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ORDRE DES OPHIDIENS

Les Ophidiens ou Serpents ont le corps cylindrique et allongé; ils n'ont pas de membres et leur squelette ne comprend aucune trace de ceinture scapulaire et seulement parfois, chez les Typhlops, des vestiges de la ceinture pelvienne qui soutient les membres postérieurs chez les autres Vertébrés. Toutes les vertèbres, sauf l'atlas et celles de la région caudale, portent des côtes, et ces côtes remplissent un rôle dans la locomotion : elles agissent pour ainsi dire comme des petites pattes internes.

Chez tous les Ophidiens, le maxillaire inférieur, au lieu d'être directement articulé au crâne, y est relié de chaque côté par des os intermédiaires: en outre, les deux moitiés de ce maxillaire ne sont reliées que par des tissus fibreux ÉDPEU No Di Be vent s'écarter sensiblement l’une de l’au- sar: C, Os carré: D, Pterysoïde; tre (fig. 810). Cette structure donne à E, Palatin; F, Mâchoire inférieure. la bouche une grande élasticité et celleci peut se dilater au point d'assurer le passage de proies énormes, car

e Serpent peut avaler des animaux plus gros que lui; d'autre part, je de sternum, en facilitant l'écartement des côtes, lui permet de les digérer.

Les dents, souvent nombreuses, sont situées sur les maxillaires, les ptérygopalatins et l'extrémité antérieure de la mandibule; elles sont recourbées en arrière pour mieux retenir les proies. La langue est fourchue et parfaitement inoffensive ; on l’a improprement appelée dard, ce qui ferait supposer qu ‘elle est capable de piquer ; il n’en est rien. Les paupières sont soudées et transparentes, ce qui donne à l'œil une grande fixité. Les œufs des Serpents, comme ceux des Lézards, n'ont pas de coque rigide. Tous les Ophidiens sont carnassiers ; 1 éotient ler victime avant de l'avaler, à moins qu'ils ne la tuent à l'aide de leur venin.

L'ancienne classification de Duméril et Bibron a été remplacée par celle de G.-A. Boulenger. La première était basée sur la fonction venimeuse, reconnue trop générale maintenant pour être enfermée dans des cadres et incapable aujourd’hui de fournir des caractères suffisamment nets. Celle de G.-A. Boulenger (1) est basée sur le squelette et notamment sur les os de la tête. Il a ainsi divisé tous les Ophidiens en neuf familles, qui sont : T'yphlopidés, Glauconidés, Boïdés, Ilysiidés, Uropeltidés, Xénopeltidés, qui sont tous Aglyphes, puis Colubridés, Amblycéphalidés et Vipéridés ou Solénoglyphes. La famille la plus i impottante, à tous les points de vue, est celle des Colubri-

dés, dans laquelle

Fig. 810.— Crâne d’un Serpent (Crotalus horridus).

(1) G.-A. BouLEN- GER. — Catalogue of the Snakes ; et, du même auteur : libe Srubes of Europe. Methuen and C°, édit., Londres.

Crâne d’un Serpent (Python molure).

ont été réunies des formes que l'on n'aurait pas osé autrefois grouper ainsi; mais l’auteur de cette classification a divisé cette famille en trois séries : celle des Colubridés aglyphes, ainsi appelés parce qu'ils ne possèdent pas de crochets sillonnés; celle des Opisthoglyphes, qui possèdent des crochets sillonnés places en arrière du maxillaire, et celle des Protérogluphes, chez lesquels les crochets venimeux sont placés en avant. L'évolution de cet appareil est presque entièrement enfermée dans cette famille où l'on trouve tous les intermédiaires, depuis l’innocente Couleuvre jusqu'au terrible Cobra. Cependant, c'est dans la famille suivante, celle des Vipéridés ou Solénoglyphes, que l'appareil d'inoculation offre la disposition la plus perfectionnée.

Avant d'étudier les venins et leurs effets, il est indispensable de revenir sur ces trois divisions de la famille des Colubridés et sur la famille des Vipéridés, afin d'en dégager les caractères essentiels au point de vue des glandes venimeuses.

Chez les Aglyphes (Couleuvre à collier), il n’y a pas de crochets : la fonction venimeuse n'est qu une fonction de nutrition ; ; elle est assurée par les glandes salivaires dont la portion supérieure et postérieure sécrète un liquide très toxique ; ce liquide, inoculé à des animaux, produit d'après C. Phisalix ‘ empoisonnements analogues à ceux que détermine le venin de la Vipère aspic. Les Aglyphes ne peuvent empoisonner que leur proie.

