COMMUNE DE PARIS
« sidérant comme un de ses premiers devoirs d'empêcher le retour « des désordres dont il gémit on ce moment, et dont les suites peu- « vent être si funestes,
« A arrêté qu'il serait h l'instant député vers l'assemblée natio- « nale pour la supplier de porter, le plus tôt [lossible, contre les « duels, une loi qui puisse amener les citoyens aux règles de la a morale, et les préserver à jamais des suggestions d'un sentiment « incompatible avec le caractère d'un peuple libre et juste. »
La déi»utatiou, présidée par M. le maire, a été composée de ^IM. Tassin, Quatremère, Pitra, Lafisse, Lecamus, Viguer, Leroux de La Ville, nommés députés.
M. le maire étant parti avec MM. les commissaires, M. Mulot a [tris la présidence, et l'assemblée a continué à délibérer.
Sur l'avis qui a été donné au corps municipal qu'il a été arrêté ce jourd'bui, dans la rue de Varennes, deux particuliers qui ont été conduits au Cliàtelet, M. Jolly, administrateur au département (le la police, et MM. Dernier et Andelle, ofliciers municipaux et notables adjoints, ont été chargés d'aller à l'instant les interroger.
Le corps municipal, ayant reçu différents avis alarmants pour la tranquillité publi(|ue, a donné successivement les ordres nécessaires pour rétablir l'ordre dans toutes les parties de la capitale.
D'après la fermenta tion qui règne dans toutes les parties de la capitale, et les mouvements qui ont eu lieu dans la rue de Varennes, le corps municifial a arrêté qu'il serait fait une proclamation pai- laquelle, en rappelant les citoyens à leur devoir, à l'ordre, à la iianqnillité, en les invitant à l'exécution de la loi, le corps muui- (Mpal annoncerait que son devoir lui inqioserait l'obligation d'u.ser des moyens dont la loi l'a rendu dépositaire, si l'on se portait à l'avi'uir à des excès pareils à ceux qui ont été commis aujourd'hui.
IMM. les commissaires envoyés dans la rue de Varennes sont rentrés dans le conseil. M. le commandant général était avec eux. Ils ont annoncé que tout était calme dans la rue de Varennes.
M. le maire a encore informé le corps municipal que messieurs du comité de constitution approuvaient les mesures proposées de trans'érer une partie des prisonniers à la tour de Vincennes, en oltservant néanmoins d'en préverur le peuple par une proclamation.
Proclamation de la mimicipalilé de Paris sur la tranquiHih' publiiiue^ du 15 novembre ITUO.
(l'est avec une pidlnndt^ (hudeur (|ue la nuuiicipalil('' a appris qu iiii grand nombre de citoyens, égarés sans doute |)ar (quelques
ITG (lô N0VE.M15RK 1790) ASSFMnLÉF, NATIONAI.R.
liommos maliiileiilionn(''S, oubliant les luis les plus sacrées de la liberté, sous le prétexte d'en venger les amis, a violé l'asile et la propriété d'un citoyen.
Serait-il donc besoin de rajipeler au peuple, créateur d'une conslitulion libre, quecbaf|ue citoyen vit sous la garde et la protection de tous; qne s'W commet un crime, la vengeance n'en appartient qu'aux lois, et que c'est profaner la justice elle-même que de l'exercer par violence?
Faudrait-il Ini dire encore que, lorsque la loi est devenue l'expression de la volonté nationale, l'insurrection est le plus grand des crimes?
Si quelque cliose peut consoler la municipalité des excès qui se sont commis, c'est d'avoir réussi à les arrêter aussitôt qu'elle en a été instruite, sans être obligée de déployer l'autorité que les lois constitutionnelles de l'État ont mise entre ses mains pour le maintien de l'ordre etdelapaix publique; et ce succès, la municipalité aime à le publier, elle k\doit au civisme et à la sage fermeté de la garde nationale.
Mais la modération doit avoir un terme; et la municipalité, qui connaît ses devoirs, cliargée des intérêts les plus précieux de la capitale, instituée pour y faire régner l'ordre et la paix, déclare qu'elle surveillera leurs ennemis, et qu'elle employera, pour arrêter leurs excès, tous les moyens de force que ses concitoyens lui ont confiés; et ce devoir est d'autant plus sacré pour elle, que le bonlieur du peuple en dépend.
Signé : Bailly, maire ; Dejoly, sécréta ire-grefper.
— « Jamais l'aristocratie la plus dégoî'itante distilla-t-elle
des pbrases où le mépris du peuple et delà vérité fût affiché avec plus d'impudence? Que faut-il croire, ou de M. de Mirabeau ou de M. Bailly?A entendre ce dernier, lescitoyens qui se sont portés à l'hôtel deCastries seraient des brigands, dontle seul but était le pillage, et le prétexte la vengeance d'un patriote ! Mais si c'étaient des brigands, pourquoi n'ont-ils commis aucun vol? M. Baillynous dii'a un de ces matins que ce sont aussi des brigands, des gens malintentionnés qui ont détruit la Bastille, sous prétexte d'écraser le despotisme! La munici|ialité de Paris se dit inconsolable de cet événement, et, donnant un di'menti formel à M. Mottié, soutient aujourd'hui que Vimurrection est le jdus (/rand des crimes. Plats nnmicipairx, c'est à l'insurrection iiourtant que vous devez l'écliarpe! » {L'Orateur (ht Peuple, t. III, n. XXXII.)
L'émo'ion produite par C(ît événement ne se calma pas aussitôt.
