‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 33 sur 104 · A REFUSÉ · texte numérisé non relu

A REFUSÉ

« Que signifie celte désobéissance ? .

« Après ce refus, le maire de Paris a été de nouveau requis par la conmume de se mettre à la tête de la députation : le maire de Paris a refisé encore une fois.

« Quelles sont les raisons du maire?

« D'abord il ne croit pas, dit-il, devoir se permettre de marcher « à la tête de la députation sans le consentement du conseil géné- « rai. »

« 11 est bien étonnant que M. Bailly, membre de l'assemblée nationale, par conséquent législateur, ignore ou veuille ignorer les premiers éléments du droit politique et de ses devoirs... Que M. Bailly sache qu'il n'est en sa place que l'agent responsable de la commune, sans jamais cesser d'être soumis à sa volonté légale et reconnue ; qu'il sache que si la commune pouvait s'administrer elle-même, elle n'aurait pas besoin de magistrats municipaux ; que par conséquent il ne tient avec la municipalité la place de la commune que pour agir et parler en son nom ; et que lorsque la commune le requiert, au gré de la loi, de dire ou de faire telle chose, son devoir est d'obéir, parce qu'alors il dit et fait la volonté de tous avec bien plus de certitude que lorsciu'il fait un acte d'autorité par lui seul; car il ne fait et né peut faire cet acte d'autorité qu'au

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nom do la conimune. — «Ensuite, dit M. le maire, il sérail dan- « gereiix dans ces moments de fermentation de porter l'adresse de « la commune à l'assemblée nationale, surtout si le maire do Paris « était à la tête de la députation. »

« Et dans quel temps M. Baiily pense-t-il que le peuple doive se plaindre, si ce n'est quand il en a de justes causes ? Et dans quel temps y a-t-il de la fermentation, si ce n'est quand !e peuple murmure et se plaint? Selon le raisonnement de M. Baiily, c'est donc quand le peuple est pressé de se plaindre qu'il faudrait qu'il ne se plaignit pas. Cette belle logique pourrait bien avoir ses moyens de défense; mais nous conseillons à M. Baiily de s'en servir auprès des personnes qu'il redoute iiout-être , mais non devant le peuple, qui l'a choisi pour le défendre et maintenir ses droits. »

Séaxce du H) .NOVEMBRE. — M. le maire de Paris. J'ai l'iionneur de vous présenter une députation des quarante-huit sections composant la commune de Paris. Elle a rédigé une adresse où son vœu est déposé; ce vœu est le résultat des inquiétudes du peuple... Je vous supplie d'entendre cette adresse avec bonté, et de peser, dans votre sagesse, les objets qui vont être soumis à votre surveillance paternelle.

M. Danton, orateur de la députation. L'assemblée nationale a cru devoir décider (pi'il n'y avait pas lieu à délibérer sur la proposition qui lui a été faite, de déclarer au roi que les ministres avaient perdu la confiance publique.

L'assemblée nationale, les amis de la lilicrté, la France entière, n'en avaient i)as nnnns lieu de penser que ces ministres ne porteraient pas rini|iudcur jusqu'à se faire un triomphe d'un décret négatif. La Erauce entière avait lieu de penser qu'ils donneraient une démission que l'asseudjlée nationale aura toujours le droit d'exiger lorsqu'elle le jugera convenable.

M. l'abbé Maury. Qui est-ce qui a dit cela? (Il s'élève beaucoup de murmures, on demande que M. l'abbé Maury soit rappelé à l'ordre, et que l'oiateur continue. )

M. Cazalès. Ou dnit tout écouter, même les absurdités politiques.

L'orateur de la députation. Ld. commune de P.nis, plus à pditée qu'aucune autre commune d'apprécier la conduite des nùmslies...

M. l'abbé Maury. Pourcjuoi cela?

(On munnurc et l'on insiste pour (pi(> M. l'abbé Maury garde le .silence.)

KiO (10 NOVIMBKK 1700) ASSKMBl.l-n: NATIONALF.

L'orateur de la députation. Celle coinmiine, composée de citoyens ([iii appiirliennent en quelqne sorte anx quatre-vingt-trois départements (plusieurs membres de la partie droite : Cela n'est pas vrai), jalouse de remplir, au gré de Ions les bons Français (plusieurs mend^res de la droite : Il n'y en a pas d'autres), les devoirs de première sentinelle de la constitution, s'empresse d'apporter un vœu cber à tous les ennemis du despotisme; un vœu qui se serait l'ait entendre de toutes les parties de la grande famille de l'État, si les sections de l'empire avaient pu se réunir aussi promptemenl que celles de Paris. Ce vœu est le renvoi prompt, le renvoi immédiat des ministres.

M. l'abbé Maury. Je demande la parole.

L'orateur de la députation. L'un d'eux, M. Champion, est accusé, et déjà convaincu d'avoir altéré le texte de plusieurs décrets (plusieurs membres de la partie droite : Cela n'est pas -vrai), d'avoir retardé l'exécution et l'envoi de décrets qui importaient à la tranquillité publique, et notamment de celui qui ordonnait l'information contre les contre-révolutionnaires de Montauban (plusieurs voix de la droite : Il n'y en a pas); d'avoir clioisi pour commissaires du roi un grand nombre d'individus ennemis déclarés du nouvel ordre de choses, et notammenl pour le tribunal du district de Moissac, le procureur syndic de la commune de Montauban, accusé d'être un des plus ardents fauteurs des troubles de cette dernière ville. (Plusieurs membres de la droite demandent que l'orateur de la députation soit rappelé à l'ordre.)

M. le préskient. Plusieurs mend)res ont demandé la parole sur différentes phrases de la pélilion dont on vous l'ait lecture. 11 faut attendre que cette lecture soit achevée.

