‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 31 sur 104 · LIVRE XI Y · texte numérisé non relu

LIVRE XI Y

t.MELTES. — RÉSISTANCK PU f.LER(;É. — NOVIMIîHE ET DÉCEMBRE 1790.

Chat. I. — Tactique du parti loyrlisie. — Situation des partis dans l'assemblée.— Séance oratreuse à l'occasion d'une adresse des Corses. — D fiances contre les fédérés. — Pétition de la commune de Paris, présentée par Danton, pour le renvoi des ministres. — Garde du roi. — ThéJtres. — Duel de Cli. Lamelh et de Castrics. — Dévastation de l'hotcl de Cas'.ries. — Chanu'emcnt de miiii.-.;ce

L'aniinosité des pai lis, datis le si in {}r rasscmbir-e nalio lale, était arrivée à un point exlième qu'il semblait impossible de dépasser. Le

KJ.M!; IV. 15

446 (novembre 1790) assemblée nationale.

côté droit avait, disaii-on, adopté une nouvelle tactique: c'était d'attaquer les personnes de ses adversaires ; c'était de conveilir les débats sérieux en discussions personnelles, de troubler ainsi les séances par des questions d'individualités, et de rendre par là les délibérations impossibles ou indignes de la majesté d'une assemblée nationale. La séance du 21 octobre, qui linit par la condamnation de Guilbermy aux arrêts, semble être une preuve et un exemple de la réalité de celte tactique. Cependant, quoi qu'on en ait dit dans le temps, quoi qu'en aient dit surtout des orateurs de la gauche, quelles qu'aient été même à cet égard les intentions secrètes de plusieurs membres de la droite, il est probable que de la part de la majorité, les désordres furent moins TeiTet d'un projet arrêté h l'avance, que le résultat de l'opposition radicale, habituelle et chaque jour croissante entre les deux tendances qui partageaient l'assemblée. En effet, celte hostilité que nous voyons se manifester en 1790 par des querelles personnelles, engendrera plus tard la guerre civile et la guerre étrangère.

Mais, afm de mettre le lecteur à même de juger par lui-même et d'apprécier quelle était cette tactique dont on accusait le parti royaliste, nous allons présenter la statistique morale de la constituante dressée par le marquis de Ferrières, l'un des membres de cette assemblée. Ce tableau, qui offre des renseignements précieux pour l'histoire et renferme certains détails qu'on ne trouve nulle part ailleurs, se rapporte directement à l'époque où nous sommes. Il est donc ici,^ous tous les rapports, à sa place et en son lieu. Le marquis de Ferrières ne peut d'ailleurs être suspecté d'aucune manière, ni de passion révolutionnaire, ni d'exagération constitutionnelle, et ce qu'il affirme du côté droit ne peut guère être mis en doute.

M. de Ferrières commence par s'occuper du côté gauche, qu'il appelle la majorité, avant de parler du parti qui était dans ses propres opinions. « Il existait, dit-il, dans la majorité de l'assemblée, une scission sourde qu'entretenaient les jalousies et les prétentions des deux clubs qui préparaient les décrets, le club des jacobins et le club de 1789. Le club des jacobins devait son origine (comme on l'a déjà vu dans cette histoire) à quelques députés bretons qui, lorsque les états généraux étaient à Versailles, se rassemblaient tous les jours alhi de prendre une délibération uniforme. Cette association devint bientôt plus nombreuse ; tous ceux qui tenaient au parti démocratique se joignirent aux députés bretons. L'assemblée s'étant rendue à Paris, le club breton loua une salle aux Jacobins de la rue Sahit-Honoré et continua de s'assembler sous le nom de club des Amis de la constitution. Le club breton jusipi'alors n'avait été

PARTI ROYALISTE. iAl

composé que île députés; mais, dès cotte époque, on y admit des membres de la commune et des districts. Bientôt on reçut tous ceux qui se présentèrent, n'exigeant d'autre titre qu'une soumission aveugle à la volonté des chefs et un entier dévouement aux principes révolutionnaires. Le nouveau club compta bientôt plus de douze cents membres, parmi lesquels plusieurs journalistes, tous les agents de la faction d'Orléans et une foule d'étrangers chassés de leur patrie, gens sans moralité, pour qui les révolutions sont un patrimoine. — Les deux Lameth et Barnave gouvernaient le club des Jacobins. Robespierre, Pétion, Antoine, Salle, Dumetz, tous chefs de bande, mais réunis aux mêmes intérêts et agissant de concert, souffraient impatiemment le joug impérieux des Lameth, jalousaient la popularité de Barnave, épiaient l'occasion de la lui enlever (1).

