‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 79 sur 88 · PRESSE · texte numérisé non relu

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serait cliaigé de prendre des iiifonmilions sur des violcilions de territoire qui avaient eu lieu aux Pyrénées et l'enlèvement opéré, le 0 février, par des Espagnols de Roncevaux, de trois pasteurs bigorriens et de troupeaux appartenant à des habitants de Lasse. Quelques mesures furent prises relativement à Tarmée; ainsi Ton vota un décret assez étendu sur le traitement des ofliciers en campaiine; mois on rejeta, le 4, au grand legret du ministre de la guerre, la création de deux aides de camp pour le ministre et de six nouveaux adjudants généraux. L'établissement de nouveaux corps, sous le nom de légions, proposé par Carnol, le 25 janvier, et sous une forme dilTérente, par une lettre du roi, du 24 du même mois, n'eut pas de suite encore.

Cependant la loi sur les passe-ports fut attaquée par la presse royaliste et par la presse révolutionnaire. — Nous lisons dans Royou, n^ du 5 février : ce On achève d'organiser notre liberté, en ajoutant quelques articles au décret qui nous permet d'aller de Paris dîner à Saint-Denis, moyennant un passe-port sur papier timbré. Si on s'avise, pour se soustrahe à la rage jacobite, de prendre un faux nom, ou, ce qui est la môme chose, si le maire de votre village écrit mal votre nom, ce qui vous sera imputé comme un faux commis à dessein, vous en serez quitte pour un an de prison au plus ; et même si le maire n'est pas trop méchant, ou si son cœur est tendre aux assignats, vous pouvez en être quitte à meilleur marché, pourvu que cela aille, au moins à trois mois. C'est le minimum ; et cette réclusion se nommera police correctionnelle. Dans des temps calmes et ordinaires, celui qui cache son nom est suspect. Mais dans des tourbillons d'anarchie, dans les doux moments de la Ligue, de la Fronde, de la révolution, des conventions^ des proscriptions, le nom d'un honnête homme est presque toujours un arrêt de mort; celui d'un scélérat un titre de recommandalion. Si on ne peut sortir qu'avec un passe-port, il faudra faire son testament avant d'aller à la campagne, ou bien se faire affilier aux jacobins. Elle est bien lâche, bien digne de son avilissement, la nation à laquelle on peut, je ne dis pas imposer, je dis proposer une loi si infâme. Il est si naturel de cacher son nom [lour soustriiire ^a personne à la persécution !

« Que ce nom soit caché puis(iu'on le perôécute,

« dit Tancrède. Voilà le cri de la nature ; c'est Tolfenser, c'est l'outrager que de forcer qui que ce soit à conserver une enseigne de mort et de proscription. »

i08 i^JAISVlEll 1792) ASSKMBLÉE LÉGISLATIVK.

(( Sur une motion insidieuse de Lalayelle, disent à leur tour les lU'colut'ioTis de Paris, rassemblée consliluante décréta une amnistie et la liberté de voyager en France et d'en sortir à volonté. Cette loi, qu'on présenta comme un beau mouvement digne d'une grande nation qui a la conscience de sa force, ne fut alors qu'un act'3 d'imprudence insigne. Il est beau d'être généreux avec un ennemi loyal ; mais avec de lâches escrocs!... Ceux-ci en profitèrent pour nous enlever tout le numéraire, pour se connnuniquer avec promptitude, et presque à découvert, leurs plans divers de contrerévolution, (|ue notre vigilance a successivenjent déjoués, et pour former des rassemblements intérieurs qui ont troublé instantanément l'ordre et le repos public. Tout le mal qu'ils pouvaient nous faire est fait, et c'est dans cet état de choses que le corps législatif s'avise de rétablir les passe-ports. Nos ennemis, en se soumettant aux nouvelles formes prescrites pour voyager, ne seront-ils pas tout aussi libres qu'auparavant? ils pourront même se livrer avec plus de sécurité et d'elïronteiie que jamais à leurs criminelles spéculations. Qu'on se rappelle si ces entraves ont embarrassé un moment la ;cour dans sa fuite. » L'auteur discute tout le décret aiticle par article, et finit ainsi : a C'est bien le cas d'appliquer le refrain de cette chanson moderne : Voyage, voyage déiormais qui voudra.

