‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 19 sur 260 · SET D · texte numérisé non relu

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Fig. 62.

Schéma d'un Nématocyste.

À, Filament urticant roulé en spirale à l'intérieur ; B, Le même

F ig. 61. — Hydre à long bras (H. fusca). déroulé (d'après Parker).

Hydres d’eau douce sur une plante aquatique.

mones de mer, des Méduses, des Physalies, on souffre d’urticaires douloureux.

Revenons à notre Hydre d’eau douce.

Si l’on examine la surface de la petite colonne qui compose son corps, on aperçoit de légères saillies semblables à des verrues. Ce sont des organes reproducteurs : les uns sont des bourgeons qui vont donner naissance à une nouvelle hydre, les autres sont des gonades qui fourniront des œufs ou des spermatozoïdes. Il y a donc deux modes de reproduction : l’une asexuée, l'autre sexuée.

La reproduction asexuée consiste tout simplement dans la formation d’un bourgeon creux, dont la paroi et la cavité sont la continuation de celles du parent; il n'y a donc pas de distinction à faire d’abord entre la mère et son bourgeon.

Puis le bourgeon s’allonge et une bouche se perce au bout, de petits tentacules s'élèvent autour d'elle, et le résultat est une petite hydre qui paraît greffée sur l’hydre mère et lui ressemble en tous points. À un moment donné, la petite hydre se sépare de la mère par simple pincement à sa base, elle tombe au fond de l’eau et n'a plus qu'à grandir. [| peut arriver quelquefois que la jeune hydre ne se détache que très tard de sa mère; elle devient aussi grande qu'elle, tout en lui restant soudée, et même elle peut bourgeonner à son tour ; cela forme de véritables colonies composées de l’hydre de première génération, qui porte une ou plusieurs hydres de seconde, sur lesquelles il y en a de troisième. Or, fait remarquable, quand ces animaux restent ainsi adhérents les uns aux autres, leurs cavités restent en communication, si bien que la nourriture capturée, avalée, digérée par l’une passe ensuite aux autres et toute la colonie profite du travail de chacun. Nous retrouverons ce singulier phénomène dans la plupart des cœælentérés coloniaux.

La reproduction sexuée se fait par le bourgeonnement sous la peau de cellules spéciales, se transformant en œufs et spermatozoïdes : quand ces produits sont mûrs, ils s'échappent dans l’eau, la fécondation a lieu et il se produit une petite larve, ciliée, ovale, nageuse, qui, à un moment donné, va se fixer à une tige de plante. Elle se perce d'une bouche, des tentacules bourgeonnent autour d'elle; c’est une petite hydre qui ressemble à son parent, mais n'a pas bourgeonné sur lui. |

Comme on vient de le voir, l’hydre est un animal des plus simples dont l’organisation est très rudimentaire : les deux feuillets cellulaires qui composent sa peau et son organe digestif se ressemblent tellement . qu'ils peuvent se remplacer mutuellement. Il y a bien des années que Trembley était arrivé à retourner une hydre ; au moyen d’une soie de porc, il refoulait le pied de l'animal dans l’intérieur du corps jusqu'à quil sorte par la bouche. Il était ainsi retourné comme un gant et la peau se trouvait alors en dedans et la muqueuse digestive au dehors. L'animal ne se troublait pas pour si peu ; après quelques heures d’étonnement, il digérait avec sa peau devenue muqueuse intestinale et se trouvait en rapport avec le milieu extérieur au moyen de sa muqueuse digestive devenue cutanée. Cette très curieuse expérience est assez facile à répéter; on peut couper une hydre en deux ou trois morceaux : chacun d'eux se met à bourgeonner des tissus pour reconstituer ce qui lui manque.

Cette facilité de transposer le rôle des tissus et surtout la propension au bourgeonnement de nouveaux individus est répandue, non seulement chez l'Hydre, mais chez la plupart des Cœælentérés, surtout chez ceux qui construisent des colonies comme les coraux.

- Les Hydres d'eau douce sont très peu nombreuses; comme nous l'avons dit, on en connaît trois espèces dans nos pays; elles ne diffèrent d’ailleurs les unes des autres que par des caractères peu importants.

