‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 2 sur 69 · TOME VU · texte numérisé non relu

TOME VU

2 (JANVIER 4792) ASSEMBLÉE LÉGISLATIYE.

proposer l'organisation, sous des chefs dévoués à la constitution , | d'une armée destinée à résister aux rassemblements établis sur M les frontières ou à les dissiper s'il y avait lieu. Mais rassemblée, | ou plutôt le côté gauche et le centre, composés d'hommes nouveaux et en général peu connus, avaient aussi à prouver que la révolution avait en eux de dignes et fidèles représentants. Ils suivirent la cour sur le terrain où on les appelait, et ils la dépassèrent. Ils décrétèrent contre les émigrés une loi que le roi fut obligé de repousser par son veto; et quand il ne proposait que l'organisation d'une armée, ils conclurent à la guerre. Enfin, ils prirent eux-mêmes l'initiative dans une question où Louis XVI ne pouvait les suivre, dans la question du clergé non assermenté, et ils le forcèrent, encore une fois, de recourir au veto. Par cette tactique, qui eût été très-habile si elle eût été calculée et si elle n'eût pas été clairement indiquée par l'opinion et par la presse révolutionnaire , le côté gauche acquit la majorité dans l'assemblée, et j l'assemblée elle-même l'acquit dans le peuple.

La situation des partis était d'ailleurs en apparence toujours la i même : le côté droit composé de cent soixante membres n'avait point varié; le centre était toujours si nombreux, que ses membres avaient peine à trouver place sur les bancs qu'ils avaient choisis; mais il commençait à incliner moralement vers la gauche. Le côté gauche était également fort peuplé, quoiqu'il le fût moins que le centre. Il paraît qu'on commençait déjà à le distinguer en deux fractions. Celle qui occupait les bancs les plus élevés et d'où partaient habituellement, dit Vaublanc, les plus violentes interruptions et ces longs murmures qui troublaient les orateurs constitutionnels, était désignée sous le nom de Montagne; c'est le nom que le Patriote français donne dans un numéro du 24 février aux jacobins qui se séparaient de Brissot. Les bancs inférieurs du côté gauche où siégeaient Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Gondorcet, etc., et le groupe de leurs fidèles adhérents, ne portaient pas encore le nom de Gironde. Dans l'article du Patriote français que nous venons de citer, on donne aux hommes qui occupaient ces places le nomde patriotes jacobins. On les appelait quelquefois les bordelais, quelquefois les brissotins. Mais la division tendait à devenir autre chose qu'une affaire de position. La question de la guerre qui, comme on l'a vu, avait divisé les jacobins, était destinée à convertU* une distinction nominale en une scission réelle. On venait d'ailleurs d'opérer, dans les dispositions de la salle un changement matériel, qui avait modifié d'une manière assez singulière la position relative des deux côtés extrêmes, mais sans

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