‹ Histoire naturelle et médicale des différentes espèces d'ipécacuanha du commerceChapitre 7 sur 12 · DEUXIÈME ESPÈCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ESPÈCE

De ripécacuanha simple ou strié. ( Ip. simplex s. striata. )

Cette seconde espèce est bien moins répandue dans le commerce européen que la précédente. Ï1 est excessivement rare qu’on la rencontre à Paris chez les droguistes ; ou si on l’y trouve , c’est toujours en très-petite quantité. Cependant, au rapport de Mutis , ce serait

la seule employée au Pérou , patrie du végétal qui la produit. Mais , comme l’a observé M. de Huniboldt, on cultive également dans ce pays le cephaelis j en sorte que l’opinion de Mutis ne doit point être regardée comme très-exacte, au moins aujourd’hui; car il serait possible qu’à l’époque où le vénérable botaniste de Sauta-Fé faisait ses observations , la culture du cephaelis ne fût pas encore introduite dans le royaume de la Nouvelle-Grenade.

Quoi qu’il en soit, c’est Mutis qui le premier a fait connaître la plante dont est tirée cette espèce. Les renseignemens et la description qu’il communiqua à Linnèe en 1764 lui avaient été fournis par M. Gomez , qui faisait à celte époque , dans la Nouvelle-Grenade, le commerce de i’ipécacuanha. Cette circonstance nous confirme dans Fopinion que la culture du cephaelis et son introduction dans le Pérou ne datent pas d’une époque très-reculée , sans quoi Mutis ou M. Gomez > qui s’occupait plus particulièrement de cette branche de spéculation, en auraient eu connaissance, et dès-lors l’eussent également fait connaître à Linnèe .

La plante qui produit l’ipécacuanha du Pérou est le psjxhotvia emetica de Mutis y que Linnèe fils publia pour la première fois en 1781, dans son Supplément. Mais il commit une erreur très-grave, bien difficile à concevoir , quand on songe qu’avec une description très-complète de cette plante, Mutis avait également envoyé à Linnèe un dessin fort exact de ce végétal. Il crut en 'effet que le psychotrici emetica était la même espèce que celle dont Marcgrave et Pison avaient donné la figure dans leur Histoire du Brésil.

Ce rapprochement est cf autant plus inconcevable, que, malgré son imperfection, la figure de /Vso/z suffirait seule pour démontrer combien peu ces deux plantes se ressemblent. En effet nomseulement elles forment deux espèces bien, distinctes , mais encore elles appartiennent à deux genres fort différons , quoique de la même famille.

Dans le psychotria emetica lés fleurs sont par petites grappes bifurquées dans les aisselles de chaque feuille; les stipules sont simples et indivises. L’inflorescence de l’ipécacuanha de Marc -

grave, c’est-à-dire du cephaelis ipecacuanha ,1e distingue nettement1, et au premier coup-d’œil , du psychotria; ses fleurs , petites , forment un capitule terminal unique-, entouré d’un involucrc régu-

lier , composé de quatre grandes bractées , dressées et appliquées contre les fleurs qu’elles cachent en partie. Les stipules, au lieu d’ètre simples et indivises, sont profondément découpées en cinq ou six lanières étroites, subulées et comme digitées.

Ainsi lipécacuanha du Pérou est fourni par le psychotria emetica de Mutis. Nous le désignons sous le nom d’ ipecacuanha strié , pour le distinguer de celui du Brésil. En effet , il n’offre point ces anneaux rugueux et rapprochés que nous avons remarqués dans l ipécacuanha annelé. Il présente seulement, de distance en distance, des rétrécis-

scmens circulaires ou étranglemens profonds , éloignés les uns des autres ; entre chacune de ces espèces d’articulations , il est cylindracé et offre des stries longitudinales plus ou moins prononcées. Les autres caractères tirés de sa cassure, son odeur, sa saveur ne le différencient pas moins que sa structure extérieure de la première espèce.

M. Persoon , dans son Synopsis plantarum , vol. 1, p. 2o3 , a commis une erreur qu’il est important de rectifier ici. Il rapporte, d’après le témoignage de mon père , le callicocca ipecacuanha de M. Brolero au genre cephaelis de Swarlz ; mais il le confond ensuite avec le psychotria emetica de Mutis qu’il regarde comme identique avec eette première plante.

Voici la description du psychotria emetica .

IPÉCACÜâïïA ST&IÉ.