M. Faydel s'approche du bureau, et parle sans qn'on puisse l'entendre, parce qu'une giande partie de l'assemblée se joint aux efforts de M. le président pour lui imposer silence. M. Faydel s'obstine à parler, et on demande qu'il soit conduit à l'Abbaye.

L'orateur de la députation. Enlin, d'avoir fait imprimer pour ces mêmes commissaires du roi une longue instruction, dans laquelle les décrets sont commentés, et les pouvoirs de ces commissaires étendus au delà des bornes prescrites par la constitution.

Un autre, M. Guignard, qui ne connaît d'auln^ patriotisme que celui qu'il a puisé dans la [loliticjue du Divan, est accusé juridiquement d'avoir osé menacer de son fameux damas les têtes patriotiques. Ceux qui ont lu le journal, les interrogatoires de ^I. Bonne- Savardin et ses rép(in:>es, ne doutent pas (pn' M. Guignard ne soit

MI\[STRi:S. ICI

un dos comjiliccs du plan do contre-révolution de M. Maillebois. Il est encore convaincu, par ses propres écrits, d'avoir teulé de former on Bretagne un noyau d'armée, autour duqnel devaient se rassembler les mécontents. 11 est accusé de la contre-révolution projetée à Versailles au mois de se[)tend)re I7S!); il est accusé du projet récent, aussitôt détruit que formé, de créei' une maison militaire du roi, de six mille hommes, avant que rassemblée nationale ait statné à cet égard; enfin, il est accusé d'avoir fait outrage aux gardes trançaises, ces illustres coopérateurs de la révolution, en clierclianl à les séduire par des promesses, comme s'il avait voulu pié[)arer sur leurs tètes le châtiment des vertus patriotiques qu'ils ont montrées, et qui seront toujours pour les fauteurs du despotisme des crimes irrémissibles.

Le tioisiéme, M. La Tour-du-Pin, incapable d'aucune action qui lui soit piupre. mais ennemi de la révolution, parce qu'il prenait SOS parclu'iuins et sa vanité pour une véiitable noblesse (il s'élève beaucoup do murmures dans les deux parties de la salle), moins coupable qu'un autre, parce que sa maladresse ne lui permettait [las d'être dangeieux, a dégarni les frontières, opprimé, llétri un grand nombre de soldais et de sous-officiers, fait revivre les lettres de cachet, et détenu dans les prisons un sous-officier contre le(iuel il n'y avait ni jugement, ni instruction, ni accusation; enfin, il a, sous les yeux de l'assemblée nationale même, fait arrêter les députés d'un corps mililaire, des soldats munis de congés. Ces trois ministres, il en est temps, sous l'empire de la liberté, ne doivent plus s'aimer contre le peuple même de l'indulgence des représentants (lu peuple.

Vous avez sé[)aré M. Montmorin : on l'avait accusé de vous avoir, pendant plusieurs jours, caché les armements de l'Angleterre, sous prétexte de ne pas troubler les fêles de la fédération ; mais vous avez jugé ses intentions, et il a obtenu de vous une dislinclion honorable. La commune de Paris ne cherche pas des coupables, mais elle doit assurer sa surveillance de manière que le lenqtle de la liberté devienne l'asile le plus sûr des fauteurs du despotisme , et (pi'ils regardent son culte extérieur comme le seul moyen qui leur reste pour adoucir la vengeance des lois; vainenient objeclera-t-on (pie la comnmne n"a|iport(î pas de preuves; la nation a le droit de dire aux maudataiics qu'elle soup(;omie : Vous êtes indigues de la coidiaiu'o publique, par cela seid ipie vous vous obstinez à rester dépositaiios d(; mes intérêts pendant l'instruction du piocès (pie je vous intente. Quand l'assendth'e nationale, par l(! décret que nous attendons de sa sagesse, aura détruit com-

']n2 (10 XOVEMUIiE 1700) ASSKMBLfiK NATIONAI.K.

plélenient les ressources et l'espoir des ennemis de la liberté, elle constituera la liante cour nationale, et lorsque quelque grand exemple apprendra aux ministres que la responsabilité n'est point une chimère, nous les verrons peut-être enfin se soumettre à la volonté de la nation.

- La commune de Paris, en conséquence de la dénonciation qu'elle fait de MM. Guignard, Champion et La Tour-du-Pin, supplie l'assemblée nationale; r de déclarer au roi que ses ministres sont indignes de la confiance publique, et de le prier de les renvoyer ; 2" d'organiser pronqitement une haute cour nationale, ou tel autre tribunal destiné à connaître des crimes de lèse-nation, et de ceux de la responsabilité des ministres et autres agents du pouvoir exécutif; 5" d'ordonner que, sur la dénonciation déjà laite, le procès sera instruit et jugé contre MM. Champion, La Tour-du-Pin et Guignard ; 4" de prendre toutes les mesures nécessaires afin qu'aucun ministre ne [)uisse sortir du royaume ni de la capitale, jusqu'à ce qu'il ait été déclaré légalement quitte et déchargé du compte de son administration.

— 11 s'élève une discussion entre Cazalès, Montlosier, Muguet et Goupil, pour savoir si quelque orateur doit être entendu avant M. le président, et si ce dernier ne doit pas communiquer son discours avant de le prononcer. Ces deux motions sont rejetées. Le président répond à la députation de la commune par quelques mots sur le droit de pétition. Il déclare que le chef de la nation ne repoussera pas des plaintes que la mimicipalité peut sans doute établir sur des preuves; que de son côté l'assemblée nalionale les pèsei'a dans sa sagesse, et qu'elle accorde les honneurs de la séance à la députation.

