‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 66 sur 104 · PROCÈS DE MARAT · texte numérisé non relu

PROCÈS DE MARAT

eu une fête du jour de Fan, il n"y eut pas à Paris de jours gras.

Le juste rigorisme de la municipalité oublia cependant, peut-être volontairement et par respect pour la liberté individuelle, une autre sorte de désordre, qui avait protité également de l'absence de la police. Il y avait une multitude de maisons suspectes, où le moindre mal qu'on faisait était de se livrer à un jeu alors fort à la mode, désigné sous le nom de biribi. Pendant un certain temps, Marat, r Ami (lu Peuple, remplit son journal de dénonciations à ce sujet et ajouta cette spécialité à celle qu'il s'était déjà attribuée contre les agents de police. Les prédications de Jiarat ne furent pas stériles : il y eut, de la part de quelques districts et même quelque-fois de celle de simples zélateurs de la morale publique, plusieurs exécutions qui eurent pour effet, si ce n'est de diminuer le nombre de ces maisons, au moins.de les forcer à mieux dissimuler leur ignoble trafic.

Les journaux révolutionnaires, comme nous l'avons dit, se préoccupaient beaucoup plus de ces petites affaires que de la grande question qui s'agilait dans le sein de l'assemblée et dans les paroisses. Dans cette indifférence apparente, il y avait, sans doute, beaucoup de parti pris à l'avance: mais il y avait aussi quelque cbose du dédain pliilosopliique propre au dix-buitième siècle. On ne se doutait guère des conséquences sérieuses qui résuberaient de l'opposition du clergé : on ne voyait que sa faible^se ; on n'apercevait pas ses forces. Quoi qu'il en soit, la presse, dont il s^agit, se préoccupa beaucoup plus du procès d'Estienne contre Marat et Fréron ; dont elle défendit la cause en quelque sorte comme la sienne.

Le procès fut appelé le 8 janvier; il ne fut terminé que le 10. Estienne ne se présenta jias ; mais il envoya à sa place l'avocat Matlion (sans doute Matbun de la Varenne). Il fut néanmoins débouté de sa plainte. Deux circonstances furent assez remarquables dans ce procès : l'une est relative à Bailly. Son titre de maire l'appelait à la présidence du tribunal ; il venait, en conséquence, de monter suison siège, lorsqu'un nommé Mandai\ s'adressant à lui, s'écria : « Vous êtes inculpé, monsieur, dans la cause de l'Ami du Peuple ; vous ne devez point siéger. » Bailly délibéra un instant avec ses assesseurs, puis se retira et se fit remplacer. L'autre circonstance que nous voulons citer, c'est que, dans ce procès en calonuiie, la preuve par témoins fut admise. On entendit les dépositions des vainqueurs de la Bastille et d'un certain cbd) qui s'apjielait Helvétique. Maillard, l'Iionnue des journées d'octobre, qui sera aussi celui (\o> journées de seplembie, se donna alors b(!auc(iup de mouvement dans l'intérêt de Marat : aussi celui-ci s'empressa-t-il de le rébabiliter el de. le palroner dans snu journal.

572 (JANVIKR 1791; ASSEMBLÉE NATIOXAl.r:.

Voici quelques mots de Camille Desinoiilins sur cetle histoire. Après s'être étonné que Bailly se fût exposé à la petite avanie de Mandar, il continue : « Ce qui n'est pas moins étrange, c'est que les moucliards ont trouvé un avocat, à la vérité le même qui était Tan passé l'avocat du bourreau, M. Alatlion. L'illustre patriote Frércn ne s'est vengé de Mathon, qui est bossu, qu'en lui jouant le tour d'élever bosse contre bosse, et de lui opposer un avocat bossu, le capitaine Yerriènfs, patriote jovial, qui, dès le début, a pétrifié son éminence. adverse par cet exorde auquel la gravité des juges ne s'attendait pas : « Messieurs, par une bizarrerie dont les Grecs et les Romains et dont toute l'histoire n'offre aucun exemple, non plus que des merveilles de notre rév(jIulion, deux bossus plaident aujourd'hui devant vous l'un contre l'autre. »

« Je fais mon compliment à MM. Verrières. Fréron et Marat. Je souhaite qu'ils achèvent glorieusement leur campagne contre les mouchards ; mais il n'y a pas de quoi se courroucer si fort de ce que je n'ai point pris part à l'expédition. Chacun de nous a son lot : vous, par exemple, messieurs Marat et Fréron, vous êtes nos deux foudres de guerre contre les coquins ; vous êtes notre comité des recherches et les dénonciateurs par excellence; mais, comme le ministère public dans les anciens régimes, et sans responsabilité. Vous, Marat, vous êtes l'observateur du maire, du commandant général, de l'état-major, des municipaux et des districts : voilà bien assez d'occupation pour Marat dans sa guérite. Carra inspecte les troupes de ligne; il est le catéchiste de l'armée; c'est l'espion (ce titre est ici honorable) des cours étrangères. Carra est notre tocsin pour l'extérieur, et Marat pour l'intérieur. Gorsas tient la correspondance des quatre-vingt-trois départements; Laclos, celle des jacobins. 11 y a Brissot le diplomatique, Robert le démocratique, Noël l'académique, Cérutti le pédagogique et Prudiiomme l'œcuménique ou l'encyclopédique. »

Au reste, Camille Desmoulins se permettait quelquefois de se moquer de Marat, comme dans cet autre passage tiré du même article. Parlant de ce qui venait de se passer à l'assemblée nationale à propos des princes possessionnés d'Alsace : « Ce ne sont point là des rêves de ^larat, dit-il. Au surplus, Marat, toujours en colère et aussi échevelé que la pythonisse, ne rêve pas toujours, et il lui échappe de grandes vérités à travers ses songes. Il faut dire de lui comme de Mauiy : Si Marat n'était pas, il faudrait l'inventer. Je vois dans un de ses numéros qu'il révèle au public que les journaux de Prudhomme, Camille, Audoin et le Mercure de France sont de la même trempe et soitent de la même Iioiili(iu(> alteuani au eid-

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