II
Passons à un autre ordre de faits, et considérons le langage graphique dans la manière dont nous comprenons son emploi. L'écriture, si précieuse à tant de titres, comme nous le verrons bientôt, entraîne cependant des conséquences regrettables dès qu on se méprend sur sa nature et sur la puissance de ses symboles. On obtient alors des déviations anormales, des monstruosités qui sont comme les fruits morts de Varbre du langage.
Nous signalerons, en premier lieu, l'abus des anagrammes, des rébus, des logogriphes et autres tours de force du même genre. Avant que l'imprimerie eût mis les ouvrages sérieux à la portée de tous, on demandait à l'alphabet les distractions de la littérature. Les livres man-
quant, on se jetait sur les mots ; on torturait les lettres et les syllabes pour en tirer des combinaisons étranges, des prophéties accomplies ou à venir. Parfois, on atteignait des résultats incroyables, qui séduisent au premier abord, mais qui, après quelques instants de réflexion, ne paraissent plus que de puérils jeux de mots. Le moyen- âge s'est montré fécond en inventions de ce genre. Faute d'aliments plus solides, on occupait l'esprit avec ces fades subtilités. Raconter tout ce qui s'est dépensé alors, de temps et d'imagination en recherches de cette nature serait chose impossible. Tantôt, tous les mots d'une pièce commençaient par la même lettre, comme dans le célèbre poème porcorum pugna, tantôt on construisait des vers rétrogrades, c'està-dire tels, qu'après les avoir lus comme à l'ordinaire, de gauche à droite, on retrouvait les mêmes mots et le même ordre en les hsant, à la façon de l'écriture Hébraïque , de droite à gauche (*). On sait qu'à cette époque tout fait
(*) En voici un échantillon :
Roma, tibi subito motibus ibit amor.
A la simple inspection de ce vers, on voi^ qu3 les mots
extraordinaire était attribué au démon. L'intervention diabolique ne pouvait faire défaut à des compositions aussi bizarres. Aussi ces vers sont- }h souvent désignés, dans les anciens traités, sous le nom de vers faits par le Diable.
De toutes ces combinaisons de mots, de sens et de lettres, l'anagramme est la plus connue par les résultats singuliers auxquels elle arrive quelquefois. Quelques-unes sont justement restées célèbres. Citons, entr'autres, celle que composa .lablonski, en l'honneur du futur roi de Pologne, Stanislas Leczinski, et dans laquelle 11 prédit au jeune héros sa grandeur future (**). Aujourd'hui
ont été accouplés pour ainsi dire de force, et que Tidée n'y intervient que juste assez pour qu'ils ne paraissent pas cimentés par le hasard.
C*) Divers ballets furent exécutés devant la famille des Leczinski réunie à Lissa, par tieize danseurs représentant autant de guerriers. « Chaque danseur tenait à la main un bouclier sur lequel était gravée, en caractère d'or, Tune des treize lettres des deux noms Domus Lescinia (maison des Leczinski), et à la fin de chaque ballet, les danseurs se trouvaient rangés de manière que leurs boucliers formaient autant d'anagrammes différentes : au premier ballet, c'était
on ne parle de ces jeux d'esprit que pour mémoire. Depuis que l'imprimerie a pris l'extension que nous lui voyons, on a imaginé d'autres passe-temps. On s'est amusé avec les livres comme on s'était amusé avec les mots. Après l'abus des lettres est venu l'abus de la lecture. Ceci demande quelques explications.
Pour quune lecture soit profitable, il faut, si l'on peut s'exprimer ainsi, qu'elle soit prise à petites doses. Un livre ne produit de résultats sérieux, qu'à condition que celui qui l'ouvre se donne le temps de reconnaître les faits qui défilent devant lui, les classe dans sa mémoire, les soumette au contrôle de sa raison , cherche, en un mot, à en dégager et à s'en assimiler le
Tordre naturel, Domus Lesci?iia -, au second, ades incolumis (te voilà saine et entière) ; au troisième, omnis es lucida (tu es toute brillante) ; au quatrième, marie sidus loci (reste avec nous astre de notre pays) ; au cinquième, sis columna Dei (sois la colonne de Dieu); et au dernier^ 2', scande solium (va, monte sur le trône). Cette dernière anagramme est d'autant plus remarquable, qu elle fut une espèce de prophétie. » (Extrait de VEncydopédieJ.
