‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 205 sur 260 · CI. Underwood · texte numérisé non relu

CI. Underwood

Troupeau de Lamas porteurs.

fines et sont d'excellents coureurs ; ils sont habitants des forêts, où ils vivent généralement sous le régime de la polygamie: l'époaue des amours donne parfois lieu à de terribles combats entre mâles. Les espèces qui constituent la famille des Cervidés ne présentent pas de différences justifiant des subdivisions : cependant on a l'habitude de distinguer les Cervidés à bois arrondis de ceux à bois palmés.

En tête des premiers, nous signalerons une espèce qui marque en quelque sorte le passage des Tragulidés ou plus exactement du Porte-Musc aux Cervidés : c'est le petit Cerf Muntjac (Cervulus muntjac) ou Cerfaboyeur, caractérisé par des canines saillants et aussi par l'absence de brosses aux pieds postérieurs, brosses qui existent chez les autres Cervidés. Cet animal n a que 88 cent. de longueur; il habite l'Inde orientale et les Iles de la Sonde.

En Europe, on nomme Daguet un jeune Cerf de seconde année qui porte son premier bois : c'est un terme de vénerie; mais il existe en zoologie plusieurs espèces de Cervidés de l’ Amérique du Sud qui portent ce nom à cause de leurs petits bois sans andouillers. Le Daguet roux (Mazama rufus) vit par couples dans les forêts des Guyanes et du Brésil.

Un Cervidé fort joli de nos pays, mais plus rare qu’autrefois en raison de la finesse de sa chair, est le Chevreuil ne capreolus), dont les bois offrent de très petits andouillers à leur extrémité (fig. 1016). C'est un animal craintif, ami des fourrés et ne sortant que la nuit. Chez cette espèce, la gestation demande un délai assez long : la fécondation se produit ordinairement en juillet- août, mais le développement ne commence qu'en novembre et le jeune ne voit le jour qu'en mai de l’année suivante.

Dans nos pays, l'espèce typique est le Cerf commun (Cervus elaphus), magnifique bête à grande ramure, avec branches nombreuses, que l'on trouve dans toutes les forêts d'Europe; sa hauteur aux épaules est de 1,50 ; on compte jusqu'à dix Andouillers sur le Bois principal. Le Gertestihole rt iiouts domestication ; c'est là une de ses qualités. Quant à sa chair, elle n'est pas d'une grande finesse, quoique saine ; on ne le chasse à courre que pour le plaisir de le tuer et c'est admis comme une chose très naturelle par ceux qui ont reçu la meilleure éducation. La chasse à courre représente l'organisation très soignée d'une agonie; elle comporte des règlements qui font durer cette agonie longtemps. La mise en scène est d'ailleurs fort belle, car la chasse est suivie par un grand nombre de cavaliers dont beaucoup portent de brillants costumes, puis il y a de jolies sonneries de cor : c'est un régal. Le Cerf est poursuivi durant des heures et toute son habileté ne peut le sauver; les vieux Chiens expérimentés retrouvent toujours sa piste, même lorsqu'il a traversé l'eau pour les dérouter; trempé, haletant, le malheureux animal résiste encore; épuisé, il s'arrête, faisant tête avec fierté à la meute féroce, puis, mordu à maintes reprises, il se défend encore, distribue ruades et coups de pied et use ses dernières forces.

Lorsque, au cours d’une corrida, un taureau s'est conduit courageusement, on lui fait parfois grâce de la vie; ici rien de semblable :

Fig. 1016. — Chevreuil.

Cerf Muntjac.

il s’agit de servir le Cerf, c'est-à-dire de tuer cette magnifique bête qui n'offre plus aucune re défensive, et alors l'Homme se livre à une suprême lâcheté : il s'approche par derrière et, d’un coup de tranchant, lui coupe le jarret; le Cerf tombe, on l’achève et les Chiens n'ont plus qu à le dévorer : c'est la curée...; d’ailleurs la chasse à courre date des temps barbares!

On connaît la jolie légende de saint Hubert, qui vivait au VII° siècle. Grand chasseur, ce saint, qui fréquentait la forêt des Ardennes, vit un Cerf lui apparaître, portant entre ses deux bois une grande croix lumineuse. En admettant la possibilité de ce miracle, on devrait en déduire qu'en faisant intervenir ici le signe de io Dieu lui-même prenait ce bel animal sous sa protection et qu'il entendait qu'à l'avenir il soit respecté. Il est intéressant de constater que les chasseurs ont compris tout le contraire, qu'ils ont adopté saint Hubert comme patron et que le clergé ne craint pas de bénir les meutes sauvages employées au cours de ce triste jeu. On a maintes

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