‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 30 sur 104 · CERCLE SOCIAL · texte numérisé non relu

CERCLE SOCIAL

ot puis de les injurier. Au reste, dès 1790 la société pliilosopliique avait dit qu'il lallail délivrer les hommes de l'esclavage de la faim, et que les trois conséquences de la révululioa devaient être : égalité^ propriété et liberté jjour tous.

ASSEMBLÉE FÉDÉRATiv E. — Première séance.

« L'inauguration de rassemblée fédérative des Amis de la vérité a ou lieu au cirque national, le mercredi 13 octobre, à l'iieure indiquée.

« Un grand nombre de députés à rassemblée nationale, MM. les électeurs de 17iS9, les anciens leprésentanls provisoires de la commime, [dusieurs mendjres de la nouvelle municipalité et de toutes les sociétés patriotiques de la capitale, des étrangers et les vieux enfants de la nature en très-grand nombre, formaient une assemblée de quatre à cinq mille personnes, sans y comprendre les atlenlives spectatrices dont les galeries du cirque étaient remplies, presque toutes les épouses ou les mères des premiers Amis de la vérité qui aient pu se réunir avec autant de solennité , et s'occuper paisiblement et franchement d'un i)acte fédéralif du genre bumain.

« A peine a-t-on vu monter à la tribune le procureur général du directoire, que l'assemblée a témoigné, par de vifs applaudissements, une grande espérance d'être émue. Son attente n'a pas été trompée.

« C'est encore un prêtre, disaient d'abord quelques liommes qui ne connaissaient pas ce tiibun du peuple franc; mais bientôt, par la magie toute naturelle de son éloquente voix , ils l'ont tous vu, ainsi que nous, comme s'il eût été revêtu de cet babil de garde national (\y\\\ a reçu du sénat français, « non comme un lucre, mais comme un trophée. »

Extrait du premier discours prononcé par Claude Fauchet.

Messieius,

«Une grande pensée nous rassemble : il s'agit de conuiiencer la confédération des hommes, de rapprocher les vérités utiles, de les lier en système universel, de les faire entrer dans le gou\ernement des nations, et de travailler, dans un concert général de l'esprit humain, à composer le bonheur du monde.

« La société en est encore aux éléments : nulle |)ai t ces éléments n'uni été combinés pour l'avantage connnun. Les législateurs ont tracé des lignes, où ils ont enfermé les peuples pour les contenir, et

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non pour les rendre heureux. Les lois générales ont oublié Paniitié qui associe lout , pour ne s'occuper que de la discorde qui divise tout. Aucune encoie n'a pris pour base sociale que Tliomnie est un être aimant , et n'a dirigé vers ce penchant concihaleur les institutions publiques. Toutes ont supposé, au contraire, l'honnne égoïste et adversaire de son semblable. En conséquence, elles ne se sont occupées que de prohibitions, d'isolement d'intérêts, de privilèges, de garanties individuelles, de jouissances pour les uns, de répression pour les autres, d'activité à des classes peu nombreuses, de passivité à la grande multitude, de surabondance dans les palais, de famine dans les chaumières ; elles ont détendu l'humanité aux riches en (irotégeant leurs insolentes délices ; elles ont interdit les droits de la nature aux pauvres en étouffant jusqu'à leurs plaintes. Après avoir casé ainsi à part tous ces animaux supposés féroces, et rendus tels par les institutions même qui, en les enchaînant, les isolaient les uns parmi les autres, elles ont fermé l'enceinte des prétendues sociétés nationales, et ont dit : « Les autres nations vous sont étrangères , soyez toujours prêts à les regarder comme ennemies. » En sorte que l'univers entier est dans un état coniinuel de guerre ; au dedans des empires, chaque honnne l'un contre l'autre, et au dehors, cha(jue naliun contre luutes...