siibstratum. Ainsi faisaient nos pères avant la découverte de l'imprimerie. Les manuscrits étant rares et d'un prix élevé, on n'apportait pas à cette lecture la hâte fiévreuse d'aujourd'hui. On les étudiait au lieu de les parcourir. L'adage de l'époque : timeo hominejn uniiis libri, témoigne assez de la supériorité que donne une étude réfléchie et renfermée dans un cadre étroit. Si on élargit ce cadre outre mesure, comme on ne le voit que trop souvent de nos jours, devant ce déluge de publications qui surgissent de toute part, l'esprit n'a point de repère pour fixer ses idées, de temps pour les analyser, de limites pour les contenir. C'est une fantasmagorie de visions indistinctes qui s'évanouissent sans laisser d'autres traces que la fatigue cérébrale qu'entraine une tension si prolongée. Les facultés de l'intelligence s'atrophient dans ce steeple -chase du nerf optique ; la pensée se trouvant devancée par les yeux, les images qui nous arrivent s'arrêtent à la rétine, ou plutôt se succédant sans discontinuer, se superposent, se détruisent f^ntr'elles, et ne donnent à l'esprit qu'une résul-
tante nulle. Cette accumulation confuse de tableaux insaisissables, comprimant le cerveau, ne laisse aucune prise à la mémoire, au jugement, à la réflexion. Nous ne savons plus penser que d'après les autres. La personnalité humaine s'évanouit devant cette abdication des facultés premières.
Par une coïncidence singulière, les livres, loin d'aider au développement de l'esprit, le ramènent, quand on en fait abus, à son point de départ. Les sages de l'antiquité ne lisaient pas assez, faute de monuments écrits, et leur imagination, lancée sans boussole dans l'océan de la métaphysique, n'aboutissait qu'à des synthèses quelquefois brillantes, mais plus souvent ridicules et toujours éphémères. Absorbés par leur lecture incessante, les modernes n'ont plus le loisir de la méditation, et les images qui se croisent dans leurs souvenirs n'étant plus rattachées par un lien rationnel, les conduisent ou à la prostration intellectuelle, ou à des rêveries aussi vides de sens que les légendes des premiers temps
historiques.
Mais Fabiis de la lecture n'est pas le dernier terme des déviations que présente l'emploi irraisonné du langage graphique. Par delà la fatigue, se trouve le dégoût. Arrivé à ce point, l'homme ferme le hvre ; mais il ne saurait se détacher complètement de ce vieux compagnon d'étude. Ne pouvant plus en nourrir sa pensée, il veut au moins le contempler encore et en repaître ses yeux. Il recherchera donc les éditions rares, les caractères de fantaisie, les rehures de prix; que lui importent désormais le sujet et la teneur de l'ouvrage, pourvu que la forme du volume attire ses regards. Ce n'est plus pour lui qu'un objet de curiosité qui figurera dans ses vitrines à côté des étagères où s'étalent les chinoiseries. Le livre est devenu un bibelot.
Les inconvénients que nous venons de signaler semblent inséparables de l'usage des signes graphiques. Toutefois, ces inconvénients, comme on a pu le pressentir, tiennent moins à l'écriture qu'à son emploi irrationnel. On peut les rapporter à deux causes, l'insuffisance de la notation alphabétique et l'abus de l'imprimerie. La première
dénature le langage, en mettant des sons de convention à la place des harmonies phonétiques, qui forment la physionomie propre de chaque idiome ; la seconde, comprimant tout ressort de l'esprit, énerve, émasculç l'intelligence. Mais ces désavantages sont plus que compensés par la vigueur que la littérature, la science^ la civilisation puisent dans les symboles de récriture- Examinons les principaux de ce3 résultats.
Si l'on veut se rendre compte da rôle que joue récriture dans la marche de Thumanité, il faut rapprocher l'état social des peuplades qui ne connaissent pas l'alphabet, de la civilisation que l'on rencontre chez les nations de l'Occident. Partout où la science des signes s'est arrêtée au symbole, l'homme est resté dans une éternelle enfance. Le mot de sauvages, que nous apphquons à ce monde déshérité, rappelle celui de barbares, que les Grecs donnaient aux tribus non poUcées. Lorsque Balboa et Cortez, Pizarre et Almagro soumirent les Indiens de la nouvelle Espagne et des côtes du Pacifique, ils trouvèrent soit sur les plateaux d'Anahuac, soit dans l'empire des Incas, une hiérarchie militaire, des insti-
tutions, un culte, tous les éléments, en un mot, dune organisation politique, civile et religieuse. Mais ce n'étaient là que des ébauches aussi éloignées du cadre de nos sociétés modernes que les cordelettes nouées des Péruviens le sont des caractères alphabétiques, ou les figures mexicaines des chefs-d'œuvre de la peinture.
