‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 34 sur 260 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

sous le nom de Vers solitaires.

Leur corps est en forme de ruban et presque toujours divisé en segments.

Ils sont tous parasites à l'intérieur du corps de leur hôte et possèdent pour s'y cramponner des ventouses ou des crochets, ou les deux réunis.

Étant plongés dans des milieux chargés de matière alimentaire, ils se nourrissent par imbibition à travers leur peau et n'ont point de tube digestif.

Nous décrirons sommairement l’un de ces animaux, le Ver solitaire de l'intestin de l’homme ou lænia solium (fig. 93).

C'est un Ver qui peut dépasser 12 mètres de long:

il est grêle à un bout, et beaucoup plus large à l’autre.

Une tête termine l'extrémité effilée sur laquelle on voit

quatre ventouses latérales et une double couronne de crochets aigus. Derrière la tête commence un cou grêle qui, un peu plus bas, se plisse et laisse voir les premiers anneaux, fort petits; ils augmentent ensuite de largeur, deviennent carrés et ensuite rectangulaires : les derniers ont environ | centimètre de long sur un demi de large. C'est au niveau du cou que se forment les nouveaux anneaux, les plus jeunes par conséquent; les derniers du Ver sont donc les plus âgés. À un certain moment, quand ils sont mûrs, ils se détachent et tombent dans l'intestin de l'homme. À mesure qu'il se détache des anneaux mûrs, il s’en forme de nouveaux derrière la tête. Tous ces anneaux sont reliés les uns aux autres par deux longs cordons nerveux et par des canaux excréteurs. Chaque anneau contient des organes génitaux très compli-

Fig. 98. — Hymenolepis murina (d'après Deschiens).

A, Adulte, grandeur naturelle; B, Tête, grossie 70 fois; C, Crochet ; D, Œuf, érossi 250 fois; E, Larve cysticercoïde, grossie 1 000 fois,

Fig. 99. — Dipylidium caninum (d'après Deschiens).

À, L'animal adulte de grandeur naturelle; B, Tête £rossie 6 fois; C, Anneau mür; D, Œufs dans la capsule ovigere, grossis 50 fois: E, Œuf contenant une larve à crochets, grossie 250 fois; G, H, Pou et puce du chien, hôtes intermédiaires ; F, Larve cysticercoïde, £rossie 200 fois.

qués dont l’orifice est à droite sur un anneau, à

gauche sur le suivant, et ainsi de suite en alternant. Fig. 100. Se LE QU TNA ,. Prosthecerœus Ce ver solitaire habite à l'état adulte dans l'in- LATTES

testin grêle de l’homme; il y laisse tomber ses

(long. 4 cent.).

Fig. 101. — Leptoplana tremellaris (longueur 12 millimètres).

anneaux mûrs remplis d'œufs: ceux-ci, entraînés avec les matières fécales sur le sol, sont enfin mis en liberté par la décomposition des tissus de cet anneau. Dans chacun des œufs se forme une petite larve dite hexacanthe, parce qu'elle a six crochets. Si un porc vient à passer par là et avale un de ces œufs, dans son estomac la coque est dissoute ; la larve hexacanthe mise en liberté s'empresse de perforer la muqueuse

stomacale et rencontre une veine dont le sang la charrie dans un point de l'organisme du porc. Là, elle perd ses crochets et se transforme en une vésicule pleine d’eau, renfermant une tête de Ténia, grosse comme un petit pois : c’est le cysticerque. Habituellement, ces vésicules se fixent dans le tissu conjonctif du porc, mais c’est sous la langue que l’on voit le mieux ces boules d’eau, et l'on reconnaît à ce signe que le porc est atteint de ladrerie. C’est pour cette raison que, dans les abattoirs, les vétérinaires examinent la langue des porcs, pour éli-

ET Sa D

Fig. 102, Convoluta roscoffensts.

Les petits $rains sont des

al$ues vertes

commensales,

miner ceux qui sont ladres.