Dans le même temps, le bruit courait dans Paris que le roi, sons prétexte de monter sa maison militaire, allait réunir une garde dévouée autour de sa personne. Lafayctte donna à ce sujet des explications au conseil général de la commune, le 10 novembre. Il dit que « les ennemis de la paix publique s'étaient efforcés de jjersuader aux troupes soldées que l'assemblée nationale, le roi, la nnmicipalité, les oublieraient ou les repousseraient; qu'on avait cherché à inquiéter la capitale sur nue piétendue formation d'un corps de six mille hommes pour une maison militaiie du roi, composée entre autres de ceux des ci-devant gardes françaises qui n'avaient pas joint nos drapeaux, que lui connnandant général avait cru devoir en parler à Sa Majesté, etc. » Le billet suivant avait été concerté, en effet, fiiitre le roi cl Lafayctte. Il bit lu à ja uiêiiie séance ;

GAKDE DU ROr. 165

Au général Lafayetlo.

Je vous préviens, monsieur, que lorsque je formerai ma maison militaire à pied, mon intention est d'y admettre, comme vous m'en avez parlé, les grenadiers suidés de la garde nationale de Paris et une partie de la garde soldée. Je vous consulterai sur le travail dans le temps que je compterai le mettre ù exécution, ainsi (pie sur le service des volontaires des différents gaides nationaux. Vous savez que mon intention a toujours été (ju'ils fassent le service aui»rès de ma personne dans les différents endroits où je me rendrai.

Signé : LOLis.

Séance di; 11 novembre. — Biauzat piononce un discours sur les inquiétudes qu'inspire le prujet d'une nouvelle garde du roi; il demande que l'assemblée examine s'il convient de créer cette garde, et, dans le cas de raflirmative , qu'elle,, décide comment elle doit être organisée. Beauliarnais appuie cette proposition; il pense, en outre, qu'il est important de décréter que jamais, et dans aucune c'.rconstance, le roi ne commandera les troupes en personne. Malouet s'élève contre ces propositions qu'il considère connue amenant la désorganisation de l'état monarciii(jue, sous lequel, dit-il, le peuple veut vivre. Alexandre Lametli parle; confie le système de quelques individus qui voudraient présenter les amis de la liberté comme les ennemis de la royauté. (Plusieurs voix de la dioite : Oui, oui; toute la gaucbe : Non, non.) 11 déclare (}ue l'alliance vraiment sainte et durable est celle du prince et du peuple cinieidée par la destruction de toutes les tyrannies intermédiaires, et demande le renvoi de la motion de Biauzat aux comités militaire et de cnnstitution. L'assemblée décrète ce renvoi, ainsi que celui de la motiinide Beauliarnais. Foucault et Uocliebrmie deuiandent acte de ce que liersonne du côté druit ne s'est levé.

Ainsi la méfiance et les soupçons (jue toute occasion faisait naître, passaient du peuple dans le sein de l'assemblée ou revenaient de celle-ci dans le peuple. Les deux giands paitis (jui divisaient la nation étaient toujours en présence ou s'y sentaient toujours. Les contre-révolutionnaiics qui n'avaient point le nond^e pour eux et anx(piels étaient interdites les manifcstidions sur la place pulili(|ue, s'étaient léfugiés aux théâtres. C'est là qu'ils faisaient leuis émeutes. «Les salles de spectacle étaient devenues des cliamps clos on les deu.v jiarlis se livraient de perpétuels coudiats, dit Ferrièies. Les aristocrates, l(tujours conliants, croyaient bonnement dominer ropiuion

KU (NOVRMBnK 1700) ASSFMHLÉR NATFONALR.

publique, ot c'étail aux spectacles qu'ils allaieul l'étudier. Là, lorsqu'uue allusion favorable leur penne! lait de faire éclater leurs sentiments pour le roi ou pour la reine, ils estimaient un grand triomplie de couvrir la voix de l'acteur par de brnyants b:dtements de mains, et de montrer ainsi aux jacobins que leur parti était le plus fort. ]ls allaient ensuite triomplicr dans les cafés, tandis que les plus empressés couraient au cbàteau assurer que le parti révolutionnaire était écrasé, que l'opinion publique cbangeait visiblement. Mais, ils ne jouissaient pas longtemps de ce faible avantage. Les jacobins se rendaient en niasse au spectacle suivant, insultaient, maltraitaient les aristocrates, affectaient d'applaudir à tous les vers qui avaient quelque lapport à la liberté et de siffler tous ceux qui pouvaient rappeler l'amour du peuple pour les rois. Ainsi le gant jeté si imprudemment par les aristociates ne servait qu'à raviver les haines. » [Mémoires de Ferrières.)

Les administrations théâtrales trouvaient leur intérêt à représenter les pièces les plus propres à exciter ces rivalités qui remplissaient leurs salles et leurs caisses. On reprit Brutus, an Tliéàlre-Français. « Brutus, le père de la liberté romaine, disent les Révolutions de Paris, a paru deux fois sur la scène fiançaise depuis huit jours; il a été accueilli par les i)atriotes avec ivresse. Les aristocrates ont frémi d'entendie les piuicipes destructeurs de la tyrannie, et aussi anciens que le monde. Ils étaient ébahis de voir que Voltaire, gentilhomme et gentilhonnne ordinaire du roi, eût put tracer en 1750 des maximes de droit politique avec une énergie digne du 14 juillet 178!l. Ils semblaient se demander raison de cela, et se dire : c< Eh! mai<, mon Dieu! c'est inquoyable, en véïtè, c'est inimazinahle... Mais il n'y avait donc pas de yeltenam-généal de poïce dans ce temps-là? » Alors ils ont pris le parti de Messala. Ce Messala est un maïaud d'aristocrate qui parle de la liberté du peuple comme les courtisans en parlaient à l'Œil-de-Bœnf le jour de la siance royale. C'est une espèce de MaiUehois, un de ces hommes qui vont subornant les patriotes, séduisant les jeunes amis de la liberté, et promettant des épaulettes perpétuelles et giande fortune à tous ceux qu'ils peuvent avoisiner. Les amis de Tarqw'n, et ceux qui regrettent les diners de son excellence Aruns, ont pensé mourir de chagrin, et les patriotes de joie, quand ils ont vu que les sections de Kome et les soldats romains, tant des ailes que du centie, n'entendaient pas raillerie, et que les Iraitres, à conmieucer par le lils du maire de Ronie, ont fini par être pendus par ordre du maire luimême.