« En nous résumant, nous estimons que ce nouveau décret sur les passe-ports est impolitique, en ce qu'il donne de l'importance à des gens qui se croyaient au bout de leur rôle ; inutile, en ce que ceux contre lesquels il est principalement dirigé l'éluderont sans peine, et indigne d'un peuple dont la masse imposante doit reposer sur des bases proportionnées ; de petits règlements prohibitifs ne sont plus de mesure. Le chêne robuste se ressent-il des rassemblements de plusieurs millieis d'insectes qui rampent ou s'agitent le long de son écorce? »

Le même journal fait un article sur la loi du recrutement, qu'il approuve surtout en ce que sa propre doctrine sur la non incorporation des gai'des nationales avec les troupes de ligne y a été proclamée. Nous bornerons nos extraits aux passages suivants : c Le Washington de notre révolution, disait naguère un grand homme, est peid-être encore dans l'obscurité, peut-êlie est-il tandjour en ce moment. Cette vérité est frappante; notre révolution n'est pas faite, ceux qui l'achèveront sont encore inconnus; tout ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle ne peut s'achever que par des hommes du peuple... J. P. Brissot nous dit qu'il veut la guerre, parce qu'il suit que le roi ne la veut pas;. Mais J. \\ Brissot n'a qu'à lire la

(iARDES FRANÇAISKS. iOD

coiislitiiliuii ; elle soumet loiites les décisions de guerre à l'empire tyraunique du vêtu, et si le roi ne veut pas la guerre, il est inutile de discuter plus longtemps ; la constitution lui donne le droit extravagant de ne la pas faire, quand bien même les 2o millions d'individus qui composent la France eussent juré d'une voix unanime qu'ils veulent la guerre. )) {Révolutions de Paris, n° CXXXIII.)

Ce numéro de Prudliomme renferme aussi une critique trèsamère du décret sur l'office de l'empereur. L'assemblée, suivant le journaliste, devait s'adresser à Léopold, chef de Tempire, et non à Léopold, chef de la maison d'Autriche. Il fallait le forcera s'expliquer sur la question de savoir si, comme chef de l'empire, il acceptait ou non les indemnités en remplacement des droits féodaux supprimés des princes possessionnés en Alsace et en Lorraine. Cette question, maladroitement éludée, laissait subsister un germe de guerre qu'un seul mot aurait pu détruire.

On a vu (p. 403) que les compagnies soldées de la garde nationale parisienne avaient été incorporées dans les troupes de ligne. On sait (ju'elles étaient composées, en grande partie, de gardes françaises, qui durent par conséquent quitter Paris. Les sociétés et les sections de la capitale firent de nombreuses démarches auprès du corps législatif pour conserver ce corps, dont le patriotisme s'était fait remarquer en tant de rencontres. Parmi les sections qui montrèrent le plus d'empressement, nous citerons celle du Palais-Royal, présidée alors par Maillard. Le 26 janvier l'assemblée législative reçut une députation des gardes françaises; ils se plaignaient des vexations que leur faisaient éprouver leurs officiers. Fauchet les appuya fortement. Il dit que l'on voulait détruire la première armée de la liberté, et que l'on donnait à ces soldats des cartouches du 12 janvier, signées Baiily ; il demanda que Bailly fût entendu à la barre. Rouyer parla dans le même sens; mais, sur la proposition de Thuriot, l'assemblée renvoya la pétition au comité militaire et le chargea de prendre des renseignements sur ces cartouches.

La veille, le club des Jacobins avait témoigné à ces vétérans une sympathie unanime. Gorsas, numéro du 28 janvier, résume ainsi cette séance : « Les gardes françaises, les {)remiers soldats de la liberté, sont à ce titre tourm#tés, vilipendés par la canaille aristocratique à doubles épaiilettes. Beaucoup de ces braves gens reçoivent des congés qu'ils ne demandent pas, qu'on n'a pas même motif de leur offrir. Avant-hier, plusieurs se trouvaient sans gîte. Le patriote Collot peignit leur sort à la société des Jacobins, et il le peignit en traits de feu. La société, dans lïnstant, et d'après une députation nombreuse de ces braves gens, qui prouvaient, pièces en main, la per-

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