Le secret de notre supériorité sur les tribus Indiennes du Nouveau-Monde, réside principalement dans l'alphabet. Nul doute que l'énergie de la race aryenne ne soit le premier moteur de cette activité, qui a produit tant de merveilles dans la science, dans la httérature, dans les arts plastiques. Mais ce moteur serait loin de suffire à la tâche que nous nous sommes donnée, s'il n'avait eu pour levier les caractères graphiques. Toutes les annales des peuples montrent la civilisation suivant pas à pas la marche de l'alphabet. L'Inde et l'Egypte possédaient une puissante organisation, tandis que nos ancêtres erraient encore demi-nus dans les forêts de la Gaule et de la Germanie. Les premières lueurs que l'on voit poindre en Europe annon-
cent Farrivée des Phéniciens, c'est-à-dire des lettres sémitiques. La Grèce les reçut tout d'abord, et c'est la race hellénique qui, au seuil des temps historiques, se montre à la tête des nations. Argos, Sicyone, Corinthe, cultivaient déjà l'éloquence, les arts, la poésie, pendant que le reste de l'Occident était plongé dans l'ignorance la plus profonde. De la Grèce, l'alphabet gagna l'Italie, le midi de la Gaule, les côtes Ibériques. Plus tard, il s'introduisit chez les peuples du Nord à la suite des légions romaines, ou avec l'avènement du Christianisme.
Il est aussi curieux qu'instructif de suivre ce mouvement qui, parti de l'Orient à une époque dont nous avons perdu le souvenir, continue encore, de nos jours, sa marche vers l'Ouest. La civihsation, un moment arrêtée par l'irruption du monde barbare, qui mit fin à la société antique, a repris sa course avec les temps modernes, et après avoir successivement envahi les bords de l'Atlantique, les côtes du Pacifique, et les archipels de l'Océanie, s'attaque aujourd'hui aux vieilles nations asiatiques.
Quelle que soit l'immobilité de ces races, on peut entrevoir le jour où l'activité européenne aura raison de leur apathie séculaire. Le premier acte de notre dominatipn sur toutes ces plages lointaines est l'introduction des lettres latines. On ne peut transformer ces pays qu'en les initiant aux découvertes de la science moderne, à ses merveilleuses applications, bateaux à vapeur , chemins de fer, télégraphie électrique, etc., et ces applications du savoir humain ne sauraient se concevoir sans le secours de l'écriture. A peine ces peuples sont-ils familiarisés avec cet instrument, qu'ils marchent de pair aviec nous, non, il est vrai, dans la voie des inventions, car l'invention suppose la science, et la science sera toujours l'apanage de la famille aryenne, mais dans la pratique de toutes les industries qui se rattachent aux besoins des sociétés. Certaines tribus du Nouveau-Monde ont fourni, depuis la conquête, des hommes de guerre, des poètes, des historiens qui pourraient peut-être figurer à côté des célébrités du vieux continent. Le Paraguay, qui, depuis deux ans, étonne l'Europe
par l'énergie de la résistance qu'il oppose aux deux plus puissantes nations de l'Amérique du Sud, est presque pur de tout mélange avec la race blanche. Le fonds de la population est de^ souche indienne, et l'élément castillan, introduit par la conquête était en si minime quantité, qu'il a disparu, fondu dans la masse de la nation. Cependant, quelle différence de résultats, si Ton compare le pays à trois siècles d'intervalle f Quand les Conquistadores parurent , ils ne rencontrèrent que des tribus sauvages ne connaissant que la flèche, et n'osant tenir devant la mousqueterie européenne. Aujourd'hui les Paraguayens luttent, à armes égales, avec les descendants de leurs vainqueurs. C'est qu'ils ont trouvé, dans l'héritage de leurs pères, la httérature, les arts, les sciences, toutes les institutions en un mot, apportées par :1a conquête. Or, ce sont ces institutions qui leur apprennent à apprécier et à défendre leur indépendance, et chacune d'elles suppose l'alphabet.
Nous venons de dire que les institutions sur lesquelles repose l'existence d une nation, impli-
quent toutes l'emploi de l'écriture. Passons en revue les plus saillantes, et montrons , qu'en effet, si le germe en est dans la nature humaine, leur entier développement ne devient possible que lorsqu elles prennent une forme durable et tangible, en d'autres termes, qu elles s'incarnent dans les symboles optiques du langage.
Quel est le premier acte de toute société qui s'organise? C'est de rédiger le statut fondamental, le code qui limite les droits de chacun et lui trace les devoirs qu'il a à remplir envers les autres membres delà cité. La tradition suffit quelquefois à ce code, quand il se borne, par exemple, à appliquer, en toute circonstance, la loi du talion, œil pour œil, bras pour bras, mort pour mort. Mais on n a alors qu'une association de sauvages, se régissant suivant toute la rudesse et la barbarie des mœurs primitives. Ce n'est pas là une nation, à peine pourrait-on y voir l'ébauche d'un état social. Un peuple n'est constitué en corps politique que lorsqu'il a fixé son statut d'une manière immuable sur un monument indestructible. Quand le législateur des
Hébreux voiilat donner aux douze tribus une organisation définitive, il grava le décalogue sur deux tables de pierre et les présenta aux Israélites, comme écrites par Jéhovah lui-même, au milieu des éclairs du Sinaï. Avant de s'élancer à la conquête du monde, Rome institua le décemvirat pour rédiger ses lois et les fit inscrire sur la plus impérissable des maUlres, l'airain. La forte organisation de la république, son indomptable énergie, sa grandeur future, sont burinées sur le bronze des douze tables.
