‹ Histoire naturelle et médicale des différentes espèces d'ipécacuanha du commerceChapitre 6 sur 12 · I P É C AC U AN H A ANNELÉ · texte numérisé non relu

I P É C AC U AN H A ANNELÉ

Cephaelis Ipecacuanha. Tab. 1.

Ipecacoanha , Marc. Bras., p. 17 .—-Ipecacuanha , PrsoN, Bras., p. 20i. — CallicocccL ipecacuanha , Brotero, Act. soc. lin. tond., vol. 6, p. 187, t. 6 ; et de la plupart des auteurs. — Cephaelis ipecacuanha , A. Richard. Note sur les deux espèces d’ipécacuanha de la famille des Rubiacèes, Bullct. soc. méd. , vol. 6, p. 92. — Kunth. , in humb. et Bonp, Nov. gen. et sp. 5 , p. 876.

C’est un petit arbuste rampant ou peu élevé au-dessus de la surface du sol , qui croît dans les forêts épaisses et ombrageés du Brésil. On le cultive également dans quelques autres provinces d’Amérique.

Les racines partent d’une lige souterraine, rampante, horizontale; elles sont ou fibreuses, capillaires, ou bien représentent des espèces de tubercules allongés, marqués d’impressions annulaires très-rapprochées. Presque ligneuses , elles sont irrégulièrement rameuses. Leur surface est inégale et tuberculée , émettant de distance en distance quelques fibres capillaires. Elles ont un épiderme brun, sous lequel se trouve un parenchyme blanc presque charnu dans l’état frais. Leur centre est occupé par un axe ligneux , filiforme.

La tige , qui est d’abord souterraine , sort de terre , se redresse et s’élève à environ un pied. Elle est fruticuîeuse, simple, obscurément quadrangulaire , couverte dans sa partie inférieure par les stipules persistantes des feuilles déjà tombées; supérieurement elle est légèrement pubescente.

Les feuilles n’occupent que la partie supérieure de la tige. Au

nombre de six a huit , elles sont opposées , courtement pétiolées , ovales acuminées , entières, rétrécies insensiblement à leur base , latérinerves , presque glabres , longues de deux à quatre pouces.

Deux stipules assez grandes , opposées , réunies à leur base , pubescentes, découpées supérieurement en cinq ou „ six lanières, étroites , sont interposées aux feuilles.

Les fleurs blanches, serrées , petites, presque sessiles, forment un capitule terminal, porté sur un pédoncule réfléchi , d’un demi-pouce de longueur. Ce capitule , qui contient environ dix à douze fleurs , ou un plus grand nombre , est environné à sa base par un involucre régulier , tétraphylle , concave , pubescent , ainsi que le pédoncule. Des folioles , deux sont extérieures , orbiculaires , acuminées ; deux intérieures , plus petites , sont ovales.

Le calice est obovoïde, adhérent avec l’ovaire infère :1e limbe est à cinq dents fort petites et très-courtes.

Corolle infundibuliforme , pubescente en dehors, ainsi que le calice : tube cylindrique : limbe à cinq divisions ovales , alongées , réfléchies, aiguës.

Cinq étamines, insérées au sommet du tube de la corolle, dressées moitié plus courtes que le limbe; filets très-petits ; anthères linéaires un peu plus longues que les filets.

Pistil : ovaire infère , biloculaire ( chaque loge uni-ovulée ) , surmonté par un disque épigyne peu épais; style simple, terminé par deux stygmates allongés , divergens , de même grandeur que les anthères.

Fruit : nuculaine ovoïde , arrondi, couronné par les dents du calice , d’abord pourpre , puis noirâtre violacé , contenant deux nucules blanchâtres , planes d’un côté , convexes de l’autre. Ces nucules renferment une graine dressée , composée d’un épisperme très- mince , d’un eudosperme corné, au milieu duquel est un embryon central ayant la même direction que la graine.

Cette plante , qui fleurit de novembre à mars , et dont les fruits

sont mûrs en mai, habite les lieux ombragés et humides, dans les provinces de Fernambouc , Bahia , Rio-Janeiro , Mariana , etc. Ses racines sont connues dans le pays sous le nom de raie ilia.

Caractères de V Ipécacuanha annelé.

Racines ordinairement de la grosseur d’une plume à écrire, allongées, irrégulièrement contournées et coudées, simples ou rameuses, formées de petits anneaux saillans, inégaux, très-rapprochés les uns des autres, ayant environ une ligne de hauteur, séparés par des enfoncemens moins larges ; formées de deux parties , savoir un axe ligneux, plus ou moins grêle, et une couche corticale beaucoup plus considérable. Elles sont compactes, cassantes , lourdes ; leur cassure est brunâtre , manifestement résineuse dans sa partie corticale ; leur saveur herbacée, un peu amère, assez âcre; leur odeur faible, mais cependant nauséabonde, surtout celle de la poudre.

