‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 203 sur 260 · CI. Gaillard · texte numérisé non relu

CI. Gaillard

Truie et ses petits,

La famille des Suidés comprend le Sanglier et autres espèces voisines. Les Suidés ou Porcins sont caractérisés par une dentition complète, avec canines supérieures dirigées en haut et contre lesquelles viennent s’user les canines inférieures, également dirigées en haut et recourbées en défenses. Ce caractère est des plus visibles chez le Sanglier: il n'y a que chez le Pécari qu'il n'existe pas. Le museau est terminé en groin ou boutoir, c'est-à-dire en une surface arrondie, plate et percée de deux trous qui sont les narines.. Ce groin très résistant sert à tous les Porcins pour fouiller la terre et y trouver des éléments de nourriture : racines, tubercules et plantes variées, mais aussi bestioles vivantes et charognes. Les oreilles sont droites et bien ouvertes, et il est à remarquer qu’elles ne sont tombantes que chez le Cochon domestique. La peau est garnie de soies très raides. Ces animaux sont nocturnes et omnivores ; ils préfèrent les forêts humides et sont nuisibles par leur habitude de retourner les cultures. Les Suidés existaient aux temps Miocènes : on peut citer l’Anthracotherium.

Le Sanglier (Sus scrofa), de l'Ancien Continent, est répandu en Europe een Asie: sa longueur est de 2 mètres ; il comporte un certain nombre de variétés. Généralement la peau est noire; les soies, foncées, forment une courte crinière ; les quatre canines sont toujours visibles chez l'adulte et les inférieures, longues et recourbées, constituent de bonnes armes ; les jeunes ou marcassins sont de teinte plus claire rayée de noir. Leur nombre a diminué, car ces animaux nuisibles aux cultures ont été décimés. Néanmoins, il en restait encore des bandes dans les grandes forêts du Nord-Est de la France, bandes que la grande guerre a chassées vers le Sud: voyageant la nuit, ces animaux se sont arrêtés en partie dans nos forêts du Centre, notamment dans celle de Fontainebleau. Cet animal fait parfois l'objet de la barbare chasse à courre. Le Sanglier à crinière (S. cristatus) ne mesure que 1,50 ; il appartient aux Indes et à Ceylan.

Le Cochon domestique (S. domesticus) descend de différentes espèces de Sangliers de l'Ancien Continent : il est élevé pour sa chair ou, plus exactement, pour la totalité de son individu. Il est omnivore dans la plus grande acception du terme, mangeant tout et ne reculant pas devant les aliments les plus grossiers et les plus dégoûtants. Tout ce que l’on retire de sa dépouille n’en est pas moins succulent : jambons, jambonneaux, salé, boudins, andouilles, saucisses, pieds, etc., représentent la préparation des différentes portions de cet animal. Le poil du Cochon sert dans la brosserie.

En Afrique, il existe un Porcin qui ressemble au Sanglier : c’est le Potamochère de la Guinée (Polamochærus porcus), reconnaissable

C1, Illustr. Bureau.

Potamochere,

C1. Berridge.

Phacochère.

LES MAMMIFÉRES 287

Babiroussa.

aux protubérances qu'il porte sur les deux côtés de la face, entre l'œil et le groin, et à ses longues oreilles terminées chacune par un pinceau assez long. Sa couleur est un beau brun, mais les jeunes sont rayés. Une autre espèce a été observée dans la partie orientale et méridionale de l'Afrique : c'est le Potamochère africain (P. chæropotamus) ou Chœropotame, qui mesure 1",60. Comme le ‘précédent, il affectionne les lieux humides, marécageux.

Au même continent appartiennent les curieux Phacochères, qui ont la taille du Sanglier avec une tête énorme, ornée de deux fortes protubérances verruqueuses placées sous les yeux et de deux saillies plus petites près des défenses ; ces dernières sont longues et épaisses et cet ensemble donne à l'animal un aspect effrayant. Le poil du corps est clairsemé, mais une longue crinière court sur le dos, de la tête à la naissance de la queue. Le groin est large et court. Ces animaux vivent en troupes dans les régions humides; on en connaît deux espèces : le Phacochère d'Éthiopie (Phacochærus æthiopicus), du Sud de l'Afrique, et celui dit d'Afrique (P. africanus), que l'on rencontre depuis les rivages de l'Atlantique jusqu'à ceux de la Mer Rouge.