Si un homme vient à manger de la viande mal cuite de porc ladre, dans son estomac la boule d’eau est digérée, mais la tête de T'énia passe dans l'intestin, se fixe par ses crochets et ses ventouses dans la muqueuse et n’a plus qu'à s’allonger en produisant des anneaux pour former un nouveau Ver solitaire. C’est

sentant l’importante famille des Bothriocéphales : ce sont de longs et larges parasites qui n'ont que deux ventouses et pas de crochets. Un Bothriocéphale (B. latus) |fig. 96, 97) vit dans l'intestin grêle de l'homme, presque exclusivement dans les pays où habitent les Saumons, les Truites, les Brochets, les Perches: si l'œuf du Bothriocéphale arrive dans l’eau, il en sort une larve qui nage jusqu'à ce qu'elle rencontre un de ces poissons : elle y pénètre, s'y trans-

forme en un petit être vermiculaire qui attend d'être mangé, avec la

donc en mangeant de la viande de porc mal cuite que l'hommeattrapele T'æenia solium.

Fig. 103. — Types de planaires terrestres (d'après Graff et Dendy).

À, Pelmatoplana bogoriensis (jaune) ; B, CAœ-

radoplana Eheringi (orange): C, C. Ehrenreichi

(rouge); D, Geoplana Fletcheri (brune); E, G. tris-

Mais ce T'énia à crochets est rare; au contraire, le Ténia sans crochets, ou Ténia inerme, est beaucoup plus fréquent. Il ressemble au précédent et 1l évolue de la même façon, avec cette différence que son cysticerque vit chez le bœuf et que c’est en mangeant du bœuf saignant que l’homme s’infeste de ce parasite.

Il faut mentionner le Ténia Cénure (fig. 94), qui vit adulte dans l'intestin du Chien et qui se trouve à l'état de cysticerque chez le Mouton ; il se fixe sur les membranes qui enveloppent le cerveau, s’y développe en une grosse vésicule qui le comprime et détermine chez le Mouton une maladie, appelée tournis, dont il meurt.

Citons encore le Ténia échinocoque (fig. 95); il est beaucoup plus petit que les précédents, n'ayant guère que 4 millimètres de long et trois ou quatre anneaux. Ï] habite à l’état adulte dans l'intestin du Chien; il ne serait guère intéressant si son cysticerque n'était énorme et ne se développait chez l’homme, où il cause la maladie du kyste hydatique que l'on attrape en avalant par mégarde des œufs du Ténia; or, cette affection est commune chez les gens qui vivent dans une trop grande promiscuité avec leurs chiens. La membrane du cysticerque bourgeonne des centaines de têtes de Ténia, et peut produire des kystes secondaires qui cloisonnent le kyste principal. Ces kystes, dans le foie, dans le poumon de l'homme, peuvent contenir plusieurs litres d'eau et ensuite déterminer de terribles suppurations. Mentionnons encore l’Hymenolepis murine, qui vit chez les rats et chez l'homme dansles pays chauds; le Dipylidium caninum (fig. 99), à l’état de larve dans les puces et les poux. |

Il y a une foule d’autres Ténias qui vivent dans les Mammifères et tous les autres Vertébrés. Nous ne mentionnerons qu’un type repré-

triata (jaune clair) ; F, G. Platei (brune) ; G, Limacopsis terricola (gris).

Fig. 104 — Fasciola hepatica (d'après Deschiens),

1, Douve adulte montrant les ramifications du tube digestif; 2, Œuf contenant un embryon près d'éclore et l’orifice fermé; 3, Embryon cilié perforant le tissu d'une Lymnée ; 4, Sporacyste; 5, Rédie de 2° formation renfermant des cercaires: 6, Cer-

caire libre; 7, LymnϾa truncalata; 8, Sa coquille.

chair du Poisson, par un homme, pour former un Bothriocéphale adulte dans son intestin.

