‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 81 sur 260 · THE LIBRARY OFTHE UNIVERSITY OF ILLINOIS · texte numérisé non relu

THE LIBRARY OFTHE UNIVERSITY OF ILLINOIS

EESNA RERO PODES 127

Dynastes hercules tenant la femelle dans sa pince.

vent pour se battre entre eux pour la possession des femelles. Leurs antennes sont coudées au milieu et terminées par des articles plus larges en forme de feuillets. Les. mâles sont bien plus grands que les femelles. La larve, arquée, lourde, vit dans le bois pourri des vieux troncs d'arbres, pendant quatre ans; la nymphose est rapide, mais l'adulte reste comme engourdi pendant plusieurs mois avant de prendre son essor; il vit alors un mois environ, pendant lequel il se nourrit seulement de liquides sucrés, il s'accouple et pond au pied des vieux arbres, surtout des chênes: toute son existence a duré environ cinq ans. Cette famille renferme près de 600 espèces, dont les pays indomalais comptent le plus de représentants. Dans nos pays, un autre Lucanide beaucoup plus petit, le Dorcus parallelipipedus, connu sous le nom de Petite Biche, détériore aussi le tronc des arbres, surtout des chênes ; il en est de même de la jolie Chevrette bleue (Plalvcerus caraboides).

Les Scarabéides sont une des plus énormes familles des Coléoptères, puisque l’on y compte actuellement plus de 13 000 espèces, et ce nombre augmente tous les jours.

Ils ont tous leurs antennes terminées par des feuillets en nombre variable, qui peuvent s’écarter comme les doigts d’une main. Les larves aveugles sont courbées en demi-cercle : elles sont organisées pour creuser les matériaux solides. Nous indiquerons les familles importantes qui composent cette section.

Les Coprides représentent, à eux seuls, environ 5 000 espèces. Ce sont les Bousiers, Insectes coprophages, vivant dans les matières en décomposition. La partie antérieure de leur tête est aplatie, souvent dentelée: ils s'en servent comme d’une pelle pour travailler les matières; leurs pattes antérieures sont aussi dilatées en pelles dentelées, qu'ils emploient au même usage.

Le plus connu de ces bousiers est le célèbre Scarabée sacré (Scarabœus sacer, fig. 463). Nous ne pouvons, naturellement, nous étendre sur la partie légendaire de leur histoire, mais nous résumerons les si intéressantes découvertes que Fabre, l'illustre entomologiste, a faites sur ces animaux. Ce qui a depuis tant de siècles frappé l'imagination, c'est que ces Insectes ont la singulière habitude de rouler une boule qu'ils construisent avec des débris de crottin, en la poussant à reculons au moyen de leurs pattes de derrière (fig. 464). Dès qu'ils ont été guidés par l’odorat vers l’excrément que vient de laisser sur le sol un mammifère, ils s'y précipitent, le divisent, le travaillent à l'aide de leur front dentelé, de leurs grandes pattes en truelle; ils en confectionnent une boule qui grossit rapidement sous leur ventre, entre leurs pattes postérieures, s’arrondit grâce au mouvement de rotation que ces pattes lui impriment, et finit par devenir plus grosse que son propriétaire tout entier. Poussant la boule à travers toutes sortes d'obstacles, le Scarabée finit par arriver à un endroit de son choix ; il creuse un trou dans le sol, y fait peu à peu descendre son trésor dans une sorte de chambre ronde de la grosseur du poing, dont il ferme ensuite l'entrée et se met à manger iniassablement, sans s'arrêter, jusqu'à ce que la boule tout entière ait passé par son intestin, ce qui peut durer une ou deux semaines.

Lorsque l'animal veut

Fig. 471.

Blaps, présage de mort.

Fig. 469.

Cétoine dorée.

Fig. 470.

Ténébrion.

Rhinocéros mâle, femelle et larve.

pondre, il fabrique une boule de matière fécale, mais en ayant soin de trier les matériaux de façon à ce que les parties molles seules soient employées: elle a la forme d’une petite poire, dans le bout rétréci de laquelle l’Insecte dispose une cavité entourée de la partie la plus délicate de la provision. Il a soin d’ailleurs de la digérer en partie à l'avance dans son jabot, puis il la régurgite et l'emploie comme muraille de la logette de l'œuf. Une fois celui-ci pondu dans cette sorte de garde-manger, la poire étant enterrée dans une chambre spacieuse et bien aérée, le développement commence. Cette larve bossue, arquée en croissant, est douée de la singulière propriété d’accumuler dans la dernière partie de son intestin une sorte de ciment dont elle se sert pour boucher les crevasses accidentelles qui peuvent se produire dans sa poire-abri-aliment. Au bout de cinq semaines la larve se transforme en une nymphe jaune, ayant l'aspect d’une momie d'ambre, d'où sort, au bout d’un mois, l'adulte parfait, mais de teinte difiérente, qui n'est acquise qu'après un autre mois.