«11 ne peut y avoir qu'une religion vraie, celle qui dit aux hommes : « Aimez-vous tous , » et qui leur donne , pour acconqdir ce devoir unique, les moyens les plus doux et les plus puissants molifs. Cette religion existe; elle est éternelle comme la loi de l'amour : les hommes désassociés par les lois de discorde qui régissaient les empires, l'ont méconnue ; il faut la leur montrer dans sa nudité chaste, dans sa vérité pure, et le genre humain, épris de sa beauté divine, n'aura qu'un cœur pour l'adorer. »

L'orateur parle ensuite des sociétés maçonniques, « sociétés antiques , qui se sont perpétuées jusqu'à nous avec les principes de franchise, d'égalité, de liberté, de fraternité, d'amilié, de concorde et d'union. » Il ajoute que ces sociétés vestales, si elles n'ont pu vaincre toute l'inlluence des gouvernements qui dépravaient les lionimes, ont du moins conservé le feu sacré de la nature sociale, etc.; que, s'il a été prudent jusqu'à ce jour de redoubler les voiles du mystère autour de ce précieux dépôt, « l'instant approche où le feu sacré sera rendu libre, et ofi la statue du genre humain va être animée par les Prométhées qui ont gaidé la flamme céleste, seule propre à donner la vie aux nations. »

L'orateur montre ensuite les germes profondément enfouis dans les svmbolos et dans les allé;^ories, se dévelojipaiit par la culture

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philosophique. « La liberté de la presse a donné le mouvement accélérateur aux éléments combinés de cette seconde création. Bacon avait commencé de remuer toutes les idées vraies et tous les bons sentiments qui doivent anéantir les erreurs du genre humain ; Montaigne, Charron, Locke, Descaries, Leibnitz, avaient sondé des abîmes de métaphysique et de morale... Des tètes altières se sont élevées du milieu de la France ; elles rayonnèrent de philosophie au milieu des ténèbres du gouvernement, et, se portant quelquefois jusqu'à la licence, elles appelaient du moins la liberté. Les colosses (lu despotisme restaient encore debout; mais ils étaient minés dans Topinion, et ce que l'opinion ne soutient plus touche à sa ruine, le piemier souffle de l'occasion le renverse.

« Vouloir est tout. Douze hommes ont voulu ; ils ont renversé les temples et anéanti toutes les religions des nations alors connues. Ils étaient animés d'une force divine, il est vrai ; mais cette force divine était dans la plénitude et l'accord de leurs volontés. Cette force manquera-t-elle à ceux qui formeront la résolution ferme et concordante de rallier le genre humain à celte doctrine de l'amour, qui est la religion du' bonheur? Voulons, et nous créons, et nous sauvons l'univers. »

Ici Claude Fauchet prouve, par l'exemple des sociétés politiques existantes, la force que ne peut manquer d'acquérir une assemljlée centrale, où tous les amis de la liberté, de la vérité, du bonheur des hommes, divisés en sociétés particulières , se réuniraient pour une coalition commune , à l'effet de faire concord» r les opinions qui doivent régir le monde. Il fait l'éloge des jacobins qui ont rendu d'immortels services à la patrie. Il y voit une preuve de la puissance de l'association. Il trouve également ime démonstration de cette puissance dans la fondation du club de 1789 et juscpie dans les oppositions que ce club a éprouvées. « Le club de 1789, avec les intentions d'une modération civique que les circonstances ont rendue périlleuse, et par le seul désaccord des patriotes, qui devaient vouloir les mêmes moyens puisqu'ils vonlaient la même fin, a vu la chose publique en danger ; tant la concordance des volontés est l'âme des succès, tant l'union des hommes fait leiu' toute-puissance. »

L'orateur termine eu donnant le premier aperçu du plan de la tV'dération universelle, qui pourra être ensuite modifié et i)erfectionné par les délibérations de l'assendjlée, lorsqu'elle aura pris sa forme définitive. Ce plan est une organisation générale des cercles maçonniques recevant le mouvement d'un consistoire unique séant à Paris, Paris étant le centre, la capitale de l'humanité. Il appelle à la coopération de cette œuvre toutes les âmes ardentes et bonnes qui