Toutefois, un code ne saurait toujours suffire aux destinées d'une nation. A peine une société a-t-elle conscience d'elle-même, qu'elle voit surgir des poètes qui chantent ses origines, des historiens qui retracent ses annales, des penseurs qui expliquent ses légendes. C'est à l'ensemble de ces œuvres que s'ahmente la vie poh tique, httéraire, philosophique d'une nation. Impossible de concevoir ce résultat sans le secours de l'écriture. On pourrait, il est vrai, citer des exemples qui sembleraient prouver que certaines productions de l'esprit humain peuvent se Irans-
SA DESTmÉE. 139
mettre sans recourir à l'alphabet. Les Druides, si Ton ajoute foi aux traditions , avaient un recueil de doctrines d'assez longue haleine, puisqu'il fallait plusieurs années d'étude à ceux qui désiraient être initiés à cette science ; cependant leur enseignement était purement oral, tout texte écrit étant frappé d'interdiction religieuse. Les commentateurs du Yéda nous apprennent qu'à l'autre extrémité du monde aryen, les premières hymnes ont été composées avant l'invention de l'écriture, et se sont longtemps transmises de bouche en bouche. Ce phénomène s'explique dans les deux cas de la même façon. Les chants, soit védiques, soit druidiques, constituant tout le bagage intellectuel de ces époques, entraient sans peine dans la mémoire. La cadence poétique de l'hymne rendait cette étude encore plus aisée. Mais que le cercle des productions littéraires s'élargisse, que le battement rhythmique du vers et de la strophe fasse place aux allures monotones de la prose, et, la mémoire impuissante, appellera aussitôt l'alphabet à son aide. C'est à l'ampleur des monuments écrits qu'on juge de
la grandeur, delà vitalité d'un peuple. La Grèce subsiste encore, malgré les malheurs de vingt siècles d'oppression. Les productions de son génie sont le gage de son immortalité. Les Basques, au contraire, n ont jamais eu de littérature, et l'histoire, loin de les considérer comme une nation, ne voit en eux qu'une tribu qui s'éteint sans bruit, sans résistance sons la double pression de l'unité française et de la politique espagnole. On pourrait continuer ces rapprochements aussi loin que s'étendent les diverses branches du langage écrit. A chaque évolution de l'humanité on verrait correspondre une évolution du signe. C'est ainsi que les premières sociétés sont contemporaines de l'hiéroglyphe, la civilisation gréco-romaine de l'alphabet, les temps modernes de l'imprimerie, l'époque actuelle de la télégraphie électrique. Il n'est pas une manifestation de l'activité humaine qui ne relève. du domaine graphique. Nous avons démontré que le grand levier d'aujourd'hui, la science , n'est qu'une application perpétuelle des symboles optiques. La philosophie n'aurait jamais enrichi la litté-
SA DESTÏEÉE. 141
rature de ses chefs-d'œuvre, si elle n'avait eu l'écriture pour auxiliaire. Tous les écrivains savent quelle précision la plume apporte à la délimitation de la pensée, quel relief elle donne à l'expression de l'idée (*). La politique ellemême est en train de se transformer depuis la découverte de l'imprimerie. A Athènes, à Rome on n'avait que la tribune pour discuter les affaires de la cité; le soin de la chose publique était laissé à un petit groupe d'orateurs, dont les paroles n'avaient pour écho que l'enceinte de l'agora ou du forum. On voit là une aristocratie plutôt qu'une nation. Aujourd'hui, la tribune a pour écho la presse, c'est-à-dire le peuple tout entier. La lecture, et, par suite, l'influence des journaux s'accroissant sans cesse, peut-être, dans l'avenir, les rôles seront-ils intervertis, et
(*) C'est de là que viennent les expressions : voilà un morceau écrit, c'est une pièce écrite, etc. On veut ainsi marquer combiq^Q un style travaillé, l'emporte en élégance, en vigueur, en précision, sur les formes lâches, inégales, désordonnées qui composent d'ordinaire le tissu d'une improvisation orale ou d'une rédaction hâtive.
142 LANGAGE GBAPHIQUE.
la tribune ne sera-l-elle plus que l'écho de la presse. Ce serait alors la nation elle-même, discutant ses intérêts, et, par conséquent, l'avénemsnt démocratique dans son expression la plus large, la plus complète. Concluons donc que c'est dans les divers moJes du langage graphique qu'est placé l'axe de toute institution et de tout progrès.
Outre le rôle qu'elle joue aux divers degrés de l'évolution sociale, l'écriture offre encore des applications immédiates qui relèvent de la philologie proprement dite. Certains problèmes que la philosophie s'était posé sans les résoudre autrement que par des interprétations puériles, ont été expliqués de la manière la plus simple, dès qu'on les a soumis au contrôle du plus ancien monument des langues aryennes, le Véda. On voit que nous voulons parler de la mythologie comparée.
