‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 2 sur 104 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

2 (août 1790) ASSEMBLÉE NaTJONALE.

mesures ramenèrent les soldats sous leurs drapeaux, on forcèrent d'y rester ceux qui eussent été tentés de les quitter, ilais elles ne rétablirent point les habitudes de subordination qui avaient été rompues ou ébranlées. Il se forma, dans les régiments, des associations délibérantes composées de sous-ofiiciers et de soldats; et à tous moments, des actes d'indiscipline venaient témoigner du danger de ces associations, ainsi que de Tébranlement piofond qu'avait éprouvé le sentiment de l'obéissance militaire. De là , pour les officiers, la nécessité et le devoir même d'une sévérité plus grande que dans les temps ordinaires, et, par suite, chez leurs subordonnés un mécontentement croissant et une plus grande disposition à la résistance.

Il ne faut pas oublier d'ailleurs que l'armée était en quelque sorte composée de deux castes d'origine différente. Tous les ofliciers, conformément à l'ordonnance de M. Ségur de 1781, étaient nobles d'origine. Les sous-officiers et soldats, au contraire, étaient presque tous enfants du peuple. Les uns et les autres différaient, en général, autant d'opinion que de naissance. Le parti du privilège et le parti de l'égalité se trouvaient en quelque sorte en présence parfaitement séparés et tout organisés dans l'armée. Sans doute , il y avait un certain nondjre d'ofOciers qui étaient partisans de la révolution. Quelques-uns même devaient s'illustrer dans les armées de la république ; mais, ils formaient une minorité presque imperceptible. L'immense majorité, c'est-à-dire une majorité qui ressemblait à runanimité, était opposée de sentiments et de langage à tout ce qui se faisait. Les sous-officiers et soldats, au contraire, étaient animés des passions révolutionnaires qui régnaient dans le peuple dont ils étaient les enfants. Aussi leur arriva-t-il d'attribuer, quelquefois à tort, mais aussi très-souvent avec raison, à l'opinion de leurs chefs, ou à des préjugés aristocratiques le surcroît de rigueur dont on usait à leur égard. Aussi les journaux patriotes virent-ils, dans les soldats , des soutiens de la révolution, et, dans leur insubordination même, une garantie contre les projets réactionnaires que leurs chefs pouvaient concevoir.

Pour ôter tout prétexte de méfiance aux soldats, on avait exigé des officiers (en exécution des décrets du 10 août et du 28 février) qu'ils prissent l'engagement par écrit, sous leur parole d'honneur, de ne rien faire ou ordonner de contiaire à la constitution [Mémoirps de Bouille, cil. VIII). Cette mesure, mai vue de tout le monde, ne produisit point l'effet qu'on en attendait L'animosité entre l'aristocratie et le peuple de l'armée n'en fut point affaiblie. On continua à considérer connue un clïet de cette animosilé, de la part des officiers,

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