INTRODUCTION
Sous le aofloi général d'ipécaeuànha on désigne eominonément plusieurs racines d'origine et ^e nature très-yariées « mais ^ui toutes joaisientt à un d^ré pins ou moins énergique, de k propriété d'en-oiler les contractioas de l'estonuic et de produire te fomii^setnent.
Ce n'est que vers le milieu du dix-septièime siècle que les vertus de ripécacu(»^ia commencèrent i être connues en ïUirope. A cette ^K>que en eflel , Guilkmme PisoSk^ Marcgrave, dan$ leur Histoire naturelle et médicale du Brésil j indiquèrent peur la première fois cette nouvelle substance médicamonteuae « et vantèrent l^s succès que Isa ftrasIHens en retiraient dans le tnaitement d'un grand nombre
de maladies. Llmperfeetion et 1^ vague de ladescription qu'ils'donnent du végétal dont la racine porte au Brésil le nom dUpécacuanha^ ont sans contredit été les causes de Tobscurité profonde ({ni couvrit pendant si long-temps lorigine He ce précieux médicament. En effet aucun botaniste n*a pu y trouver des caractères assez bien énoncés pour pouvoir, malgré la figure assez bonne qui l'accompagne ^ la rapporter avec certitude à quelque végétal connu, ou lui assigner une place déterminée dans aucune méthode de classification.
Nous ferons iei remarquer ren passant l!intime liaison qui unit la botanique à la matière médicale , et les lumières qu'elle répand sur cette science. Si , en effet , la description de Marcgrave et de Pison eût été plus exacte, plus complète , plus confornàe enfin aux règles de la botanique ; si leur figure eût représenté les oi^anes floraux du végétal brasilien , organes sur lesquels sont essentiellement fondés les caractères proprçs â distinguer* les plantes , on eût pu reconnaître facilement celle qu'ils avaient indiquée , et les auteurs les plus célèbres n'eussent pas varié si souvent d'opinion à l'égard de ce végétal.
C'est ainsi que Rai^ dans son Histoire générale des plantes , croU l'ipécacuanha fourni par une espèce du genre paris , de la famille des AÈpaTagiixée$.morison,Pliicf[nel^ Linnee lui-même, dans la première édition de sa Matière médicale , pensaient qu'une espèce du genre hnicera le produisait. En un mot, les opinions les plus opposées on été émises sur l'origine et la nature du végétal auquel on devait Tipéciicuanha.
De cette obscurité même, et de Tincertitude dont était environnée l'origiciede ce médicament, est né un autre inconvénient qui n'a pas peu contribué à augmenter la confusion déjà si grande qui r^ait à cet égard. C'est que , n'ayant encore aucune donnée certaine sur la plante qui fournissait le véritable ipécacuanlia,on appliqua ce nom à toutes les racines douée$ d'une propriété éméttque plus ou moins marquée; et bientôt chacjue pays, chaque auteur de matière médicale eut en quelque sorte une espèce particulière d'ipécacuanha. Delà le vague,
la dissidence d'opinions que 1 on remarque, jusqu'en ces derniers temps, dans les différens ouvrages qui ont été publiés sur la substance qui nous occupe ; chaque auteur , en effet, ayant souvent parlé d'une espèce différente, sans chercher à la comparer» à la rapprocher de celles dont ses prédécesseurs s'étaient occupés.
La cupidité dut profiter de cette ignorance même , et vint àug^ menter â son tour les doutes et les incertitudes déjà si grandes qui couvraient ce médicament. Comme la véritable espèce» celle dottt Marcgrave et Pison avaient les premiers donné la deteriptton, pétait assez rare , les marchands américains y mélangèrent bientôt plusieurs autres racines plus communes et souvent presque inertes, qui d^tim côté accrurent la confusion , et d'un autre côté eontribuèrènt à diminuer la réputation de la racine du Brésil, dont les vertus setrouvaient ainsi masquées et en quelque sorte dénaturées par cette sophistication. Dès-lors Tipécacuanha du commerce ne fut plus qu'iya mélange hétérogène de racines différentes entre elles , non-seulement par les plantes dont elles étaient retirées p m^is encore par le lieu d'où elles provenaient.