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veulent la concorde el la fralernilé de la famille humaine. Il (inil en disant : «Tout ce que j'ai de force, de patriotisme, d'amour des hommes, de zèle et de courage pour la vérité, sera consacré à concourir, selon ma mesure , à celte œuvre suprême. Ma plume et ma voix seront à vos ordres. Mon esprit s'agrandira de vos pensées; mon cœur seul, j'ose le dire, ne pourra pas devenir plus vaste par rémulation d'étendre, à votre exemple, mes fraternelles affections; car je sens que je possède déjà, dans une latitude infinie, la charité du genre humain. »

Fauchet prononça en.suite quelques paroles sur Loustalot. «11 m'aurait été, dit-il, d'autant plus doux de le louer qu'il m'avait critiqué avec quelque amertume... Mais il était patriote!... Aussi le général (M. Lafayette), qui est voué par ses destins à la liberté et qui à tout prix doit lui être fidèle, n'a-l-il jamais fait un mouvement pour gêner l'essor de ce jeune athlète qui harcelait sa renommée, et c'est, messieurs, un beau trait dans sa gloire... »

Deuxiè-me séance. — « Formez d'abord une cohue, disait Mably dans son Examen des droits et des devoirs de l'homme, et soyez sûr que le sens conmiun y pénétrera bientôt.

«Nous avons eu déjà deux séances nombreuses; la première d'environ cinq mille personnes, et la seconde de huit à neuf mille, et le plus grand calme a régné ; nous avons vu aller aux voix, à l'unanimité, pour l'élection du premier président, Goupil de Préfein , proposé par M. le procureur général Claude Fauchet, dont la nomination a été sanctionnée par l'assemblée fédérative des Amis de la vérité.

« On est arrivé avec sa canne , avec ses armes, comme on a voulu, et l'assemblée n'a été ni orageuse ni dangereuse... L'assemblée fédérative a aussi nonnné , pour secrétaires , Barrère de Vieuzac , député de l'assendjlée nationale, jeune bonnne de hautes espérances; Michel, médecin, ancien président de la commune de Paris; le ci-devant chevalier Pio, secrétaire d'andjassade de la cour de Naples; M. Lapoype, ancien officier, plein de zèle pour la révolution. »

Extrait du deuxième discours de Claude Fauchet.

L'orateur parle d'abord des sociétés maçonniques. « Nous n'avons donc rien à craindre, et nous avons tout à ( spérer du grand peuple FRANC dispersé [far toute la terre ; c'est on lui qu'est l'espoir de l'union du genre humain. Voltaire a dit, avec cet accent de mépris si familier dans ses ouvrages , que les myslèies des francs-maçons étaient fort plats. Mais il en pai bdl connue de tous les mystères de