« Quant au maire et au sénat de Paris, ils n'ont pu s'élever à toute

TIlf'AÏRKS Ifiî)

la liaiilciir de l'ouvrage sublime (IdiiI ikius paihins; niais rcla viendra. Le laililic, excellent ])iofesseui- et correelenr tout ensemble, a fait recommencer pour rinsliiiction munici|»ale ces deux vers :

" Arrêter un Romain sur de simiiles soupçons, '" C'est agir en tyrans, nous qui les punissons. »

« La municipalité semblait avoir prévu le coup ; car, pour ne faire arrêter personne, elle a trouvé Tespédient merveilleux et fort conslUutlonnel de dé|)Ouiller les spectateurs de leurs épées, cannes, bâtons et badines, de manière que pour peu que cette métbode se perfectionne, on établira des coumiis à la porte des tbéàtres pour fouiller les spectateurs, car on peut porter des pistolets. Cette défense a été trouvée admirable par les anciens commissaires de police et autres perruques du même ordre. Le célèbre Lcnoir, à la lectur(A de celte ordonnance proliibitive, s'est déclaré vaincu. En effet, quoi de plus simple et de mieux inventé? On demande à M. le maire la traïKiuillité. Voulez-vous qu'il aille commander deux ou trois cents hommes de garde extérieure pour se tenir prêts en cas de bruits? (Test bien la marclie de la loi à la vérité; mais, tout calculé, il vaut mieux oter les cannes : outre que quand ou ne les aura [las, on ne pourra s'en seivir. Au moyen de cette petite privation si naturelle, si bien motivée, le jjcuple s'accoutumera à de plus grandes. Une première prohibition prépare la seconde ; et, comme dit le prophèteroi : Abyssus abyssum invocat, c'est-à-dire, un abus en amène un autre, si nous entendons le latin royal. Cependant, comme il n'est pas ({uestion de ces défenses-là dans le livre de la loi, nous invitons les citoyens à s'adresser à l'assemblée nationale pour qu'elle mette à profit la rubrique ingénieuse de la municipalité, et qu'elle décrète, sans tarder, l'article (les badines, sans oublier le chapitre des chapeaux. »

Le uiême journal rend conqite d'une pièce intitulée Procès de Socrate, « comédie jiatriorKiiic, dit-il, où sont des faits récents, l'his loire du jour sous des noms auti(pies. Le Chàtelet, le grand Bouclier d'Arijis, Brimville, M. d'Orléans, Jupiter, Juiion et l'oiseau de .lunon étaient les personnages de cette pièce. » (]ette [tièce hit jouée au Théâtre de Monsieur. L'auh'ur était CoUot d'Herbois, déjà comiu parla Famille patriote, à-propos pour la fédération du 1 i juillet

On voit qu'il n'y avait point de distraction pour res|>ril révolutionnaire. Pai tout on lui offrait des aliments. Dans une telle siliiatinii morale, la moindre cause provocpiait une (''iiieiih!. Aussi un duel entre M. de Castiics et M. Charles l,ametli doima-l-il lieu à une

166 (novembrk 1790) assejiblék nationale.

«moliou populaire. Ce duel était regardé par tout le monde comme une suite de la nouvelle tactique adoptée par le côté droit. La réponse du peup'e lut brutale, mais décisive : l'iiôtel de Castries fut saccagé. Voici le récit des faits d'après les journaux du temps.

[Extrait de l'Orateur du Peuple, t. 2, n" XXIX, p. 251.) — « Hier matin 11 novembre, se présente chez M. Charles Lametli un jeune luinime de vingt-trois ans, qui lui propose un cartel pour s'être opposé, il y a dix-huit mois, dans une assemblée d'un bailliage de l'Artois, à ce qu'il fût nommé député de l'assemblée nationale. M. Lameth lui répond froidement que n'ayant pas l'âge prescrit [»ar les lois, puisqu'il faut avoir vingt-cinq ans, son exclusion a été toute simple; il lui témoigne en même temps sa surprise, et lui donne rendez-vous à un lieu indiqué. Une heure après cette explication, M. Lameth, qui a fait ses preuves de bravoure, raconte le fait h jikisieurs députés, et entre autres à MM. de Menou, Noailles, et on lui a dit de mépriser ce cartel; et ces messieurs vont sans lui au rendez-vous, où ils font rougir le jeune homme du rôle méprisable auquel il s'est prêté. »

Le mf'me, n" suivant. — « Tout paraissait arrangé ; M. de Lameth se rend à l'assemblée. Jeune, bouillant, plein d'honneur (et c'est sur quoi on avait calculé), il essuya de la part des aristocrates mille brocards injurieux ; son refus de se battre est taxé de lâcheté par les vils sectateurs d'un préjugé dont ils n'exaltent la loi impérieuse que parce qu'elle favorise l'assassinat des patriotes ; il n'y répond qu'avec les termes du mépris. Le sieur Lautrcc, noir que n'a pu blanchir un décret de l'assemblée, s'empoi'te en invectives et en menaces. M. de Lameth dit qu'il n'a pas tellement renoncé à ne point tirer raison d'un outrage, qu'il ne fût prêt de se battre à l'instant même avec un des coryphées du parti qui rugit d'impatience de nous massacrer; mais il ajoute que le sieur Lautrec, qui est boiteux, lui fait pitié. Alors le sieur de Castries s'écrie du ton le plus impudent qu'il cherche depuis longtemps à se couper la gorge avec les princi[)aux chefs du parti populaire, et il propose encore plus arrogammentle cartel à M. Lameth. Ce dernier lui répond : Ce sera à l'heure même. Il choisit pour seconds Menou et Barnave : la nuit avançait ; à peine pouvait-on distinguer les objets ; c'était à l'épée; les fers se croisent; mais au moment que Charles Lameth fournit une botte terrible qui devait tuer son adversaire, mais qui ne passe qu'à côté de lui, il écarte de la main gauche l'épée ennemie, dont la pointe labourant le poignet et tout l'avant-bras, pénètre assez avant pour lui faire une blessure «rave. »

l'hOTKL de CASTItlES DÉVASTÉ. Ui"