Les Turbellariés. — On désigne sous ce nom des Vers généralement plats (fig. 100 et 101) qui habitent dans les eaux douces ou salées, quelquefois même dans la terre humide. Leur corps est couvert de cils vibratiles ; ils mènent tous une vie libre. Plusieurs d’entre eux n'ont que quelques millimètres ; quelques-uns atteignent une quinzaine de centimètres. Plusieurs formes marines ont de fort jolies couleurs : on les voit glisser sans aucune contraction sur le sol, grâce aux cils vibratiles qui les couvrent. Chez les plus rudimentaires (Acæles), il n’y a pas de tube digestif : c'est le cas des Convoluta (fig. 102), dont le corps est rempli de petites algues vertes qui vivent en commensales dans leurs tissus; on trouve ces petites planaires sur nos plages où, à marée basse, elles sortent du sable pour se chauffer au soleil et le couvrent d'un enduit vert si épais qu'on pourrait croire à une prairie; mais il suffit de marcher dans le voisinage pour que ces petits animaux, effrayés, rentrent dans le sable, et la plage reprend sa couleur naturelle.

Dans un autre groupe, les Rhabdocèles, il y a un intestin droit sans anus, et enfin chez les Dendrocèles un tube digestif extrêmement ramifñié qui rappelle les nervures d’une feuille. Ces animaux ont dans le voisinage de la bouche deux ganglions d’où partent des nerfs se dispersant dans le corps et aboutissant à des yeux rudimentaires et à de petits tentacules sensitifs. Il n’y a point d'appareils respiratoire ni circulatoire, mais un réseau de canaux excréteurs. Ordinairement le même individu est porteur des organes reproducteurs très compliqués des deux sexes; il pond des œufs, qui sont souvent différents, pendant la belle saison où ils se développent vite, de ceux plus solides, qu'ils pondent au commencement de l'hiver.

Les Trématodes. — Ces Vers ont de grandes affinités avec les Turbellariés; ils en diffèrent fondamentalement par leur vie toujours parasitaire, ce qui est cause de la disparition des cils vibratiles, de l’apparition d'organes de fixation tels que des crochets et des ventouses qui leur servent à se cramponner solidement à l'hôte qui les héberge.

Ils ont généralement un corps aplati et foliacé qui manque complètement d'appareil circulatoire et respiratoire; une bouche conduit dans un intestin sans anus, généralement à deux branches. Comme chez les Turbellariés, les organes génitaux mâles et femelles, très compliqués, sont réunis chez le même individu; le système nerveux est

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analogue à celui des Planaires, mais il n'y a pas d'organe des sens. Les phases parcourues par les embryons sont extrêmement compliquées.

Le type classique est la Douve du foie (Distomum hepaticum ou Fasciola hepatica) [fig. 104], que l'on trouve parasitant cet organe chez l'homme et chez le mouton.

La grande Douve du foie du mouton, qu'il ne faut pas confondre avec la petite Douve, qui vit dans les mêmes conditions (Distomum lanceolatum), est un parasite plat, foliacé, ovale, ayant à peu près

Fig. 105. — Trematodes (d'après Deschiens).

À, Dicrocælium lanceolatum, petite douve du foie, légèrement réduite ; B, Grossie; C, Œuf; Paragonimus Westermani, vivant dans le poumon, où il cause l'hémoptysie parasitaire ; E, Le même grossi: F, Son œuf; G, Schistosomum hæmato-

bium, adulte, grossi; H, Son œuf ; I, Œuf avec embryon.

30 millimètres de long au maximum et l'aspect d'un fer de lance. Sa bouche est entourée d’une ventouse, qui se fixe sur un vaisseau du foie de son hôte, d'où part un intestin bifide très ramifié dont les branches se voient habituellement très bien, car elles sont pleines du sang noirâtre de sa victime. Des organes reproducteurs très compliqués s'entremêlent aux branches de cet intestin. Un peu au-dessous de la bouche, sur la face ventrale, se trouve une autre ventouse qui permet à l'animal dese fixer dans les canalicules biliaires du mouton. Ils’y introduit jeune, puis grandit et dilate les canaux biliaires : il détermine une grave maladie du mouton connue sous le nom de cachexie aqueuse.

