemples.

Prenons d'abord l'astronomie, la plus ancienne des sciences d'observation. Chacune de ses étapes correspond à une application nouvelle de l'élément graphique. Sa première grande découverte, la prédiction des écUpses n'aurait pu avoir lieu sans la hste des observations de ces phénomènes dressée par les Chaldéens, c'est-à-dire sans 1q secours de l'écriture. Puis vinrent les cartes célestes, les catalogues d'étoiles, les figures géométriques, la trigonométrie qui devaient faire d'Hipparque le précurseur de Copernic, de Copernic le précurseur de Kepler. L'astronomie moderne repose sur les logarithmes sans lesquels nombre de calculs seraient presque impossibles, et sur l'analyse mathématique. Tous ces sym-

boles , toutes ces formules appartiennent au langage oculaire à la science des signes. La physique, qui n'avait pu sortir du domaine des fantaisies empiriqnes , tant qu'elle resta aux mains des philosophes, rfa été constituée en corps de doctrine que de nos jours, grâce aux secours que les équations algébriques ont fourni aux expérimentateurs. Les calculs de Fresnel ont plus appris sur la nature et les propriétés de la lumière , que trente siècles de discussions métaphysiques. Ces résultats sont encore plus évidents dans les mathématiques. Il est impossible de concevoir la géométrie et la mécanique sans dessin et sans formules ; l'arithmétique ne saurait exister sans chiffres. On peut avancer que l'histoire de la science est l'histoire même des symboles graphiques venant en aide au syllogisme et se substituant insensiblement à lui.

C'est de cette transform.ation du syllogisme en équation que date l'ère des recherches positives, on pourrait dire l'ère des temps modernes. Jusque-là les diverses branches de nos connaissances marchaient isolément au hasard des

conceptions individuelles, n'ayant d'autre lien commun que l'empirisme des méthodes. L'apparition de l'algèbre fut une révolution soudaine. La science, c'est le dialogue de l'homme avec la nature : or celle-ci mesure ses réponses sur le diapason de ia demande. Les langues humaines avec leurs images flottantes, leurs nuances indécises, ne sont pour elle que des bégaiements d'enfants. Aussi pendant trente siècles n'a-t-elle répondu que par des bégaiements. Pour interroger ce sphinx, pour le forcer à nous dévoiler ses secrets, il fallait un idiome titanique, c'est à dire un dictionnaire dont les symboles fussent précis et immuables comme les lois de l'univers, une grammaire dont l'engrenage fut coulé dans le moule d'une logique inflexible ; l'algèbre fut cet idiome, (*) le sphinx était vaincu !

(*) Les lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec les procédés algébriques, verront peut-être quelque exagération dans le mot de langue, appliqué à Falgèbre. Un exemple dissipera ces doutes.

Prenons un problème d'arithmétique : supposons qu'il s'agisse de déterminer deux nombres dont on connait la somme et la différence.

On ne doit pas s'étonner si de toutes les formes da langage, Talgèbre est la dernière, et ferme le cycle des productions deTesprit humain. Dans la langue des signes comme dans la langue des sons, les premières créations ont été purement esthétiques ; leur développement exclusif comprimait l'essor des facultés logiques. Poésie et peinture, architecture et musique, répondent à des manifestations insaisissables de notre être. Ces modes du langage n'ont en quelque sorte qu'un point de contact avec l'humanité, ils s'épa-

C'esl une question élémentaire à la portée de tout le monde. On sait qu'en échafaudant deux ou trois syllogismes des plus simples, on arrive à cette conclusion que le premier nombre s'obtient en ajoutant la demi-somme à la demi-différence, et le deuxième en retranchant de la demi-somme la demi-différence.

Pour traiter ce problème par Talgèbre, il faut d'abord donner aiÀ prémisses Tallure du langage algébrique, c'està-dire les débarrasser de tout attirail littéraire, tel que pléonasmes, ellipses, inversions, etc. On obtient ainsi les deux propositions suivantes :

ire inconnue plus 2^ inconnue égalent ire donnée. ire inconnue moins 2^ inconnue égalent 2^ donnée.