a Le club de 89, ainsi nommé de l'année de sa fondation (il ne s'ouvrit cependant que le -12 avril 1790), était composé des députés qui voulaient une constitution monarchique mixte, telle à peu près que celle que proposa le comité de constitution de l'assemblée. Leurs efforts ne tondaient qu'à rétablissement de celte constitution, qu'à la garantir des entreprises do la cour, des attaques des nobles et des prêtres. Ils espéraient que Louis XVI, né sans ambition, content des avantages que lui réservait le nouveau gouvernement, habitué à n'avoir que Tombre de la royauté, à être mené par la reine et par ses ministres, se réunirait à eux et adopterait de bonne foi la constitution. Les clubistes n'attribuaient point à ce prince les obstacles qu'ils éprouvaient, et ils avaient raison. Louis XVI, abandonné à lui-même, se serait soumis aux circonstances. Ce sentiment, quoique commun à la plus grande partie des membres du club de 89, n'était pas toutefois général. Quelques-uns auraient préféré la ré[)ul)liqiie; mais la crainte que la chute de Louis XVI, au lieu d'une républi(pio, n'amenât l'anarchie ou le duc d'Orléans, les tenait attachés à la monarchie constitutionnelle. — Lafayette, Baillij, Rœderer, Dupont de Nemours, Chapelier, le duc de La Rofoucaald, Sieijès, chefs du club de 89, étaient originairement membres du club des jacobins. Fatigués du bruyant des séances, de la déraison des orateurs, de la nécessité d'obtenir et de captiver la faveur populaire, nécessité qui force l'honnêlo homme de dissimuler sa pensée, et, s'il vont commander, d'obéir d'abord à tous les ca-

(1) Rappelons ici ce qui a été dit précédemment : Le nombre des membres de rassemblée nationale dans le club des jacobins s'éleva à plus de quatre cents. {Lamelh, Hisf. de la Consl.)

148 (novkmbre 1790) ASSFMBM-n; natioxalp.

priées d'une inultitude ignorante el, grossière, ils cessèrent peu à peu d'assister aux séances des jacobins, et vinrent s'étaler pompeusement au Palais-Royal dans un appartement superbe et avec tout le fracas propre à allirer et à frapper la multitude. — Le club de 80 eut aussi, lui, un grand nombre d'auxiliaires, des philosophes, des académiciens, des financiers, des capitalistes, des hommes de lettres, Condorcet, Marmontd, Chawpfort, Clavièrcs, Diirovray. Il comptait parmi ses membres les principaux meneurs dos comités et les hommes les plus marquants de la majorité de l'assemblée. — On y discutait ainsi qu'aux Jacobins des matières politiques, mais on les discutait avec décence : de plus on y donnait d'excellents dîners. — Au reste, on y ambitionnait, comme aux Jacobins, la faveur populaire et l'on y employait pour l'obtenir, tout comme aux Jacobins, les adresses et les dépulations. — Les vainqueurs de la Bastille venaient-ils féliciter les jacobins de leur énergie; les dames de la balle arrivaient au même moment au club de 89, adressaient un beau copipliment au géuie de M. Bailly; elles n'oubliaient pas le bon générât" Lafayette, le grand Mirabeau qui disait de si belles choses à l'assemblée, ni M. Chapelier qui, sans cesser d'être bon Breton, était devenu bon Parisien.

« Le comte de Mirabeau, haï, mais craint et recherché des chefs des deux clubs, faisait pencher la balance pour l'un ou pour l'autre, selon qu'il se réunissait aux jacobins ou aux 89. Il ne possédait la confiance d'aucun des chefs; mais ils l'employaient à faire passer leurs délibérations secrètes : car les jacobins et les 89 avaient un comité dans lequel se discutaient et s'arrêtaient les dityérenis projets relatifs à la révolution, avant qu'on les portât à l'assemblée générale des clubs et qu'on les soumit ainsi à l'opinion publique.

« Les jacobins et les 89, quoique ennemis, se réunissaient cenendant lorsqu'il s'agissait d'attaquer la noblesse, le clergé ou l'autorité royale. Ils se réunissaient encore loisqu'il fallait obtenir quelque décret populaire.