La mythologie comparée, en d'autres termes, l'explication des mythes qui forment le fond des religions antiques de la race indo-européenne, est une des plus récentes et des plus belles con-
quêtes âela linguistique. Jusqu'au dernier siècle, la question des origines du Panthéon gréco- latin était restée enveloppée des plus épaisses ténèbres ; faute de guide et de méthodes, chacun l'interprétait à sa manière. Tantôt on voyait dans ces Divinités des personnages historiques, défigurés par la tradition, tantôt on croyait y reconnaître des figures bibhques. Les plus réservés les considéraient comme des allégories ou des fictions sacerdotales. La bonne foi, on n'ose dire, la naïveté, était si grande chez quelques-uns de ces mythologues qu'ils en étaient venus à dresser la généalogie des Dieux, à fixer la chronologie de leurs règnes et, qu'un d'eux, Guérin du Rocher ne craignait pas de mettre au frontispice de son livre : Histoire véritable des temps fabuleiix, La symbolique de Creuzer, complétée en beaucoup de points par les recherches de M. Guigniaut, tout en rompant avec ces rêveries , était tombée elle-même dans d'autres erreurs moins grossières, il est vrai, mais tout aussi éloignées delà vérité. L'explication rationnelle de la mythologie ne date que d'hier et est due presque tout
entière aux travaux des savants d'outre-Rhia. Vulgarisée par Adalbert Kuhn en Allemagne, par Max Muller en Angleterre, elle a été inaugurée en France par Michel Bréal. Ajoutons qu'à la un de sa carrière Eugène Burnouf avait entrevu lavenir de cette science, comme le témoigne sa célèbre formule numina nomina.
Rien de plus simple du reste que la marc^-e suivie pour atteindre ces merveilleux résultais. C'est la méthode de la grammaire comparée, celle qui a conduit la philologie à tant d autres découvertes. On sait aujourd'hui que pour trouver rétymologie d'un mot, il faut étudier ce mot sous toutes les formes qu'il a subies' dans ses variations orthographiques, en d'autres termes, remonter de siècle en siècle jusqu'à ce qu'on arrive à sa forme la plus ancienne. Si alors on a affaire à une langue primitive comme l'idiome du Véda, • c'est-à-dire une langue qui conserve encore sa limpidité des premiers jours, on lira, sans efforl, les racines qui constituent la trame du mot et leur signification véritable. Cette même méthode appliquée aux recherches mythologiques, a per-
mis de retrouver Torigine des Divinités qui peuplaient l'Olympe des nations aryennes. Les .noms d'Héraclès, d'Hercule, de Jupiter, etc , n'ayant plus de signification précise chez les Grecs et les Latins, ne pouvaient être devinés que lorsque on aurait rencontré une langue plus antique ou du moins plus transparente que les autres idiomes de la race Indo Européenne. Gette langue fut l'idiome védique, la forme la plus ancienne du sanscrit. On vit alors que tous les noms propres des Dieux du paganisme avaient d'abord été des noms communs tirés de la langue usuelle pour désigner les phénomènes cosmiques, et que ces mots avaient perdu peu à peu leur signification première par la marche même du langage et par certaine tendance de notre esprit qui nous porte à personnifier tout ce qui frappe l'imagination. « A mesure que certains termes vieillissaient, que le sens étymologique des mots s'oblitérait, la langue perdait de sa transparence : les noms des forces de la nature devenaient des noms propres, et dès- lors les personnages mythiques commen-
cèrent à paraître. Djâiis est le ciel pour l'époque védique ; mais il n'en est pas de môme pour les Hellènes qui ont emporté ce nom avec mx : Zens est en grec un nom propre. Il en est ue même pour Jovis en latin. On peut dire d'une façon générale que, poar qu'un Dieu prenne de la consistance dans l'esprit d ufi peuple, il faut que son nom soit sorti du langage usuel. Oiiï^tnos n'est jamais devenu une Divinité bien distincte, parce que son nom est resté un appellati!: Varuna, au contraire, qui lui correspond en sanscrit, s'est élevé au rang d'un Dieu personnel, son nom ayant cessé de rien représenter à l'intelligence. » {*]
On pourrait, je crois, se feire une idée du changement des noms commues en noms propres, du passage des conceptions de notre esprit aux entités théologiques, en examinant de près certaines de nos locutions. Prenons le mot fortune, dont l'acception ordinaire est synonyme de richesse. Par suite de cette tendance à Tabsii-àc-
(*) 31ichel Bréal. Hercule et Cacus.
tion el à la personnification que nous rappelions tout à l'heure, nous parlons dans le langage familier de la bonne et de la mauvaise fortune, comme s'il s'agissait d'êtres véritables doués de vie, de sentiment, d'action. Nous disons journellement la fortune lui a souri, il a invoqué la fortune, et autres phrases semblables. Dans ces façons de parler notre esprit envisage une individuahté distincte plutôt que l'idée de richesse. Supposons-nous maintenant au milieu d'une société primitive où les images flottent encore indécises dans la conscience humaine , et la fortune sera bientôt une puissance à qui on élèvera des autels pour qu elle nous soit propice. L'acception théologique de ce mot prenant chaque jour plus de consistance fera insensiblement oublier la première. On aura alors un nom propre de plus sur la liste des personnages surnaturels, et un nom commun de moins dans le vocabulaire de la langue.