Chez les Opisthoglyphes (Couleuvre de Montpellier), les glandes sécrètent également un liquide très toxique, mais il agit de la même manière que le venin de Cobra. En outre, dans la région postérieure du maxillaire supérieur, les dents sont déloppe en crochets sillonnés propres à inoculer le Venin (fig. 811, 1). Leur situation et leur direction ne permettent pas aux Opisthoglyphes de produire des morsures dangereuses : ils ne peuvent guère agir que sur leur proie, lorsque celle-ci occupe la cavité buccale; néanmoins, ils ont déterminé quelques accidents chez l'Homme.

Alors que les crochets sont situés en arrière chez les Opisthoglyphes, ils sont placés en avant chez les Protéroglyphes (Cobra où Naja hindou), et l'éloignement de la glande est corrigé par l'allongement du canal excréteur. Le sillon dentaire est plus marqué que chez les précédents; il se présente comme une gouttière dont les bords se rapprochent peu à peu avec l’âge des individus, et arrivent, chez certaines espèces, à se rejoindre de manière à former tardiVementune ne. rieur presque complet.

Enfin, chez les Vipéridés ou Solénogluphes (Vipère aspic), les crochets, également situés en avant (fig. 811, 2), et plus allongés que chez les espèces précédentes, sont complètement fermés, et la soudure des deux bords du sillon est si précoce qu'il n'en reste pas trace à la surface du crochet. Le canal intérieur s'ouvre en biseau immédiatement au-dessus de la pointe. La seringue à injection de Pravaz n'est pas autrement construite. C'est donc chez les Solénoglyphes que l'appareil venimeux présente la plus grande perfection.

Depuis 1880, date qui marque à peu près l'ère officielle des microbes, la science a fait beaucoup de progrès dans l'étude des venins. La comparaison qui s'est établie entre eux et les toxines microbiennes leur a fait appliquer les moyens d'atténuation de ces dernières et a abouti, en 1894, à la découverte du sérum antivenimeux. Au Muséum, MM. Phisalix et Bertrand, en chauffant du venin de Vipère à Ë température de 75° Ho ee un quart d'heure, ont transformé ce venin en vaccin : et le sang des Cobayes qui avaient reçu ce vaccin avait des propriétés antivenimeuses; il pouvait donc guérir |’ envenimation due au venin de la Vipère aspic, inoculé soit par morsure, soit expérimentalement (2).

D'autre part, M. À. Calmette qui, à l’Institut Pasteur de Lille, étudiait le venin de Cobra, parvenait à quelques jours de là, en l'atténuant par des solutions d'hypochlorite de chaux, à le ne en vaccin et à obte-

, des animaux vaccinés, un sérum anticobra, qui a été le premier à passer dans la pratique courante.

La sérothérapie antivenimeuse est donc née en France, et dans deux établissements distincts, où l'on s'occupait d'une

Fig. 811.

Disposition de l'appareil venimeux (d'après Mn° Phisalix).

1, Chez un Serpent Opisthoglyphe (Couleuvre de Montpellier) ;: 2, Chez un Serpent Solénoglyphe (Vipère Aspic) : g.v, Glande venimeuse ; g. L, Glande labiale supérieure ;

c, Crochet,

(2) Mme M. PHISALIX.— Animaux venimeux et venins. Masson, édit.

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part du venin de Vipère et, d'autre part, du venin de Cobra.

Le D' Calmette, lorsqu'il dirigeait encore l'Institut Pasteur de Saïgon, reçut une vingtaine de Cobras (Naja tripudians), capturés par un psylle ou charmeur de Serpents. Ces Ophidiens, chassés par une inondation, avaient assailli un village, envahi les cases et mordu plusieurs indigènes qui avaient succombé en quelques heures.

Muni de matériaux d'étude aussi abondants, le D' Calmette put commencer les recherches qui le conduisirent à la préparation d'un sérum.