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la nature ot do la divinité, qiio personne no connut jamais moins, et qu'il semblait railler par dépit de ne pas les entendre. Il exerçait sur tous les objets qui exigent des réflexions profondes, bors de sa mesure, un despotisme moqueur qu'applaudissaient les tètes vides, et qui faisait sourire les vrais savants. D'ailleurs, toutes les idées d'égalité répugnaient à son orgueil. 11 trouvait la [ilupart des abu.s de notre ordre social fort bons, à raison de ce qu'il était gentiiliommo ordinaire , seigneur châtelain , homme à grand ton, et fort aristocrate en société comme en littérature, parce qu'il y était fort liche. Ce philosophe qui ne creusait aucune idée par lui-même, mais qui revètissail avec grâce les pensées données , n'a pas eu le génie de concevoir que des traditions toujours cachées et toujours transmises par toute la terre, ne pouvaient avoir qu'un objet d'un intérêt universel, et qui tenait aux premiers principes de la nature. Je dirai à cet écrivain, aussi étonnant par les inconstances de son esi)rit (|ue par les beautés de son talent, qui a versé dans l'opinion publique tant de vérités et tant d'erreiu's, qui passait par une alternative journalière d'un déisme exalté à un matérialisme absurde, je lui dirai que ce sont les mystères des matérialistes eux-mêmes qui sont fort plats, et qui ne sont propres qu'à éteindre toutes les lumières et toutes les veitus en méconnaissant la dignité de l'homme et l'esprit de l'univers. Je lui dirai, ainsi qu'à tous les menteurs en philosophie , que ce sont ceux qui font du genre humain un troupeau sans âme, et de tous les mondes harmonieux qui emplissent l'immensité une production sans principe et sans dessein , qui sont en cela des penseurs fort étroits, fort méprisables, et pour reprendre son expression, /or^/^/a/s. Mais les traditionnaires antiijues, les conservateurs des idées primitives, qui ont de grandes notions del'architecte universel, de grandes pensées sur les droits des êtres intellectuels, etqui regardent l'homme connue un Dieu, ceux -là sont élevés, nobles, sublimes. Quand la vraie et sérieuse |jhilosophie aura tout examiné, tout appelé à la lumière, alors ces vieux secrets paraîtront au grand jour, et il se trouvera que c'était la vérité même, perdue pour la mu titude , et persécutée en tout lieu, qui s'y était retirée comme dans un refuge, et qui attendait, pour se reproduire à tous les regards, que les yeux du genre humain fussent assez dessillés pour n'être pas blessés de son éclat. Or, connne les philosophes n'ont piiint de coaliliun, ne forment société en aucun canton du monde, il est évident que leurs pensées qui commencent à éclairer les esprits, ne peuvent rallier tous les hommes à leurs droits et à leur bonheur qu'à l'aide de ces éternels amis de la nalui-e, que la Providence elle-même a tenus fiaternellement réunis

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partout pour cette rénovalion totale des idées et des sentiments des nations.

« Vous venez, messienrs, combien les francs-fi'ères serviront à rélablissenient de nos deux grands desseins, la leligion de l'nnivers et la réorganisation de la société. Tout est plein d'idées religieuses et de sentiments moraux dans leur système général de concorde. Tout rallie leur doctrine à Dieu et à l'amitié; tout tend par leurs principes à élever dans le monde entier le temple de l'univers. Vénérables frères! dignes amis des liommes! je n'ai pas voulu, je n'ai pas dû être initié à vos mystères, parce que la vérité m'échappe, et que je n'aurais pu prometlre de l'ensevelir dans un profond silence ; mais j'en connais assez pour être sûr qu'aucun de vous ne peut démentir ces données fixes sur le fond de vos traditions doctrinales; et je vous adjure, au nom du genre humain, de servir de toute votre influence cette grande cause de l'humanité qui touche maintenant à sa décision , et dont vous serez les patrons par toute la terre.

« Pour nous, simples frères dans la grande alliance de la nature, et adorateurs nullement mystérieux do l'éternelle vérité, ap|iroclionsnous, d'un esprit banc et d'un cœur unanime, de ces cercles d'hommes initiés dans tous les lieux du monde à la liberté, à l'égalité, à l'union. Agrandissons ainsi de toute part la sphère de la concorde et l'empire de l'amitié. Elevons cent millions de voix h l'unisson de l'humanité dans le grand concert de l'harmonie fraternelle. Dressons de nos mains toutes-puissantes, dès qu'elles agiront d'accord, le trône de l'opinion, et forçons-la, par une générale et douce et sainte violence, de confier à l'amour seul le sceptre du genre Immain.