On rattache quelques formes rudimentaires à ces Hydres, notamment un singulier parasite des œufs de l’Esturgeon, le Polypodium hydriforme, qui, pendant une partie dé son existence, vit libre, et, pendant l’autre, infeste les œufs de ce poisson.

Les Hydroïdes. — Nous venons de voir l’histoire de l’hydre d'eau douce. Dans la mer, on trouve une grande quantité d'animaux analogues groupés en colonies fort élégantes, connus sous le nom d'Hydroïdes (fig. 63). Que l'on se figure un rameau à nombreuses

ÉPSRCEDENTERES 29

branches au bout de chacune desquelles est une petite fleur; cette fleur est une hydre ressemblant beaucoup à celle qui a été décrite: c'est un animal dont la bouche est entourée d'une couronne de tentacules. Mais la tige de cette fleur est creusée d’un canal qui vient rejoindre le tronc, creux lui- -même, de sorte que toutes les Hydres- fleurs communiquent entre elles par leurs branches et leur tronc.

Mais si l'on examine la tige, on remarque qu'en outre des fleurs terminales, il y a aussi quelque chose comme des fruits pédonculés attachés sur les branches. Nous sommes ici en présence d'une transformation des plus curieuses. Ces bourgeons ne sont autre chose que des hydres qui ont perdu la faculté de se nourrir et qui sont uniquement destinées à un mode très singulier de reproduction. Ces bourgeons, dans le cas le plus compliqué, deviennent des méduses qui, à un moment donné, se détachent de la colonie et nagent dans la mer, emportant avec elles les œufs et les spermatozoïdes. Après avoir été entrainées un certain temps par les courants, elles laissent échapper leurs œufs qui produisent une petite larve ciliée;

Colonie d'hydroïdes épanouie (Aquarium de Banyuls).

Fig. 64 — Méduse de Clavatella prolifera.

Fig. 63.

Schéma d’une Campanulaire avec deux loges où bourgeonnent des Méduses.

Fig. 65. — Schéma d’une colome où les polypes nourriciers et reproducteurs ne sont pas protégés.

cette larve nage aussi et va se fixer sur le sol sous-marin pour donner naissance à une colonie arborescente. Il y a là un très curieux exemple de ce que l'on nomme la génération alternante.

La colonie rameuse fixée produit des méduses nageuses qui donnent des colonies, et ainsi de suite. Ces méduses sont très petites: elles ont un corps globuleux, transparent, creux, au centre duquel est une bouche; un des pôles du globule est ouvert et garni d'un anneau contractile membraneux, ressemblant à un diaphragme iris: la méduse se dilate et se contracte alternativement, ce qui détermine sa natation. Sur le bord du dôme, ou ombrelle, sont des organes des sens, filaments tactiles, ocelles, vésicules auditives, etc.

Mais il ya des Hydroïdes chez lesquelles les méduses se forment, et ne se détachent pas de la colonie rameuse ; elles laissent échapper les produits sextiels qu'elles contiennent, puis disparaissent sans avoir pu rompre leur soudure avec la colonie: ailleurs les méduses restent rudimentaires et sont différentes des précédentes.

Chez beaucoup d'Hydroïdes, la coonie, au lieu d'être arborescente, est

Antennularia (Villefranche).

Hydractinia sur coquille de Buccin.

couchée à plat et prend une forme encroûtante. C’est ce que l’on observe chez les Hydractinies. Ces colonies se fixent sur les coquilles mortes de Mollusques dans lesquelles s'est logé un Bernard-l'ermite, crustacé fort singulier dont nous parlerons plus tard. Ces Hydractinies ont besoin pour vivre d'être promenées par le Bernard et nourries par les débris de ses aliments; le crustacé traîne toute cette colonie sur le toit de sa maison. Mais ces Hydroïdes se sont modifiés pour jouer des

rôles différents dans la colonie. Les uns sont restés ÉTAAUE à l'hydre ordinaire; ils ont une bouche et des tentacules; ils capturent les aliments, les digèrent et font passer le produit de leur digestion dans toute la colonie : ce sont des individus nourriciers ; d'autres n’ont plus de bouche et leurs tentacules très courts sont couverts de cellules urticantes, les Nématocystes: ce sont les individus défenseurs: il en est d’autres qui, n'ayant ni bouche, ni tentacules, se recouvrent d'une gaine pointue de matière cornée et se transforment en épines ;

ils jouent le rôle de palissade:; ceux qui vivent au-dessus de l'orifice de la coquille se penchent continuellement et se balancent comme pour se rendre compte des actes du Bernard