Cependant en étudiant avec quelque attention ces différentes esr pèces de racines , il fui d'abord facile de reconnaître qu'elles appartenaient à des végétaux très-différens. En effet , les caractères extérieurs, tels que la forme, la couleur; les qualités intimes, comme la saveur , lodeur , etc. , offraient dans chacune d'elles des différences trop remarquables pour ne pas être facilement appréciées. D'ail-r leurs, en les administrant chacune séparément , on vit qu'elles étaient loin de jouir des mêmes propriétés, et que leur mode d'ac-tion , leur efficacité étaient aus^i différentes dans chacune d'elles que leurs caractères extérieurs.
Lorsque l'on commença i vouloir établir entre elles quelques distinctions, on ne fit d'abord attention qu'à leurs caractères^'physîques les plus apparens , et on les distingua yniquen^ent d'après leur couleur^ Mps s occuper de déterminer l'espèpe végétale don| elles ppuvaient
provenir. Oo étabKt donc nn ipéca, brun , un ipéca, gris » un ipéca, noir » et enfin un ipécac. blanc.
Loin de serrir à éclairer cette par de de la matière médicde, cette distinction, A laquelle on attacha une trop grande importance, servit elle-même au contraire A perpétua: les incertitudes et les erreurs. En effet, elle était fondée sur un des caractères tes moins fixes et même les plus yariables , souvent dans la même espèce , comme )e lai prouvé dans, un mémoire lu (i) â la Société de la faculté de médecine de Paris,, et qjui a été inséré en partie dans ses bulletins. ( Vof. Bulletina de la soc. de méd., voL 6, p. 92. )
A cette épo<|ue , on ne savait encore rien de certain sur le végétal qui produit Tipécacuanha. L'opinion le plus généralement admise alors, étaU que cette substance provenait d*une espèce de violette. Mais on était loin, d*étfe arrêté sur la véritable espèce. Quelques auteurs, en
(1) Ce mémoire a ^1^ la le 19 mars 1818. Si je rappelle ici Udate de celle lecture , c'est pour faire Tolr que le premier j'ai indiqué les incoriTéûiens attacbés à cette distinction des différentes espèces d'ipécacuanha tirée de leur seule couleur. J'ai proposé, dans ce même mémoire ^ de les distinguer diaprés leur structure , qui est en effet fort différente dans les deux espèces les plus répandues 9 celles qui sont tirées des Rubiacées > desquelles je m'occupais alors seulement. A l'article ipécacuanha du Dictionnaire des sciences médicales , qui parut entiron six mois après la lecture de mon mémoire, M. Mémt , qui était cependant présent à la séance dans laquelle cette lecture araît eu lieu, relatant les diflérens travaux faits sur cette substance, ne dit pas un mot de mon mémoire, et cependant puraU en aroir profité, puisqu'il établit les mêmes différence^, les mènes dénominations que moi. Il me cite cependant une seule fois « mais^d'uBie manière que je ne veux pas caractériser , car elle me parait trop peu délicate. « Depuis quelques jours, dit*il> nous avons en connaissance de deux beaux dessins faits d'après nature par M. Richard fils sur ces deux espèces > lesquelles seront peut-être le sujet de la thèse qu'il se propose de soutenir, etc. » Or^ ces deux dessins étaient accompagnés d'un mémoire asses étendu que. M. Mirai consent bien à consulter^ mais oublie de citer. Que Ton vérifie les dates , et Ton verra lequel de nous deux, a l'antériorité.
Je n*ai fait cette observation qu'afin de ne pas être accusé de plagiat.