« Il n'y avait à l'assemblée nationale qu'à peu près trois cents membres véritablement hommes probes, exempts d'esprit de parti, étrangers à l'un et à l'autre club, voulant le bien, le voulant pour lui-même, indépendamment d'intérêts d'ordre, de corps, toujours prêts à embrasser la [troposition la plus juste et la plus utile, n'importe de qui elle vint et par qui elle fût appuyée. — Adoptant toujours ce (jui était bon, éloignant toujours ce qui était mauvais, ils ont souvent donné la majorité à des délibérations qui, sans eux, eussent été rejetées par un esprit de faction.

« Je ne saurais m'empêcher à ce sujet de remarquer la conduite

P.vnTI nOYAIJSTE. W.)

inipoliliquf dos iioltics el dos évoques. Comnio ils ne londaioiit qu'à dissoudre rassemblée, qu";i jeter la défaveur sur ses opérations, loin de s'opposer aux mauvais décrets, ils étaient d'une indifférence à cet égard que l'on ne saurait concevoir. Ils sortaient de la salle lorsque le président posait la question, invitant les députés de leur parti à les suivre; ou bien, sMls demeuraient, ils leur criaient de ne point délibérer. Los clubistcs, par cet abandon, devenus la majorité de l'assemblée, décrétaient tout ce qu'ils voulaient. Les évoques et les nobles, croyant formement que le nouvel ordre de clioses ne subsisterait pas, balaient avec une sorte d'impatience, dans l'espoir d'en avancer la clnite, et la ruine de la monarcliio et leur propre ruine. A cette conduite insensée ils joignaient une insouciance insultante et pour rassemblée et pour le peuple qui assistait aux séances. Ils n'écoutaient point, riaient, parlaient baut, confirmant ainsi le peuple dans Topinion peu favorable qu'il avait conçue d'eux , et au lieu de travailler à regagner sa confiance, ils ne travaillaient qu'à acquéiir sa haine et son mépris. Toutes ces sottises venaient de ce que les évoques et les nobles ne pouvaient se persuader que la révolution était faite depuis longtemps dans l'opinion et dans le cœur de tous les Français. Ils s'imaginaient à Paide de ces faibles digues, contenir un torrent qui grossissait cbaque jour. Ils ne faisaient qu'amonceler ses eaux, qu'occasionner plus de ravages, s'entêtant avec opiniâtreté à l'ancien régime, base de toutes leurs actions, de toutes leurs ()[ipositions, mais dont personne ne voulait. Ils forçaient, par cette obstination raaladnùte, les révolutionnaires à étendre leur système de révolution au delà même du but qu'ils s'étaient proposé. » [Mémoires du marquis de Ferriores, liv. VIL)

La séance que l'on va lii'e offi'e un exemple du genre de désordre dont se plaint Taufour (|ue nous venons de citer, et dans lequel la })rosse voyait l'eilet d'une tactique nouvelle dos controrévolutionnaires.

Sf:ANCE DU () NOVEMBRE. — Uuc députatiou du corps électoral de l'ile de Corse se présente à la barre. « Deux de nos députés, disent-ils, sont demeurés fidèles au vœu de leurs commettants ; nous les trouvons dans le clienun do l'bonneur et sur la ligne dos meilleurs patriotes; mais les deux autres... » A ce moment s'élève le [dus violent tumulte. Une partie du coté droit veut que les députés corses soient chassés de la salle. Maury prend la parole pour demander qu'il soit donné acte aux députés inculpés de l'injuie qu'ils viennent de recevoir et qu'un tribunal soit désigné pour faire juslii(! des calomniateurs. «Vousètes, contiimo roratoui- au milieu des

iô.

ISO (G INOVEMBRE 1700) ASSEMBLEE NATIONALE.

iateniiplions, vous êtes dépositaires de l'outrage qui vient d'être fait à vos collègues. Des législateurs, à qui l'on demande des juges, ne peuvent pas les refuser. C'est là, c'est par le liibunal que vous nommerez, qu'on verra quel'est le i)arti le plus digne de la confiance publique; là le peuple verra que ces dénonciations fanatiques qui retentissent dans cette enceinte ne sont faites que pour le tromper, pour lui désigner des victimes ; là il verra si les partisans de la monarchie, si ceux qui exécutent leurs mandats, sont ses ennemis. Un autre tribunal auquel nnus confions notre justification, c'est la postérité. Mais si vous nous refusez les juges que nous vous demandons, nous entendrons parfaitement les conséquences de vos refus.