Tubularia mesembryanthemum.

et probablement en informer leurs confrères. Enfin, nous retrouvons les individus reproducteurs analogues à ceux dont il a été question plus haut.

On voit jusqu'à quel point les rôles sont attribués d’une façon précise à des individus spécialisés à cet effet; c'est la division du travail entre les diverses personnes de la colonie.

Nous avons dit que les individus nourriciers étaient tantôt portés au bout de branches, tantôt dressés sur un réseau de tubes encroûtants. [ls peuvent présenter deux modifications importantes : tantôt ils sont enfermés dans une sorte de cupule en forme de verre à boire, fort élégante : on les dit alors calyptoblastiques; ou bien ils en sont dépourvus, l’hydre est à nu : ce sont les gymnoblastiques (fig. 43 et 44).

Nous indiquerons, à titre d'exemple, quelques-unes des formes les plus curieuses de ces Hydroïdes coloniaux. Ce sont des espèces vivant sur nos côtes : les Obelia, les Plumularia, les Antennularia, les Tubularia, etc. Les Sertularia sont utilisées, à cause de leur élégance, soit pour la parure, soit pour imiter des plantes vertes, depuis qu'on a trouvé le moyen de leur faire prendre des teintures variées.

Les Hydrocoralliaires. — Nous venons de voir des Hydroïdes délicats, dont le corps n’est protégé que par une mince cupule chitineuse et qui forment de jolies colonies frêles. Supposons que certains de ces animaux se mettent à sécréter du calcaire, ils perdront alors leur souplesse et prendront des formes rigides, rameuses ou encroûtantes, très différentes des autres Hydroïdes. Les polypes se trouvent enfoncés dans de petits puits calcaires d'où ils ne sortent leurs tentacules qu'à l'obscurité. Parmi ces êtres, on trouve les Millépores, qui ont un squelette calcaire rameux ou compact dont l'aspect extérieur est très variable. Elles vivent dans les récifs de coraux, c'està-dire, comme on le verra plus loin, seulement dans les eaux chaudes des mers équatoriales. Elles se reproduisent au moyen de méduses. Un des plus jolis représentants de cette famille est le Stylaster,

Stylaster (iles Sandwich) [très réduit].

Charybdée,

Fig. 67.

Siphonophore.

Millepora (Muséum) [très réduit.

Méduses nageant (Aquarium de Monaco).

dont le squelette rouge ou blanc est extrêmement élégant.

Les Hydroïdes présentent une forme fixée coloniale, constituée par un grand nombre de polypes, puis une forme libre, médusoïde, chargée de transporter au loin les corps reproducteurs et, par conséquent, d'assurer la dissémination de l'espèce. Nous arrivons maintenant à une catégorie dans laquelle la forme fixée n'existe pas ou du moins n’est pas connue, la . forme méduse étant la seule décrite jusqu'à présent. Ces Méduses, qui peuvent arriver à de grandes dimensions, sont extrêmement variées dans leurs formes : on les a réparties en plusieurs sections compliquées: souvent très élégantes, ornées de couleurs vives très délicates, elles nagent par troupes immenses répandues dans toutes les profondeurs des océans (Carmarina, Spirocodon). Leurs tentacules contiennent un petit squelette cartilagineux ; elles possèdent des organes de l'équilibre ou de l'audition.

À ce groupe se rattachent les seules Méduses d’eau douce que l’on connaisse ; ce sont des disques transparents, de 2 centimètres de diamètre, bordés de tentacules filamenteux, qui nagent dans quelquesuns des grands lacs d'Afrique, notamment dans le Tanganyika.