Traduisons maintenant en langue algébrique, à l'aide

nouissent dans les aspirations d'un monde intangible. Aussi avons-nous Yu leur apogée coincider avec les époques d'ardentes croyances. Chacun de leurs chefs-d'œuvre est l'effort surhumain de l'homme s'élevant à la divinité, Homère et Michel- Ange, les personnifications les plus grandes de

du vocabulaire usuel, en d'autres termes remplaçons : Ire inconnue par x §6 inconnue y Plus +

Moins —

Egalent =

Ire donnée a

2e donnée b

La traduction littérale de nos deux propositions donnera : X -^ ij =z a œ — y •=: b Nous voilà en pleine langue algébrique. Il ne reste plus qu'à mettre en jeu la machine; la conclusion jaillira d'elle-même sans qu'il soit besoin d'aucun efforj syllogistique. En ajoutant ces deux équations entr'elles, nous trouvons, réduction faite :

en les retranchant, il vient :

l'art ne sont que le reflet de Tolympe grec et chrétien. Un tel milieu se prétait difficilement à la genèse algébrique. Fille de la philosophie, expression la plus haute de la science, l'algèbre * ne pouvait se développer que lorsque la raison humaine aurait açsez grandi pour débarrasser le

Ces deux formules, traduites en langage ordinaire, reproduisent la solution donnée plus haut.

Ce petit exemple suffira pour donner une idée de la puissance du mécanisme algébrique. Calqué sur la marche de la raison pure, il transforme les syllogismes en équations, les épure et en dégage la formule, c'est-à-dire un anneau de la chaîne scientifique. Tout se réduit pour obtenir une solution exacte à introduire dans Tinstrument] les divers coefficients de la question.

On peut résumer ainsi la supériorité de Talgèbre sur la métaphysique :

1^ Simplicité merveilleuse de la méthode. L'engrenage fonctionne de lui-même dès qu il a reçu Timpulsion motrice, et rajustement de ses pièces est tel, qu'aucune erreur ne peut s'y glisser.

2o Certitude du résultat. Toute conclusion métaphysique est une combinaison de notre esprit, ne répDudant le plus souvent à aucune réalité objective. Chaque formule, algébrique énonce une loi de runivers.

monde des entités métaphysiques qui, sous prétexte d'en assurer l'ordre, en troublaient Tharmonie et en masquaient la majestueuse unité. Voilà pourquoi son apparition proprement dite correspond à la fin de la période théocratique, bien que ses premiers essais remontent à près de vingt siècles. L'école d'Alexandrie avait entrevu le nouvel idiome, mais elle s'était contentée d'en balbutier l'alphabet. Ce germe transmis à travers le moyen -âge par le monde arabe, n'a pu arriver à son évolution définitive que chez les fortes races du nord au souffle des temps modernes. C'est un moderne, presque un contemporain, Viète qui le premier révéla la puissance des symboles graphiques, en les appliquant à la solution des problèmes de la géométrie. Presque en même temps Descartes, généralisant l'idée de Viète, créait de nouvelles méthodes et fondait la science des lignes. Leibnitz et Newton faisant un pas de plus imaginaient le calcul infinitésimal, l'œuvre la plus délicate de cette langue incomparable.

Jusqu'alors elle n'était pas encore sortie du domaine des sciences mathématiques. Newton

pressentant la puissance de l'instrument qu'il venait de découvrir lui demanda l'explication des phénomènes de l'univers. Laissant là le télescope de Galilée et de Kepler, il osa, à l'aide du nouvel idiome, interroger la nature sur le secret des cieux et la força à lui révéler l'harmonie des mondes. Un cri d'admiration retentit dans toute l'Europe. Une pleïade d'hommes illustres, Euler, Clairaut , d'Alembert , marchant sur les traces du maître, tracèrent les lois définitives de l'astronomie moderne. Laplace reprenant et complétant l'œuvre de ses prédécesseurs, fonda un monument impérissable, chef-d'œuvre peut-être de l'esprit humain, la mécanique céleste. Ce ciel que les Titans n'avaient pu escalader, l'algèbre le sondait dans ses profondeurs les plus reculées avec ses mystérieuses formules. Presque à la même époque, Lagrange créait la mécanique, Fourier, la théorie de la chaleur, Fresnel, celle de l'optique. Poisson et Cauchy, les héritiers du grand siècle, jetaient à pleines mains les découvertes sur tous les points obscurs des branches mathématiques et physiques. On sait aujourd'hui

qu'une science n'est définitivement constituée que lorsque elle a été soumise aux symboles de l'analyse. Témoin, la géométrie depuis Descartes, l'astronomie depuis Newton et Laplace, la mécanique depuis Lagrange, l'optique depuis Fresnel. Aussi, nul ne peut dire encore ce que donnera l'agent par excellence de noire époque, l'électricité, lorsqu'il se sera trouvé un bras assez robuste pour l'introduire dans l'engrenage algébrique.