Samedi, 13 noccDibre 1790. — «Depuis quelques Joui s le peuple frémissait scriirtiement du complot formé pour donner au roi une maison militaire qui devait être composée de six mille hommes de la iiarde nationale du centre. Ce projet dangereux était à la veille d'èlre présenté à l'assemblée nationale, et devait être vigoureusement repoussé par les défuités patriotes. Pour les empêcher de le faire rejeter, qu'ont imaginé les aristocrates? Assassiner, c'est le moyen le plus sûr; mais assassiner sans se compromettre, c'est la grande science des lâches et des hypocrites.

« On a donc formé une ligue de spadassins pour attaquer en même temps les plus ardents patriotes de l'assemblée nationale, et les plus éloquents défenseurs du peuple. MM Charles Lanietli, Menou, Barnave, Robespierre, Rœderer, Rabaud, Bernard, ont été provoqués presque à la fois, chacun ytar un adversaire particulier.

« M. Charles Lametli, forcé de se battre en duel avec M. de Castries, a été grièvement blessé. Les circonstances de cette affaire ont tellement irrité le peuple, déjà las de tant d'agressions faites aux seuls députés patriotes, qu'il s'est mis sur-le-champ en mouvement pour exercer sa juste vengeance sur le sieur de Caslries. 11 a couru en force à son hôtel qu'il projetait de démolir de fond en comble. Il n'est pas à lui, a dit un voisin. A ces mots, le peuple a changé de dessein : voulant punir le sieur de Castries seul, il est entré dans rhôtel, a tout brisé, tout cassé; meubles, glaces, lits, argenterie, argent, billets de caisse, tout enlin a été mis en pièces et jeté par les fenêtres. Au milieu du tumulte, un des orateurs du p('U[ile a dit : Nous sommes honnêtes gens; nous protégeons nos amis; le premier d'entre nous qui volera un clou, sera pendu. A ce plébiscite énergique, toutes les bouches ont crié : Bravo! qu'il soit pendu celui qui a de mauvaises intentions! Quand ce peuple est sorti, il fallait le voir ! tous avaient la veste déboutonnée, le col ouvert et les poches renversées.

« Au reste la garde nationale est venue et a investi les alentours de l'hôtel; mais le peuple ne lui a pas fait l'injure de la redouter. M. de Lufayette est arrivé fort tard sur son cheval blanc; il a salué tout le inonde avec beaucoup de grâce, -après quoi il a lait mettre la baïonnette au bout du fusil. Un citoyen s'est avancé, et lui a dit ces propr(!s mots : Mon camarade, songez que nous ne sommes pas à Nancij ; ne vous opposez pas à la justice du peuple. — Sa vengeance est juste, a répondu le général, mais il ne faut j^as (pie le voisinage en souffre. — C'est notre affaire, a répli(pié le citoyen avec un air de conliance en la cause dont il s'agissait et en ceux qui la défendaient. M. le maire et trois officiers municipaux, en écharpe et en

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carrosse, escortés de cavaliers, soiU aussi venus. Il est bon de remarquer que pour cette fois personne n'a applaudi.

« IJans la même soirée, un de ces brigands aristocrates à cocarde ampliibie du Palais-Royal a voulu plaider la cause du sieur Castries, avec l'air accoutumé de ces messieurs; il a été un i)eu berné et a couru risque du bassin. Presque au même instant un autre personnage, qu'on dit être un cordon louge, a voulu en faire autant; il a subi îa même peine , et soixante baïonnettes prolectrices l'ont conduit h la mairie. Tout est tranquille ; les aristocrates ont la mine allongée. » [Révolutions de Paris, n" LXX, page 250.)

Récolutions de France et de Brabant, n" LUI. — u Celte mémorable descente de justice s'est faite avec une gaieté qui n'appartient qu'aux jugements du [tcuple, à ces arrêts prononcés par l'opinion universelle, et qui ne trouvent point de contradicteurs. 11 y avait plus d'un an qut les patriotes, pour acliever d'anéantir toutes les distinctions qui tiennent à ce qu'on appelle lanaissance (nous autres nous étions morts-nés et comme non avenus dans ce monde), avaient projeté de représenter un beau jour une procession de cordons bleus, et revêtus du grand collier de l'ordre, d'aller entendre aux Cordeliers une messe du Saint-Esprit, célébrée par l'abbé Faucbet ou l'abbé Sieyès. Lors du sac de l'bôtel Castries, l'occasion a fait renaître tout à coup cette idée. Quelle fut la surprise de la vieille maréchale de Mirepoix, lorsque troublée dans sa méridienne par le fracas que faisait devant sa porte le bruyant tribunal de cassation, et ay?.nt sonné un vieux serviteur pour lui demander d'oii venait ce grand tapage dans la rue, celui-ci vint rapporter à sa maîtresse que M. le duc son voisin s'était fait apparemment une affaire avec les cbevaliers de l'ordre, l'invitant à venir voir ellcrnême comment ces messieurs jetaient les meubles par la fenêtre ! Le vieux serviteur ne se trompait pas : le tribunal populaire, pour .se costumer aussi à l'exemple des nouveaux juges, et donner à ses jugements un air de majesté, avait fait un quart d'heure de toilette dans la garde-robe du maréchal. Là s'était faite une numbieuse promotion de cbevaliers qui sortirent du cabinet de toilette pour se rendre à leurs vacations, aussi lièrement que les récipiendaires sortaient le jour de l'Assonqjtion du cabinet du roi pour se rendre à la procession ; et M. le duc de (lastries ne peut appeler comme de juges incompétents, puiscju'il a été jugé par la cour dos pairs. »