LESSIPAHONOPAORES

Parmi les êtres fragiles qui flottent dans les océans, les Siphonophores tiennent une place spéciale par la transparence de leurs tissus cristallins, la richesse et la variété de leurs teintes irisées, la grâce de leurs guirlandes animées (fig. 67 et 68). Ils aiment les mers tièdes et tranquilles, montant à la surface quand le calme des eaux ne leur fait pas craindre d'être brisés, descendant vers les couches profondes quand les vagues agitent'la surface de l'Océan.

Chaque Siphonophore est une association d’un nombre souvent très grand de polypes dont plusieurs individus sont adaptés aux diverses fonctions nécessaires à la vie de la colonie. Mais quelles que soient leurs transformations, tous les polypes dérivent du type fondamental dont nous avons parlé au début de ce chapitre, de l’hydre simple. Prenons un exemple parmi les plus belles colonies de Siphonophores de nos côtes, une Physophora (fig. 68). L'axe en est formé par un long fil creux, pouvant, chez certaines espèces, atteindre plusieurs mètres de long. Ce tube met en communication toutes les parties de la colonie. A l’une de ses extrémités se trouve une vésicule pleine de gaz, qui sert de flotteur, et que l'animal peut, à volonté, gonfler ou K dégonfler, ce qui, en modifant sa den- = sité, lui permet de flotter ou de s'enfoncer dans la mer. Derrière ce flotteur setrouvent des polypes transformés en vésicules contractiles ; en se dilatant et se contractant rapidement, chacune fonctionne comme un petit soufflet qui, en chassant l'eau, fait progresser la colonie; tous ces petits soufflets superposent

Carmarina hastata.

Fig. 68.

Schéma d’un Siphonophore.

EMBRANCHEMENT DES CŒLENTÉRES

1. Syncorine pulchella. — 2. Méduse d'hydroïde. — 3. Periphylla mirabilis. — 4. Charibdea Murrayana. — 5. Pesantha pantheon. — 6. Halicreas rotundatum. — 7. Sanderia malayensis. — 8. Pelagia noctiluca. — 9. Lucernaria auriculata. — 10. Physalia arethusa.— 11. Actinia equina’— 12. Sagartia parasitica. — 13. Cerianthus membranaceus. 14. Branche de corail épanouie, d'après Lacaze-Duthiers. — 15. Dendronephtia Kukenthali. — 16. Umbellula antarctica.— 17. Renilla americana.

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occupant le centre de l’ombrelle : il en part un réseau de canaux qui distribuent dans tout l'animal le produit de sa digestion. Ce réseau, très compliqué, est tellement régulier, que l'on peut le dessiner comme une rosace géométrique sur un papier.

Dans les Méduses, il y a un réseau nerveux renforcé par de petits ganglions qui se trouvent sur le bord de l’ombrelle ; il innerve les tentacules sensitifs, les organes de l'orientation et souvent de petites taches de pigment que l’on considère comme des yeux rudimentaires.

Le mode de reproduction de ces animaux est extrêmement curieux ; on ne le connaît encore que dans un petit nombre d'espèces. Voici en quoi il consiste. Une Méduse produit des œufs qui, fécondés, se transforment en une petite larve ciliée vermiforme. Elle nage pendant un certain temps, jusqu'au moment où, ayant rencontré au fond de l ‘eau une pierre à sa convenance, elle s’y fixe par sa pointe. Sa bouche s'ouvre, de petits tentacules bourgeonnent autour d'elle, et l'animal ne tarde pas à ressembler à une petite hydre pédonculée (fig. 73), Puis un peu au-dessous du sommet de l’hydre un étranglement se produit, un peu plus bas un second, puis un troisième au-dessous, si bien qu’au bout de peu de temps l’hydre a l'air d’une pile de soucoupes. Alors la soucoupe supérieure se détache, s'éloigne de la pile, nage et n’a plus qu'à grandir pour être une Méduse; la seconde soucoupe se trouve maintenant en haut de la pile; elle ne tarde pas à s'échapper aussi, devenant une seconde Méduse; et ainsi de suite. Mais on pourrait penser que la pile de soucoupes va être bientôt épuisée ; il n'en est rien, car à mesure qu'il en part au sommet il s'en reforme une nouvelle à la base et cela dure ainsi très longtemps.