Les Géotrupes (fig. 468) utilisent encore les crottins et les champignons: l’un d'eux, le Géotrupe stercoraire, est un gros [nsecte, approchant de 3 cent., au thorax mordoré à reflet vert, aux élytres violets. Cet Insecte enfouit les crottins en quantités énormes, sans même les consommer; quand il veut pondre, il remplit de cette provision le fond de son trou cylindrique et dépose son œuf à la partie inférieure de ce boudin. Les Ontophages ont des mœurs analogues.

Les Mélolonthides forment le grand groupe des Hannetons ; on en connaît plus de 4 000 espèces, toutes phytophages.

Le Hanneton vulgaire (Melolontha vulgaris) est le type classique de la famille ; il pullule dans toute l'Europe tempérée et cause de très grands dégâts, notamment en France. La vie entière de l'animal est de trois ans, mais il peut arriver, dans les années très sèches, qu'elle dure quatre ans ; dans les pays froids, cinq ans. La vie adulte dure à peine trois semaines. Le Hanneton commun, aux antennes à sept feuillets chez le mâle, dix

chez la femelle, vole le soir W En en mai et juin; le jour il dé- LR vore les feuilles des arbres; KT 7

il s'accouple et le mâle meurt

Fig, 472.

Cantharide,

Fig. 473. — Meloe proscarabeus et son triongulin,

presque immédiatement ; la femelle ne meurt qu'après avoir déposé, en deux fois, environ soixante-dix œufs dans le sol.

Au bout de cinq semaines les larves éclosent sous forme de petits cylindres blanchôâtres, connus de tous les jardiniers et agriculteurs sous le nom de turcs, ou vers blancs, ou mans:

elles se mettent tout de suite à ronger les racines qui se trouvent à leur portée. A l'approche de l’hiver elles commencent à descendre profondément dans le sol, en mars ou avril elles recommencent leurs dégâts; puis elles redescendent pour passer l'hiver et reviennent au printemps sous forme de ces gros vers blancs arqués, poilus, à démarche lente, qui font le désespoir des cultivateurs. À l'été de cette année, la larve a acquis toute sa taille: elle descend à plus d’un mètre et se transforme en nymphe à l'abri d'un grossier cocon de terre agglutinée. Enfin, à l'automne de cette même année, la troisième, l'Insecte avec sa forme adulte sort de sa coque nymphale, mais reste en terre jusqu'au printemps suivant pour consolider sa peau molle et hiverner.

D'autres espèces de Hannetons se trouvent encore en France ; le gros Hanneton foulon (Melolontha fullo), aux élytres tout marbrés de gouttelettes blanches, aux énormes antennes chez le mâle, vit de préférence sur les pins, mais attaque aussi d’autres arbres; sa larve, qui atteint 6 cent., cause des dégâts dans les terrains sablonneux, notamment aux vignes.

Le petit Hanneton de la Saint-Jean (Rhizotrogus solstitialis), jaune et poilu, évolue en un an et cause à peu près les mêmes dégâts que le Hanneton vulgaire. Le petit Hanneton vert de la vigne (Anomala vitis) fait des dégâts sérieux en rongeant à l'état de larve les racines de la vigne.

Chez les Hoplides (fig. 466 et 467), qui ne nous retiendront pas, signalons l'Hoplie bleue (Hoplia cærulea), qui semble un bijou de lapis-lazuli et pullule certaines années sur les fleurs: on en fait des colliers. L'Anisoplia des céréales est aussi un joli petit Hanneton, mais qui ronge les fleurs de seigle, de même que sa proche parente, l'Anisoplie horticole, qui ronge le blé.

Les Dynastides sont intéressants, parce qu'ils renferment les plus gros Insectes connus actuellement. Les Dynastes mâles, qui peuvent atteindre 13 cent. de long (D. hercules), portent d'immenses prolongements de leur thorax : une gigantesque pince, dont la branche supérieure est immobile, la branche inférieure mobile, n’est que le front démesurément allongé. Les femelles, beaucoup plus petites, ne

Fig. 474. — Crioceris asparagt.