« Charme de l'unité! empare-toi de nos âmes, vivifie nos cœurs, divinise nos volontés. Allons ensemble au bonheur; séduisons tous les peuples par un invincible attrait; et conquérons l'univers pour le rendre heureux. La confiance nuitnelle, la résolution unanime, amis des honnnes, vous le sentez mieux que ne peuvent l'exprimer mes paroles, sont le gage assuré de nos succès. Commençons. Le cercle social de Paris servira nos eflbrts ; il m'a choisi hors de son sein pour vous l'assurer. Il établira ses relations avec les autres ■cercles : il secondera nos correspondances avec les associations externes qui se formeront à l'exemple de la nôtre chez les nations, (^elte belle concordance réalisera le plan du Créateur, rem|)lira l'espérance des siècles, sera la joie de l'éternité. Ainsi l'a combiné, selon les oracles antiques des prophètes, le souverain ordonnateur des êtres. « An milieu des temps, l'œuvre de la création sera vivi-

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» liée : les nations ne ibrineront qu'une famille; les hommes n'au- « ront qu'un cœur et un langage, langage choisi parmi tons les « idiomes dn genre hnniain pour l'union des peuples. Tune reddam « pnpulis lahium electum. L'abondance sera universelle, tons goùte- « ront les jouissances de la vie, et participeront aux hienlaits de la « nature. Alors s'écouleront les jours de la paix, et sera établi l'em- « pire de la justice dans l'univers. » Tel est, messieurs, Tordre des éternelles destinées; telle est l'attente du ciel que nous allons remplir.

« Hâtons-nous de régler la marche de nos travaux pour avancer rapidement dans noire divine carrière. Tout doit dériver d'un seul principe ; et ce princijie, le voici : Bannir la haine do la terre, et n'ij laisser régner que l'amour. Dans ce point unique, comme l'a dit le législateur par excellence, consiste toute la loi, tant pour la religion que pour la société. Examinons sur cette règle absolue toute institution religieuse et toute législation sociale : ce qui s'en écarte est mauvais, et ne produit (pic la désunion; ce qui s'y conforme est bon, et n'enfante que l'ordre. Aimer est tout pour la sagesse et pour le bonhetu'.

« Nous pèserons donc dans la balance infaillible de l'amour universel, pour connaître la vraie législation qui convient à tous les hommes, le Contrat social de Rousseau. Nous adopterons tous les articles qui sont en pleine harmonie avec ce principe ; dans ceux qui s'en éloignent, ce grand génie, qui a rendu de si grands services à l'humanité, nous paraîtra avoir perdu son poids, ne plus s'être compris. Nous le trouverons en contradiction avec la vérité comme avec lui-même. Nous pourrions soumettre à la même épreuve l'énigniatitpie Montesquieu, le grave Mably, l'éloquent Raynal, et tous les profonds éciivaius législateurs; mais Rousseau suffit, car il a dit, substantiellement tout ce qu'il y a de meilleur dans les meilleurs auteurs qui ont parh; des lois.

« Dans l'autre côté de l'amoui' universel, nous mettrons, pour connaître la vraie religion faite poiu' le genre humain, quoi, messieurs? Je ne parle pas en prêtre, je parle en homme, et je dis VÉvangile. ]\ rapporte tout à l'amour. 11 divinise ce sentiment en le réduisant à l'égalité, à l'unité entri; Dieu et toute la famille humaine sans exception. C'est la seule religion du monde entier qui ait cette base absolue : c'est donc la seule qui mérite d'être considérée dans notre principe d'union et d'affection générale. Toutes les autres sont exclusives, sont haineuses, sont étrangères à nos vues de pleine concorde, conmie elles le sont au viai bonheur des hommes. Si, à l'e.xamen, nous trouvons que l'Évangile est en effet le code religieux

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qui exige l'amour universel, et qui porte les cœurs par les plus doux et les plus puissants motifs à s'y livrer sans réserve, il sera sous ce rapport la religion du genre humain. 11 nous sera aisé ensuite de renverser d'un soufile tout-puissant l'édifice barbare de haine, de servitude et de discorde, élevé par les théologiens sur cette base divine d'amour, de liberté, d'union. Déji la philosophie a fait voir eu eux, avec une évidence irrésistible, les despotes des consciences, les fauteurs des tyrans, et les houle-teux des nations. Il faut à tout prix que la religion ne soit qu'amour, et si l'Évangile en exceptait un seul homme, il faudrait y ramener l'Kvangile; car ce serait une erreur contradictoire à ses principes qui s'y serait glissée ; et ce sont ceux qui ont faussé cette sainte règle, sinon dans le texte, du moins dans rinterprélalion , qui l'ont empêchée d'avoir conquis l'univers.