M. Salicelti, député de. la Corse. Mes compatriotes n'ont point entendu insulter les représentants de la nation ; ils viennent vous dénoncer formellement deux de vos collègues qui certainement sont très-coupables. Vous avez depuis longtemps décrété qu'aucun député ne pourrait être traduit devant les tribunaux, sans un jugement préalable de l'assemblée nationale, qui déclare s'il y a lieu à inculpation. 11 faut donc que vous entendiez les charges de l'accusation, .le vais vous lire une lettre écrite en Corse, par M. l'abbé Peretti; elle est traduite de l'italien. L'original...

M. Riquetti rainé (ci-devant Mirabeau) : est dans mes mains... J'ai été on ne peut pas plus étonné d'entendre un homme d'esprit comme M. rabl3é Maury venir à la tribune réciter plusieurs phrases du mémoire de M. de Calonne... Je n'ai pas éprouvé un moindre étonnement quand j'ai entendu un prêtre venir invoquer la vengeance individuelle pour juge, dans le sanctuaire des lois. Je n'attendais, pour mettre fin à ce débat tunudiueux jusqu'au scandale, que la pièce qui devait la terminer: j"ai l'ait prier le dépositaire de mêla communiquer'. Elle vous paraîtra peut-être plus que sultisante pour justilier le profond ressentiment que les députés de la Corse ont eu le droit d'exhaler dans le scinde l'assemblée nationale. Voici la lettre de M. l'abbé Peretti :

«La religion est en péril. Le Seigneur sera sans doute fidèle aux promesses qu'il a faites à son Église, de ne l'abandonner jamais, et les efforts des impies ne pourront prévaloir contre ses volontés. Cependant je ne |)uis garder le silence, lorsque toutes les lois nouvelles tendent à détruire la foi, la piété, la religion. 11 nous est impossible de tolérer tant de désordres. Le parti dominant de l'assemblée nationale croit qu'il n'est point de boines à son pouvoir et à sa compétence. Ce que vous devez à votre conscience, c'est d'jitlliérer h la déiibéRtioii du cluipitre de l'uris, et \i celle d'nne

ADRESSE CORSE. 1î)l

partie de l'assemblée nationale... Tous les malheurs ont trouvé place dans notre malheureux pays , quoique l'erreur des Calvin , des Luther, n'y ait jamais pu pénétrer... On a déjà fait un rapport sur la réduction des églises. Les amis de la politique et de la religion s'efforcent de s'opposer à ce projet; mais les archiapôtres, les archirois croient (jue tout est de leur ressort. J'ai déjà fait un mémoire pour la conservation de nos trois évêchés ; mais mon projet ne sera peut-être point accepté; deux de nos députés lui sont contraires. Toutefois, je vous prie de suspendre votre jugement jusqu'à ce que je vous aie rendu un compte détaillé de ma conduite... » (Le côté droit applaudit et demande l'impression de cette lettre.)

J'étais bien sûr que cette humble préface exciterait les applaudissements qui m'interrompent. Vous avez entendu un fragment de lu correspondance apostolique de Fabbé Peretti. Je vais vous lire un morceau de sa profession de foi politique, en tant qu'elle a rapport à sa correspondance apostolique.

« Le lô du courant (avril), nous avons été témoins d'un spectacle bien capable d'irriter les vrais défenseurs de la religion. On devait décréter que la religion catholique était la seule dominante Le parti de la majorité fit distribuer des invitations au peuple de s'attrouper, et de venir à l'assemblée nationale pour nous effrayer, ou |iour nous assassiner en cas de résistance. Les rues étaient remplies (l'un peuple égaré qui nous menaçait. On entendit crier, même dans l'assemblée, (|u'il fallait pendre tous les aristocrates pour que tout allât bien. On exposait en public des figures qui représentaient les aristocrates une corde au cou. (Plusieurs membres du coté droit : C'est vrai.) On avait diessé des potences partout. On rencontrait des bourreaux à chaque pas. Le parti favorable à la religion fut vaincu ; on ne lui permettait pas même de parler; à chaque parole, il était interrompu par les hinlernents du peuple, et par le bruit que faisait le parti duminanl. Le décret fatal fut prononcé à une grande majorité. Le commandant de la garde nationale et M. Bailly lui donnèrent leurs voix. L'évêque d'Autun, un prêtre et un moine du côté gauche, n'ont point donné de voix. Aussitôt que le décret fut prononcé, la salle retentit d'applaudissements... Enfin, on fait tout pour détruire la religion, etc. »