Dans les îles Malaises, Célèbes, Moluques, Céram, Bourou, on trouve le Babiroussa (Babirussa babirussa). La hauteur de ses jambes lui donne la taille d’un petit Ane ; on le reconnaît immédiatement à la disposition de ses canines ou défenses, qui sont au nombre de quatre : les deux supérieures s’enroulent de manière à protéger la face; les deux défenses inférieures sont des armes puissantes. Cet animal est un excellent nageur. Les Pécaris sont américains ; ils nous rapprochent des Ruminants par l'existence d'un estomac à trois compartiments. Les canines sont beaucoup plus courtes que chez les autres espèces,

mais elles sont fortes. Le Pécari à collier (Dicotyles tajacu) est de

petite taille : 95 cent.; il habite l'Amérique du Nord. Le Pécari à lèvres blanches (D. albirostris) ne se trouve qu'en Amérique du Sud. Ces deux espèces ont un aspect trapu ; le cou est très gros, mais les membres sont grêles. Les Pécaris montrent une assez grande activité, se déplaçant en troupes et se défendant avec une grande énergie contre les carnassiers et contre l'Homme. Tous les Suidés sont généralement poursuivis pour le tort qu'ils font aux cultures et pour la qualité de leur chair.

GROUPE DES RUMINANTS. — Nous abordons maintenant le groupe important des Ruminants. Le caractère principal de ces Ongulés est dans la structure de leur estomac (fig. 1014), dont la disposition leur permet de faire remonter à la bouche les aliments déglutis, afin d'en entreprendre la mastication. En eflet, leur estomac est divisé en quatre poches : la panse, grand réservoir à parois épaisses, qui reçoit les aliments broutés; ceux-ci y pénètrent par la gouttière œæsophagienne, et c'est pendant qu'ils s’y ramollissent que le Ruminant va chercher la sécurité nécessaire: le bonnet, petit compartiment dans lequel remonte peu à peu le chargement de la panse avant de parvenir dans la bouche où s'achève la mastication; le feuillet, dans lequel descendent les aliments mâchés et devenus presque liquides: dans cet état, ils ne peuvent plus provoquer l'ouverture de la gouttière, qui les reconduirait à la panse : ils vont à la caillette, où est sécrété le suc gastrique et qui correspond à notre estomac. Les Ruminants sont encore remarquables par la longueur de l'intestin, longueur justifiée par la digestion plus lente des végétaux crus et aussi par la grande quantité d'herbes qu'ils doivent absorber; c'est ainsi que l'intestin des Bœufs atteint 20 mètres.

En dehors des particularités de leur tube

Fig. 1014.

Estomac de Ruminant,

A, Panse; B, Bonnet; C, Feuillet ; D, Caillette.

Re, KE EAN RE

hi

a DR Eu

C1. Berridge.

Pécari.

digestif, les Ruminants sont caractérisés par deux doigts à chaque pied, ou tout au moins par deux doigts reposant à terre, car on observe parfois deux autres doigts latéraux en régression, et réduits à l’état de stylets. Les deux doigts principaux sont articulés aux deux métatarsiens ou aux deux métacarpiens soudés qui forment un seul os appelé canon; cette soudure est invisible ou bien à peine indiquée par une rainure. La dentition est complète chez les Ruminants sans cornes et incomplète chez les autres, par l'absence d'incisives et de canines à la mâchoire supérieure. A la mâchoire inférieure, les canines, absolument semblables aux incisives, ne sont reconnaissables que par l'emplacement qu'elles occupent: les incisives et les canines sont séparées des molaires par une barre. Tous les Ruminants, sauf les Chevrotains et les Chameaux, portent des cornes: il y en a de trois sortes, qui vont nous constituer des éléments de classification : en effet, les unes sont pleines et caduques, c'est-à-dire tombant périodiquement pour faire place à de nouvelles cornes: c’est le cas des bois du Cerf. D'autres sont creuses et persistantes comme chez le Bœuf, le Mouton, la Chèvre, les Antilopes. D'autres encore sont pleines et persistantes, mais très petites et recouvertes par la peau, comme chez la Girafe. Nous étudierons ces animaux en parlant d'abord des espèces privées de cornes.

