‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 24 sur 88 · TROUBLES DE MAINE-ET-LOIRE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE MAINE-ET-LOIRE

sont tels, que si l'assemblée nationale ne prend pas des mesures promptes et sévères, il en résultera des malheurs qui sont incalculables. Des rassemblemonis de trois à quatre mille hommes armés se sont formés dans plusieurs parties de notre département, et se livrent à tous les excès que produit le délire de la superstition et (lu fanatisme. Des pèlerinages, des processions nocturnes conduites p:ir des prêtres séditieux, ont été le prétexte de ces attroupements : il était facile de les dissiper tant que les pèlerins n'avaient que le chapelet à la main ; mais aujourd'hui que les prêtres les ont remplis de leurs fureurs sacrées, qu'ils sont parvenus à leur persuader que les administrateurs sont les ennemis de la religion; aujourd'hui qu'ils sont armés de fusils, de faux et de piques; qu'ils ont soutenu plusieurs actions contre les gardes nationales, il n'est plus temps de dire : Ce sont des querelles de religion ; il faut les mépriser. Partout les prêtres constitutionnels sont maltraités, assassinés jusqu'aux pieds des autels. Les églises des campagnes, fermées en vertu des décrets de l'assemblée nationale constituante, sont ouvertes à coups de haches, et les prêtres non assermentés y reprennent leurs fonctions. Les rôles des contributions ne se font pas, parce que les municipalités sont désorganisées. Trois villes, chefslieux de district, sont pour ainsi dire assiégées et près d'être surprises et incendiées ; et les prêtres qui dirigent tous ces crimes pourront bien Unir par nous mener à une contre-révolution par une guerre civile.

« Voilà le tableau simple des désastres qui affligent le département de Maine-et-Loire : nous nous en rapportons à vos lumières et à votre sagesse sur les mesures à prendre. Quelque danger terrible qui nous menace, nous vous jurons d'exécuter la loi, de rester fidèles à notre poste, et de mourir plutôt que de l'abandonner. »

M. ***. 11 me semble que l'adresse qui vient de vous être lue peut être considérée sous deux rapports : 1° sous un rapport général ; 2" sous le rapport particulier de la situation du département de Maine-et-Loire. Sous le premier, je demande le renvoi au comité de législation, et sous le second, au pouvoir exécutif, qui doit employer tous les moyens que la constitution lui donne pour maintenir la tranquillité publique. J'observe que je suis porteur d'un grand nombre de procès-verbaux qui contiennent des faits très-graves à l'appui de l'adresse du directoire : je les remettrai au comité de législation, avec un mémoire très-étendu sur le même objet. Un membre de ma'députation m'apprend à l'instant qu'un curé, à sept lieues d'Angers, vient d'être lâchement assassiné.

M. Goupilleau. Le département de la Vendée, voisin de celui de

KiO (Il NOVEMBUF 1791) ASSAMBLÉE LÉGISLATIVE.

Maine-el-Loire, est peut-être dans une situation plus effrayante encore. Il y a les mêmes troubles, les mêmes attroupements, et je pourrais citer à l'assemblée des faits qui prouvent que les prêtres sont venus à bout de persuader aux crédules babitants des campagnes qu'ils seraient invulnérables tant qu'ils combattraient pour la religion.

M. Isnard. Voilà où vous conduit l'impunité : elle est toujours la source des plus grands crimes, et, aujourd'bui, c'est la seule cause de la désorgnnisation sociale dans laquelle nous sommes plongés. Les systèmes de tolérance qu'on vous a proposés seraient bons pour des temps de calme; mais doit-on avoir de la tolérance pour ceux qui ne veulent tolérer ni la constitution, ni les lois? Est-il permis d'avoir de l'indulgence pour ceux qui, avec les torcbes du fanatisme, incendient tout le royaume? Sera-ce quand le sang français aura teint les flots de la mer que vous sentirez enfin les dangers de l'indu'gence? Il est temps que tout soit soumis à la volonté de la nation; que tiares, diadèmes, encensoirs, cèdent enfin au sceptre des lois.

M. ***. Les faits qui viennent de vous être exposés ne sont que le prélude de ce qui va se passer dans le reste du royaume. Veuillez bien considérer les circonstances de ces troubles, et vous verrez qu'ils sont l'effet d'un système désordonnateur contemporain de la constitution. (L'orateur se tourne du côté droit.) Ce système est né là; il est sanctionné à la cour de Rome. Ce n'est pas un véritable fanatisme que nous avons à démasquer, ce n'est que riiypocrisie. Ainsi, je demande que le comité de législation soit tenu de présenter incessamment des mesures vigoureuses et fermes, et que provisoirement le pouvoir exécutif soit cbargé de prendre des moyens pour rétablir l'ordre dans le département de Maine-et-Loire.

L'assemblée ferme la discussion, et, sur la proposition de M. Lacroix, elle rend le décret suivant :

« L'assemblée nationale décrête que son comité de législation fera, mardi procbain, son rapport sur les mesures à prendre contre les prêtres non assermentés perturbateurs du repos public; et que, toute autre affaire cessante, l'assemblée s'occupera de cet objet jusqu'au décret délinilif. »

Séance du il novembre. — Troubles du Calvados. — Un des secrétaires fait lecture d'une lettre de la municipalité de Caen, qui transmettait un procès-verbal dont voici le texte :

« o novembre 1791 . — A deux lieures de relevée, le conseil général de la commune, étant assemblé dans le lieu ordinaire de'ses séances

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