Desmoulins, continuant sun récit, parle ensuite de l'arrestaliou momentanée, au sein de cette émeute, d'un sieur Rotonde (Anglais domicilié à Paris et professem- d'italien, dit-il), et il prolite de l'occasion pour faire un calembour qu'alors sans doute on trouvait

l/llOTKL DE CVSTUII'.S DI-VASTÉ. 1 (i^)

'iirt af^rôaltlc « Vuiis êtes élianf.er, dit Lafayelte, selon Dosiuutilitis; vous êtes Anglais, n'est-ce pas? — Moilié l'un, moitié l'autre, reiirit rAnL;Iais, jouant avec beaucoup de présence d'esprit sur le nom de M. Moitié et sur ses deux visages, remarque le journaliste. « Quoi qu'il en soit du calembour, voici ce qu'on lit dans les Mémoires de M. de Lafayctte. « 11 est bien vrai que cette émeute fut un coup prépiu'é par des jacobins amis de MM. Lametli, et dont les chefs lurent Cavallenti, Hotondo, et surtout Giles, qui, dès les premiers mois de la révo'utiou, avait eu part à beaucoup d'autres émeutes. On retrouve dans les Mémoires de Bertiand Molieville ce Giles, agent piinciiial du comité appelé le Sahat, comme étant au service de la cour. Ce fut lui qui, après avoir fait briser les meubles, sauva le portrait du roi. » Quant à Rotondo, il ne parait pas qu'il servit à la fois deux partis. Il était lié avec Desmoulins, et il parait même qu'il en recevait de l'argent.

Séance DU 15 novembre. — M. Durai. Tdut le monde est instruit de ce qui s'est passé liier entre M. (>liaiies Lamelb et M. Castries. (On demande l'ordre du jour. "j J'ai demandé la parole pour annoncer que la maison de M. le duc ûq Castries... (On rappelle l'opinant à l'ordre.) La foule entoure la maison de M. (Castries, dans laquelle il parait que l'on a péné-tré : on dit que l'on en jette les meubles par la fenêtre. ( Les tribunes applaudissent. — La partie gaucbe et la partie droite imposent silence aux tribunes. — Les membres de cette dernière partie s'élancent au milieu de la salle, et restent longtemps dans une giande agitation.)

M. le président. Je rappelle aux tribunes...

M. Miniiiais. Les membres de l'assemblée ont donné l'exemiile des applaudissements. ( On entend répéter dans une grande partie de l'assemblée: C'est faux... c'est un menf<on(je... c'est une calomnie...)

M. le président. Ce qui vient de se passer est très-indécent; l'assemblée le blâme formellement. Si les tribunes recommencent, on ddimera les ordres les plus sévères.

il/, l'alhé Maury. Je crois de mon devoir de rendre compte de ce (jui vient de m'ètre afiirnié par trois témoins oculaires. La maison de M. Castries est environnée, les uns disent par quarante mille hommes, les autres par deux cent mille. (Il s'élève des unumures.) Je ne peux pas déterminer le nond)re, mais il est assez important poiu" niéiiler l'attention de l'assenddée nationale, dord rauturiti' seule sera res|)ecléc et peut ramener ce peuple qu'on égare. On attend dans la rue de Vurennes un oflicier municipal avec bon

TO.ME IV. Vô

écliarpe; mais il n'approcliera pas sans crainte. La l)ravc garihî nationale, qui veille avec tant de courage à la sûreté des citoyens, ne peut rien ; elle a été repoussée. On a dit que, s'il y avait un coup de fusil tiré, la tète du commandant général en répondrait. Nous voilà donc forcés à invoquer la loi que les représentants de la nation ont portée avec solennité. Je demande que l'assemblée nationale, venant au secours de la municipalité et de la garde nationale, rende un décret qui défende à tous les citoyens de s'attrouper, sous peine d'être poursuivis comme criminels de lèse-nation. Je ne demande le châtiment de personne, j'invoque au contraire votre toute-puissance pour prévenir des crimes aussi fâcheux à voir commettre (ju'il serait douloureux de les punir. Je demande un décret dont la force suprême trouvera le peuple sans résistance, et jeprofiose de décider que l'assemblée ne désemparera pas que l'attroupement ne soit dissipé. 11 faut conjurer l'orage, il faut un remède prompt : le salut de la capitale, le salut de l'empire en dépendent.

M. Baco. Il faut aussi défendre les armes à la tribune. M. l'abbé Maury est la première cause de ce qui se passe : je le dénonce.

M. l'abbé Maury. A Dieu ne plaise qu'aucun intérêt personnel me dirige... Je ne veux pas répondre au préopinant, je ne l'ai pas entendu ; de plus grands intérêts m'occupent. Je l'invite à parler demain ou après le décret.

M. Durand (ci-devant Maillane). Quelque parti que prenne l'assemblée nationale, je ne puis improuver les motifs du préopinant. Cependant deux grandes considérations doivent vous déterminer à un examen rélléchi : 1° vous avez décrété solennellement la loi martiale; vous avez remis toutes les forces nécessaires entre les mains de la municipalité ; 2° il s'agit d'un duel dont personne n'ignore les circonstances : je demande qu'on emploie toute la rigueur des lois existantes contre ceux qui provoquent en duel des membres de l'assemblée nationale; mais il convient que vous ne preniez pas de semblables délibérations dans l'émotion oîi vous êtes.

M. l'abbé Maury. J'apprends que l'ordre est rétabli. (On applaudit, et on entend au milieu des applaudissements ces mots : C'était donc unpiéye que vous nous tendiez!)