DHL l)V. LAMI.TH. 177
« Le bruil roiirail, (Jit la Chronique de Paris du li novcmbro, 11' bruit courait que le peuple voulait se porter à Oliuville, où le maréclial de Castries a une superbe maison. Nous sommes bien loin d'approuver les vengeances populaires; mais quand on fait réflexion que ce duel n'était que la première scène du drame sanglant qui se préparait; que douze spadassins sont arrivés récennnent de Suisse, dans l'intention d'ôter la vie aux députés qui sont les plus termes appuis de la constitution ; qu'un nombre considérable d'assassins soudoyés s'exercent depuis plusieurs mois dans les salles d'armes ou au pistolet, pour défier les patriotes à coup sûr ; que ^IM. de Menou et Barnave ont été insultés avant-bier au Palais- Royal, on ne pourra guère douter qu'il n'y ait un projet de substituer les convulsions d'un horrible gladiateur aux opérations de la législature, et que la tête des bommes les plus distingués n'ait été promise à des hommes sans frein et à des femmes sans pudeui". Mais ce peuple que les aristocrates disaient refroidi vient de se réveiller d'une manière terrible, et certes jamais coup d'épée n'aura coûté plus cher. Vainement les aristocrates se flattent-ils de triompher; pour se convaincre de l'inutilité de leurs efi'orts, ils n'ont qu'à comparer les suites de la blessure de Cazalès avec celle de M. Charles Lameth. — Hier au soir, il y a eu du mouvement au Palais-Royal. Un homme en cordon rouge, M. d'Adliémar, eut l'imprudence d'y prendre la défense de M. Castries ; on l'a enveloppé, maltraite et conduit au corps de garde. — Un autre particulier-a eu l'audace de dire aux Tuileries (|ue M. Castries serait soutenu par trente mille baïonnettes : il a été arrêté. » {Chronique lié Paris du 14 novembre.)
Ce journal donna jusqu'au 21 novembre le bulletin de la santé de M. Lameth. Il remarque, et beaucoup d'autres avec lui, que la cour envoyait deux fois par jour chercher le bulletin de Cazalès lorsqu'il fut blessé par Barnave, mais qu'elle lit celui de Lameth dans la Gazette de Paris. Siu" le bruit fort ridicule qui avait couru (jue l'épée de Castries était empoisonnée, les Actes des Apôtres publièrent cette épigramme :
Sur un point important il est un grand débat : De mons Charles la lame de l'épée Est-elle ou non empoisonnée?
J'allirme qu'elle l'est, mais depuis le coml)at.
Le corps municipal, liailly en tète, vint demanler à l'assemblée nationale une loi sévère contre les duels. De nombieuses sections firent la même démarche, et le bataillon de Bonne-Nouvelle alla
178 (NOVEMBRr: 1790) assemblée nationale.
jusqu'à solliciter que le corps législatif livrât Tagresseur de M. Lametli fi toute la rigueur des lois. Los témoignages de sympathie pour ce dernier furent très-nombreux, ainsi que le prouve une lettre, adressée à la Chronique de Paris, par laquelle nous terminerons cette histoire. « Sans doute vous savez, messieurs, que toutes les sections de la capitale, loute l'armée parisienne, ont envoyé savoir des nouvelles de M. Charles de Lameth. Outre toutes les sociétés des Amis de la constitution affiliées à celle de Paris, un grand nombre de lettres sont arrivées des quatre coins du royaume pour mar(|uer à M. Charles de Lameth le très-vif intérêt que les bons patriotes (je n'entends pas parler des impartiaux) prennent aux suites de ce combat. Apprenez-moi, messieurs, vous qui êtes instruits de tout, si M^L Bailly et Lafayette, citoyens dont le patriotisme est douteux, ont été en visite chez M. de Lameth, si du moins ils s'y sont fait inscrire. »
Cette émotion de la population parisienne, dont on vient de voir tant de preuves, n'était nullement propre à. donner de la sécurité aux personnes que l'opinion révolutionnaire menaçait et avait désignées. Elle détermina la retraite des ministres, d'autant plus vite que quehiues-uns d'entre eux n'avaient pas la conscience bien tranquille. Ainsi le garde des sceaux. Champion de Cicé, n'oubliait point qu'il avait été, le 23 mai 1790, compulser les archives secrètes du parlement (au Palais-de-Justiee) pour prendre connaissance du protocole observé par les rois de France dans leurs protestations secrètes contre les résolutions des anciens états-généraux. En cette circonstance, il avait été le conOdent de l'intention de Louis XVI de protester contre les décrets de l'assemblée nationale. Cette action pouvait être prise pour une trahison et révélée par quelques-uns de ceux qui en avaient connaissance. De son côté, La Tour-du-Pin se sentait fort compromis pour la part qu'il avait prise à l'affaire de Nancy. Il avait quitté son hôtel et avait été se cacher dans une maison particulière. Ce fut de là qu'il envoya sa démission. La Tour-du-Pin fut remplacé par Duportail, à la date du Ki; le 22, Champion de Cicé remit les sceaux à Duport-Dutertre, l'un des administrateurs de la municipalité. Nous avons vu que dans sa séance du  septembre, sur la proposition de Biauzat, l'assendjlée s'était emparée de la direction du trésor public, et que Necker n'avait eu d'autre successeur que le premier commis Dufresne; mais celui-ci fut remplacé par Lambert, et le -4 décembre par Delessart ; Fleurieu avait été nommé, le 28 octobre, à la place de la Luzerne, ministre de la marine : il ne restait donc, de l'ancien