M. Foucault. Oui, j'en fais la déclaration expresse, et je demande l'impression de cette lettie.

— MM. (rAnd>ly et Lautrec courent à la tribune, en menaçant M. Hiquetli. Les huissiers, les arrêtent; ils courent au fauteuil du président; tous les niembres du côté droit quittent b-urs bauc«,

ÏM ((» NOVEMBRE 1790) ASSI-MBLÉIÎ NATIONALE.

demandent la punition do M. Riquetli. Levieiix d'AniJjly, dit Ferrières, s'emporta jnsqirà menacer Mirabeau de sa canne. On distingue au milieu du tumulte ces mots plusieurs l'ois répétés : Ce Mirabeau est un grand gueux !

M. liiquctti. Je ne conçois pas d'où vient ce désordre à la suite de la lecture que j'ai faite de la lettre de l'abbé Peretti.

M. Virieti. Vous nous insultez.

M. Riquetti. J'ai dit une fois dans cette tribune que notre force fait notre faiblesse ; il me serait en effet trop aisé d'obtenir une éclatante vengeance des injures qui me sont faites, pour que je puisse le désirer. (L'assemblée et les tribunes applaudissent à plusieurs reprises... Plusieurs membres du cùté droit: Voulez-vous nous assassiner? Faites avancer vos phalanges, s'écrient à la fois Faucigny et Foucault; allons, monsieur de Mirabeau, des assassins. (Mém. de Ferrières.) Si nous avons des pbalauges à notre disposition, et que vous n'ayez que des libelles à la vôtre, il faut convenir que notre patience est grande... Il serait trop connnodc de se tirer d'un pas embarrassant par des cris et du tumulte. Tout le monde a pu juger les motifs du débat que l'on a suscité. On a provoqué la sévérité de l'assendjlée contre les députés qui sont à la barre : est-ce ainsi qu'on a cru nous faire consacrer le dioittle pétition, qui est l'incorruptible gardien de la liberté?... Sommes-nous dans une assemblée délibérante ou dans une arène de gladiateurs 1 Est-ce que ceux qui nous interrompent n'insultent pas eux-mêmes à la souveraine majorité de l'assemblée? Quand les députés de la Corse seraient coupables, les réclamants ne sont-ils pas eux-mêmes soumis à la juridiclion de l'assemblée? Comment peut-on excuser tous ces hurlements, tout ce désordre?... (Bruit et interruption.) Nous ne nous y ti'ompons pas; nous observons depuis longtemps les divers moyens qu'on emploie successivement pour faire passer l'asseuiblée pour un conciliabule ou pour un champ de bataille. (Nouveaux cris du cô.c droit, nouveau tumulte.) Ne reconnaissez vous pas qu'on veut nous faire perdre le temps, a(in de pouvoir dire : \\»yez les moments qu'ils consument pour faire leur interminable ouvrage! Gela serait bien vrai, si on voulait suivre les habitudes et les rites d'un certain nombre de conspirateurs. (La partie gauche applaudit.) Je crois que la lettre que j'ai .lue suffit à la justification des députés corses; pour moi, je dois compte à leur [alriotisme de s'effrayer du danger où met peut-être leur patrie l'impudence de ceux qui ont écrit de pareilles lettres. (De nombreux applaudissemenls accompagnent M. Riquetli jusqu'à sa place.)

M. Fabbé Peretti. Je conviens que j'ai écrit la première lettre lue

ADRESSE COUSE. 1 Tiô

îiar lo pr(''ii[rmanl ; quant à l'autre, elle n"a ('h'- adrossée qu'à un ami. J'ai (leniau(k'' à l'Iionnue à qui je l'ai écrite de me la renvoyer; il ne nfa envoyé que le certilicat qu'il a reçu à lu po^le. Il me parait bien étonnant que cette lettre soit tombée entre les mains de M. Salicetti. .Je ne i)uis croire qu'elle lui ait été adressée, comme il me le dit ; j'ai dit qu'on avait dressé des potences, c'est-à-dire des lanternes ; quant à ce que j'ai dit des bonireaux, il est certain que j'ai été menacé, que M. l'abbé Maiiry a manqué d'être pendu ; quant au reste, je l'ai écrit moi-même : je m'en confesse et je me soumets à la peine; mais j'assure que ce n'est qu'une lettre particulière, et qu'elle a été altérée dans la traduction.