M. le président. Le peuple s'était emparé de la maison ; il en est sorti, et tout est calme en ce moment.

La séance est levée â trois heures.

— Dans la séance du soir, le bataillon de Bonne-Nouvelle vient solliciter un décret « pour empêcher que désormais aucun des membres de la législature fût provoqué en duel. » M. Caslries, dit l'orateur de la députation, a osé délier en combat singulier M. Charles

Di::couHS de MrnABF.Ai. 171

Lametli, sans respect pour ses vertus, ot encore moins pour son caractère. C'est contre cet homme audacieux que le bataillon de Bonne-Nouvelle, qui n'est ici que l'organe de tous les patriotes de la France, vient vous demander vengeance. » On applaudit. Aussitôt M. Roy, député d'Angoulême, s'écria : « 11 n'y a (pie des scélérats qui puissent a[)plaudir. » Alors Barnave prit la parolu; il dit qu'il existait un système de provocation dirigé contre les bons citoyens; que la salle de l'assemblée devait cesser d'être un spectacle de scandale; que des mesures sévères devaient êtie prises, et qu'il fût décrété que M. Roy serait à l'instant an été. M. Roy essaya de s'excuser. Virieu et Foucault parlèrent en sa faveur.

AI. RiquoUi. Si au milieu de cette scène odieuse, dans la triste circonstance où nous nous trouvons, dans l'occasion déplorable qui l'a fait éclore, je pouvais me livrer à l'ironie, je remercierais le préopinant... (M. Foucault s'écrie : J/. Mirabeau m'accable toujours d'ironies; M. Mirabeau s'acharne sur moi ; je demande...) je remercierais le préopinant du témoignage qu'il vient de rendre à la liberté des suffrages, que l'on accuse les Parisienfe d'avoir ravie à cette assemblée. (Le côté droit s'écrie : Oui, oui, oui, les suffrages ne sont pas libres.) Certes, monter à cette tribune pour y professer la désobéissance, pour y mépriser ouvertement nos décrets, pour y tourner en dérision notre autorité, pour y arborer la rébellion, c'est, dans le langage de ces messieurs, faire un acte d'homme libre; et la patience de l'assemblée, qu'il me soit permis (le le lui dire, n'a que trop longtemps protégé cette étrange liberté : il est temps qu'elle protège à leur tour la décence, la justice et la loi. (A M. Foucault.) Voilà, monsieur, puisque vous n'aimez pas l'ironie, ce que le profond mépris que je dois à votre conduite et à vos discours m'ordonne de vous adresser. (Le côté droit s'agite avec violence, entre en fureur; plusieius membres, prêts à s'élancer vers M. Riquetti, sont retenus pur leurs voisins.)

M. le président rappelle M. Riquetti à l'ordre.

M. liiquetti. Oui, sans doute, je dois être rappelé à l'ordre, si l'assemblée veut déclarer qu'un de ses membres est coujjable d'employer le mot mépris envers l'homme qui n'a pas craint de professer ouvertement à cette tribune son mépris pour les ordres de la majorité, et d'y déclarer qu'il ne lui obéirait que 7nort. (Applaudissements universels d'un côté, murmures de l'autre.) Certes, il est temps de raisonner et d'écouter: certes, cette soirée donnera une ample matière aux vertueux écrivains de la noble école des impartiaux, pour dire, redire et répandre que nous consumons le temps cl la cnnliancc de nos commettants dans les vaincs cl hideuses

17"2 (1" N0vi:>ii5P.iî I7D0) assi mi-.i.ék nationali:.

rontentions de notre irascil)ililé ; certes, aujourd'hui oucoie on pourra s'écrier que rassemblée nationale est entièrement désorganisée; qu'elle n'a plus ni calme, ni règle, ni respect d'elle-même. Mais ne sont-ce donc pas évidemment les coupables qui sont ici les accusateui's? N'est-ce pas leur-s délits qu'ils nous imputent?

Messieurs, il est temps de le r-econnaitre, et la déclaration n'en saui'ait êti'e trop solennelle; votre longue indulgence, cette indulgence née, comme je l'ai dit tant de l'ois, du sentiment de votre force, celte indulgence seiait coupable et fatale si elle n'avait point lui terme. La chose publique est vraiment en danger, et le succès de vos travaux entièrement impossible, si vous perdez de vue que vous êtes tenus également de l'especter et de faire respecter la loi, si vous ne faites pas un exemple dans cette assemblée, si, pour ordonner le royaume, vous ne commencez pas par vous ordonner vous-mêmes. Vous devez établir dans l'enipiie l'obéissance aux autorités légitimes, et vous ne réprimez pas dans votre sein une poignée d'insolents conspirateurs! Ah! c'est pour leur propr'e salut que j'invoque votre sévérité ; car si la lettre de vos règlements et l'esprit de vos lois, si la voix paisible de votre pi'ésident et l'indignation des spectateurs, si les mécontentements des bons citoyens et notr(^ propre insurr-ection ne peuvent leur en imposer, s'ils se font un point d'honneur d'encourir nos censures, une religion de désobéir à la majorité qui doit régir toute société, sans quoi l'association est dissoute : n'arriver'a-t-il pas infailliblement que le peuple l'essentira enfin l'uijuie faite à ses iTprésentants? Et des mouvements impétueux, de terribles, mais justes vengeances, des catastrophes en tous sens redoutables, n'aunonceront-ils pas que sa volonté doit toujours, a dû toujours être respectée. Les insensés! ils nous reprochent nos appels au peuple. Eh ! n'est -il donc pas beur'eux pour errx-inêmes que la terreur des mouvements populaires contienne encore ceux qui méconrraissent toute loi, toute raison, toute convenance ?