Le venin des Serpents est un liquide sirupeux et jaune : en laboratoire, on le dessèche, il se transforme en lamelles translucides ble as l’eau, et se garde indéfiniment. Les venins ainsi préparés sont très résistants : celui des Vipères n'est détruit qu'à + 80°, celui des Cobras résiste encore à + 1000. Pour recueillir le venin d’un Serpent vivant, il faut d'abord maintenir l'animal en appuyant sur sa tête l'extrémité d' un bâton que l'on tient de la main droite ; on le saisit alors de la main gauche par le cou, le plus près possible de la tête, et, de la main droite libérée, on abaisse sa mâchoire inférieure: C'est alors qu'un aide peut introduire dans la bouche un verre de montre ou une petite soucoupe qu'il placera sous les crochets préalablement redressés au moyen d'un stylet. Il ne reste plus qu'à presser latéralement, d’arrière en avant, les lèvres supérieures pour voir le venin s ‘écouler par l'extrémité des crochets.

Le venin introduit dans la circulation par une morsure entraîne deux genres de phénomènes, les uns locaux, les autres généraux. Les symptômes locaux, situés au voisinage de la morsure : douleur, rougeur, sont très accusés après la morsure des Vipéridés ou Solénoglyphes ; ils sont moindres après celle des Colubridés Protéroglyphes. Les symptômes généraux qui suivent la morsure d'un Cobra (Naja) sont : engourdissement progressif, lassitude, sommeil invincible, syncopes, paralysie des mouvements respiratoires et asphyxie, ralentissement du pouls, coma. À la suite d’une morsure de Vipère avec quantité de venin suffisante pour amener la mort, les accidents sont : douleurs très vives vers la racine du membre lésé, soif ardente, congestion des muqueuses, hémorragies, puis, au bout de quelques heures, stupeur, insensibilité, somnolence, respiration pénible, perte de connaissance, coma, enfin asphyxie et suppression des mouvements respiratoires auxquels peuvent succéder encore les battements du cœur pendant près d'un quart d'heure. La mort se produit de deux à sept heures après la morsure d’un Cobra. Le délai est plus long pour une morsure de Vipère ; cependant, si cette morsure intéresse une veine, et qu'elle représente une forte dose de venin, celui-ci, immédiatement entraîné dans le torrent circulatoire, peut déterminer une coagulation générale du sang, et la victime meurt presque instantanément de thrombose plus ou moins généralisée.

Chez certains animaux, l'asphyxie est plus lente, par exemple chez les Oiseaux, qui ont de la réserve gazeuse dans leurs sacs aériens et leurs os pneumatiques, et aussi chez les Batraciens, dans la physiologie desquels intervient la respiration cutanée. D'autres animaux, comme les Poissons, succombent très facilement à la morsure des Hydrophis, Pélamis ou Serpents de mer. Quant aux Serpents Aglyphes, qui ont une glande venimeuse, ils supportent des doses très élevées de venin. Les Serpents venimeux mordus entre individus d'espèces différentes sont plus résistants, mais ils meurent encore sous l'influence d’une forte dose: nous verrons plus loin qu'ils ne sont à peu près insensibles au venin de leur propre espèce qu'en dehors de l'inoculation faite dans le cerveau.

Mais ce qui nous intéresse principalement, c’est la grande sensibilité de l'Homme. Aux Indes, le Cobra fait parmi les indigènes un nombre considérable de victimes ; c'est d’ailleurs le Naja hindou, É Cobra di Capello, ou Serpent à lunettes (Naja tripudians), qui,

Méthode employée pour extraire le venin d'un Serpent.

Psylle hindou exhibant des Cobras.

tous les Serpents venimeux, cause le plus d'accidents, mais on peut espérer que le nombre des décès diminuera progressivement par l'emploi de plus en plus répandu du sérum antivenimeux. Dans nos pays, nous n'avons guère à craindre que deux petites espèces ; ce sont deux solénoglyphes malheureusement fort bien armés : la Vipère aspic (Vipera aspis) et la Péliade (V. berus), très communes dans certaines régions de l'Europe et de la France.

Les quantités de venin nécessaires pour entraîner la mort varient avec les différentes espèces de Serpents ; elles varient encore avec les individus appartenant à la même espèce et avec les conditions dans lesquelles se trouve un même individu : période de prospérité ou de jeûne, époque qui précède ou suit la mue, etc. Le venin de Cobra est ainsi dix fois plus toxique après un jeûne ou après une mue.

L'action des venins sur les voies digestives n'est pas aussi nulle qu on se le figure. Le venin des Vipères, notamment, peut amener l'inflammation des muqueuses stomacales ou intestinales (et y provoquer même des hémorragies graves. Si presque tous les Mammifères sont très sensibles à l’action du venin, il en est quelques espèces particulièrement résistantes et l'on a cru longtemps à une véritable immunité de leur part : le Porc, qui mange des Vipères et ne souffre pas de leurs morsures; le Porc, dressé à la destruction des jeunes Serpents venimeux dans le bassin du Mississipi, ne doit sa grande résistance qu'à l'épaisseur de son lard, dans lequel le venin n'est absorbé qu'avec une extrême lenteur. D'autres animaux, la Mangouste, le Hérisson, présentent dans leur sang une certaine quantité d’antitoxine qui leur permet de résister à des morsures graves.