Psychotria emetica. Tab. IL

Psychotria emetica. Mutis in litt. — Lin., Suppl. , p. 1 44 — Humb. et Bonp., PI. équin., vol. 2, p. 142. — A. Righ., dot., etc. p. 98. — Kunth. in Humb. Bonp. , Nov. %en et sp. amer. , vol. 3 , p. 355.

Petit arbuste semblable en tout, pour le port, à l’espèce précé*

dente, croissant dans les forêts ombragées du Pérou, du royaume de Ja Nouvelle-Grenade , etc.

La racine est une souche presque horizontale , cylindrique , de la grosseur du petit doigt , étranglée de distance en distance, offrant quelques radicules fibreuses , grêles.

La tige est fruticuleuse , dressée, haute de douze a dix-huit pouces, simple , cylindrique , finement pubescente.

Les feuilles sont opposées, lancéolées, aiguës, finissant insensiblement à leur base en im pétiole court. Elles sont entières, membraneuses , glabres en dessus , pubescente® en dessous.

Deux stipules étroites, aiguës , dressées, un peu fermes et pubescentes sont interposées aux feuilles.

Fleurs petites , sessiles ; à la base de chacune d’elles est une bractéoie fort petite : ces fleurs, disposées en grappes , sont portées sur des pédoncules axillaires, d’abord simples, puis bifilrqués.

Calice verdâtre ; tube adhérent avec l’ovaire infère ; limbe campanule. pubescent en dehors, ouvert, à cinq divisions ovales, oblongues, recourbées.

Corolle beaucoup plus grande que le calice, infundibuliforme , blanche; limbe subcampanulé , évasé , quinquéfide ; divisions recourbées, réfléchies, oblongues, obtuses. L’intérieur de la corolle, à l’exception de la base du tube, est couverte d’un duvet blanchâtre.

Cinq étamines dressées, insérées au sommet du tube, incluses ;

filets courts , anthères linéaires , oblongues , droites.

Ovaire infère , obovoïde, couronné par un disque épigyne , annulaire.

Style un peu plus long que le calice , dressé , renflé à son sommet.

Stigmate oblong , bifide.

Fruit : nucuîaine ovoïde , globuleux , bleuâtre, offrant â son sommet les divisions du calice , renfermant deux nucuîcs ovoïies , planes

d’un coté, où elles offrent une ligne longitudinale saillante; cou* vexes de l’autre , où elles présentent vers leur sommet cinq petits sillons convergens. La graine a la même structure que dans l’espèce précédente. s

Cette plante croît dans le royaume de la Nouvelle - Grenade MM. de Humboldi et Uonpland font trouvée très - abondamment auprès du fleuve de la Magdeleine , avec plusieurs variétés qui s’y rapportent.

Caractères de fa racine desséchée ^ telle qu’on la trouve dans le

commerce .

Racines cyiindracées , le plus souvent simples , rarement rameuses, de la grosseur d’une plume à écrire, allongées , peu contournées, non rugueuses , offrant de distance en distance des espèces d’étranglemens ou intersections circulaires profondes, éloignées les unes des autres; épiderme d’un brun foncé, formant des stries longitudinales plus ou moins marquées; cassure brune , noirâtre, légèrement résineuse ; couche corticale moins friable , moins cassante que dans l’espèce précédente; odeur presque nulle ; saveur fade, nullement

amère; à peine imprime-t-elle sur la langue une légère acreté , ^après une application long-temps prolongée.

D’après le simple énoncé de ses propriétés , il est très-facile de conclure que cette espèce doit être infiniment moins active que celle qui précède; c’est ce que l’analyse chimique confirme pleinement. Il est donc peu à regretter que cette espèce soit rarement répandue dans le commerce , et il est probable que sa rareté en Europe provient du peu d’efficacité qu’on doit lui avoir reconnue depuis long - temps. Peut » être l’activité moins grande de cette espèce tient-elle à ce que, comme nous l’avons fait remarquer précédemment, elle est formée simplement par la partie inférieure et souterraine de la îige, tandis que dans l’ipécaeuanha anneléce sont des tubercules particuliers . développés sur la souche elle-même qui produisent ce médicament.

Nous croyons utile de présenter ici sous la forme d’un tableau comparatif les caractères de ces deux espèces si long-temps confondues. .

Ipéca, anxelë. Ipéca, strié.

Cephaelis ipecacuanha. R. Psychotri a emetica. L.

Racines cylindracées,peu rameuses, offrant de distance en distance des étranglemens circulaires profonds ; striées longitudinalement entre ces articulations.

Cassure peu résineuse.

Odeur presque nulle.

Saveur presque nulle.

Couleur brune foncée.

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