CL. Campion. Rana tigrina
Près de la Grenouille mugissante, citons le plus grand Ranidé connu, la Rana Goliath, qui mesure 25 cent. du museau à l'anus; on la trouve en Afrique, dans le Cameroun. Aux îles Salomon, on trouve une Grenouille de mœurs terrestres (R. opisthodon) qui dépose ses œufs dans les anfractuosités des roches : les Jeunes y naissent à l'état parfait après avoir brisé la membrane de l'œuf à l’aide d'un petit corps dur et pointu placé au bout de leur museau. Enfin, on ne peut oublier de belles espèces comme R. adspersa du Cap, R. hexadactyla de l'Inde, R. catesbiana de l'Amérique du Nord, R tigrina, etc. Signalons aussi Gampsosteonyx du Gabon (fig. 780) et Ixalus (fig. 781) qui habite les îles Malaises. Une espèce africaine assez curieuse par le grand développement de ses membres postérieurs est R. gribinguiensis (fig. 782), récemment étudiée par M. F. Angel.
existe un certain nombre d’autres Ranidés aux mœurs curieuses. L'un des plus intéressants, et rappelant l'aspect des Hylidés, est la Grenouille volante de Java et de Bornéo (Rhacophorus nigropalmatus). Chez cet animal, l’extrémité des doigtsest, en effet, dilatée comme chez les Hyla, et comme ces derniers il est arboricole ; maisilprésente un caractère assez curieux : c'est la longueur considérable des doigts et le grand développement des palmures(fig. 783).
n a même supposé que lorsque le Rhacophore s’élance dans le vide, cette conformation remplit, dans une certaine mesure, le rôle de parachute. En outre, cet animal gonfle ses sacs pulmonaires; il augmente donc sa surface sans augmenter son poids et fait ainsi des sauts très allongés. La femelle enveloppe ses œufs dans les feuilles et c'est la pluie qui, lorsqu'ils sont éclos, entraîne les jeunes vers les mares:; ceux-ci nont d'ailleurs besoin que de fort peu d'eau dans les premiers Jours de leur naissance.
Chezle R.reticulatus, la femelle porte ses œufs, fixés au ventre, dans des alvéoles qui s'y forment dans ce but; elle est arboricole et habite Ceylan.
Fig. 780. — Gampsosteonyx.
Fig, 783, — Rhacophore,
Brochette de Grenouilles.
Certains Rhacophores d'Asie collent leurs œufs sur des troncs d'arbre ou des rochers surplombant les mares:
là encore, les têtards n’ont qu'à se laisser tomber à l'eau. Le Rhacophore de Schlegel (R. Schlegeli) est remarquable par le soin qu'il apporte pour assurer la sécurité de sa ponte.
La femelle construit au bord de l’eau et à quelques centimètres au-dessus un nid formé de terre humide et le ferme en dessus, après que les œufs y ont été déposés au sein d’une sécrétion mousseuse et fécondés. Alors le mâle, aidé de la femelle, creuse une petite galerie souterraine qui aboutit sous l’eau et permettra aux têtards de s'échapper pour terminer leurs métamorphoses. Ce Batracien habite le Japon.
Un Ranidé extrêmement curieux, trouvé au Congo et au Cameroun, est le Trichobatrachus robustus. En effet, contrairement aux autres Batraciens dont la nudité de la peau constitue un des principaux caractères, cette espèce porte des poils charnus de | cent. de longueur moyenne et situés aux flancs et à la partie supérieure des cuisses. Me Phisalix a pu se convaincre que ces poils contiennent, comme le derme qui leur a donné naissance, des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des glandes muqueuses et granuleuses très petites.
Une Grenouille des îles Seychelles, du genre Sooglossus, dispose sa ponte sur le sol, à l'abri des feuilles mortes; les jeunes naissent à l'état de têtards, privés de branchies, et, sans le secours de l'eau, achèvent leur développement sur le dos du mâle. Une espèce assez curieuse, appartenant à la faune du Cameroun, est Hvylambates breviceps; ce Batracien porte ses œufs dans sa bouche.
La Grenouille à tapirer (Dendrobates tinctorius) possède un venin très actif, utilisé par les indigènes de la Colombie pour empoisonner leurs flèches ; ils tuent ainsi des animaux de grande taille.
L'étude des Poissons nous avait révélé, dans les mœurs de ces animaux, l'existence d'une certaine intelligence. Les soins apportés par les Batraciens, pour la sécurité de leur ponte et dans les différentes circonstances de leur vie, nous ont montré le raisonnement et la méthode accompagnant, peut-on dire, certains de leurs actes.
Ceci est à retenir, car l'Homme, dans son inguérissable orgueil, a tôt fait de se considérer comme le :
seul être intelligent; cette prétention est excessive.
Fig. 781. — Ixale.
Trichobatrachus robustus (d'après G.-A, Boulenger).