Quant aux psylles hindous ou charmeurs de Serpents, les uns comptent sur leur adresse et leur grande connaissance des Serpents qu'ils manient, les autres se font mordre périodiquement par de jeunes Cobras et se trouvent ainsi suffisamment vaccinés. On connaît en France des chasseurs de Vipères qui emploient le même procédé pour éviter le danger de leur profession ; mais ils n ‘échappent pas à l’action locale hémorragique. De nombreuses expériences pratiquées sur divers animaux ont démontré l'efficacité de cette méthode. En opérant graduellement, Sewall était arrivé à faire supporter à un Pigeon une dose de venin de Sistrurus catenatus dix fois supérieure à la dose qui aurait été mortelle pour un Pigeon non préparé. Le D' Calmette a pu inoculer impunément vingt doses mortelles à un Lapin traité depuis trois mois et cent doses mortelles à un Lapin traité depuis six mois. Le sérum de ces animaux possédait des propriétés antitoxiques qui ont amené ce savant à en augmenter la production ; dans ce but, il a opéré sur de grands animaux. En traitant un Cheval de manière à lui faire supporter deux cents doses mortelles, on obtient une assez grande quantité de sérum dont on peut éprouver l'efficacité par une injection intraveineuse sur le Lapin, suivie au bout de cinq minutes d'une injection intraveineuse mortelle du venin ; les effets de cette dernière sont complètement neutralisés par la première.

Depuis 1896, l'Institut Pasteur de Lille a obtenu ainsi, selon la méthode du D'Calmette, de grandes quantités de sérum antivenimeux, maintenant préparé à l'Institut Pasteur de Paris. Dans toutes les régions infestées de Serpents, en particulier aux Indes, il existe maintenant des laboratoires dans lesquels on fait sur place la prépa-

Chasseurs de vipères, aux Etats-Unis.

ration de ce sérum qui rend d'immenses services et sauve chaque année la vie à des milliers de personnes mordues. Il existe d’ailleurs autant de sérums que d'espèces contre lesquelles on a le plus d'intérêt à se protéger ; le sérum anticobra est préparé avec du venin de Cobra, le sérum anticrotale et le sérum antibothrops de l'Institut sérothérapique de Säo-Paulo (Brésil) sont préparés, le premier avec du venin de Crotale et le second avec le venin de plusieurs espèces de Bothrops. En effet, ces sérums ne sont vraiment actifs que contre les venins qui ont été employés dans leur préparation; leur action est plus faible pour les autres; de là l'importance, pour les Indes, l’Australie, le Brésil, par exemple, d'être en possession de sérums appropriés.

Le sérum antivenimeux est couramment employé en France contre les morsures de Vipères (fig. 812); il est délivré par |’ Institut Pasteur de Paris et conserve ses propriétés indéfiniment ; il n’est altéré par la chaleur qu'au-dessus de 600, On l’emploie en injections hypodermiques et la dose est de 10 centimètres cubes. Il faut intervenir le plus tôt possible après la morsure, mais on pourra toujours empêcher la mort et arrêter l'envenimation si on injecte le sérum dans un délai de quatre heures après la morsure. Ces injections doivent être faites dans le tissu cellulaire du flanc droit ou gauche ; le sérum injecté se résorbe en quelques instants ; les injections aux animaux domestiques doivent être faites sous la peau du dos, entre les deux épaules. Si l’on a été mordu loin de toute etes et si les phénomènes d'intoxication grave se sont déjà manifestés, s'il y a des menaces d'asphyxie, il faut employer double quantité de sérum et l'injecter directement dans la circulation, de préférence dans une veine superfcielle.

Dans l'étude spéciale que le D' C. Phisalix a faite de l'envenimation vipérique, de la transformation du venin en vaccin et des propriétés antivenimeuses du sang des animaux vaccinés, 1l a été amené à démontrer l'existence, dans le venin de la Vipère, de trois substances principales, qui sont : |° l'échidnase, qui Etc l'action localeret provoque les accidents locaux ; 2° l’échidnotoxine, qui détermine les accident généraux; 3° l’échidno-vaccin, substance vaccinante, qui préexiste ainsi dans le venin.