Parmi les Méduses Acalèphes, nous indiquerons les Aurelia aurita, qui sont très abondantes sur nos côtes et forment d'immenses troupes

Rhizostome de Cuvier, vu en dessous (d'après Milne-Edwards).

Pelagia Noctiluca adulte et jeune nageant (Aquarium de Banyuls).

Rhizostome de Cuvier, nageant (Aquarium de Banyuls).

Chrysaora se retournant (Aquarium de Banyuls).

voyageant de conserve. Les Pelagia, dont la P. Noctiluca est très lumineuse, donnent, lanuit, au large, l'illusion d'uneillumination sous-marine.

Quelques formes habitent les grandes profondeurs. D'autres, fort intéressantes, sont localisées dans les pays chauds. Signalons les Rhizostomes dont le type est, dans nos mers, le R. Cuvieri, qui peut devenir énorme (fig. 74 et 75): au lieu d’une bouche unique, ils ont une foule de petits suçoirs sur leurs bras buccaux.

Une dernière famille est fort curieuse : ce sont les Lucernaires, qui, au lieu d’être libres et de nager comme les autres Méduses, se fixent par le sommet de leur ombrelle aux plantes marines du littoral; ces jolis animaux, qui ont | à 2 centimètres de long, se trouvent dans les herbiers de zostères ; ils sont communs sur nos côtes bretonnes.

ANTHOZOAIRES.

Comme leur nom l'indique, ce sont des animaux fleurs ou, du moins, qui leur ressemblent ; ces fleurs de la mer poussent presque toujours sur les roches ou les plages sous-marines.

On en aura une première idée en se souvenant des Anémones de mer, que tout le monde a vues sur nos côtes ; du Corail, des Madrépores ou polypiers, dont les beaux squelettes ornent tous les musées.

Tous ces êtres, très complexes, sont dérivés du type fondamental que nous avons décrit au commencement du chapitre ; ils n’en diffèrent pas beaucoup dans leur ensemble, mais quelques points spéciaux les font reconnaître immédiatement ; voici comment. Revenons à notre hydre d'eau douce et supposons que des cloi-

Fig. 76.

Larve d’actinie (coupe).

Actinies (Aquarium de Banyuls).

PÉSEGŒLCENTERES 33

RO ETS RIRES

Groupe d’Actinies dans le fond d'une mare.

sons intérieures descendent de la bouche au disque pédieux, sans toutefois se rejoindre. Nous obtiendrons un corps en forme de colonne, divisé en compartiments latéraux par ces cloisons ; au-dessus de chaque compartiment est un tentacule qui en est comme la cheminée. Cela ressemble à une tour dont l’intérieur serait divisé du haut en bas par des cloisons verticales ; au milieu du plancher de cette tour se tiendrait le gardien qui pourrait surveiller l’intérieur de chaque loge. Audessus du gardien, un trou dans le plafond est la bouche; au-dessus de chaque loge, une cheminée, qui est un tentacule.

S'il y a dans la tour six loges (ou un multiple de 6, 12, 24, 48), nous avons affaire à un Actiniaire ; s'il y en a huit, c'est un Alcyonaire. Si l’actiniaire, au lieu de rester mou comme les Actinies ou anémones de mer, s'imprègne de calcaire, nous avons un Coralliaire.

ACTINIAIRES

Les Anémones de mer ou Actinies sont les représentants les plus simples de cette grande section des Cœlentérés, que chacun peut voir en abondance sur nos côtes: elles sont d’ailleurs largement répandues dans toutes les mers du globe, et quelques espèces descendent à de très grandes profondeurs. Souvent elles ont de très brillantes couleurs et portent des ornements polychromes entre leurs tentacules.