(Il)
ejfet, croyaient que c'étfiit le viola ipeeaçuanha de Linnée fik ; dau« très', le viola diandra^ L. ; quelquet-miet lo vioh parviflora^ ceux«ci le t//uAi ii/ouhou ^Jubfet.
Enfin le célèbre Muiis ^ directeur de rexpéditlon botanique de Sonta-Fé de Bogpfa , dans le royaume de la Nouvelle-Grenade , en* voya â Linnée^ eq 1764^ des renseignemcQS précis sur le végétal qui , dans cette partie du nouveau continent, produisait cette précieuse racine. En 1781* Zi//?/ieV fils, dans son supplément, publia cette plante sous le nom de psychotria emetica. U crut, mais k tort , qu elle était la même que celle qui avait été décrite près d'un siècle et demi auparavant par Marcgrave €t Pison. Depuis cette époque, on pensa que le psychotria emetia^ était le seul végétal dont les racines produisaient le véritable ipécaciianha ; mais une autre découverte, non moins importante, Vint détruire cette erreur.
Au commencement de ce siècle, en 1800 , M. BroterOj professeur de botanique â Tuniversité de Coimbre en Portugtil, fit connaître, dans les actes de la société linnéenne de Londres , la plante qui , au Brésil , produit Tipécacuanha. U la décrivit et la figura sous le nom de çallicocca ipeçacuanha* '
Ces diflférens travaux étant isolés , on n en retira pas d abord tout le fruit et les lumières qu on aurait pu en attendre , s'ils eussent été réunis et présentés sous un même point de vue. Cependant , comme ils jetaient un grand jour sur ces deux espèces , on tomba bientôt dans une nouvelle erreur, et l'on crut que tous les ipécacuanha étaient elclusitement produits par le psychotria emetica el le çallicocca ipécacuanha.
Ce fut poUr détruire cette opinion ei'ronée qu'en 1809 M. De Candolle publia un mémoire Inséré dans le premier volume des Mémoires delà société d'émulation , dans lequel il démontra que , loin d'être uniquement produites par les deux seuls végétaux décrits par Linnée fils et M'. Brotero y les diverses * espèces d'ipécacuanka provenaient d'-un tràs- grand nombm de plantes de genres, de fomUles très « difi^&rente», el aémc «oiweat très ébignées les uwt
deB autres. Cet intéressant travail ett un de ceux qui ont le plus contribué à nous éclairer sur la nature de Tipécacuanha.
. Tels sont les différens travaux qui ont été publiés 6ur ce précieux médicament , envisagé seulenient sous le rapport de son origine et de son histoire naturelle. En les étudiant avec soin , on voit évidemment que l'ipécacuanha n'est point une substance toujours identique , mais qu'au contraire sous cenom on désigne une foule de racines» jouissant toutes, â un degré plus ou moins marqué , de la vertu d'exciter le vomissement ^ et provenant non-seulement de pays souvent très -éloignés les uns des autres, mais encore de végétaux de genres et de familles fort différentes.
Notre intention étant de ne traiter ici d'une manière complète que des espèces que l'on trouve aujourd'hui répandues dans le commerce ^ de celles enfin qui sont employées de nos jours dans l'art de guérir » nous ne nous occuperons pas des différentes racines peu ou point employées maintenant , et qui , dans certains pays , ou à des époques plus ou moins éloignées • ont reçu le nom diipécacuanha. Cependant , pour ne rien omettre de ce qui pourrait se rattacher d notre sujet» nous croyons qu'il n'est point inutile de présenter ici » seulement d'une manière abrégée , ces différentes substances rangées méthodiquement suivant l'ordre des familles naturelles auxquelles appartiennent les végétaux qui les produisent.
Famille des Rubiacées. C'est à cette fiimille de plantes , qui nous donne déjà le plus puissant des toniques, l'écorce de quinquina , que nous devons également les véritables espèces d'ipécacuanha du commerce. L'une, qui vient du Pérou et du Mexique, est produite par le pgychotria emelica^L.; l'autre» originaire du Bré»l, également cultivée dans les possessions espagnoles du Nouveau-Monde , a été décrite par M. SfOierOj sous le nom de calUcocca ipecacuanha.