L'Olympe ainsi peuplé de divinités de toute provenance, on songea à mettre de l'ordre dans ce chaos. De là les classifications célestes, les
généalogies des Dieux, la cosmogonie d'Hésiode, les métamorphoses d'Ovide. Les étymologies fausses, les confusions de mots et d'idées, les faits historiques dénaturés par la tradition et grossis par la légende, devaient faire naître les lii' les qui forment le fonds de toute mythologie. Ces fables avaient recouvert les origines du Polythéisme de voiles tellement épais qu'on n'a pu les soulever qu'en remontant aux sources mômes du langage.
Les monuments de l'antique Egypte sont venus confirmer . ce que nous avait appris l'étude du Véda. Dans la vallée du Nil, comme dans le bassin de l'Indus, on peut suivre la genèse des formes mythologiques. Seulement celte élaboration se dessine d'une manière moins accentuée chez les Pharaons, parce qu'il ne s'agit ici que de symboles hiéroglyphiques, et non de monuments écrits comme chez les Hindous. En rapprochant les inscriptions funéraires des premières dynasties des inscriptions postérieures, on est frappé du chemin parcouru par l'idée rehgiease. Aux tableaux de la vie pastorale, qui remplissent près-
que exclusivemeBt les stèles des premiers âges, ont succédé, dans le nouvel empire, les invocatîoîis aux Divinités d'un Panthéon aussi compÎKfué, aussi obscur que TOlympe des peuples aryens n.
La Mythologie comparée n'est qu'une branche d'une science plus vaste, la philologie qu'on pourrait définir l'étude analytique du langage graphique. Cette science, entrevue par Leibnitz et
C) Les scènes qu'on voit sur les murs des tombeaux de rancien empire sont toutes tirées de la vie civile. Aucune divinité n'est présente; aucun symbole religieux n'est apparent. C'est là un caractère d'époque qu'il est bon de noter. A partir de la 18^ dynastie, les tombes sont en quelque sorte envahies par la religion. Le défunt ne s'y montre qu'environné de mille divinités qui rendent si compliquée Tétude de la mythologie Egyptienne. Ici rien de semblable. Les tombeaux de l'ancien empire ont une austère simplicité que les monuments funéraires des autres âges ne retrouveront plus. Le Dieu suprême des morts y est à peine nommé 1 Pas de mythes, pas même de prière, excepté de temps à autre une courte invocation à Anubis, le gardien des nécropoles. G'est au souvenir de la vie terrestre que le sujet de tous les tableaux qui ornent les parois des tom - -beaux est emprunté. (x\ugusle Marietle).
fondée seulement au commencement de ce siècle, après l'introduction en Europe du sanscrit, a déjà produit d'immenses résultats. On sait que son point de départ est la grammaire comparée. C'est à l'aide de cet instrument que l'archéologie moderne a fait ses brillantes découvertes, qu'elle a pu déchiffrer les monuments épigraphiques de l'Egypte, de l'Inde, de la Perse, de l'Assyrie, et restituer à l'humanité les pages obscures de ses annales. L'exposition même abrégée de €es applications nouvelles du langage écrit nous mènerait trop loin. Mais nous ne pouvons passer sous silence une des questions les plus intéressantes de notre époque, le problème des races humaines que les naturalistes avaient demandé à la géologie et que les philologues seuls ont pu résoudre.
La question des races humaines n'offre, à vrai dire, d'autres difficultés que celles que certaines geas vont puiser dans les interprétations bibliques. Ces objections écartées, le problème devient si simple qu'il se résout en quelque sorte de lui-même. Il suffit d'appliquer les lois qui régissent les sciences naturelles. Quelques détails feront mieux saisir notre pensée.
Les classifications botaniques offrent un premier exemple de la recherche des origines. Impossible d'étudier nombre de végétaux sans S8 poser la même question que pour l'homme. Il n'est pas rare de rencontrer deux plantes de la même espèce présentant, dans quelques-uns de leurs éléments, des différences si tranchées.
SA DESnNÈE. 153
qu'aux yeux des naturalistes, elles constituent deux variétés irréductibles. On ne peut s'expliquer ces dissemblances qu'en admettant que ces plantes dérivent de types distincts, appartenant à des régions différentes. On comprend, en effet, que des végétaux nés à Madagascar ou à la Nouvelle Zélande, ne soient pas en tout semblables à des individus de même espèce, tirés de la Norwége ou de l'Andalousie. Tout organisme reflète autant dans sa physionomie extérieure que dans sa structure intime, la composition géologique du sol qui l'alimente, et la nature du climat qui préside à son développement. L'induction et l'expérience arrivent à la même conclusion.