Supposons d’abord une Atctinie très simple ; elle se compose d'un corps cylindrique, porté sur un disque formant ventouse et fermé en haut par un autre disque percé d'un trou qui est la bouche. Autour de cette bouche on trouve six tentacules mobiles; à l’intérieur du cylindre six cloisons divisent sa cavité en six loges, de telle sorte que chaque tentacule en surmonte une et soit comme sa cheminée. Quand l'animal est bien épanoui, les six tentacules s'élèvent et s'étalent autour de la bouche, la peau est distendue, les couleurs sont vives. Quand l'animal se contracte, il rentre d’abord ses tentacules, la bouche s’enfonce, les bords du disque s’affaissent et finalement l’Actinie n’est plus qu'un gros bourgeon hémisphérique et ridé, collé sur un rocher ou enfoui dans un trou du sable. Mais les Actinies n'ont six tentacules que

Cerianthe mangeant un poisson.

Cerianthe épanoui.

Caryophyllia clavus vivante. Sagartia sur Bernard-l'ermite,

pendant leur jeune âge ; habituellement elles en ont au moins douze et souvent beaucoup plus, puis elles se compliquent de façon à ce que leurs cloisons soient disposées par paires ; certaines grandes espèces en ont plusieurs centaines, réparties sur le bord de leur disque buccal énorme, qui peut atteindre 30 ou 40 centimètres de diamètre. Il va sans dire que le nombre des cloisons et des loges intérieures se multiplie dans la même proportion.

Très souvent les Actinies sont urticantes et leur corps est parsemé, surtout au bout des tentacules, de cellules venimeuses ou nématocystes, dont nous avons parlé préalablement.

Quelques espèces, notamment les Sagartia, sécrètent de longs filaments gluants et urticants dont elles entortillent les animaux qui viennent pour les attaquer. C'est un original moyen de défense.

Beaucoup de ces Actinies dévorent les proies qu'elles peuvent attraper avec leurs tentacules. D’autres se nourrissent des débris flottants d'animaux morts que la mer charrie; aussi voit-on de véritables tapis de ces anémones recouvrir les rochers où quelque courant amène fréquemment des cadavres de Méduses, de Mollusques, de Crustacés.

Les Actinies possèdent, sur le bord des cloisons qui divisent leur corps, des cellules génitales dont les produits donnent naissance à des larves ciliées; elles sortent par la bouche de la cavité de leur parent, nagent un certain temps, puis se fixent et produisent des tentacules ; quelques-unes sont vivipares, notamment une actinie rouge très fréquente sur les rochers des côtes de France (Actinia equina).

Certaines Actinies vivent en commensales avec un Bernard-l'ermite; c'est ainsi que la Sagartia parasitica, belle Actinie brune et blanche, vit fixée sur la coquille dans laquelle se loge un Bernard; l’'Adamsia palliata, autre Actinie à jolis points roses, est également attachée de la même façon à la maison d’un Bernard et partage avec lui sa nourriture.

Les Cerianthes sont de magnifiques Actinies, aux longs tentacules, vert d'eau ou violets, qui sécrètent un tube parcheminé dans lequel elles s’abritent ; l’une d'elles vit, depuis plus de quinze ans, dans un des

Cerianthe contractant ses tentacules.

aquariums du laboratoire de Banyuls, et prend les poissons qu'on lui offre pour sa nourriture.

Citons encore les admirables T'ealia crassicornis, aux gros tentacules à couleurs vives; puis l'Actinie œillet, d’un blanctrès pur; les Edwardsia, qui s enfoncent dans le sable ; les Bunodes, au corps couvert de perles. Certaines formes des mers chaudes ont des tentacules rameux, d’autres abritent dans leur cavité de petits poissons qui y vivent en commensaux.

uelques actinies forment des colonies en bourgeonnant des jeunes qui restent près de leur parent, grandissent et les égalent bientôt. C'est ainsi que se constituent les Zoanthes, dont une jolie espèce jaune, vivant elle-même fixée sur une éponge jaune soufre, est assez répandue dans la Méditerranée.

Il nous faut ici mentionner un groupe très spécial d'Actinies coloniales qui sécrètent par leur disque pédieux une matière noire, cornée, très dure : elles constituent des rameaux aux formes très variées : ce sont les Antipathaires, qui vivent dans les fonds de quelques centaines de mètres. Leurs troncs sont quelquefois assez durs pour être polis et on les confond souvent avec le corail noir, dont il sera question plus loin; mais leur nature est toute différente.

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