Une autre plante de cette famille, à laquelle quelque auteurs^ et enbfe autres Dàndrada , Mx'à^viç^Xnsm racine jouissant d^ mêmes
pfopriétés que l'ipécacuanha , et qui même pourrait bien y être mé* langée dans le commerce, est Xo' psychoiria herbacea.
Enfin Ion emploie abondamment au Brésil, et surtout à Rio* Janeiro , sous le nom d'îpécacuanha blanc^ les racines d'une espèce sperrhacoce hexandra.
Famille des Violariée$. Trois espèces de violettes paraissent chacune fournir en Amérique un ipécacuanlia de couleur blanchâtre , très-peu répandu dans le commerce européen , et sur lequel nous sommes loin d'avoir des notions bien eiactes et bien précises, à cause de leur rareté en Europe et du peu d'emploi que Ion en fait.
L'une de ces espèces est levîola parvijlora de Linnée fils. Elle croit au Pérou et au Brésil. Au rapport de Mutis et de M. de Uumboldty elle fournit une assez grande quantité de l'ipécacuanha employé au Pérou.
La seconde est le viola ipecacuanha deL. , figurée dans le Fascicule ^e fTandelli {\9ih. i , pag. 7), sous le nom de pombalia ipecacuanha. Elle est originaire du Brésil, où ses racines servent d'ipécacuanha, surtout à . Fernambouc f où elle est plus commune et plus employée.
' Eofin , une troisième espèce de ce genre est le viola calceolarid de L. , ou V. itoubou diÀublet^ qui , à Cayenne , fournit des racines désignées également sous le nom A' ipecacuanha blanc.
Famille des Àpocynées. La plupart des plantes de tetle famille renferment un suc blanc et laiteux , plus ou moins abondant , de nature gommo - résineuse , qui les rend irritantes à des degrés variables, et par-là même leur communique la propriété d'agir sur l'estomac et les intestins. Aussi plusieurs espèces fournissent-elles des racines que l'on désigne en certains pays sous le nom à' ipecacuanha. Tels sont :
i.^he cjrnanchum ipecacuanha de fVilldenowp ou c. vomitorium de
( i4) Lamarck. Cette espèce croît à Ci^ylan et à Jata. On la cultive égale* ment à llle de France.
a/ Le cynanchum iomentoBum^ Lamk. » dont les racines sont également employées sous le nom â! ipécacuanha dans les bôpitaux de llle de Ceylan.
5.* Aux Indes orientales, on emploie aussi les racines du^eriploca emetica de Retz pour provoquer le vomissement.
4.* Enfin, aux Antilles « les racines de Vasclepias curassavicaj et de plusieurs autres espèces du même genre , sont emf^oyées comme vomitives , et désignées communément sous le nom àefaux ipéca-' cuanha brun.
Famille des Euphorbiacées. La remarquieque nous avons faite pré^ cédemment sur la famille des Apocynées s'applique également aux Euphorbiacées , qui presque toutes laissent découler » quand on les entame , un suc blanc laiteux , duquel dépend l'action qu'un gran4 nombre d'entre elles exercent sur les voies digestives.
Ainsi r^if^Aor^/a ipécacwmha est employée dans plusieurs provinces de l'Amérique ^du nord comme émétique.
Veuph. tiraculli de L. jouit aux Indes des mêmes propriétés , et est employée aux mêmes usages.
Un grand nombre d'autres espices d'euphorbes remplissent également les mêmes indications.
Enfin , plusieurs autres végétaux de différentes familles ont des racines que l'on désigne souvent par le nom à'ipécacuanha. Telà sont en Virginie le spirma irifoUata et le triosteum ptffoliaiumj le psoralea glandulosa en Amérique; le podopbjllum pe/talum fn G^roUne, etc. ^ etc.