ÉLECTIONS JUDICIAIRES
jambes et de profaner sur le trolluir Técliarpe de 94 liv. à franges d'or et d'argent, ce n'est qu'en montant les degrés du palais qu'ils ont ceint le cordon municipal. Ce faste, tant soit peu aristocratique, qui sentait l'ancien échevinage et s'éloignait de la simplicité républicaine, a paru déplaire généralement. Tant d'équipages pouvaient faire croire au peuple que ce serait lui qui allait avoir la surcbarge de fournir à ce luxe , en allant congédier l'ancienne magistrature aux robes de pourpre et d'bermine, aux chevaux fringants, aux voitures dorées, aux 1UO,000 liv. de rente en épices, pour installera sa place une magistrature à pied , qui ne devait briller que par la sagesse des jugements, et des présidents à mortier moins salariés qu'un ci-devant chanoine de la Sainte-Chapelle? Nous sommes perdus, si les municipaux à pied rougissent de leur écbarpe, comme autrefois les conseillers à pied faisaient de leur robe rouge. L'esprit de concussion et de rapine va s'emparer d'eux , alin de pouvoir montrer aussi leur cordon tricolore à travers les glaces d'un carrosse, dont la course rapide les dérobe aussitôt aux regards du passant envieux. Le public a aussi trouvé beaucoup trop nombreux les détachements de la garde nationale qui escortaient les nuinicipaux. Pourquoi avoir l'air de faire avec la puissance de la baïonnette ce que faisait la puissance de l'opinion'' Des municipaux à pied, entourés seulement des acclamations du peuple, et renversant d'un sim[)le signe de tête ce même colosse des parlements , contre lequel Brienne avait employé vainement, en 1788, toute la puissance militaire, auraient représenté, par un heureux contraste, la majesté (lu peuple et l'impuissance des rois. Les robins, qui, dans ce tempslà, avaient été sur le point de soutenir un siège contre les deux régiments des gardes, aujourd'hui avaient tous pris la fuite devant M. Bailly, qui, égaré dans la vaste solitude du palais, n'a trouvé âme vivante que le buvetier. Les salles étaient ouvertes, les greffes et les dépôts fermés , et dans ces lieux consacrés aux clameurs, partout le silence des tombeaux. Dans celte multitude de greffiers et de commis-greffiers , il ne s'était trouvé personne qui fût assez maître de sa douleur pour assister à cet enterrement, et remettre les clefs au corps de la ville. On s'est donc contenté d'apposer les scellés sur les parties extérieures des lieux de dépôt qu'on n'a pas jugé à propos de faire ouvrir. Après avoir entouré tous ces lieux de bandes de papier d'un titre funéraire aux armes de la municipalité, le corps de ville s'est retiré sans le moindre trouble, et tout cet appareil militaire n'eût servi à rien, si un sapeur, pour ne pas retourner chez lui sans se signaler par un exploit, n'eût l'ait, en passant dans la cour du palais, tomber d'un coup de hache l'é-
156 (octobre 1790) assemulï-e nationale.
nisson allacht' au mai, les armes du royaume de la Bazoehe , ret
empire qui avait excilé quelquefois la jalousie de François l'^.. »
Des anciens tribunaux il n'existait plus à Paris que le Cliàtelet, toujours violemment attaqué par la pre:^se patriotique. Dans le courant d'octobre, les prisonniers du Cliàtelet avaient formé un complot pour s'évader, mais leur tentative avait été heureusement réprimée.
— Le journal la Bouche defer^ commencé en 1790, et rédigé par rab])é Fauchet et Bonneville , devint, au l*^"" octobre de la même année, l'organe d'un club philosophique, ouvert par ses fondateurs au cirque du Palais-Royal. Ce club, connu sous le nom de cercle social, était auparavant une loge maçonnique. Il s'annonça comme voulant opérer la confédération universelle des amis de la véiité. Parmi les membres de cette société , les uns, tels que Bonneville, Goupil de Préfeln, Mailly de Chàteau-Regnauld , Condorcet , étaient francsmaçons; ils atîectaient de penser que les symboles et les traditions de la maçonnerie renfermaient les solutions de tous les problèmes ■soulevés par la révolution française; ils attribuaient à Bacon les [iremiers éclaircissements scientiliques sur le système politique enveloppé dans les mystères des loges , et ils se mettaient à l'œuvre pour en livrer le sens complet et en procurer la réalisation. D'autres membres, tels que Fauchet, accédèrent à cette entreprise et y apportèrent plusieurs formules chrétiennes et quelques doctrines de charité universelle, mais non le christianisme.
Le cercle social eut une origine assez précieuse à constater relativement à plusieurs idées prétendues nouvelles. L'histoire de la philosophie ne peut manquer d'y recueillir des renseignements. Le panthéisme se trouve nettement formulé dans les discours de Fauchet, et les correspondances allemandes qui se trouvent dans la Douche de fer prouvent que la France eut (pielque part au mouvement philosophique qui poussa l'Allemagne dans le panthéisme à la fin du dix-huitième siècle. Nous donnerons ici une analyse des deux premières séances du cercle social, en nous bornant à cette indication sur le système philosoiihique de Fauchet. Ce que nous aurons à en dire plus tard sera puiement relatif aux obstacles politiques que rencontra ce chdj. Eu efîet, les savants du cercle socùd avaient marché politiquement avec les électeurs de 1789, tandis que les jacobins étaient entrés dans une voie plus franchement lévolutionnaire. Aussi ces deux sociétés se heurtèrent tout d'abord, et, ce qui paraîtra assez bizarre, c'est que les jacobins accusaient les Amis de la vérité de vouloir la loi agraire. Ceux-ci, de leur côté, reprochaient à leurs adversaires de s'emparer de leurs idées, de leurs projets.