Faisons remarquer ici un caractère essentiel de l’ipécacuanha annelé } caractère dont aucun auteur n’a encore fait mention : c’est qu’il n est pas formé par la partie inférieure de la tige , qui est horizontale et cachée sous la terre (comme cela a lieu pour l’ipécacuanha strié), mais qu’il provient de tubercules latéraux, tout-à-fail différons de cette souche elle-même, et qui prennent naissance sur ses parties latérales. C’est ce qu’il est facile de bien saisir en consultant les deux figures que je donne ici de ces deux espèces, et que j’ai dessinées moi-même avec le plus plus grand soin sur des individus que mon père conserve encore dans ses herbiers.

Si nous examinons maintenant la couleur extérieure de l’ipécacuanha annelé , nous verrons qu’il se présente sous trois teintes particulières, qui nous serviront de caractères pour former autant de variétés.

i.re variété. Ipécacuanha annelé brun. ( Ip. an. füsca. )

Cette variété est la plus commune et la plus abondante. C’est elle aussi qui parait jouir de propriétés plus énergiques que les autres.

Son épiderme est d un brun plus ou moins foncé, quelquefois même noirâtre : c’est dans cet élat qu'on la trouve alors quelquefois désignée dans le commerce sous le nom d ipécacuanha noir . Sa cassure est grise ou brunâtre.

D’après des échantillons que M. Pelletier a eu la complaisance de me remettre lui-même il y a deux ans, lorsque je m’occupais de mou premier mémoire sur ce médicament , je me suis assuré que c’est cette variété dont il a donné l’analyse sous le nom d 'ipécacuanha brun } qu’il croyait alors être fourni par le psjchoiria emetica , mais qui n’est manifestement, comme nous venons de le voir, qu’une simple variété du ceph . ipécacuanha .

n.e variété. Ipécacuanha annelé gris, ( Ip. an. cinerea. )

Epiderme d’un gris blanchâtre; anneaux moins rapprochés, moins saillans ; cassure très-résineuse; amertume plus prononcée que dans la variété précédente. Elle est assez rare. On la trouve quelquefois mélangée, mais en petite quantité, avec la variété brune.

m.e variété. Ipécacuanha annelé rouge . (Ip. an. rubiginosa. )

C’est cette troisième variété que M. Pelletiers analysée sous le nom à' ipécacuanha gris . (Callicocca ipécacuanha. )

Il est presque aussi abondamment répandu dans le commerce que ripécacuanha annelé brun. Son épiderme est d’un brun rougeâtre ; sa cassure résineuse est d’une teinte plus ou moins rosée ; son amertume est à peu près celle de la variété grise , c’est-à-dire un peu plus prononcée que celle de l’ipécacuanha annelé brun.

D’après l’analyse de M. Pelletier , il paraîtrait un peu moins actif que les deux autres , puisqu’il contient moins de matière vomitive qu’eux.

Telles sont les trois variétés principales que l’on observe dans ripécacuanha annelé. Ges trois variétés ont été long-temps regardées

comme des espèces fort distinctes , parce qu'on attachait à la couleur une importance et une valeur qu’elle est loin de mériter dans ce cas. On a cru aussi, jusque dans ces derniers temps, qu’elles devaient appartenir à des espèces végétales tout-à-fait différentes, tandis qu’au contraire , comme nous nous en sommes assuré par la comparaison exacte de ces variétés du commerce ,avec les racines qui tiennent encore aux échantillons du cephaelis , qui nous ont été envoyés par M. le professeur Brotero } elles appartiennent toutes à ce dernier végétal.

L’axe ligneux que l’on rencontre constamment au centre de cette espèce et des suivantes, est loin de posséder autant de propriétés actives que la partie corticale. C’est ce qu’il est facile d’établir a priori , par la simple inspection de sa cassure, qui est à la fois et moins compacte , et surtout bien moins résineuse. Cette opinion est d’ailleurs pleinement confirmée par les résultats de l’analyse chimique , qui n’y démontre qu’une quantité beaucoup plus faible de principes auxquels l’ipécacuanha doit son action sur l’économie animale. Nous ne saurions donc , à cet égard , partager l’opinion deM. De Cari dolle y qui pense qu’il jouit à peu près de la même énergie que les autres parties de ce médicament.

Quant à l’analyse chimique de cette espèce et de ses variétés, il serait assez naturel d’en présenter ici les résultats. Cependant il nous a paru plus convenable, pour ne rien démembrer de cette partie importante de notre travail, d’en former une section à part, qui comprendra l’analyse des différentes espèces et de leurs variétés.

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