Fig. 812. — Trousse nécessaire à l'emploi du sérum antivenimeux.

A, Ampoule contenant le sérum; B, Seringue en verre pour l'injection ; C, Canule métallique ; D, Tube protecteur de la canule.

Phisalix et Bertrand ont montré que, chez les Ophidiens, le sang n'est pas identique chez toutes les espèces, comme l'avait supposé Calmette, et qu'il varie comme varie le venin. C’est ainsi que le sang de la Vipère produit de l’hypothermie et celui du Cobra de l'hyperthermie ; il y a relation intime entre les propriétés toxiques du sang et celles du venin pour chaque espèce ; il en est d’ailleurs de même chez les Batraciens. Mais les principes actifs du sang, tout en possédant une action physiologique très voisine de celle du venin, n'y sont pas combinés sous la même forme chimique. En étudiant lé sang de la Vipère, de la Couleuvre à collier et de la Couleuvre vipérine, Phisalix et Bertrand ont constaté que le sang de ces Ophidiens contient des principes toxiques analogues à l'échidnine, mais aussi des substances antivenimeuses contre le venin de la Vipère, ce qui explique leur résistance au venin de cet animal.

Il est encore intéressant de constater la présence des principes toxiques dans les œufs : 2 centimètres cubes de vitellus de Vipère, ou 4 centimètres cubes de sang du même animal, ont la même toxicité pour le Cobaye.

Le D' Phisalix a pu se convaincre du degré d'immunité des Serpents venimeux vis-à-vis du venin de leur espèce; cette immunité n'est toutefois pas absolue. La Vipère meurt en vingt ou trente heures à la suite d'une injection sous-cutanée ou intra-abdominale de 120 milligrmmes de venin, et si l’on agit directement dans les centres nerveux, 2 à 4 milligrammes suffisent pour tuer la Vipère ou la Couleuvre. Une Vipère serait donc tuée par une autre Vipère si les crochets pouvaient pénétrer dans le crâne, ce qui ne se produit pas dans la nature. En eflet, d'après l'évolution des symptômes, on voit que le venin de Vipère inoculé à un individu de la même espèce frappe le système nerveux comme celui d’une espèce sensible

En chauffant les sérums de la Vipère et de la Couleuvre à la température de + 58° pendant quinze minutes, le D' Phisalix a pu constater la disparition des propriétés toxiques et l’ apparition de propriétés immunisantes. En appliquant pendant vingt ou trente secondes une température supérieure à [000 au venin de Vipère et en le refroidissant rapidement, le D' Phisalix obtint la destruction de l’échidnase ; 1l en est de même avec une température de + 75° pendant quinze minutes. En prolongeant l'expérience durant cinq minutes, à la température de + 80°, on détruit l’échidno-toxine : il ne reste plus alors que l’échidnovaccin. Le venin a été transformé en vaccin; à une température plus élevée, les substances vaccinantes seraient déiter à leur tour.

Le D' Phisalix a réalisé d’autres expériences particulièrement intéressantes sur la manière dont agit l'échidno-vaccin. Chez l'animal qui vient de le recevoir, l’immunisation se produirait par une réaction de l'organisme, réaction qui aboutit à la formation dans le sang de substances antitoxiques. Ces substances existent normalement, mais en très petite quantité, dans le sang de quelques animaux sensibles au venin, Cobaye, Cheval, et leur production s’accroitrait sous l'influence du vaccin. Ce vaccin, en effet, est incapable à lui seul de détruire tout le venin, mais sa présence doit provoquer l'exagération d'un moyen de dde l'organisme. D'autre part, l’innocuité des venins introduits par la bouche est due à l’action des sucs digestifs et principalement à la bile; ce sont les sels biliaires et la cholestérine, ou substance des calculs biliaires, qui joueraient le principal rôle. Un Cobaye inoculé sous la peau avec de la bile peut, au bout de trente-six ou quarante-huit heures, recevoir sans dommages une dose mortelle de venin.