Il en est de même dans le domaine zoologique. L'anatomie et la géologie s'accordent à reconnaître que les variétés d'une même espèce habitant des points du globe séparés par de grandes chaînes de montagnes ou par des océans, supposent généralement des souches différentes. T La plupart des animaux de l'ancien continent sont représentés dans la faune du Nouveau- Monde par
des types distincts des premiers. Comme pour les plantes, on peut dire que le sol, le climat, la nourriture, l'altitude, etc., sont autant de coefficients dont il faut tenir compte dans la nature de chaque série animale ; et chaque pays a ses productions spéciales, non-seulement pour un même genre, mais souvent aussi pour une même espèce.
Ces prémisses étabhes, il devient aisé, pour un esprit hbre de toute arrière-pensée, de résoudre la question des races humaines. Les hens anatomiques et physiologiques qui nous rattachent aux autres anneaux de la chaîne zoologique sont trop nombreux pour que nous puissions nous en affranchir dans le problème de nos origines. A défaut de preuves directes, il suffirait d'appUquer le célèbre axiome de Leibnitz, que nous avons eu déjà occasion d'invoquer : natitra non agit saU tatim. Puisqu'il est acquis à la science que tous les êtres doués de vie soit végétale, soit animale ont pu apparaître simultanément sur des points différents du globe et donner ainsi naissance à > des espèces distinctes d'un même genre, ou à des
Yariélés d'une même espèce, comment admettre pour l'homme une exception inexplicable et contraire à toutes les analogies.
Mais des preuves directes viennent appuyer nos inductions. En comparant les crânes d'un grand nombre d'individus des divers pays, Blumembach a été conduit à établir cinq types distincts de l'espèce humaine. Les trois premiers, le caucasique, le mongolique et le nègre sont connus de tout le monde. Les deux autres, considérés par quelques-uns comme des croisements ou des dérivations des précédents, sont le malais et l'américain. La question serait donc résolue en faveur de la pluralité des races, si l'on n'objectait que par suite des influences séculaires du sol et du climat, le nègre et le mongol pourraient bien n'être qu'une modification du type caucasique. Bien que ces influences, que personne ne nie, soient impuissantes à reproduire de tels changements depuis les temps historiques, il faut reconnaître cependant que cette raison est d'un certain poids pour beaucoup de gens qui ont l'habitude de contrôler la science par la légende.
C'est grâce aux secours inespérés de la philologie que l'école de Blumenbach a pu sortir de cette' impasse. S'il est permis de lire les caractères distinctifs de la race sur la boîte osseuse qui forme le moule du cerveau, à plus forte laison pourra4-on les reconnaîtrq sur l'organe cérébral lui-même, c'est-'i are sur sa manifestalion la plus direrle, le Lingage. Or un des principes philologiques les mieux étabUs nous apprend qae c'est dans le mécanisme grammatical qu'il faut chercher la partie essentielle d'une langue, le plan d'après lequel chaque peuple façonne ses idées. Cet engrenage, une fois fixé, se transmet immuable de génération en génération, quelles que soient d'ailleurs les variations du dictionnaire. C'est ainsi que nos langues de l'occident, ne sont ciue des dérivations logiques des premiers idiomes aryens, et que les philologues peuvent retrouver le germe de ilos locutions actuelles dans les plus anciens monuments écrits de cette race, le Yéda et le Zend-Avesta. On est donc amené à conclure qu'il existe à la surface du globe autant de types humains que
les linguistes trouvent de s}^stèmes de langues irréductibles. Or, nous l'avons déjà établi à plusieurs reprises, les langues mongoliques, dont le principal caractère est le monosyllabisme, n'ont aucun point de contact avec les langues aryennes ou langues à flexion, ni avec les langues agglutinantes que l'on rencontre chez les tribus américaines. Des caractères non moins tranchés différencient les idiomes des nègres et des insulaires de la malaisie.^Les cinq groupes ethnographiques donnés par Blumembach, d'après la comparaison des crânes, sont donc retrouvés par les philologues à la seule inspection des systèmes grammaticaux. Une concordance si frappante, amenée par deux méthodes entièrement différentes, n'est plus une probabilité, c'est une certitude.
Mais la hnguistique va plus loin que les naturahstes dans l'étude des classifications. La grammaire comparée retrouve des nuances qui échappent au scalpel. A cette question l'Aryen et le Sémite ont-ils même origine, l'histoire ne peut répondre faute de documents ; la science hésite,
car les dissemblances qu'on peut observer dans la constitution anatomique et physiologique des individus des deux races ne semblent pas assez .caractéristiques pour qu'on puisse se prononcer avec certitude. C'est 1 étude comparée des langues qui tranche la question, car la grammaire des peuples indo-européens et la grammaire des nations sémitiques étant irréductibles impliquent une différence d'origine dans les deux groupes. Une analyse semblable a démontré que les Basques, dont on voulait faire une tribu celtique, appartiennent à une autre souche distincte de la famille aryenne.