On décrête de passer à l'ordre du jour.

M. Foucault. Monsieur le président, j'y consens; mais c'est pour faire grâce à M. Mirabeau.

In membre du côtr droit. C'est le plus insolent des assassins.

J/ Hegnuult (ci-devant Montlosier). Je demande la parole; je l'aurai.

.1/. le président. Il vient d'être décrété qu'on passerait à l'ordre du jour

,1/. Begnault (ci-devant ^ionllosieri. Je demande l'ordre du jour, mais non pas l'ordre des insolences ; je réclame le cliàliment des députés de Corse; je demande qu'ils soient éconduits.

M. le président. Une partie de l'assemblée demande et s'obstiue à ce que les députés soient entendus.

il/. Lameth. On ne peut pas mettre aux voix si on entendra les députés d'un pays qui s'est donné à la nation : c'est une indécence; je demande la question préalable.

.1/. le président. On réclame; je suis oblii,'é de prendre les voix.

On déeid(> à une très-grande majorité que les dé[uités continueront la lecture de leur adresse.

.1/. Itegnault (ci-devant Montlosier). Nous déclarons que nous ne snull'rirons pas d'insolence, à quelque prix que ce soit.

Les dé[tntés de Corse veulent continuer. Le tumulte redouble au côté droit, dont fous les membres se répandent en grou[»es au milieu de la salle; plusieurs menacent de quitter la séance.

M. le président se couvre.

Tdiis les députi's qui étaient couverts ôtent leurs cbapeaux. Les membres de la minorité lepreunent le cbemin de leurs gradins. — Mais à peine le silence parait-il rétabli, qu(,' les députés corses sont de nouveau interrompus.

Après une demi-heui'c d'ciïiiils [xinr se l'aire rnicudrf :

\M (C) XOVP.MRRE ITIIU) ASSEMBLÉE NATrOXALK.

M. le jwésidetit . Il y a un décret qui ordonne que la lecture de l'adresse suit continuée; je déclare sur ma responsabilité de sévir avec la plus grande rigueur contre tous ceux qui interrompront. (La très-grande majorité de l'assemblée et les tribunes applaudissent à plusieurs reprises.)

M. Begnault (ci-devant Montlosier). Je déclare que j'interromprai l'adresse si elle contient la moindre injure.

M. Follevi'le. On a fait la motion que les députés qui sont à la barre fussent cbassés; cette motion est appuyée; elle doit être mise aux voix.

il/, le président. Quand ils auront parlé sans interruption, je mettrai aux voix les motions qui sei'ont faites. En attendant, je déclare que je ferai exécuter le décret.

L'orateur de la députation. Nous savons trop combien les opinions doivent être libres dans cette assemblée, pour inculper la conduite que nos députés ont tenue dans l'intérieur de cette salle ; mais nous vous les dénonçons pour avoir porté jusque dans nos contrées l'influence de l'esprit de parti. L'un d'eux vous a dit dans cette tribune que le général Paoli était un despote; comme s'il avait oublié que c'est sous ses ordres que nous avons vei'sé notre sang pour la liberté. 11 a ajouté qu'il était à la tête d'un parti qui devait livrer la Corse entre les mains d'une pnissance étrangère. Peut-on ainsi méconnaître nos sentiments? a-t-on pu croire que nous trabissions nos serments, notre bonbenr? Nous renouvelons le serment de vous rester tidèles, de défendre vos décrets jusqu'à la dernière goutte de noire sang, et de vous prouver que nous sommes dignes de votre adoption. (Une très-grande [lartie de l'assemblée apidaudil.)

M. le président. L'assemblée nationale reçoit avec satisfaction l'bommage de vos vœux et de votre reconnaissance. Elle a établi la liberté ; vous avez combattu pour elle, vous êtes dignes de partager ses triompbes... Elle sait que si la force a donné des sujets à la France, il était réservé à l'inlluence des lois et de la liberté de lui donner des citoyens.

— M. le président s'adresse ensuife à l'assemblée : Comme les expressions des députés corses ont donné lieu à quelques discussions, je crois devoir consulter l'assemblée pour savoir si elle veut les admettre dans l'intérieur de la salle.

On décide l'affirmative à une très-grande majorité.

MM. les députés de la Corse vont se placer à l'extrémité gauclie, au milieu des apiilaudissements répétés de l'assemblée et du jiulilic.

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