Cette douve pond de petits œufs ayant 15 centièmes de millimètre de long, qui sont évacués avec la bile dans l'intestin du mouton, et de là tombent sur le sol. Tous ceux qui restent à sec sont perdus, mais ceux qui tombent dans l'eau continuent leur développement. La coque de l'œuf s'ouvre et il en sort, après trois à dix semaines, selon la température, une larve ciliée, dite miracidium, qui nage jusqu'à ce qu’elle rencontre un Mollusque d’eau douce, la Lymnæa truncatula. S'il n’en trouve pas, il ne peut continuer son évolution et périt. Mais s’il a la chance de trouver une de ces Lymnées, il s’introduit dans sa cavité palléale, perd ses cils vibratiles, grossit et se transforme en une sorte de sac sans forme régulière : c'est le sporocyste. Bientôt une dizaine de bourgeons apparaissent dans ce sac, et chacun donne un animal ovale, connu sous le nom de Rédie, ayant déjà quelque ressemblance avec une douve, possédant une ventouse et un petit intestin. Ces rédies, ayant un quart de millimètre, se répandent dans les tissus de la Lymnée; chacune d'elles donne une! dizaine de nouveaux bourgeons qui grandissent et produisent une larve ovale, nommée Cercaire, pourvue d'une longue queue et de deux ventouses, qui, perçant les tissus de la Lymnée, arrive dans l’eau et y nage quelque temps; puis elle se pose sur une plante aquatique, une branche de cresson, par exemple, s'y enkyste et attend qu'un mouton mange ce cresson. Dans l'estomac du mouton (ou d’un homme), le cresson est digéré, le kyste dissous; le Cercaire mis en liberté pénètre dans les canaux biliaires et n’a plus qu'à grandir pour reproduire le cycle. L'homme ou le mouton peut aussi s'infecter en avalant un Cercaire nageant dans l’eau de la mare où il a l'imprudence de boire. On voit donc à quel nombre considérable de jeunes douves un œuf donnerait naissance si tous les embryons arrivaient à bonne fin. Mais il existe un grand nombre de conditions éliminatoires qui se présentent successivement, et finalement le nombre des œufs qui parviennent à l’état adulte est restreint. Les Douves obstruent les rameaux biliaires du foie, les dilatent, causent une cirrhose hypertrophique, sucent le sang et amènent une anémie profonde.

La petite Douve a pour hôte intermédiaire un Planorbe (autre

Mollusque aquatique). C'est un animal effilé, de Î centimètre de long, fréquent chez le mouton. La Douve de Chine est un véritable fléau pour les Asiatiques.

Parmi tous ces Trématodes parasites, on reconnaît deux divisions

et ses nombreuses élytres.

Fig. 109.

Eunice géante.

importantes. La première, les Polystomiens, est formée de ceux qui vivent à la surface de la peau de leurs hôtes, ou tout au moins ne pénètrent, sans rien perforer, que dans les cavités naturellement ouvertes. Ils ont un nombre plus ou moins grand de ventouses et sont parasites des Poissons.

La seconde, les Distomiens, est formée par ceux qui ont deux ventouses et pénètrent dans l'intérieur des organes de leurs hôtes ; leur évolution est réglée sur le type de la Douve du foie.

La Bilharzia hæmatobia ou Schistosomum hematobium (fig. 105, G à I) vit dans le sang de l’homme et détermine une grave maladie connue sous le nom d'hématurie d'Égypte. Ce parasite, qui a de | à 2 centimètres de long, pond des œufs nombreux qui pénètrent dans les veines du foie, de la vessie, déchirent les veinules et les capillaires et déterminent des hémorragies, notamment dans la vessie. Le malade finit par mourir de ces pertes de sang et d’autres complications causées par le parasite. Les œufs du ver, rejetés avec l'urine du malade, éclosent s'ils arrivent dans l’eau et produisent une larve ciliée; en buvant cette eau contenant des larves, on s’inocule le parasite.

Aphrodite.

Fig. 106.

Terebella conchylesa sortant de son tube.

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