Nous avons dit que dans toutes ces questions de philologie ethnographique on ne tenait compteque des indications fournies par l'analyse grammaticale. Les rapports homophoniques des mots sont des guides, trop peu surs, pour que la science du langage les prenne comme base de ses conclusions. C'est pour avoir méconnu cette vérité que Raynouard, trompé par des analogies superficielles, imagina la théorie des langues rom.anes, cette grande mystification de notre
époque. Il ne faudrait pas croire cependant que les indications données par le dictionnaire n'ont aucune valeur. Les noms de villes, de montagnes, de fleuves , sont d'une grande ressource dans^ maintes recherches. Comme les fossiles qui servent aux géologues à déterminer l'âge et la nature d'un terrain, ils fournissent à l'histoire les documents les plus précieux pour reconnaître les traces des peuples qui ont habité un pays. Toutes les fois que la conquête amène dans une contrée une nation étrangère, cette nation, sauf le cas extrêmement rare de l'extermination totale du peuple dépossédé, adopte tout en le mettant au diapason de ses organes, les noms propres des heux où elle vient s'établir. Telle ville aura été bouleversée par vingt races différentes sans qu'aucune d'elles ait eu l'idée de changer son nom. Les appellations locales sont des monuments aussi indestructibles que les médailles de bronze avec lesquelles les archéologues rétablissent la chronologie des <]ynasties royales. Si l'on veut connaître le nom des premières tribus qui ont occupé un pays, il faut donc demander ce nom aux déno-
minations des montagnes , des villages , des rivières de cette contrée. C'est ainsi que nous avons appris que les premiers habitants de notre , sol appartenaient à la famille Ibère, et que cette race cantonnée aujourd'hui sous le nom de Basques dans un coin des Pyrénées, occupait, avant l'arrivée des tribus aryennes, tout le midi de l'Europe occidentale. La philologie, en effet, n'a retrouvé que des mots Basques dans la géographie la plus antique de l'Espagne, ainsi que de la Gaule aquitanique et narbonnaise.
Tels sont, d'une manière sommaire, les divers modes du langage graphique et ses apphcations les plus importantes. Si on les rapproche de ce que nous avons dit du langage phonétique, on pourra en dégager quelques traits qui seront la conclusion de cette étude.
1« Le langage, quelle que soit la forme et le mode que l'on considère, qu'il soit phonétique ou optique, qu'il s'appelle musique ou
peinture, architecture ou poésie, n'est qu'une manifestation spontanée de la conscience humaine.
2« Il résulte de ce fait que chaque race a adopté un plan différent pour exprimer ses idées. C'est ce plan qui constitue la grammaire. De la, autant de systèmes de langues que de races et vice versa.
3« La parole n'est qu'un anneau de la chaîne du langage. Le langage s'est développé sur deux lignes parallèles, l'une phonétique, l'autre graphique. Les anneaux de cette double chaîne se rejoignent aux deux extrémités, d'un côté par l'art, de l'autre par la science.
4<> De tous les modes du langage, c'est l'écriture qui a joué le plus grand rôle dans nos destinées. L'humanité ne s'est révélée à ellemême, que le jour où elle a su manier l'élément graphique. L'évolution alphabétique est révolution même des peuples, et chacune de ses grandes transformations marque une étape du mouvement démocratique.
o« Le langage ne se développe pas d'une
Tiianière uniforme chez les diverses familles liumaines. Sa floraison n'a été complète que dans le groupe aryen. La science fait défaut dans les autres races, et l'art y est presque toujours resté à l'état d'ébauche. Même chez l'aryen, il est rare qu'un même peuple cultive au même degré tous les modes du langage. On remarque une sorte de pondération entre les nations du Nord plus soucieuses de l'analyse scientifique que des harmonies phonétiques, et les nations du Midi, amoureuses, avant tout, de la forme, et possédant au plus haut degré le sentiment des arts plastiques.
OENÈSE 33TJ EAl^î'GhAaE.
Introduction. — Hiéroglyphe. — Peinture. — Architecture.
— Ecriture. — Science. — Algèbre. — Mimique. —
— Danse i — ^^
MARCHE DXJ EANGAGhE.
Formation de Talphabet. — Sténographie. — Télégraphie.
— Imprimerie. — Rapprochements entre le signe et le son. — Influence du sol sur le signe. - - Classification des races. — Domaine de la peinture. — Domaine de récriture 59 — 103
DESTINÉE DU EANQAaE.
Insuffisance de récriture. — Agencement des syllabes — Agencement des mots. — Agencement des phrases. — Etymologie. — Abus de l'écriture. — Son influence sur le mouvement humanitaire. — Mythologie. — Ethnographie. — Conclusion 105 — 162
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