Me Phisalix, qui a continué au Muséum les recherches entreprises avec son mari, a montré que la fonction venimeuse est beaucoup plus développée chez les Serpents qu'on ne l'a admis jusqu'ici : outre les Vipéridés et les Colubridés Protéroglyphes, tous considérés comme venimeux, les Colubridés Opisthoglyphes et un bon nombre de Colubridés Aglyphes possèdent une glande venimeuse et se montrent capables de causer des accidents, même chez l'Homme (Lycodon, Dispholidus, Cæœlopeltis) ; d'autres familles encore, telles que les Boïdés, les Ilysiidés, les Uropékidé: possèdent, parmi des espèces Hoficnaves des espèces pourvues d'une glande qui est venimeuse pour les petits animaux de laboratoire. Elle a montré également que le sang des espèces qu'elle a reconnues venimeuses est également toxique et a, vis-à-vis de la chaleur et des autres agents d'atténuation, une sensibilité parallèle à celle du venin correspondant. Au cours de ses expériences de vaccination contre les venins par les venins, Me Phisalix a montré que des Lapins, vaccinés à la fois par le venin de Vipère et le venin muqueux des Batraciens, résistent à l’inoculation intracérébrale du virus rabique, et que | immunité ainsi acquise dure quelques mois.

Nous allons maintenant étudier les différentes familles établies par G.-A. Boulenger. Celles des Typhlopidés et des Glauconidés forment en quelque sorte un groupe à part, dont les caractères résident dans les os du crâne, dont certains sont présents ou absents, plus ou moins

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développés, en contact ou séparés, détails dans lesquels nous ne pouvons pas entrer ici; nous devons cependant signaler dans le squelette de ces animaux la présence de vestiges pelviens.

Dans la famille des Typhlopidés, le maxillaire supérieur est denté et attaché lâchement à la base de la paroi cranienne ; la mandibule est dépourvue de dents; il n'existe qu’un seul os pelvien. Nous sommes ici en présence de types dégradés qui sont aux Ophidiens ce que les Apodes et les Amphisbénidés étaient aux Batraciens et aux Sauriens. Ces animaux vivent dans le sol comme des Vers de terre, et leurs yeux très petits, généralement recouverts par une écaille, sont aveugles. [ls sont privés de cette dilatation de la bouche qui permet aux autres Serpents d'avaler de grosses proies. On trouve les Typhlopidés dans les régions chaudes; il en existe plusieurs espèces dans les régions méridionales de l'Asie, de l'Afrique et de l'Australie. Cependant une espèce habite l'Europe : Grèce, îles Ioniennes, Bulgarie, puis Asie Mineure, Syrie, Chypre, Transcaucasie, Perse, Lee et Afghanistan. C’est le Typhlops vermiculaire (Typhlops vermicularis). Cet animal a la queue conique, très courte et qui porte un petit aiguillon ; elle est un peu plus large que la tête, ce qui a fait dire aux Anciens qu'il avait deux têtes (fig. 813). La teinte est brunâtre, la taille ne dépasse pas 30 cent. Cette espèce vit dans des trous ou sous les pierres ; elle se nourrit d'Insectes, de larves, de Vers et autres bestioles.

Certaines espèces exotiques se nourrissent de Termites, car il n'est pas rare d’en capturer dans les Termitières.

Chez les Glauconiidés, il n'y a pas de dentsen haut, mais la mandibule est dentée: on reconnaît la présence des os ischion et pubien de la ceinture pelvienne. Ces animaux sont distribués en Asie, à Madagascar, dans le sud de l'Amérique du Nord et dans l'Amérique méridionale.

Dans les autres familles, les deux mâchoires sont pourvues de dents. Nous allons immédiatement pénétrer dans le monde des grands Ophidiens, des géants qui constituent la famille des Boïdés, laquelle comprend les Pythons, les Eunectes, les Boas et les Eryx. Ces différents Serpents sont mangeurs de grosses proies, sans que le volume de ces proies puisse jamais dépasser celui d'un Chevreuil : c’est là un maximum qui présente déjà de grandes difficultés de “déglutition. Comme la plupart des animaux, les Serpents les plus gros fuient devant l'Homme, à moins que la lutte soit leur seul moyen de défense, ou la faim leur seule raison d’ attaque; alors l'animal n'hésitera pas à se jeter sur son ennemi et à l'envelopper de ses replis. Un Boïdé de grande taille peut aisément étoufler un Homme adulte, mais ne pourra pas le déglutir ; la dilatation des maxillaires serait insuffisante, le passage impossible.

Les Pythons, représentés à la surface du globe par plusieurs espèces, sont communs dans les collections zoologiques et dans les ménageries ambulantes ; ils s'apprivoisent assez facilement. Ce sont des Serpents dont la tête est très distincte du tronc; ils portent des dents

Fig. 813. — Typhlops.

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