Nous avons dit que le dernier terme de la langue oculaire dans son évolution esthétique était l'architecture. On voit que l'algèbre forme l'autre hmite de la science des signes, lorsque c'est l'élément logique qui a le pas. Algèbre et architecture, voilà donc les deux pôles du langage graphique. D'un autre côté nous avons trouvé l'algèbre et la musique comme pôles du langage phonétique. L'accord mélodique des sons, c'est-àdire la musique n'étant qu'une branche de cette grande synthèse harmon'que qui, appliquée aux lignes, constitue l'architecture, on peut dire que les divers modes des deux langages sont

autant d'anneaux d'une même chaîne dont les extrémités vont aboutir à un seal terme, l'algèbre. Ce dernier anneau , le plus tard venu, le plus pauvre d'aspect, est, en revanche, le plus précis, comme instrument d'analyse, le plus riche en résultats acquis, le plus fécond pour l'avenir. Tandis que les autres productions de l'esprit humain nous éblouissent par la richesse et l'harmonie de leurs formes, l'idiome algébrique ne met en ligne que ses obscurs symboles, c'est-à-dire un grimoire indéchiffrable pour toat autre que pour un initié. Mais c'est dans ces mystérieuses formules que nous hsons le hvre de la nature et le secret de nos destinées. Aussi par dessus les Titans de l'art, Homère et Phidias, Michel- Ange et Beethoven, le genre humain placera-t-il toujours le Créateur de l'analyse mathématique, le grand Newton. Est-il étonnant qu'un tel idiome paraisse le privilège de quelques hommes et que la plupart des peuples scient restés étrangers à son développement. Nous avons vu une poésie très haute chez les Sémites, une architecture grandiose chez les Pharaons, des

essais de peinture chez les Mongols, des rudiments de musique chez les Indiens. L'algèbre est l'apanage de la famille aryenne, et il a fallu que les rameaux les plus vigoureux d« cette forte race eussent atteint leur virihté pour qu'ils pussent épeler ce sublime alphabet.

Yï.

Les diverses manifestations du langage graphique que nous venons de passer en revue, ne sont pas les seules méthodes imaginées pour rendre la pensée. La science des signes est infinie ; chaque peuple a eu ses procédés particuliers. Parmi ces tâtonnements . les uns , tirant leur origine de la nature des choses ont grandi pour former les branches diverses du langage proprement dit. les autres, nés, si j'ose dire, d'une dérivation des premiers, sont restés dans leur germe ou tombés dans l'oubli. Quelques-uns, cependant, méritent que nous nous y arrêtions un instant.

Citons d'abord l'usage des cordelettes nouées, imaginées par les anciens peuples pour leur

chronologie ou pour les calculs de la vie ordinaire. Dans son expédition contre les Scythes ^ au moment de franchir lister, Darius fît soixante nœuds à une courroie, et dit aux Ioniens qu'il laissait à la garde du pont : « Prenez cette courroie et ayez soin d'exécuter mes ordres. Quand vous me verrez parti pour la Scythie, commencez dès lors à défaire chaque jour un de ces nœuds. Si je ne suis pas de retour ici, après que vous les aurez tous dénoués,' vous retournerez dans votre patrie. » (*) Cette méthode parait s'être longtemps conservée dans les cours asiatiques. Avant Pierre-le-Grand, on se servait encore d'un procédé analogue dans les bureaux de la chancellerie russe pour les finances de l'Empire. Les quipos, que les Espagnols rencontrèrent chez les Péruviens, en sont une autre variante perfectionnée au moj^en de cordelettes de diverses couleurs et de nœuds de différentes formes. On se rappelle que c'était avec celte sorte d'écriture que les Incas retraçaient leurs annales historiques.

f ) Héiodote, livre iY. § £8. Edition Larc':er.

On trouve dans beaucoup de localités une combinaison plus simple que celle des cordelettes nouées et plus répandue. Ce sont des entailles faites au couteau sur des morceaux de bois équarris et allongés- Ce procédé, ultraprimitif, est encore aujourd'hui Irès-usité dans nos campagnes, et sert avr: mi^nagères à marquer le compte de leurs dépenses avec le boulanger, la laitière, le marchand de vin, etc. Chacune des deux parties, le débitant et le chent, ont un bois de même longueur;- on les ajuste toutes les fois qu'il s'agit de donner une entaille, afin de prévenir des deux côtés toute erreur ou toftte supercherie. Jadis, les montagnards des petites républiques pyrénéennes, trop peu famiharisés avec l'écriture pour avoir des teneurs de livres, jéglaient de la même manière la taille dû leurs impositions. Chaque village avait son bâton ad hoc. Au dernier siècle, ua intendant du roi, voulant un jour vérifier les anciens comptes de ces communes, donna ordre qu'on lui apportât les registres. Il fut fort étonné de voir qu'on les lui amenait par charretées. Son

étonnemenî tourna en stupeur quand il s'aperçut que les registres étaient des bâtons.