À, Adulte; B, Larve:C, Œufs.

Bruche. A, Du Har'cot: B, Du pois: C, Des lentilles.

Tomiques et leurs larves dans le bois.

Fig. 476. — Doryphora de la pomme de terre (d'après Chittenden). A, Insecte: B, Larve.

portent aucune trace de cette pince. Beaucoup des membres de cette famille possèdent des appareils musicaux. En Europe, l'Orvctes nasicornis est ainsi nommé en raison de la grande corne qu'il porte sur la tête : d’où son surnom de rhinocéros. On le trouve dans des tas de can.

Les Cétonides sont de beaux Insectes dont le type est la Cétoine dorée (Cetonia aurata), au corps aplati, d'un vert émeraude (fig. 469); les Cétoines, très largement représentées en Europe et en Afrique, rares en Amérique, ont des larves qui vivent dans les vieux troncs d'arbres pourris et dans les fourmilières de la fourmi rousse.

Une autre Cétoine plus petite (Cetonia hirtella), noire à taches blanches et poilue, cause de véritables dégâts dans les fleurs, surtout de la vigne.

Citons dans cette famille un géant des Insectes, le Goliath géant, qui peut dépasser 15 cent. C’est un gros Insecte de la Guinée, habillé, comme un croque-mort, de broderies blanches et noires.

HÉTÉROMÈRES. — Tous les coléoptères de cette section ont cinq articles aux pattes des deux premières paires et quatre seulement à la paire d'arrière. On y compte environ 15 000 espèces.

Les Ténébrionides (fig. 470) forment une immense famille qui contient à elle seule les deux tiers des espèces d'Hétéromères. Beaucoup d’entre eux sont dépourvus d'ailes; presque tous noirs: quelques-uns courent rapidement au soleil, mais les autres sont de mœurs nocturnes: ils se nourrissent de matières desséchées.

Le T'enebrio molitor est désagréablement connu, parce que sa larve, le ver de farine, jaune, long de 2 cent., se trouve trop souvent dans le pain ; elle ronge aussi le biscuit. L’Insecte adulte, noirâtre, long de 2 cent., est utilisé pour fournir des larves que l’on élève en les nourrissant de farine et de vieux pain; on donne ces vers de farine aux oiseaux; notamment aux rossignols.

Citons encore les Blaps, dont le plus commun dans nos pays est le Blaps présage de mort (Blaps mortisaga), qui vit dans les caves et les étables, exhalant une mauvaise odeur (fig. 471).

Les Rhipiphorides renferment des Insectes qui vivent en parasites dans les nids des guêpes, sur les Blattes, le mâle étant ailé et la femelle vsrmiforme.

Les Cantharides ou Méloides comprennent plus de 1 500 espèces ; elles renferment des êtres dont le développement larvaire est des plus singuliers par ses complications. Beaucoup d'entre eux sécrètent une matière vésicante, la cantharidine, utilisée comme on sait en pharmacie.

Ces Insectes ont un corps mou, mal recouvert par des élytres:; leurs antennes sont insérées devant les yeux sur une tête aplatie.

Nous allons retrouver l’ingéniosité merveilleuse du célèbre entomologiste Fabre qui a découvert l’évolution de quelques-uns de ces Insectes. On y fait deux divisions: les Cantharides, qui ont des ailes et vivent surtout sur les feuilles et les fleurs, et les Méloides, qui, n'ayant pas d'ailes, vivent à terre.

Les Cantharides renferment plusieurs genres, dont l’un, le genre Sitaris, a fourni à Fabre les éléments de ses découvertes. Le Sitaris muralis est commun en France, surtout dans le Midi, où il vit dans le voisinage d’un genre particulier d’abeilles, les Antophora. Ces dernières se creusent des terriers dans les terrains meubles exposés au soleil, y déposent leurs œufs sur du miel, puis ferment la chambre