Messieurs, on se flatterait en vain de faire longtemps respecter ce qui est méprisable; et l'ien n'est plus méprisable que le désordre. On nous accuse de favoriser l'anarTliie, comme si notr-e honneur, notre gloire, notr'e srireté, n'étaient pas nniqnement dans le rétablissement de l'or^h^e! Mais qu'est-ce que l'anar'chie, si ce n'est le mépris de la loi? El comment ser-a-t-elle l'objet de la vénération publique, la loi qui émane d'un foyer de tumulte et de scandale? Conrmenl obéira -t-il à la loi, le peuple dont les législateurs foulent sans cesse aux pieds les premières r'ègles de la discipline sociale?

DISCOURS DE MIRAHEAU. 175

(S'adrossant au cùlé droit.) Savez-vous co qiio Ton a dit ce matin à ruii des principaux chefs de la force publique, qui, devant la maison de M. Castries, parlait du respect dû à la loi. Écoutez la réponse du peuple dans son énergique simplicité : Pourquoi les DÉPUTÉS >■£ LA RESPECTENT-ILS PAS ! Ditcs, dites, qu'est-cc que le plus furieux d'entre vous aurait pu répliquer? Si vous rappelez/tout ce qui est coupable, pesez donc aussi tout ce qui excuse. Savezvous que ce peuple, dans son ressentiment contre Tliomme qu'il regarde comme l'ennemi d'un de ses plus utiles amis; savez-vous qu'au milieu de la destruction (nul n'osera dire la dilapidation des effets de cette maison proscrite), le peuple s'est religieusement arrêté devant l'image du monarque ; que le portrait du chef de la nation, de l'exécuteur suprême de loi, a été, dans ces moments d'une fureur généreuse, l'objet de sa vénération et de ses soins jiersévérants? Savez-vous que ce peuple irrité a montré à madame Castries, respectable par son âge, intéressante par son malheur, la plus tendre sollicitude, les égards les plus affectueux? Savez-vous (pie ce peuple, en quittant cette maison qu'il venait de détruire avec une sorte d'ordre et de calme, a voulu que chaque individu vidât ses poches, et constatât ainsi que nulle bassesse n'avait souillé un»; vengeance qu'il croyait juste?

Voilà, voilà de l'honneur, du véritable honneur, que les préjugés des gladiateurs et leurs rites atroces ne produiront jamais. Voilà quel est le peuple : violent, mais exorable ; excessif, mais généreux; voilà le peuple même en insurrection, lorsqu'une constitution libre l'a rendu à sa dignité naturelle, et qu'il croit sa liberté blessée. Ceux qui le jugent autrement le méconnaissent et le calomnient; etcpiand ses serviteurs, ses amis, ses frères, qui ne se sont voués, à sa défense que parce qu'ils l'iionorent pnifondément repoussent les blasphèmes que l'on profère à chaque instant dans cette assemblée contre lui, ils obéissent à leur premier devoir, ils reuq)lissent une de leurs plus saintes fonctions.

Nous avons trop tardé; ne souffrez pas que le temps que nous a emporté ci; cou[)able débat, passe pour la puérile explosion d'une colère oiseuse et stérile; faites dans votre sein un exemple qui démontre (pie votre respect pour la loi n'est ni tiède, ni simulé, qu'enliii .M. lioy soit conduit piison.

— Après quelques moments de tumulte, on décréta que !M. l^)y se rendrait à l'abbaye Saiiil-Germain pour trois jours, et (pi'il instruirait l'assemblée de l'exécution du décret.

Séance de la commune du 13 nnrembre. — (Prorùs-verbal iiiôdil.)

M. le maire a rendu compte des molil's qui l'avaient déterminé à convoquer le corps municipal ; il a rendu compte des mouvements qui s'étaient maniieslés dans le quartier du Palais-Royal, des excès auxquels le peuple s'était porté dans la rue de Varennes et sur ia maison de M. Castries; il l'a prié de délibérer sur les mesures que cet événement pouvait exiger. M. le maiie a observé qu'instruit du premier mouvement, il s'était rendu à l'iiùtel de ville ; que, réuni avec plusieurs ofliciers municipaux, sur la nouvelle des excès qui se commettaient, il s'était transporté sur les lieux, avait tenté de rappeler le peuple à la tranquillité; qu'il l'avait laissé assez calme, mais toujours attroupé ; que, pour surveiller et pourvoir aux premiers ordres qu'il faudrait donner, il avait laissé sur les lieux M. Maugis et M. Duport.

Pendant que le corps municipal délibérait, il lui a été fait lecture d'une lettie qui annonçait que les cboses étaient toujours dans le même état, mais que le peuple persistait à rester; en sorte qu'il paraissait nécessaiie de prendre des mesures ultérieures, et assez efficaces pour rauKMier la Iranquillilé publi(jue.

Le cor|is municipal reprenant sa délibération, la question de savoir si la municipalité^, aux termes du décret, ne devait pas promulguer la loi martiale ayant été agitée, il a été arrêté d'écrire la lettre suivante, dont M.M. Perron, Stouf et Lesguiller ont été chargés.

ft Le corps municipal, messieurs, est assemblé, et il ne se sépa- « rera que lorsque la tranquillité sera rétablie. Il a délibéré mùre- « ment sur les propositions qui lui ont été faites ; il ne pense point « que dans les circonstances présentes, et à l'heure qu'il est, il « doive se porter à la promulgation de la loi mailiale.

(i C'est donc à votre prudence et à celle de messieurs les com- « rnissaires qui vont se réunir à vous, à surveiller, à prendre les « renseignements et les précautions provisoires que vous jugerez « convenables. Les avis que vous nous ferez parvenir, et que vous « êtes priés de multiplier, détermineront la deinière résolution du « conseil. »

Le zèle et l'amour du bien public ont porté M. Pitra, Fnn de messieurs les ofliciers, à faire une motion qui a été unanimement applaudie, et sur laquelle le corps municipal a statué par l'arrêté suivant ;

« Le corps municipal, alarmé de la fréquence des combats sin- « gujiers et des troubles qu'ils occasionnent dans la capitale, con^

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