La famille des Tragulidés comprend quelques espèces qui rappellent certains Porcins, le Pécari par exemple, dont l'estomac, nous l'avons dit, présente trois compartiments, et les Chevrotains, qui sont déjà des Ruminants, mais qui n'ont point de feuillet; d'autre part, les canons ne sont pas encore complètement soudés. Les Chevrotains (fig. 1015) sont très petits, mais fort jolis; ils recherchent les régions montagneuses et montrent l'agilité du Chamois; leur tête est fine, avec des petites oreilles et de grands yeux; leur dentition présente à la mâchoire supérieure des mâles deux canines longues et pointues qui sortent de la bouche; il n'existe pas de canines à la mâchoire inférieure.

Le Kanchil (Tragulus javanicus) est de la taille d'un Lièvre: il habite la région indo-malaise. La Biche-Cochon (Hyæmoschus aquaticus) atteint la grosseur d’un Chevreau ; on la trouve au voisinage des cours d'eau en Sierra-Leone et au Gabon. Le pelage de ces animaux,

Fig. 1015. — Chevrotain.

Crâne de Dromadaire (face et profil).

Chameau Dromadaire.

court et serré, est de teinte brunâtre, sauf dans la région ventrale, où il est blanc. Ses canines sont faibles.

Le Chevrotain Porte-Musc (Moschus moschiferus), par les caractères de sa dentition, par ses viscères, par son aspect général, annonce les Cervidés. Ses canines sont plus fortes et plus saillantes que chez les espèces précédentes ; sa taille est de 90 cent. Certains auteurs en font une famille spéciale. Ce qui caractérise le Porte-Musc, c'est la présence au bas-ventre, et sous la peau, d’une poche de la grosseur du poing qui sécrète le musc, substance utilisée en parfumerie, et c'est pour recueillir ce musc que l'animal est activement chassé. On trouve le Porte-Musc en Asie Centrale, en Sibérie, etc.

La famille des Camélidés nous offre encore des Ruminants privés de cornes et qui nont pas de feuillet. Ces animaux se distinguent par des sabots très peu développés qui laissent aux pieds une grande souplesse; ensuite les deux doigts de chaque pied reposent horizontalement : violon largeur du pied qui permet au chameaudetmarcher surle sable du désert san « ‘y enfoncer. Les Camélidés ont une dentition complète, et ce sont les seuls Ruminants qui aient des incisives à la mâchoire supérieure. Ils ne comprennent que deux genres : les Chameaux et les Lamas.

Les Chameaux sont des modèles de courage, de sobriété, d'endurance : leur front est bombé, leurs yeux sont grands et doux, leurs larges narines s'ouvrent avant l'extrémité du museau et leurs lèvres sont longues et pendantes. Le corps, relativement court, est surmonté d'une ou deux masses de réserves graisseuses connues sous le nom de bosses ; on reconnaît le bon état de ces animaux à la fermeté de leur bosse. L'estomac ne présente que trois poches, à cause de la fusion du feuillet et de la caillette; le grand développement de la panse, qui est munie de plus de 800 cellules pouvant contenir de l’eau, explique la faculté que ces animaux présentent de rester plusieurs jours sans boire. On en connaît deux espèces : l’une portant une bosse et l’autre deux.

Le Chameau à une bosse ou Dromadaire (Camelus dromedarius) appartient à l'Afrique du Nord et à l'Asie Mineure. Il est représenté par plusieurs races; la plus estimée au Sahara est employée comme onu ce le EE Touareg; ses jambes sont fines, sa course est rapide. D'autres sont employées au labourage ou bien comme bêtes de somme: sans ces merveilleux auxiliaires, dont les squelettes sont dispersés le long des pistes tracées dans le sable, les caravanes ne pourraient faire aucun trafic à travers le désert. Le Chameau à deux bosses (C. Bactrianus) habite l'Asie Centrale, au nord de l'Himalaya, où il

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