La mimique, la pantomime, la danse rentrent aussi dans le langage graphique et forment, en quelque sorte, la transition entre la parole et l'écriture. On ne peut nier l'éloquence du geste, du regard. Les Romains avaient porté cet art si haut, que Roscius ne craignait pas de défier Cicéron, se faisant fort de reproduire, par le jeu de sa physionomie, toutes les pensées que son rival exprimait dans un discours. Sous Néron, un roi du Pont, assistant à une représentation donnée par un mime, pria l'empereur de lui donner cet homme extraordinaire qui lui servirait, disait-il, d'interprète auprès des peuplades étrangères qui bordaient ses Etats. Il faut se garder de prendre ces récits trop au sérieux. Il y avait de l'exagération, on pourra dire de la fatuité dans le défi de Roscius, s'il est vrai, toutefois, que ce défi ait eu lieu, et la demande du roi du Pont n'était probablement qu'une galanterie cà l'adresse de son hôte si sensible, comme on sait, à ces sortes de com-

pliments, ou une manière hyperbolique d'exprimer son admiration.

Chez les modernes, la pantomime est remplacée par la danse. Le Ballet de l'opéra est toute une science qui a la prétention de retracer par les mouvements du corps humain, les fantaisies éthérées de la musiq--^, Eien que la convention y joue un grand rôle, on ne peut nier à cet art une certaine puissance plastique, si toutefois on doit ajouter foi à ce que l'on raconte des acteurs grecs : « Au théâtre, la masse des spectateurs se montrait si bien rompue au langage du geste, et tellement sensible à la convenance, que toute faute en ce genre était sévèrement censurée, ce qui avait donné heu au proverbe grec : faire un solécisme de la main. Dans les situations les plus tristes de la tragédie antique, les chœurs exécutaient des danses qui, loin de faire disparate, exprimaient le sentiment tragique, avec tant de force que l'on vit, sur le théâtre d'Athènes, des femmes grosses, tout-àcoup saisies des douleurs de l'enfantement. » (*)

C^) Charles Blanc, Grammaire des arts du dessin.

Le langage des sourds- muets nous apprend également que tout n'bst pas convention dans la mimique, qu'elle a certaine raison d'être dans notre organisation. Je ne parle pas ici de ce! alphabet articulé avec les doigts, qui ne fait qu'éj^eler les mots de nos idiomes phonétiques. Le véritable langage du sourd-muet, c'est celui qu'il se fait lui même, d'instinct, sans précepteur. On reconnaît au premier abord une analogie des plus remarquables avec les procédés hiéroglyphiques que nous avons remarqués chez toutes les peuplades primitives. Chaque animal, chaque personnage, chaque objet est dépeint par son attribut le plus saillant. Veut-il parler d'un chasseur, il mettra en joue un gibier imaginaire ; s'il se taie le pouls d'un air sérieux, c'est qu'il s'agit d'oU médecin. Avec une telle méthode, inutile de chercher dans le dessin de l'idée, des propositions, des phrases, encore moins des périodes. On ne trouve qu'une suite d'images disposées sur le même plan comme ces légendes gravées sur l'écorce des arbres qu'on rencontre dans les forêts du Nouveau Monde. Ce ne sont

que d'informes esquisses ; mais, dans ces ébauches, on reconnaît déjà l'analyse de la pensée et, par conséquent, le germe du véritable langage.

Revenons au langage graphique proprement dit, à celui qui a pouf basé des symboles durables, et non l'expression fugitive du geste ou de la physionomie. Nous n'avons justju'ici mentionné l'écriture, c'est-à-dire la transcription httérale de la langue parlée en langue écrite, que pour indiquer sa place dans la série des évolutions que présente la science des signes. N'ayant rien du brillant de la peinture dont elle n'est qu'un souvenir effacé, ni de la précision de l'algèbre qu'elle contenait en germe, elle est néanmoins le plus important de tous les modes du langage par la souplesse, la facilité avec laquelle elle se prête à toutes les exigences de la vie littéraire, scientifique, industrielle et politique d'une nation. Bien que son rôle principal soit de refléter la parole, elle a S3S lois propres de -transformation, ses métamorphoses séculaires qu'il est nécessaire de connaître si l'on veut

^8 LiNGAGE GRAPHIQUE.

posséder à fond la structure des langues. Ce sont ces métamorphoses que nous allons tâcher d'esquisser.

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