« Pardonnez, messieurs, si, lorsqu'il s'agit d'un examen qui suppose le doute méthodique du philosophe, je mêle, dans un discours fait au nom des amis du genre humain, une affirmation qui peut paraître prématurée sur la vérité fondamentale de l'Évangile. Ma persuasion particulière, que je n'ai pas dû tiahir, n'oblige que moi, et laisse à chacun son droit de discussion et d'impartialité; mais j'assure d'avance que l'Evangile bien couf^u, bien réduit à lui-même, convient à tous les esprits, parce qu'il les unit tous; est fait pour tous les cœurs, parce qu'il les enchaîne tous; est complélement la religion universelle, parce qu'il relie à l'unité d'un Dieu, ami des hommes, le genre humain. Enfin, messieurs, je tiens pour facile de démontrer confie tous les prêtres fanatiques, contre tous les théologiens haineux , contre tons les dévots atrabilaires, que l'Évangile n'est que tolérance et atTection, et bonne espérance, et condescendance, et fraternité, amour, en un mot, amour iuunense, amour nfini, qui endjrasse le ciel et la terre, tous les êtres et tous les temps. Nous examinerons, messieurs, nous examinerons; et ce qui sera convenu, de toutes les parties du globe, par la généralité des frères amis de la vérité, sera infailliblement constitué la religion qui convient à tous les hommes.

« Nous conunencerons par la meilleure législation sociale, parce que c'est de légisKitiou qu'on s'occupe en tous lieux. D'ailleurs ce sont les gcuverncments qui ont dépravé la religion chez tous les peuples ; ramenons donc les lois fraternelles et unitives dans la famille lunnaine, ensuite nous ferons descendre du ciel l'amour divin, pour donner sa sanction au bonheur de l'univers.

« Voilà nos vues et nos projets. Les malveillants, qui déjà commençaient à répandre que nous voulions semer de nouveaux prin-

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cipos (lo diseurde et ini-oiidier les esprits, vont se trouver bien enipècliés dans leurs calomnies et leurs haines. Nous ne cherclions qu'à rapproclier et qu'à unir les hommes : nous ne voulons qu'amour et bonheur.

« Les premiers chapitres du Contrat social seront robjLl de Fexanien et des discussions de l'assemblée, qui se réimira dans huit jouis. Quand on sera convenu d'un article, on l'enveira par la feuille périodique, avec des développements, dans tous les chefs-lieux de nos correspondances, et de grandes lumières arriveront de toutes parts pour éclairer les principes de la vérité. »

Claude Fauchet se fit beaucoup de querelles à cause de ses opinions sur Voltaire; il eut là-dessus une correspondance avec Anacliarsis Clootz, dans laquelle le procureur général de la vérité et l'apùtre du genre humain luttent de politesse et de sensibilité (style du temps.) Charles Villette, l'un des derniers élèves du patriarche de Ferney, défendit aussi la mémoire de son maiti'e. Le journal du nouveau club, la Bouche de fer, répondit, et les lié colut ions de Paris terminèrent en se moquant de l'abbé Fauchet. La discussion, en un mot, Unit par des injures, conclusion sans doute fort peu intéressante [lour le public et encore moins pour nous, si l'on ne nous y apprenait que le [irincipal rédacteur des Récolulions de Paris en ce moment avait été oratoricn, comédien, puis rien (style de la Bouche de fer). Ce successeui' de Loustalot était Rouijer, l'un des orateurs des jacobins.

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