où va se faire le développement de leur larve. Mais certaines de ces chambres, quand on les ouvre, renferment non pas la larve de l’Abeille Antophore, mais un Sitaris. Voici ce qui s'était passé : la femelle du Sitaris fécondée introduit son abdomen dans l'entrée de la galerie de l'abeille et y dépose ses œufs, au nombre de plus de deux mille, amoncelés en un petit tas, et meurt ensuite. Au bout d'un mois les œufs laissent échapper chacun une petite larve noirâtre, que l'on appelle Triongulin; elles passent l'hiver à l'entrée du trou de l’Antophore; au printemps elles profitent des allées et venues des Antophores mâles dans: leur couloir pour s'accrocher avec les griffes de leurs pattes aux poils de leur corps. Lorsque l’Abeille mâle s’accouple, les Triongulins passent sur la femelle et, lorsque celle-ci va pondre, dans sa cellule, un œuf qu'elle dépose sur la provision de miel, le Triongulin descend de son véhicule sur l'œuf et flotte ainsi sur la larve comme un radeau sur le lac de miel. L’Abeille, inconsciente du danger qui menace son œuf, clôt la cellule et va recommencer ailleurs. Le Triongulin dévore en une semaine la larve de l'Abeille, puis le miel: c’est la seconde larve du Sitaris. Au bout de trente-cinq à quarante jours, elle ressemble à un petit boudin blanc, mou, sans yeux ni pattes: elle se contracte et forme une troisième larve, la pseudo-chrysalide, qui reste enfermée dans la peau de la seconde. C’est un corps cylindrique brun, segmenté, où l'on ne peut voir aucune trace d'appendice. Dans cet état la larve peut passer, si la saison n’est pas trop avancée, environ un mois; mais elle y reste jusqu'à l'été suivant si l'hiver est trop prochain. Dans les deux cas la peau de la pseudochrysalide se rompt et il en sort une larve qui se trouve ainsi enfermée dans les peaux de sa seconde et de sa troisième larve, emboîtées l'une dans l’autre. Nous en sommes donc au quatrième état larvaire! Cette nouvelle larve, en un mois, passe à l'état de nymphe, toujours à l'abri de ses anciennes coques: cette nymphe est immobile, transparente, jaunâtre ; enfin, au mois d'août, l'Insecte parfait est formé, perce la cloison de la cellule de l’Antophore et s'échappe dans l'espace. Là, il s'accouplera, ne se nourrira même pas et mourra au bout de quelques jours, peut-être même de quelques heures de liberté, et le cycle recommencera. Nous avons résumé sommairement cette histoire très compliquée du Sitaris pour montrer quelle patience et quelle sagacité déploient des naturalistes comme Fabre pour élucider cette série de transformations.

La Cantharide vulgaire (Cantharis vesicatoria) est un bel Insecte vert brillant, long de 2 cent., qui vit surtout sur les frênes (fig. 472); son odeur sui generis la décèle rapidement. Ces Insectes ont, eux aussi, des métamorphoses très compliquées, où les Bourdons probablement jouent le rôle que nous avons vu dévolu à l’Antophore.

Les Æpicaules, voisines des Cantharides, vivent en Amérique.

Les Meloës sont de gros Insectes noirs et mous dont le type vulgaire de nos pays est le Meloë proscarabeus (fig. TE ses larves, à évolution compliquée, vivent aux dépens des Abeilles solitaires, dont elles dévorent l'œuf et le miel.

TÉTRAMÈRES. — Cette section est caractérisée par ses quatre articles au tarse de toutes les pattes. Nous la diviserons en deux catégories : les Phytophages et les Rhynchophores (Charançons).

Les Phytophages ont une tête analogue à celle des autres Insectes et qui n'est jamais prolongée en un

ec comme l'est celle des Rhynchophores. On ne compte pas moins de 35 000 espèces de ces Insectes, tous mangeurs de végétaux.

Bruchides (fig. 475). — La Bruche des pois (Bruchus pisorum), dont on trouve souvent la larve dans les petits pois frais et l'adulte dans les pois secs, cause de grands dommages aux horticulteurs en détériorant les fèves, lentilles et autres graines de légumineuses.

Les Scolites et les Tomiques font aussi de grands dégâts dans les bois.

Les Chrysomélides constituent une immense famille qui contient à elle seule plus de la moitié des phytophages. Ces Insectes ont souvent de très belles couleurs.

Les Criocères sont surtout connus par deux de leurs représentants: le Crioceris merdigera, qui vit sur le

Eumolpe de la vigne et dégats.

Callidie sanguine et dégâts de la larve.

Fig. 479.

Larve de Capricorne.

: g À Altise potagere et sal (g

Altise du colza et sa larve r nat. 4 mm }

(gr nat &mm.)

Fig. 477.

Page 1